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?tat des routes – Des causes: aussi l’effet d’un camionnage sans limite

Victor-L?vy Beaulieu, ?crivain

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L’?tat pitoyable de notre infrastructure routi?re n’a pas pour seule raison l’incomp?tence pr?sum?e de nos architectes, de nos ing?nieurs et de nos entreprises de construction. Il tient aussi ? un facteur fort important dont on ne semble pas tenir compte dans les analyses que je lis dans les journaux, entends ? la radio et ? la t?l?vision.

Quand furent construits nos r?seaux routiers, que ce soit dans les grands centres urbains ou partout ailleurs au Qu?bec, c’?tait ? une ?poque o? le camionnage ?tait marginal par-devers ce qu’il est devenu. Mais nos gouvernements ayant privil?gi? le corporatisme du camionnage et lui ayant c?d? pratiquement le transport de toutes nos marchandises, sans consid?ration pour l’effet que ?a aurait sur notre infrastructure routi?re, ont d?termin? la catastrophe dont nous sommes d?sormais les prisonniers.

Jusqu’? la fin des ann?es 1950, on se servait beaucoup du fleuve pour le transport des marchandises: nous poss?dions une flottille de go?lettes qui cabotaient efficacement, de Montr?al jusqu’aux r?gions les plus ?loign?es de l’estuaire; nous privil?gions aussi le transport par voie ferr?e, de sorte que nos routes servaient d’abord et avant tout aux citoyens d?sireux de se d?placer d’un lieu ? l’autre.

Si on avait d?velopp? notre transport fluvial et notre transport ferroviaire, plut?t que de c?der au corporatisme du camionnage, nous n’en serions pas l? aujourd’hui. Quelle formidable aberration que celle-l?! Alors que nos voies ferr?es et nos trains sont si v?tustes que ?a ne cesse pas de d?railler et d’?tre toujours en retard, nous sommes fiers de la soci?t? Bombardier qui fabrique des trains ultra-performants partout dans le monde, sauf au Qu?bec!

Surcharg?s et press?s

Nous avons plut?t pr?f?r? mettre sur nos routes d’?normes fardiers, souvent surcharg?s, qui roulent ? grande vitesse en toutes saisons, peu respectueux du respect des lois et des r?glements. Exemple: dans mon coin de pays, quand je roule sur la route 132 ? 100 kilom?tres ? l’heure, je me fais constamment doubler par ces monstres routiers qui filent ? 120 et ? 130 kilom?tres ? l’heure. Les temps des d?gels, des redoux et des pluies ne changent rien au fait qu’ils se consid?rent comme les rois de la route et qu’ainsi, ils peuvent tout se permettre. Tous les ?t?s, on doit donc ?repatcher? des kilom?tres et des kilom?tres de routes d?fonc?es, pleines de trous, de br?ches et de fendillements.

Il ne faut donc pas croire que cette politique aberrante du transport ne concerne que les grands centres. Il y a quelques ann?es, pour permettre ? l’industrie du camionnage de pouvoir y aller ? fond de train, on a refait, dans l’arri?re-pays des Trois-Pistoles, la route qui m?ne aux grandes entreprises foresti?res. Trois mois apr?s son inauguration, c’?tait en si piteux ?tat ? cause des camionneurs d?cha?n?s qu’on a d? tout refaire!

Autre exemple de notre incurie en mati?re de transport. Dans les ann?es 60, le gouvernement a vers? de g?n?reuses subventions aux cultivateurs qui abandonnaient leurs terres pour qu’ils d?molissent leurs maisons et leurs b?timents, m?me celles et ceux qui ?taient en bon ?tat et dont on aurait pu se servir ? d’autres fins.

Mais le plus stupide de l’affaire, c’est qu’une fois les cultivateurs en all?s, on a remodel? les routes de tous les rangs en les ?largissant, en les sur?levant au moyen de milliers de tonnes de gravier, en les asphaltant m?me! Et pourquoi donc, dans des rangs o? l’on ne trouve plus que deux cultivateurs? Pour rien d’autre que la satisfaction des entreprises de camionnage: rouler plus rapidement, toujours de plus en plus rapidement!

L’automobiliste qui s’aventure sur ces nouvelles routes-l? doit constamment faire face ? ces monstres roulant ? la fine ?pouvante, et dont les conducteurs prennent plaisir ? le serrer de pr?s, sans ralentir, en faisant venir le plus de nuages de poussi?re qu’ils peuvent! Les forces polici?res charg?es de surveiller les routes? Les effectifs sont si peu nombreux dans l’arri?re-pays que les camionneurs peuvent y circuler, m?me dangereusement, en toute impunit?.

Le (bon) exemple am?ricain

Nos fonctionnaires du minist?re des Transports, si am?ricanistes, auraient pu prendre exemple sur ce que plusieurs ?tats am?ricains font depuis plusieurs ann?es pour pr?server leur infrastructure routi?re: une r?glementation fort s?v?re, un contr?le pour ainsi dire permanent des fardiers, des amendes tr?s on?reuses pour celui qui d?fie la loi.

D’autre part, ces ?tats ont am?lior? et am?liorent encore leur syst?me de voie ferr?e et, l? o? c’est possible de le faire, le transport maritime. Des villes comme Boston, par exemple, ont d?moli leur infrastructure autorouti?re qui faisait de leur cit? une catastrophe quotidienne; ces autoroutes laides et encombr?es sont devenues de superbes parcs et des lieux de r?sidence o? il fait ? nouveau bon de vivre. Un r?seau ferroviaire renouvel? et l’am?lioration du transport maritime font aujourd’hui de Boston un exemple ? suivre, particuli?rement en ce qui concerne la diminution de la pollution: moins de smog, plus de verdure… les dirigeants d’une ville ayant enfin compris que le citoyen doit ?tre la priorit?, et non le corporatisme du camionnage.

Au lieu de simplement refaire ce qui ne tient plus debout tout seul, pourquoi nos fonctionnaires, nos architectes et nos ing?nieurs ne feraient-ils pas preuve d’inventivit? plut?t que d’une paresse crasse qui, une fois les travaux faits, laissera Montr?al, nos autres grands centres urbains et nos campagnes aussi crasseux que leur peu d’imagination et d’inventivit??

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Victor-L?vy Beaulieu, ?crivain

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