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Entrevue avec Fred Pellerin : « Mes contes r?glent mes comptes »

01. ? part Saint-?lie-de-Caxton, quel est le meilleur endroit au monde pour vivre ?

Je joue le chauvin ?chevel? de ce Saint-?lie-de-Caxton parce que c’est un village qui m’habite. J’y suis n?, mon p?re y a v?cu, mon grand-p?re de m?me, son p?re ? lui et son grand-p?re aussi. Cinq g?n?rations mises bout ? bout, ?a fait la racine longue. C’est un peu pour ?a que j’y suis tant plant?. Aussi parce qu’en naissant dans un village, tu d?veloppes un r?seau d’amis, de connaissances, de relations avec les gens qui y vivent. ? partager, voisiner, tu d?veloppes une vie communautaire. Le village devient un clan. Apr?s trente ans, je ne crois pas pouvoir reconstruire ?a ailleurs. C’est tout. Et les meilleurs endroits o? vivre ? Selon moi, ce sont tous ces « chez soi », diff?rents pour chacun. Que l’important ce soit encore d’en avoir un, de se sentir ? sa place dans un lieu, dans une communaut?.

02. Sans indiscretion, avec votre succ?s actuel, est-il possible de vivre de vos ?crits ? En d’autres mots, vos contes paient-ils vos comptes ?

Mes contes r?glent mes comptes, oui. En dehors des emplois d’?t? que j’ai eus lorsque j’?tais ?tudiant, je n’ai jamais eu d’autres emplois que celui de conter. On entend parler de moi beaucoup depuis deux-trois ans, mais ?a fait un bon dix ans que je tire subsistance de ma langue, ? promener mes histoires dans les oreilles du Qu?bec, de la France, de la Suisse et de la Belgique.

03. Et justement, avec cette popularit? qui vous colle, vous arrive-t-il encore de faire des choses toutes simples tel que des soir?es de contes dans un sous-sol d’?glise ?

Malgr? que je pr?sente mes spectacles dans des grandes salles et que mes livres aient eu un grand succ?s en librairie, j’ai des habitudes de vie trrr?s simples. Bien s?r que je dois choisir les engagements que je prends, parce que les demandes sont nombreuses, mais je continue de jouer dans des petits lieux, de rencontrer des ?tudiants dans des ?coles, et encore.

04. Vos livres offrent une exp?rience particuli?re aux lecteurs puisqu’ils sont offerts avec un disque. Il est donc possible de vous lire et de vous entendre. Quand pourrons-nous vous voir en DVD ?

Le projet d’un dvd est sur la tablette pour le moment. Pour le dernier spectacle, on a fait des captations vid?o, mais je ne voulais pas sortir un dvd pendant la tourn?e parce que je pense que le spectacle offre un exp?rience que le dvd n’offrirait pas. Toutefois, maintenant que la tourn?e est finie, il se pourrait qu’on se penche sur le projet. Je sais pas quand, je sais pas comment.

05. Vos r?cits d?montrent tr?s bien votre plaisir ? jouer avec les mots. Est-ce une tendance propre ? vos livres ou alors le Fred Pellerin de tous jours se pla?t-il aussi ? tordre le vocabulaire ?

Le Fred Pellerin de tous les jours a le verbe moins fou, parce que ?a demande un d?lire synaptique assez grave pour se virer la langue autant dans le trou de bouche. En spectacle, j’ouvre la porte ? une folie que je contient dans la vie de tous les jours. D’ailleurs, je suis assez silencieux dans le quotidien. Je suis un gars qui ?coute plus qu’il ne parle. Si je joue moins avec les mots, toutefois, j’ai l’oreille ouverte. Les perles de vocabulaire, je les savoure toujours. Je cherche ? en entendre pour m’en construire de nouvelles.

06. Les conteurs sont souvent des hommes ?g?s qui d?ballent leur exp?rience en petites (ou tr?s longues) histoires. ? peine entr? dans la trentaine, comptez-vous conter jusqu’au bel ?ge ?

Je ne sais pas jusqu’? quand je conterai. Je me suis toujours dit que j’esp?rais avoir le courage de fermer ma gueule le jour o? je n’aurais plus rien ? dire. Pour le moment, j’ai encore plein de projets dans le conte. Toutefois, si jamais je frappais un mur dans la parlure, j’ai aussi une foule d’id?es ? oser dans la musique, dans l’enseignement, et encore…

06. Servez-vous de votre imagination d?bordante pour nous expliquer pourquoi il y a deux questions #6 et aucune question #7.

L’orbite des plan?tes et le viraillage de la terre sur elle-m?me sont ? l’origine des saisons et des jours qui passent. C’est dans ces cycles qu’on a trouv? fa?on de mesurer le temps, de se donner des rep?res dans la ligne de l’?ternit?. C’est en calculant la course des plan?tes qu’on a imagin? les journ?es sur 24 h ; les ans sur 365 jours. Et ?a balance. Presque toujours. Parce qu’il reste parfois quelques miettes sur certains tours. On doit donc compenser pour se remettre les pendouilles ? l’heure. Ainsi parfois, on a l’illusion que le temps passe plus ou moins vite. On se perd donc une ann?e bissextile de temps en temps. Les questionnaires sont des gens comme les autres. ? eux s’appliquent les m?me r?gles qu’? nous. Et bien que le r?glement interdisse aux questionnaires de dix question de d?passer dix questions, il arrive qu’on doive se r?aligner les fl?tes pour compenser toutes ces miettes accumul?es. Un journaliste sensible s’en ressentira et, une fois tous les quatre ans, il ajoutera une question. La croyance populaire, en Am?rique du Nord, voudra qu’il double la question six, qu’il raye la sept, et en ajoute une onzi?me, pour brouiller les pistes et se maintenir l’horoscope propre. Voil?.

08. Cette question vous est offerte pour vous donner l’occasion de nous parler de ce que vous voulez (annoncer un spectacle, parler d’une cause, d?nigrer un ennemi…) Comment allez-vous l’utiliser ?

? dire, parler, jaser depuis dix ans, je me suis parfois enfarg? dans les chansons. ? chercher des vieilles histoires, de vieux airs se sont parfois infiltr? dans mes oreilles. Aussi, ces jours-ci, avec mon fr?re, on est a construire un album de chansons traditionnelles. Une exp?rience diff?rente. ? se renfermer dans un studio et penser chaque note, ? donner de l’accord aux bruits, ? battre la mesure pour y enlever les poussi?res. C’est un secret, ?videmment, autrement j’en aurais pas parl? ici. ?a sortira en novembre.

09. Il semblerait que vous ?tes en train de nous concocter un album de musique pour novembre 2007. ? quoi pouvons-nous nous attendre ? Votre musique s’entrelacera-t-elle avec l’univers de vos comptes ?

C’est fou comment la question 8 est bavarde. Pas fini de lui ?crire ce secret, que d?j? la 9 est au courant !

10. Et quant ? ce nouveau spectacle pr?vu pour l’automne 2008… on peut avoir un scoop ?

Je n’ai pas de scoop, parce qu’il n’y a pas de spectacle encore. Je voudrais me pencher sur le personnage du forgeron ou celui de la sorci?re du village. Je travaille pr?sentement sur l’album, aussi sur le film que j’ai ?crit et qui sera tourn? ? partir d’octobre. Dans le plan de match, je pr?vois ensuite quelques semaines de mollo, et je replongerai dans la conterie. J’irai jaser intensivement avec les vieux du village, je fouillerai dans mes notes, dans les recueils de contes, et je verrai ce qui se pr?sente. Mon id?al serai d’avoir le temps d’arriver avec un spectacle neuf pour l’?t? 2008, ? pr?senter ? Saint-?lie-de-Caxton, comme on l’a fait cet ?t?. Mais ?a risque d’?tre serr?.

11. Pour terminer, cher conteur, racontez-nous donc une petite anecdote rapide pour terminer en beaut?…

L’anecdote ? C’est qu’en r?pondant aux questions, j’ai pass? tout droit l’heure de mon rendez-vous de 10 h 07 ce mardi matin. Sept minutes de retard sur une conf?rence de presse. Le d?nouement. Aucune id?e encore. J’ai h?te de savoir !

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