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Espaces, d?mocratique et libertaire

PIERRE JC ALLARD
Je surprends souvent mes amis de la Gauche en disant du bien des Libertariens.? Pour ?viter les malentendus, je veux donc aujourd?hui pr?ciser certains aspects du projet de soci?t? que je propose et d?veloppe depuis maintenant une trentaine d?ann?es.

Il y a des choses dans une soci?t? qu?il vaut mieux faire ensemble?- c?est pour ?a qu?on s?est mis en soci?t? ? et d?autres pour lesquelles chacun se suffit ? lui-m?me. Il faut donc d?abord distinguer les unes des autres?et c?est ce que fait le ??contrat social??. Dans une Nouvelle Soci?t?, le contrat social est explicite.

Une Nouvelle Soci?t? posant l?hypoth?se par d?faut d?une gouvernance d?mocratique, c?est la majorit? qui d?cidera de la fa?on de faire ce qu?il? faut faire ensemble. Nous appellerons? donc ??espace d?mocratique??, la somme de? toutes ces activit?s dont chacun a convenu, en acquies?ant au contrat social, qu?il est avantageux qu?elles soient faites collectivement.? Elles doivent ob?ir ? des r?gles communes, sous peine que ne puisse fonctionner la soci?t?, ou que ne puissent en ?tre obtenus les r?sultats qu?il est de int?r?t de chacun qu?on en obtienne.

Appartient ? l?espace d?mocratique tout ce qui est d?fini par le contrat social comme n?cessaire au bon fonctionnement de la collectivit?.? C?est le domaine d?intervention l?gitime et parfois exclusif de l??tat. Les d?cisions qui s?appliquent ? l?espace d?mocratique sont prises par la majorit?, selon les r?gles? de la d?mocratie.

Les pouvoirs que l??tat exerce ainsi dans l?espace d?mocratique ont d?abord pour objet d??noncer et de faire respecter des normes: celles qui permettent le fonctionnement courant de la soci?t? et celles qui prot?gent et rendent efficaces les droits fondamentaux du citoyen. Ainsi, l??tat peut imposer l?gitimement ? ? ceux qui en sont m?contents comme aux autres ? qu?il faille stopper aux feux rouges et que soit interdit ? tous le stockage de nitroglyc?rine dans un sous-sol de banlieue. Pour s?acquitter de cette mission normative, l??tat et ses cr?atures ? r?gions, municipalit?s, etc ? doivent avoir les ressources et les structures qui leur permettent de prendre des d?cisions l?gislatives et r?glementaires d?mocratiques, ainsi que le contr?le efficace des forces militaires et polici?res.

C?est ? l??tat, aussi, de prendre les mesures n?cessaires pour permettre ? tout citoyen la libre jouissance de tous ses droits. C?est sa mission de gouvernance et de protection des droits fondamentaux de l?individu. Quels sont ces droits fondamentaux?? Il y en a qui font consensus dans toute soci?t?, mais il en a d?autres qui sont ce que le contrat social en fait.? Certaines notions seront interpr?t?s plus amplement dans le cadre d?une Nouvelle Soci?t?.

Ainsi, la s?curit?. Personne aujourd?hui ne conteste que l??tat doive assurer ? l?individu une protection contre les ennemis de l?int?rieur comme de l?ext?rieur des fronti?res, mais il faut dire que, dans une Nouvelle Soci?t?, la s?curit? sous toutes ses formes implique plus: elle exige aussi? un acc?s efficace et gratuit ? la justice, aux ressources de la sant? et une assurance de solidarit? contre les coups fortuits du destin.

L?individu doit aussi se voir garantir par le contrat social sa part de l?abondance, celle-ci prenant la forme d?un revenu pour sa contribution ? l?effort productif commun, mais aussi ? sa part de l?enrichissement collectif qui nous vient de l?essor de la science et de la technologie qu?apporte le progr?s. Il la touchera par le biais d?une fiscalit? distributive. Ce droit ne doit d?pendre que de sa bonne volont? ? rendre disponible ? la collectivit? sa comp?tence et ses aptitudes.? C?est celui qui ne VEUT pas travailler qui n?a pas ??le droit de manger??. Celui qui ne le peut pas garde tous ses droits.

Partie essentielle de cet enrichissement collectif est dans le domaine de la culture, un patrimoine dont nous avons h?rit? et que nous avons la mission d?enrichir. L?acc?s ? la culture est donc aussi un de ces droits sacr?s qu?il faut garantir ? l?individu, ?tant entendu que c?est ? la culture qu?il veut que l?individu doit avoir acc?s? et non ? celle que la collectivit? voudrait lui imposer.

L?individu, enfin, a le droit de participer d?mocratiquement au processus d?orientation de la soci?t?, ce qui implique son droit ? l?information et ? l??ducation, ? la mesure de ses aptitudes et de sa diligence? et la responsabilit? correspondante pour l??tat de lui garantir ces droits.

Par del? sa fonction de gouvernance, et accessoirement ? sa mission normative et ? son r?le de protecteur/assureur universel, l??tat peut, si le contrat social le lui permet, jouer le r?le de fournisseur de services divers.? C?est sa fonction de g?rance, dans le cadre de ce mandat implicite de les enrichir que les citoyens donnent toujours ? leur gouvernants.

Mais quand l??tat agit dans le cadre de sa fonction de g?rance, il s??carte de l?espace d?mocratique qui est son domaine?; il devient un invit? dans l?espace libertaire. Le contrat social d?terminera quels services doivent ou peuvent ainsi ?tre offerts par l??tat et si le prix doit ou peut en ?tre imput? aux d?penses g?n?rales de l??tat ou aux utilisateurs. Le contrat social d?une Nouvelle Soci?t? interdira toujours ? l??tat, cependant, d?utiliser son pouvoir normatif pour imposer ? l?individu l?utilisation d?un service et lui en faire supporter le co?t, lui permettant seulement d?offrir au citoyen-client l?opportunit? discr?tionnaire de l?utiliser,?en concurrence avec d?autres fournisseurs

Dans l?espace d?mocratique o? doivent s?appliquer ? chacun les d?cisions prises pour tous ? et a fortiori pour ces incursions consenties dans l?espace libertaire ? il est crucial de pr?venir l?arbitraire de l??tat et la tyrannie de la majorit?.

On y arrivera en ?liminant? de l?agenda de l??tat les relents totalitaristesqui l?ont incit? ? accoler insidieusement des exigences superflues ? ses obligations.?Les individus, doivent pouvoir prendre eux-m?mes les d?cisions qui ne regardent qu?eux-m?mes.

Une Nouvelle Soci?t? va r?nover la ??d?mocratie?? actuelle ? qui n?est qu?une parodie de d?mocratie ? mais ?vitons le pi?ge de croire que, m?me si on lui donne sa forme optimale,?la d?mocratie va tout r?gler.?La d?mocratie, malgr? tout le bien qu?on en dit, n?a qu?un r?le suppl?tif ? jouer. La d?mocratie ne suffit pas ? garantir la libert? au quotidien, car la pression de la majorit? peut limiter ind?ment la gamme des choix concrets que l?individu doit pouvoir faire ? l?aune de sa propre sp?cificit?.

La d?mocratie n?offre qu?un premier niveau bien sommaire de libert?.? Au respect de la d?mocratie qui permet que l?individu participe au mieux ? la prise des d?cisions collectives, il faut ajouter, pour que la libert? y trouve pleinement son compte, la volont? de r?duire autant que faire se peut la masse de ces d?cisions collectives qui sont impos?es ? l?individu par une majorit? dont il n?est pas toujours partie prenante.

La libert? se situe au-del? de la d?mocratie. Sur un socle d?mocratique, il faut laisser se construire un piano nobile?: un ??espace libertaire??.?Une Nouvelle Soci?t? ?largira l?espace de ??non-gouvernement??, l?espace de ??l?an-archie??.

Il y a des choses qu?il faut faire ensemble, nous l?avons dit, et le contrat social confiera ? l??tat la responsabilit? de g?rer ces activit?s collectives.? L?espace d?mocratique ne repr?sente cependant qu?une petite part des activit?s auxquelles s?affairent quotidiennement les citoyens d?un ?tat post-industriel. La plus grande partie de ces autres activit?s n?exigent pas cette unit? de direction qui est le r?ve des ?tats totalitaires, mais peuvent tr?s bien, au contraire, s?accommoder de la diversit?.

Ceux qui s?objectent ? ce que l?on accepte cette diversit? le font pour deux (2) raisons. D?abord, parce qu?ils craignent de mettre en p?ril la coh?sion de l??difice social, mais aussi, souvent, parce qu?ils reculent devant le probl?me logistique de traiter la population autrement que comme un tout homog?ne. Ce sont deux objections qu?il faut revoir ? la lumi?re de la technologie moderne.

Une soci?t? moderne dispose de moyens de captage de l?information, de stockage des donn?es et de communication qui rendent plus facile qu?autrefois le contr?le par l??tat de ce qui est vraiment essentiel ? la collectivit?. Or, attention. Il y a une propension universelle ? utiliser les connaissances que l?on a et les moyens qui en sont l?application pratique?;?si les moyens plus efficaces de contr?le dont nous disposons ne sont pas mis ? profit pour g?rer une diversit? accrue, ils serviront, du seul fait qu?ils existent et que leur effet n?est pas compens?, ? imposer une conformit? plus grande. C?est l?approche totalitaire et nous croyons que le totalitarisme est un cul-de-sac que doit ?viter une Nouvelle Soci?t?.

Il y a l?alternative d?une approche libertaire, qui est celle que que nous pr?conisons: tol?rer et m?me encourager le d?veloppement parall?le de sch?mes d?action distincts au sein de la soci?t?.? L?exceptionnel est devenu moins on?reux et peut d?sormais ?tre apprivois?. ?Ces m?mes moyens qui peuvent favoriser le totalitarisme rendent possible, sur le plan organisationnel et financier, la mise en place et le fonctionnement simultan? de multiples modes administratifs distincts. Le lit de Procuste n?est plus n?cessaire.

Vus les moyens de contr?le dont nous disposons maintenant, la diversit? ne met plus en p?ril l?essentiel collectif qui correspond ? l?espace d?mocratique, ni donc la coh?sion de la soci?t?. Une Nouvelle Soci?t? accordera donc droit de cit? ? tout mode de vie, tout sch?me d?action et tout comportement qui ne contrarie pas la libert? des autres.

Ceci exigera certains arbitrages et on les fera, mais l?autorit? de l??tat pour les faire doit appara?tre clairement au contrat social. S?ils n?y ont pas ?t? pr?vus, ils ne pourront se faire que de l?accord des parties ou moyennant compensation.

Le contrat social doit donner ? l??tat d?mocratique le mandat formel de s?occuper d?un champ d?activit? ? ou de ne plus s?en m?ler. C?est quand plane une ambigu?t? quant ? la pertinence d?une intervention de l??tat dans un domaine que cet arbitrage pr?te ? controverses.

Accepter une plus grande diversit? au sein d?un soci?t?, toutefois, exige que des limites soient pos?es ? cette diversit? et que ces limites ne puissent JAMAIS ?tre transgress?es.? Une soci?t?, comme l?image invers?e d?un milieu carc?ral, ne peut se permettre d?accommoder les pr?f?rences en sont sein que si la barri?re autour de l?ensemble est elle-m?me ?tanche.

Entre citoyens, il faut avec une grande permissivit??; la tol?rance des pr?f?rence, des fantaisies et des caprices? Mais il faudra que ne soient citoyens que ceux dont on sait qu?une similitude culturelle de d?part? verra ? ce que leurs exigences soient supportables ? une tr?s vaste majorit? de la population.? Toute autre approche m?ne ? l?explosion d?une soci?t?.

Dans cette optique, on comprend que l?on puisse tol?rer que des segments de la population aient leur langue, leur religion, leurs coutumes et refuser de leur imposer une uniformit? qui nuirait? ? leur bonheur et ? notre ?panouissement collectif?.?? Mais, pour que cette? tol?rance soit accept?e, il faut que le consensus soit parfait au palier du? socle commun sur lequel elle repose.? Il faut une culture commune. D?o? le refus de migrations pour des motifs ?conomique et une r?ticence a l?accueil, pour quelque raison que ce soit, d?un nombre significatif d??l?ments culturellement inassimilables

Pierre JC Allard

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  1. avatar

    Excellente proposition. Merci PJCA

    Mais Ô combien de débats de clarifications nécessitent plusieurs données dans cet article!

    Celui qui prime est « L’autorité de l’État » qui n’est là que pour « Gérer ».

    En ce sens: « Les individus, doivent pouvoir prendre eux-mêmes les décisions qui ne regardent qu’eux-mêmes. »

    La réalité est que TOUTES les décisions regardent TOUJOURS chacun des individus. Ils devraient alors être parti « décideur » de TOUT et ne rien laisser à l’autorité qui n’est là que pour gérer.

    Un autre est la règle:

    « C’est celui qui ne VEUT pas travailler qui n’a pas « le droit de manger ». Celui qui ne le peut pas garde tous ses droits. »

    Mais qu’arrive-t-il à celui qui veut « travailler à son compte » mais que les règles établies par l’autorité empêchent le développement de petites entreprises? Il doit alors accepter de devenir « esclave » des entreprises existantes pour avoir le droit de manger.

    J’irai jusqu’à dire que celui qui « ne veut pas travailler » a, autant que tout autre, le droit de manger. Il n’a pas le droit de manger la nourriture d’autrui, si celui-ci le lui refuse. C’est là, la seule exclusivité.

    Autrement dit: Il a le droit de vivre « hors système ». C’est un choix à être installé en y définissant les exclusions et inclusions au système. Cela touche au droit des « cultures » également.

    Préparez le café, on en aura besoin autour de la table. 😉

    Cependant, il est incontestable que ce travail de discussion est impératif. On ne peut pas continuer de la façon actuelle.

    Amicalement

    André Lefebvre

    • avatar

      Il serait très intéressant de créer une section « débat » sur cette proposition de société, chez centpapiers.

      Nous verrions jusqu’où nous arriverions à établir un consensus. Peut-être trouverions-nous une structure sociale égalitaire et équitable acceptable pour tous?

    • avatar

      L’artiste

      Ce serait intéressant… mais la demande n’est pas la. Il faudra d’abord que la crise actuelle donne ses effets – et sans doute une période de violence, puis d’anarchie, puis d’autoritarisme, avant que le pouvoir ne puisse échoir a une nouvelle cohorte de leaders potentiels qui ne seront pas les héritiers intellectuels de ceux qui sont aujourd’hui en place et que l’on regarde sérieusement d’autres solutions…. comme celles que propose une Nouvelle Société

      PJCA

  2. avatar

    @ Lartiste

    « TOUTES les décisions regardent TOUJOURS chacun des individus. Ils devraient alors être parti “décideur” de TOUT et ne rien laisser à l’autorité qui n’est là que pour gérer. »

    C’est par convention (consensus préalable du contrat social) que la barrière est posée entre ce qui est (indirectement) du ressort de tous et ce qui est laissé à la totale discrétion de l’individu.

    « Mais qu’arrive-t-il à celui qui veut “travailler à son compte” mais que les règles établies par l’autorité empêchent le développement de petites entreprises?  »

    N’importe qui peut travailler à son compte, puisqu’il est dit clairement ( lire le texte) que l’État dans sa fonction de gérance – quand il offre des services – ne peut ni se réserver un monopole, ni se prévaloir de conditions plus favorables que l’entreprise privée.

    ==

    « Il a le droit de vivre “hors système”.

    Hors-systeme, il est un étranger, pas un citoyen. Il a les droits et les obligations d’un touriste. Il ne sera admis que s’il souscrit un assurance santé, Il devra donner caution pour lancer une entreprise, ses enfants payeront pour leurs études, etc.

    Pierre JC

    • avatar

      Je paie actuellement pour l’assurance maladie et on me refuse ma carte sous prétexte que mon « baptistère » n’est pas recevable pour prouvé ma citoyenneté.

      Comme vous voyez, il est facile d’instaurer des lois ou des règles pour éliminer un citoyen. Et ce n’est, ici, ni une question de religion ou de laïcisme; c’est une question de « naissance au pays ». Je n’aose dire combien j’aurais de carte d’assurance maladie si j’étais né en Afrique.

      Quant au travail à son compte,on voit actuellement l’impossibilité de subsister à tout petit entrepreneur qui ouvre un magasin. Il doit acheter une franchise. Encore une fois, il est facile d’empêcher quelqu’un de subsister.

      Ce qui prouve que de mettre sur papier un « contrat social » est possible avant même qu’un peuple se soulève, individuellement ou en groupe.

      Mais cela reste à être discuter également. De toutes façons quel que soit la proposition elle devra être discutée et acceptée par la majorité de la population.

      Reste à faire disparaître la « peur » auparavant pour que chacun puisse choisir avec toute sa raison.

      Je suis convaincu que nous sommes d’accord sur ce point. 🙂

      Amicalement