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Ensauvagement

Les meutes en action : simple imitation.

Une victoire sportive, un incident avec la police qui tourne au drame pour de jeunes délinquants, un prétexte quelconque fera toujours l’affaire pour que surviennent alors des comportements de bandes qui feront la Une des médias et le désespoir des riverains. Les mots qui viendront alors spontanément à l’esprit seront tirés des métaphores animalières comme si les bêtes étaient capables de pareilles vilénies, de telles monstruosités gratuites pour le seul plaisir de propager le mal.

Ces hordes sont plus féroces et plus lâches que n’importe quel animal sauvage. Chaque individu dans ces groupes d’ultra violence agit par la seule présence des autres, assurés d’une protection et d’une impunité qui leur donnent cette assurance terrible les poussant aux pires bassesses, aux coups les plus abjectes. L’expression même de cette veulerie est le coup de pied asséné à une victime estourbie sur le sol. En cela, ces monstres n’ont aucune pitié aucune empathie quoique le plus souvent ils se réclament d’une confession pour agir de la sorte.

Tous les coups sont permis quand on est bien à l’abri dans ces sociétés parallèles, ces groupuscules de la honte absolue. Les protagonistes quand par hasard ils sont filmés, éructent, bavent, agissent en catimini, frappent et se retirent immédiatement. La fuite a leur préférence, ils n’ont d’autre stratégie que de harceler un adversaire sur ses flancs puis disparaître aussi vite qu’ils sont arrivés.

Non, vraiment les animaux n’agiraient pas ainsi d’autant qu’ils n’ont rien à défendre, ni honneur ni convictions. Ce sont des fous furieux de la castagne, des assoiffés de vengeance sans même qu’ils sachent pourquoi. Ils cassent, ils brisent, ils frappent simplement par plaisir et imitation. N’oublions jamais cependant un bénéfice induit, un avantage collatéral si je peux m’exprimer ainsi : ils pillent. C’est même là le seul bénéfice qu’ils trouvent à ces attaques sournoises, insidieuses et totalement anarchiques.

Car au fond, loin d’être des sauvages comme l’affirment nos chers représentants publics, ils sont tout au contraire l’expression la plus aboutie et la plus pervertie de notre société de la cupidité et des biens matériels. À la différence de bien des nantis, ce n’est pas en achetant qu’ils acquièrent ce qu’ils convoitent, c’est par la rapine, le racket, l’émeute, le pillage qu’ils imitent ceux qu’ils admirent et envient.

Nous avons les deux mêmes faces d’un système qui se fonde sur l’accaparement toujours plus virulent de biens matériels, d’éléments qui sont indispensables pour vivre selon un modèle sans cesse réitéré par des séries, des films et des publicités. Les meutes ne font pas émeutes, elles se donnent les moyens de rejoindre ceux qui profitent outrageusement des bienfaits d’un système que fait de l’individu un consommateur forcené. Puisqu’ils ne peuvent ou ne veulent acheter, ils se servent lors de mouvements sporadiques et incontrôlés qui ne sont que des prétextes à accaparer les marques de la réussite sociale.

Alors, cessez de les comparer à la faune, jamais l’animal n’agirait ainsi pour satisfaire non un besoin vital mais un simple désir d’imitation. Si ensauvagement il y a, il ne provient pas d’un retour à l’animalité, d’une plongée dans les profondeurs de la condition humaine. Bien au contraire, ces actes sont mûrement réfléchis et s’inscrivent pleinement dans les valeurs véhiculées par la société ultra-libérale. Ces émeutiers du pillage ne sont pas plus impitoyables que les actionnaires des fonds de pensions, ils sont l’autre versant d’une entreprise mondialisée de profit à grande échelle, le paradigme mercantilisme sans limite, l’expression anarchique du désir outrancier de l’avoir toujours plus.

Ne nous y trompons jamais. Ces hordes injectées de haines et de cupidités participent elles aussi au bon fonctionnement de l’économie impie du libéralisme qui nie les valeurs humaines pour ne considérer que celles de la bourse et du marché. En pillant, en saccageant, en s’accaparant ce qui se présente à leur convoitise exacerbée, ils font tourner le rouleau compresseur d’une économie absurde tout en ruinant parfois des braves commerçants qui seront les victimes collatérales d’une expression assez étonnante de la théorie du ruissellement.

C’est donc avec la plus extrême prudence qu’il convient de qualifier ces mouvements terrifiants. Ils ne sont pas des remises en cause de notre société mais l’expression même d’une totale adhésion à ses valeurs tout en empruntant la voie la plus directe pour atteindre les bienfaits d’une aisance matérielle sans limite.

Humainement vôtre.

 

C’est Nabum

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