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Et le droit de vivre dans la dignité

La tournée de la Commission spéciale sur la question du droit de mourir dans la dignité, qui a débuté le 7 septembre dernier, a ravivé le débat sur des sujets comme l’euthanasie, le suicide assisté et l’acharnement thérapeutique.  Il s’agit d’un débat plus que nécessaire. Cependant, j’ai un certain malaise en constatant que nous semblons avoir mis progressivement de côté l’importance de défendre avec la même vigueur le droit de vivre et de vieillir dans la dignité.

Aînée1

Le débat dépasse largement les questions touchant les personnes dont la qualité de vie est gravement diminuée par le coma, un handicap lourd ou une maladie mortelle.  Il est devenu banal d’entendre des gens en santé dire qu’ils préféreraient se suicider plutôt que de finir leurs jours dans un centre pour personnes âgées ou un CHSLD.  Lartiste a d’ailleurs publié récemment sur Centpapiers un texte fort éclairant d’un auteur inconnu et qui recommandait d’offrir aux aînés placés en résidence le traitement réservé aux détenus et vice versa afin que chacun reçoive le sort qu’il mérite!

(http://centpapiers.com/solution-dun-probleme-grave-de-societe/)

Avons-nous tant banalisé la souffrance morale que la nouvelle façon d’envisager notre futur n’est plus d’imaginer des cités modernes ou des voyages sur d’autres planètes mais bien de gérer notre mort? Comme nous prenons très au sérieux le principe de traiter les autres comme nous voudrions être traités, je devrais peut-être plutôt dire comment nous croyons aujourd’hui que nous voudrons être traités demain, nous exerçons notre bonté d’âme à gérer la mort des autres en attendant de gérer la nôtre…

Ce ne sont pas les beaux discours sur le respect de leur droit de mourir, même dans la dignité, qui vont apaiser les personnes qui souffrent physiquement ou moralement, qui voient leurs capacités physiques et cognitives altérées.  Elles ont sans doute l’impression que ce sont d’autres personnes, des personnes jeunes et en bonne santé, qui décideront de leur sort.  Dès lors qu’on touche à l’euthanasie et au suicide assisté, les risques de dérapage sont nombreux.  Il est impératif de soucier de savoir si la décision d’une personne de mourir n’a pas été influencée par des facteurs extérieurs sur lesquels on n’a pas jugé bon d’intervenir.

Notre société fait sentir à certaines personnes, les aînés tout particulièrement, qu’elles dérangent, qu’elles coûtent cher au système de santé, qu’elles sont un fardeau.  Beaucoup souffrent de solitude et meurent dans l’indifférence, de maladie mais aussi par suicide ou par accident.  Des journaux rapportaient il y a quelques temps que des personnes âgées habitant seules sont mortes ébouillantées dans leur baignoire.  Il arrive même que l’on n’apprenne le décès de personnes vivant seules que lorsque l’odeur de putréfaction de leur cadavre alerte leurs voisins!

Un des problème avec le débat sur le droit de mourir dans la dignité, c’est que nous avons collectivement décidé qu’il n’y avait plus rien à faire dès lors qu’une personne se sait condamnée à mort ou à la souffrance physique chronique.  Comme si le mal physique était son seul problème et l’aider à mourir avant que la maladie ou la vieillesse ne le fasse, la seule alternative possible.

Bien sûr, personne ne parle de tordre un bras aux mourants pour qu’ils acceptent de mourir plus vite mais ne devrions-nous pas avant toute chose investir d’abord dans les soins psychologiques, palliatifs et à domicile, le soutien aux aidants naturels et le traitement de la douleur afin que les personnes souffrantes puissent vivre comme elles l’entendent le reste de leur vie?  Ne devrions-nous pas surtout nous interroger sur les moyens de redonner le goût de vivre à ceux et celles qui l’ont perdu?

Pourquoi avons-nous une attitude si différente devant la souffrance selon que nous nous trouvons face à une personne jeune ou âgée?  Nous encourageons les jeunes handicapés ou atteints de maladies chroniques à devenir autonomes et à profiter de la vie malgré leurs limitations physiques mais nous nous résignons aux limitations physiques d’une personne âgée, même lorsque celles-ci sont le résultat de facteurs temporaires ou réversibles.

En effet, la dégradation de la santé physique ou cognitive d’une personne n’est parfois due qu’à la négligence, au manque d’activité physique et de stimulation intellectuelle ou encore aux délais d’attente pour une chirurgie orthopédique (comme la pose d’une prothèse de la hanche ou du genou).  Un amaigrissement causé par la dénutrition ou une perte d’appétit apparente peut être simplement causée par des prothèses dentaires mal ajustées qui blessent la bouche ou à du « manger mou » peu appétissant!  Il y a encore beaucoup à faire en prévention du suicide, quel que soit l’âge de la personne concernée mais lorsque nous sommes confrontés au suicide d’une personne jeune nous nous demandons plus volontiers ce que nous aurions pu faire pour éviter la tragédie que lorsqu’il s’agit d’une personne âgée. N’avons-nous pas tendance à croire que, passé un certain âge, une personne n’a plus besoins de rêve, de loisir ou de projets? … à associer un peu vite jeunesse avec santé et possibilités et vieillesse avec maladie et incapacités?

Nous devons commencer immédiatement à nous préoccuper d’améliorer les conditions de vie des aînés et des malades chroniques afin que notre empressement à défendre le droit de mourir dans la dignité ne devienne pas une façon de gérer notre incapacité à intégrer ces personnes à une société dont elles font toujours partie!  On ne peut pas tracer une ligne de démarcation entre la souffrance physique et la souffrance morale et il est serait hypocrite de prétendre vouloir le bien des personnes souffrantes en ne voyant qu’un aspect du problème.

Nous ne serons pas toujours jeunes et en bonne santé.  Ecoutons dès maintenant ce que les aînés et les malades chroniques ont à dire sur leur façon d’envisager la vie et la vieillesse, comme nous voudrions nous-mêmes être écoutés si nous étions dans la même situation qu’eux.  Aidons-les à briser leur isolement: ce sont des citoyens et des citoyennes à part entière et nous devons leur donner la place qui leur revient dans un débat qui les concerne.

Stéphanie LeBlanc

Quelques ressources utiles:

Tel-Aide 1-866-APPELLE (277-3553)

514(935-1101 (région de Montréal)

Aidant.ca (site de ressources et d’aide pour les aidants naturels): http://www.aidant.ca

Infos-abus aux aînés Tél: 514-489-ABUS (2287) ou

1 888 489-ABUS (2287)

La ligne Référence-aînés

Tél: 514 527-0007, du lundi au vendredi de 9h00 à 16h30

FADOQ:

https://www.fadoq.ca/ http://www.fadoq-quebec.qc.ca/

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A propos de Stéphanie LeBlanc

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3 Commentaire

  1. avatar
    SylvainGuillemette

    Effrayant… Ma conjointe a travaillé au moins 5 ans avec les personnes âgées (perte d’autonomie, motricité, perte cognitive, etc..), à titre d’animatrice en loisirs. Elle a vécu exactement ce que vous décrivez, une bonne partie des personnes y était carrément seule, isolée, sans famille, se sentant tantôt un fardeau, tantôt une source de problèmes.

    Il faut y voir.

  2. avatar

    Un article à la hauteur !!

    On sent de la réalité, l’isolement des personnes en phases finales et tout ce qui va avec.

    Tout ce qui découle tel que dit:
    Nous ne serons pas toujours jeunes et en bonne santé. Écoutons dès maintenant ce que les aînées et des malades chroniques ont à dire sur leur façon d’envisager la vie et la vieillesse, comme nous voudrions nous-mêmes être écoutés si nous étions dans la même situation qu’eux. Aidons-les à briser leur isolement: ce sont des citoyens et des citoyennes à part entière et nous devons leur donner la place qui leur revient dans un débat qui les concerne.

    Alors, il nous faut agir pour ne pas rester dans le flou et savoir ce que demain nous réserve…..

    Le Panda
    Patrick Juan