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Enquête sur Sarkozy : la pièce manquante du puzzle retrouvée par le Canard (4)

Dans toute bonne affaire de politique internationale de dessous de table, il y a des cadavres, qui en savaient trop, et dont on aurait pu craindre qu’un jour ils parlent.  Dans cette affaire, il y en a un de poids.  Un ex-ministre de Kadhafi, retrouvé noyé dans le Danube.  Une mort alors qualifiée de suspecte.  Etrangement, il avait assisté à plein de réunions compromettantes, en Libye et ailleurs, et avait un dada : il notait tout ce qu’il faisait sur un petit carnet.  Le fameux petit carnet, mis en lieu sûr, est réapparu… et son contenu, révélé en partie à la presse, contient de la dynamite.  Dans ce genre d’affaires on tombe aussi sur des liens inattendus, comme celui que je vous ai retrouvé : un cousin oublié de Bernard Squarcini, qui est aussi le grand copain de Bachir Saleh ! Et, au bout de l’enquête, on finit aussi par retrouver le fameux dossier perdu sur les frasques de jeunesse d’Alexandre Djourhi.  Je vous laisse deviner, ou découvrir, chez qui il était caché…

Le cadavre de trop

gahembisOn en était dans l’épisode précédent, rappelez-vous, aux discussions sur comment faire partir discrètement Bachir Saleh, le grand argentier de Kadhafi, du territoire français.  Paris-Match évoque la discussion survenue entre Villepin, Djouhri et Saleh « quel hasard incroyable où les membres de ce trio auraient tellement de choses à se dire ! Ont-ils parlé de la position des autorités françaises vis-à-vis du mandat d’arrêt émis par Interpol contre Bashir Saleh ? Des allégations du site Mediapart sur le financement de la campagne de Sarkozy en 2007 ? Ou encore de la disparition de leur relation commune, Choukri Ghanem, l’ancien ministre du Pétrole libyen retrouvé mort noyé dimanche dernier dans le Danube à Vienne ? Que de sujets brûlants qu’il aurait été judicieux d’évoquer, au calme, par exemple, dans la suite qu’Alexandre Djhouri a l’habitude de réserver dans le palace parisien ».  Choukri Ghanem, en effet, celui qui avait assisté à la réunion de Djerba avec Villepin et Djourhi, en août 2011.  Et qui a donc entendu plein de choses, se dit-on… obligatoirement.  Lui aussi a fait défection vers l’Europe en 2011, mais le 29 avril 2012, c’est son cadavre qu’on a repêché dans le Danube, à Vienne.  Verdict des enquêteurs autrichiens : crise cardiaque ayant entraîné ensuite une noyade.danube-good  Très vite, on a évoqué la singularité de ce décès.  Des mails échangés par Hillary Clinton avec ses conseillers évoquaient même une mort « hautement suspecte ». « Pas un seul des Libyens à qui j’ai parlé ne pense qu’il ait pu se jeter dans le Danube, ou qu’il ait soudainement ressenti une douleur au cœur avant de glisser silencieusement dans la rivière. » Cette remarque est extraite d’un mail écrit le 7 juin 2012 par Chris Stevens, tout juste nommé ambassadeur des États-Unis en Libye, et elle porte sur la mystérieuse « noyade » de Choukri Ghanem à Vienne une semaine auparavant ». ghanem-chichi Il est à noter que celui qui a écrit ça avait ajouté que « beaucoup de gens pensent qu’il a été réduit au silence par des membres du régime [Kadhafi] ou des mafias étrangères (…)», et qu’il a lui-même disparu peu après, tué à Benghazi dans l’attaque tout aussi étrange de l’ambassade US.  Etonnante disparition en effet d’un homme clé, que ce Choukri Ghanem, qui consignait par écrit tous ses contacts.  Mais à son domicile viennois, on ne retrouvera rien.  Un nettoyage en règle a été fait.  Ghanem, en 2004, avait fait partie de la première ouverture « pétrolière » vers la Libye faite par l’équipe de Chirac, vieille rivale de celle de Balladur (et de Sarkozy).  On en est là, au moment où Saleh commence à peser le pour et le contre de rester en France ou pas.  Quelqu’un va le convaincre de partir et l’aider à le faire.  C’est Alexandre Djouhri.

La fuite de Saleh organisée… par Djouhri

gattrgnoIl faut attendre 4 ans et une enquête menée par deux juges pour s’apercevoir comment Bachir Saleh a été aidé pour fuir la France, pour l’Afrique du Sud, le 3 mai 2012, juste avant l’élection présidentielle où il aurait pu nuire à Sarkozy.  « La justice a obtenu la confirmation qu’Alexandre Djouhri, proche de l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin et devenu l’un des conseillers officieux de Claude Guéant, avait bien organisé l’exfiltration de Bachir Saleh de Paris, le 3 mai 2012, en étroite coordination avec le patron du renseignement intérieur, Bernard Squarcini. Un rendez-vous des trois hommes à la tour Eiffel, révélé par Les Inrocks en septembre 2012 ( nota : l’enquête est signée Michel Depratx et Geoffrey Le Guilcher, et elle est parue le 18 septembre 2012 exactement, au cas où vous désireriez la retrouver), a été confirmé par l’identification des téléphones de Djouhri, Saleh et Squarcini, et le « bornage » – la géolocalisation – de leurs appels ce soir-là ».  On a retrouvé les mêmes, sans surprise ! Les ressources de la « téléphonie » leur ont permis de retrouver trace du rendez-vous de la tour Eiffel. « Les fadettes et le bornage de différents téléphones utilisés par les trois protagonistes démontrent qu’Alexandre Djouhri a été en contact téléphonique ce jour-là à plusieurs reprises avec Bachir Saleh ainsi qu’avec Bernard Squarcini, ont-ils résumé dans un document consulté par Mediapart.  Les téléphones utilisés par Bachir Saleh et Alexandre Djouhri déclenchent également les bornes de la zone de la tour Eiffel entre 18 heures et 19 heures ce jour-là. Dans le même trait de temps, il ressort que le téléphone utilisé par Bernard Squarcini était coupé entre 18 h 24 et 18 h 43 ; jusqu’à ce qu’Alexkadaf-mandelaandre Djouhri l’appelle à 18 h 44, avant que Bernard Squarcini lui-même appelle Maître Ceccaldi, l’avocat de Bachir Saleh, à 18 h 46. » Un avion attend le résultat de la discussion du Champ de Mars.  Il s’envolera le soir même : « l’avion bimoteur emporte Saleh à 20h12. Le personnel qui a géré le plan de vol aurait reçu des consignes : « Ne rien répondre à toute question venant de l’extérieur. » Selon les sources des Inrocks, la destination est le Niger. D’autres sources parlent du Sénégal, de l’Afrique du Sud ou encore de l’Egypte ».  Ce sera pour l’Afrique du Sud, où Hervé Gattegno, ancien chef du service politique du Monde, et ensuite rédacteur en chef du Point retrouve Saleh en décembre 2013 pour Vanity Fair (photo ci-dessus à gauche).  L’Afrique du Sud, où Saleh a manifestement négocié cela…. : « Bachir Saleh ex chef de cabinet du défunt colonel Kadhafi et mémoire vivante des relations franco libyennes des 20 dernières années, aurait joué un rôle crucial dans le processus de déblocage de ses fonds. Saleh alias Bashir Al-Shrkawi, très proche du parti de libération sud africain ANC, a été prkadhafi-afésident du Libyan African Investment Portfolio qui gérait 7 milliards de dollars d’actifs » a-t-on pu lire : le prix de l’immunité pour lui. Et celle des liens glauques tissés jadis entre Kadhafi et le régime de Mandela ! En avril 2011, on le rappelle, Mouammar Kadhafi avait accepté un plan de sortie de crise présenté par les médiateurs de l’Union africaine (UA), que dirigeait alors Jacob Zuma (ici à droite le recevant) : les insurgés avaient refusé cet accord. L’Afrique du Sud, pour beaucoup d’observateurs, a surtout représenté  la « machine à laver » de l’argent sale libyen.  Le fort récent retrait de l’Afrique du Sud la CPI ne va pas aider à calmer le jeu…

Le cousin de Squarcini et l’incroyable lot de cassettes !

Dans l’article de Vanity Fair, on découvre avec surprise une confirmation de la réunion décrite par Catherine Graciet, dans « Sarkozy-Kadhafi, histoire secrète d’une trahison » !  « Pour transmettre la consigne, Squarcini prend rendez-vous avec l’intéressé au bar du Ritz. Mais à son arrivée, il a la surprise de le trouver en pleine conversation avec… deux représentants du CNT. L’un d’eux se présente : « J’ai fait des années de prison sousscarbonchi Kadhafi mais Béchir est mon ami. Nous n’avons pas de problème avec lui. »  Ce qui augure aussi d’une forme de collusion entre le CNT et les anciens partisans de Kadhafi, ce qui a toujours surpris certains.  Elle avait donc dit vrai… pour Gaubert et sa sidérante proposition (voir l’épisode précédent) !!!  Quand l’article de Mediapart avec le document impliquant Sarkozy paraît… « le 28 avril 2012, il était en Corse en compagnie de Bachir Saleh, un des hommes de confiance de Kadhafi. « J’étais à ses côtés au Sofitel de Porticcio, quand cet article est paru, et j’ai bien vu sa réaction. »  Selon lui, ce document était un faux, bien entendu… On l’avait oublié aussi, le fameux Senoussi, et pour cause, comme l’avait dit le Nouvel Obs le 28 avril 2012:  « selon le journaliste mauritanien Isselmou Ould Moustapha : « Nicolas Sarkozy n’avait aucun intérêt à traduire Senoussi en justice. Il sait beaucoup trop de choses sur les relations franco-libyennes d’avant la révolution. Selon Gattegno encore, l’homme de confiance à Paris de Saleh était Michel Scarbonchi, ex PRG, recyclé conseiller Afrique (voir ici).  Or c’est aussi, je le découvre comme vous tardivement… le cousin de Bernard Squarcini !!!  L’homme a failli hériter d’un bien étrange cadeau : « en février 2012, un ancien élu radical, Michel Scarbonchi, appelle son cousin, Bernard Squarcini, le prédécesseur de Calvar à la DCRI. Scarbonchi, élu en 1999 aux européennes sur la liste de François Hollande, retiré de la politique depuis 2004, vient d’être contacté par un jeune Libyen de 38 ans, fils d’un ancien ministre des Affaires étrangères de Kadhafi. « Ce jeune homme m’a fait rencontrer un Libyen venu de Tripoli avilla_kadhafi_big-75571vec une cassette audio d’un format que je n’avais jamais vu et qui était censée contenir la voix d’un français avec Kadhafi », raconte Scarbonchi au JDD. « Les Libyens proposaient un stock de 70 cartons contenant tous les enregistrements audio de Kadhafi entre 1991 et 2011. Ces cartons avaient été trouvés dans une villa du bord de mer appartenant à Abdallah Senoussi, l’ancien patron des services secrets libyens » (ici à droite une villa de bord de mer de Kadhafi à Misrata, filmée avec de biens étranges visiteurs... et ici une autre)  Il dit que tout a été récupéré par la DGSE, ce que confirme son cousin : « une chose est sûre, son « contact » libyen est brutalement décédé d’une crise de diabète en se rendant à Tunis. Que sont ensuite devenus les cartons de cassettes ? « Il faut demander à la DGSE », glisse Bernard Squarcini, persuadé que « plusieurs autres services secrets étrangers, dont les américains, étaient aussi sur le coup ». Patrick Calvar, à l’époque patron du renseignement à la DGSE, a-t-il suivi l’affaire ?… concluait  l’article : Patrick Calvar, resté jusqu’en juin 2008, directeur adjoint de la DST, et nouveau patron de la DCRI qui deviendra un peu plus tard l’objet de bien des questionnements de la part de… Squarcini !

Les avions utilisés

On a même retrouvé la firme d’aviation pour l’expédition express de Saleh en Afrique du Sud : « les investigations permettent aussi d’apprendre qu’« Alexandre Djouhri a contacté à trois reprises, entre 19 h 14 et 20 h 47, la compagnie de jets privés Masterjet Aviaco Executiva du Bourget, alors que d’autre part Bernard Squarcini appelait Mr Hugues Moutouh, alors conseiller spécial au cabinet de Mr Claude Guéant ministre de l’intérieur et ce pendant 48 secondes ». Masterjet, dirigée par Karol Gueremy (elle dirige aussi Unijet), son fondateur étant Henri Queffelec. Masterjet a été racheté en 2013 par Luxaviation. Un Falcon 7X CS-DTD ou in Falcon 2000 (CS-DTR), et le superbe Falcon 20 (CS-DPW) faisaient partie de la flotte de Masterjet. L’équipe de Sarko avait en effet connaissance du numéro de téléphone de MasterJet : le 24 février 2011, c’est le Falcon « 900. 14 places tout confort » (CS-DPF) de la même société que François Fillon (bien dépensier !) avait loué pour se rendre en région Rhône-Alpes ! Une habitude chez lui : « en 6 octobre 2006: François Fillon part de Biarritz pour se rendre à Madrid pour une convention du parti de la droite locale, puis rentre à Paris. Le tout est effectué en Falcon 10, un avion privatif qui coûte la modique somme de 14 200 euros le voyage à l’UMP. » Un avion d’AeroServices (le F-GPFD, un 10-100).

 187250as« Le CS-DPW… métal et rouge de chez MasterJet (ici photographié à Genêve-Cointrain, en Suisse). C’est Olivier Dassault en personne qui la fera connaître à l’un de ses amis, et futur patron de MasterJet, Philippe Queffelec, celui qui va en effet devenir le patron de la filiale française. Filiale qui va d’abord s’appeler Air Luxor Corporate Jet avant de voir son nom simplifié en MasterJet. Si la maison mère (portugaise) fera faillite (en novembre 2006) la fille se portera beaucoup mieux au fil du temps et prendra même son indépendance : « Avec un siège social à Lisbonne, une base opérationnelle à Paris Le Bourget, Masterjet est également implantée à Genève, Londres, Jeddah, New Delhi et Malte » apprend-t-on aujourd’hui. Fait étonnant, l’entreprise a tissé des liens… assez particuliers avec l’aviation… militaire : « c’’est en symbiose qu’évolue l’ensemble des équipes de Masterjet et notamment des équipages 100% français, où 40% des pilotes sont issus de l’ETEC (Escadron de Transport et de Calibration chargé du transport du président et du gouvernement Français) et le restant issus de la formation civile. Pour Jean-François Lecoanet, responsable des opérations à Paris et qui supervise l’ensemble des vols depuis le début de la compagnie, « il s’agit d’une bonne mixité entre rigueur militaire et appréhension de l’expertise civile… ». MasterJet serait-elle la société « préférée » de l’UMP ou du gouvernement ? cs-dtdVoire des deux à la fois ? On peut en effet fortement le supposer : le 23 mars 2010, quand le ministre Alain Joyandet, secrétaire d’Etat à la Coopération, emprunte un avion pour se rendre en Martinique, pour une conférence sur Haïti, la facture qu’il ramène est plutôt salée : 116 500 euros. Un aller-retour au prix d’un 727 d’occase : et quand on épluche le nom du fournisseur du Falcon 7X, on tombe bien sûr sur… MasterJet. C’est le modèle CS-DTD, luxueusement aménagé qu’a pris Joyandet pour… traverser l’Atlantique.  » Pour ce qui est des anciens pilotes de chasse recyclés pilotes de Falcon, on a un autre exemple pendable, il est vrai…

Les ahurissantes écoutes téléphoniques d’Alexandre : du Audiard, mais de série Z !

original-40804Les avions, Alexandre Djouhri les connait bien, et il en reprend donc un pour aller rencontrer entre les deux tours de la présidentielle celui qui l’a sauvé des griffes d’Interpol.  Le hic c’est que les juges l’ont dans le collimateur, et enregistrent tout ce qu’il dit.  Et là, certains tombent de haut : « Mr Alexandre » parle comme Villepin en privé, c’est à dire comme un charretier ou plutôt comme un voyou de banlieue, à part que là c’est une conversation entre lui-même et son vieil ami Squarcini : « ce jour-là, 13 mai 2013, Alexandre Djouhri, longtemps proche des réseaux chiraquiens avant de se convertir au sarkozysme, ne va pas du tout. Peu de temps auparavant, il a appris que son grand ami, Bachir Saleh, avait reçu d’étranges visites. Le grand argentier de Kadhafi est alors réfugié en Afrique du Sud, après une exfiltration rocambolesque depuis Paris organisée notamment… par Djouhri, avec l’aide de Squarcini. Les secrets de Bachir Saleh valaient bien un voyage en jet privé au moment de l’entre-deux tours de la présidentielle. Son nom venait d’apparaître sur la note révélée par Mediapart, évoquant un financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy. D’après Djouhri, des émissaires du gouvernement français ont ainsi été envoyés à Saleh pour le pousser à révéler ses secrets en échange de l’abandon des poursuites judiciaires contre lui. « Ces enc.(sic) du quai d’Orsay ont envoyé des mecs, et Valls, est dans le coup. Pour dire à Bachir qu’ils peuvent enlever le mandat de l’interpol s’il dit qu’il y a eu évidement un financement », explique Djouhri à Squarcini qui s’empresse de demander les noms des « mecs qui sont venus. »Djouhri ne les a pas. « Ce sont quand même des attachés d’ambassade qui viennent le voir », s’étrangle Djouhri. « Ils sont pourris jusqu’à la moelle ». Au détour de cette conversation, Djouhri raconte également que son « bon ami » voyage à travers le monde, malgré le mandat d’arrêt international lancé contre lui à cette époque, notamment pour détournement de fonds… A chaque escale, il semble être alpagué ». » C’est des piqûres de rappel ? Il faut qu’il leur dise qu’il est déjà vacciné ! », s’amuse le « squale »…. Un Djouhri qui aurait aussi dit aussi un jour « Je les tiens tous par les couilles. » Ce à quoi répondent en chœur Michèle Alliot-Marie et son mari, lors du forum de Doha en juin 2013 : « pour sa part, Patrick Ollier, l’ancien ministre des Relations avec le Parlement, accompagné de l’ancienne ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie (d’où son surnom de POM) n’hésitait pas, à l’image de toute la droite aujourd’hui, à lâcher l’ancien secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant. « Il a perdu les pédales. Il était surtout maître de son pouvoir sur les autres », stigmatisant ses relations dangereuses avec l’affairiste Alexandre Djouhri : « Il a essayé avec moi, je n’ai pas donné suite ».

Le petit carnet qui fait tant peur à toute la Sarkozie

quotidienUne conversation qui semble signaler aussi que le gouvernement socialiste en place a obtenu de nouveaux éléments sur la campagne électorale de Sarkozy qu’aurait financé la Libye. Et en effet.  Le cadavre de Choukri Ghanem est réapparu dans l’enquête. Ou plutôt des affaires lui ayant appartenu.  « C’est un petit carnet qui pourrait bien devenir le pire cauchemar de Nicolas Sarkozy. Le juge d’instruction parisien Serge Tournaire et les policiers de l’Office central de lutte contre la corruption (OCLCIFF) ont obtenu la communication des notes manuscrites d’un ancien dignitaire du régime Kadhafi qui détaillent une série de versements occultes au profit de l’ancien chef de l’État français, pour au moins 6,5 millions d’euros, au moment de l’élection présidentielle de 2007″ apprend-t-on.  Un petit carnet qui revient de loin : « judiciairement, l’histoire de ce carnet est celle d’un long périple au travers de l’Europe. Il a été découvert chez le gendre de Ghanem lors d’une perquisition aux Pays-Bas, menée en marge d’investigations liées à un vaste scandale de corruption impliquant le géant norvégien de la chimie Yara.  Ce dossier a donné lieu en 2015 au plus important procès financier que la Norvège ait connu de son histoire.  Choukri Ghanem y a été présenté comme l’un des acteurs de premier plan du système de pots-de-vin mis au jour. »  Un système qui rapportait gros :« retenez ces noms: Chokri et Mohamed Ghanem. Le père et le fils. Il s’agit des derniers acteurs connus du dossier libyen en Suisse. Ils apparaissent à la suite du sulfureux Khaled Hamedi, fils d’un dignitaire du régime de Kadhafi, titulaire, au bas mot, de dix-huit comptes ouverts dans trois banques en Suisse. Quelque 150 millions de francs y dorment. Ce juteux pactole a été saisi, en 2011, à la suite de dénonciations au MROS (Bureau de communication en matière de blanchiment d’argent) émises par un intermédiaire financier » écrit ici la Cité.

Plus de 6,5 millions d’euros !!!

Un petit carnet explosif, puisqu’il évoque bien des sommes précises, jamais jusqu’ici citées par Mediapart : « À la date du 29 avril 2007, soit une semaine pile après le premier tour de l’élection présidentielle française, Ghanem rédige en arabe dans son carnet le compte-rendu d’une réunion qu’il a tenue avec un autre cacique du régime Khadafi, Bachir Saleh, le très influent (et francophone) directeur de cabinet du “Guide” et patron de l’un des fonds souverains du pays, le Libyan Africa Portfolio (LAP). Est également présent Baghdadi Mahmoudi, premier ministre libyen alors en exercice. Au cours de cette réunion, Saleh dit avoir transféré 1,5 million d’euros à Nicolas Sarkozy, rapporte Ghanem ». « D’autres noms de dignitaires du régime sont également évoqués, ainsi que des montants supplémentaires : 3 millions envoyés par Saïf al-Islam Kadhafi et 2 millions par Abdallah Senoussi, chef des services secrets intérieurs libyens et beau-frère de Kadhafi. Soit un total de 6,5 millions d’euros qui auraient été versés, selon les écrits de Choukri Ghanem, en pleine campagne électorale au clan Sarkozy ». C’est énorme, en effet. Et on comprend mieux l’affolement chez l’ineffable Djourhi, qui, depuis s’est fait plus discret en France…

Les liens avec le Quatar

psgPlus discret ? Cela ne l’avait pas empêché de faire des apparitions lors de matchs de foot du PSG (cf cette photo de L’Express ici à droite), endroit connu pour être hanté par les politiques, ou mieux encore cet été encore, le 1er août 2016, avec l’inauguration du dernier hôtel 5 étoiles de la capitale, dans la prestigieuse avenue Kleber, près e l’Arc de Triomphe, le Peninsula.  Pas n’importe lequel non plus, cet hôtel.  C’est l’ex « Centre de conférences international » acheté par des Quataris, grâce à devinez qui ?  « En 2007, lorsqu’il était à Matignon, c’est lui qui a orchestré avec Jean-François Copé, alors ministre du Budget, la vente du centre de conférences internationales Kléber pour un montant record de 404 millions d’euros. Si l’Etat a, sans aucun doute, fait une bonne affaire, l’opération avait attiré l’attention de la Cour des comptes, qui s’était émue de l’empressement du gouvernement et, surtout, des conditions de l’appel d’offres, remporté haut la main par les Qatariens. Le Qatar, un pays où l’avocat d’affaires Dominique de Villepin et son ami Alexandre Djouhri se rendent régulièrement, également en « invités VIP »… Djourhi, l’ami d’un Villepin qui roule tout seul sur l’or :  « Le cabinet Villepin International, créé en avril 2008, démarre sur les chapeaux de roue. Au cours de ses deux premières années d’activité, il engrange 4,65 millions d’euros et dégage un bénéfice record de 2,6 millions. En janvier 2010, Dominique de Villepin débourse 3 millions pour installer ses bureaux dans l’hôtel particulier édifié en 1876 pour la comédienne Sarah Bernhardt, au coeur du très chic XVIIe arrondissement de Paris » écrit l’Express. Ddjourhi-villepin-hotele l’argent réglé en fait par… des sociétés ayant reçu des commissions d’armements (français !) : « Le conglomérat de la famille Bugshan, 8e fortune d’Arabie saoudite, en ferait partie. Ce groupe, soupçonné d’avoir touché des commissions occultes en marge de contrats d’armement, serait l’un des intermédiaires obligés de la France dans le golfe Persique ».  Khaled Bugshan, mis en examen en mars 2015 dans l’affaire des tableaux de Guéant !!  « La famille Bugshan, 8e fortune d’Arabie saoudite, a été, depuis les années 1970, le grand relais de la France pour les ventes d’armes dans la région. Héritier de la seconde génération, Khaled Bugshan a joué la carte de Jacques Chirac quand celui-ci est arrivé à l’Élysée, en 1995, avec à ses côtés Dominique de Villepin. L’une de ses sociétés récupère alors en catimini une partie des commissions versées lors du sulfureux contrat des frégates Sawari II, signé auparavant par le clan Balladur. Proche de l’homme d’affaires Alexandre Djouhri – un ami de Guéant – et de Wahib Nacer, discret banquier du Crédit agricole de Genève, le Saoudien continue à collaborer avec des grands groupes français après 2007 et l’élection Nicolas Sarkozy. » L’étau se resserre, car c’est lui également qui a fourni les 500 000 euros qu’il a versés en 2008 à un avocat malaisien pour que celui-ci achète les deux tableaux d’Andries Van Eertvelt, ceux de Guéant, une poudre aux yeux évidente (1) !

La villa de la magouille

villa-mouginsPlusieurs moyens ont été utilisés pour verser l’argent. La Suisse finit par en découvrir un assez particulier en avril dernier seulement : celle de l’achat en mai 2009 d’une villa à Mougins  sur la Côte d’Azur (près de la « Qatar Highway »), par le Libyan Africa Investment Portfolio (LAP) de Bachar Saleh, fonds libyen dont le siège est en effet à Genève (?), dans des conditions ahurissantes, puisque pas moins de 10 140 000 euros ont été versés, soit beaucoup plus que la bâtisse ne valait. Derrière le versement, la société panaméenne Bedux Management Inc, qui a été dissoute en août 2010,  ce qui ne facilite pas l’enquête internationale.  Le journal suisse Tages-Anzeiger explique que « toutefois, un élément risque d’embarrasser l’ancien locataire de l’Elysée. En effet, A. B. est le cousin de K. B (on retrouve facilement les saoudiens cités plus haut dont Ahmed Salem Ahmed Bugshan). Or, ce dernier a déjà eu à plusieurs reprises les honneurs de la presse française. Il est à l’origine d’un virement suspect d’un demi-million d’euros à Claude Guéant. Ce dernier, proche collaborateur de Nicolas Sarkozy, était alors secrétaire général de l’Elysée ». Le journal insistant : « par ailleurs, le banquier soupçonné d’avoir effectué le virement, un ancien du Crédit Agricole (Suisse) domicilié à Genève, « était aussi l’un des gestionnaires des comptes de Bachir Saleh, le patron du puissant fonds d’investissement libyen en Afrique, la Libya Africa Investment Portfolio (LAP) », affirme le site Mediapart. Les B., qui dirigent un groupe proche des milieux de l’armement, sont très liés à Alexandre Djourhi, autre intermédiaire français, proche de Nicolas Sarkozy, habitant à Genève. » del-mareDes localisations qui en rappellent d’autres : en 1990, on le rappelle, Jean-Claude Duvalier alias « Papa Doc » avait aussi aménagé dans la villa «Mohammedia» à Mougins, (d’une superficie de 400 m2 sur un terrain de 16 400 m2) gracieusement mise à sa disposition par le fils d’Adnan Khashoggi, l’homme d’affaires saoudien, soupçonné d’avoir dissimulé des toiles de maîtres d’un autre dictateur, Ferdinand Marcos, aux Philippines. Mobutu lui s’était installé dans une villa de Roquebrune-Cap-Martin, la «Casa Del Mare» dessinée par Georges Tersling en 1903 (avec un parc de 15 000 m2). Il l’avait achetée au milliardaire saoudien Akram Ojjeh en 1986. Et encore une fois, Pierre Péan avait vu clair :villa-sarko “à compter du début de l’année 2010, plusieurs responsables libyens soupçonnent Béchir Saleh de graves manquements dans l’utilisation qu’il a faite des fonds du LAIP. Les services secrets libyens font feu de tout bois pour tenter de mettre au jour toutes ses activités. Ils savent déjà que le LAIP a racheté à Atlas, une société suisse appartenant à Djouhri, une propriété située à Mougins, pour une dizaine de millions d’euros”, écrivait-il dans la République des Mallettes. La villa aurait été achetée par Djouhri sous le pseudonyme de « Nabila » : « Alexandre Djouhri est bien le maître des lieux et des com­plexes circuits financiers qui y ont transité. Sans jamais apparaître dans les montages, il en fait l’acquisition à la fin des ­années 1990 pour soulager Nabila, la fille du vendeur d’armes saoudien ­Adnan Khashoggi. Il a licencié la douzaine d’employés de maison, a feint de vouloir en faire un hôtel de luxe – et, surtout, a pris soin de ne pas apparaître » écrit le Monde le 3 novembre dernier. « Il a donc acheté 762 000 euros une villa dont il n’a que faire, par le biais d’une holding de Rotterdam, Aklal BV – dont il est l’ayant droit économique exclusif depuis 1998. La holding est elle-même administrée par Zarf Trust Corporation NV, immatriculée à Curaçao, une des charmantes îles des Petites… « Personnellement, je m’étais bien trompé dans mon analyse sur le rôle de la fameuse villa (lire ici). Elle est restée à l’abandon quand son gardien est décédé il  y’a 3 ans.  Si la bâtisse ne valait qu’un million maximum, voire moins à l’époque, c’est bien plus de cinq qu’avait empoché le gang de Sarko !  Or c’est désormais la somme que l’on annonce… un peu partout !  Je vous ai retrouvé l’annonce de la mise en vente actuelle de la fameuse villa.  On peut la visiter ici.  Elle offre 12 pièces et 8 chambres…

Il y a le feu désormais en Sarkozie

Dernier épisode en cours, les interrogations des proches de Sarkozy sur la vitesse à laquelle les découvertes avancent… un moyen pour lui d’éviter la prison étant en effet de se faire élire président. A mon avis, il ne restera pas en France en cas d’échec face à Juppé ou Fillon.  Pourquoi pas aux Emirats ou au Qatar.  Le dernier en date est un responsable de la DGSI, chez qui Squarcini est aussi allé à la pêche au renseignement : « Ce n’est pas la première fois que M. Calvar est sollicité par l’entourage de Nicolas Sarkozy pour tenter d’obtenir des informations. Comme l’avait révélé Le Monde, M. Sarkozy ainsi que son directeur de cabinet, Michel Gaudin, avait téléphoné au directeur de la DGSI à plusieurs reprises, comme en juin 2013, pour tenter de savoir si ses services enquêtaient sur un possible financement libyen de la campagne présidentielle de 2007. L’équipe Sarkozy cherchait ainsi à savoir si l’ancien interprète du colonel Kadhafi, Moftah Missouri, était en contact avec eux, comme on le leur avait dit. M. Missouri avait affirmé publiquement que Mouammar Kadhafi lui avait indiqué qu’il avait financé la campagne de M. Sarkozy ». Visiblement, le dossier les inquiète… celui notamment du lot de cassettes où l’on entend « une voix française« … récupéré par le fameux Scarbonchi !!! Pas moins de 2 millions auraient été réglés, on le rappelle;, par Abdallah Senoussi, le beau-frère de Kadhafi.

Le dossier maudit retrouvé… chez Squarcini !!!

Il ne me reste plus qu’à vous décrire maintenant ce qu’à découvert le Canard Enchaîné, ou plutôt ce qu’ont découvert les policiers en allant perquisitionner chez Bernard Squarcini, le gardien des clés du royaume sarkozyste. Comme je vous l’ai dit ici à plusieurs reprises, un homme, Alexandre Djourhi, a bâti sa carrière sur l’effacement complet de son dossier de police en décembre 2005, par Bernard Squarcini «Je, soussigné Bernard Squarcini, déclare établir la présente en faveur de M. Alexandre Djouhri, inconnu au service de traitement des infractions constatées et ne faisant l’objet d’aucune inscription au casier judiciaire. […] Rien de défavorable n’a pu être démontré » etc, etc…  » Ce qui a permis pendant des années à l’ami de Galouzeau (Galouzeau de Villepin étant son nom complet), en réponse à ses détracteurs, de brandir son casier judiciaire  vierge. Lui qui rappelait à chaque fois que sa seule condamnation, n’avait été qu’une amende de 400 € « pour une infraction routière« . Et non pas des voies de fait au George V. Aujourd’hui, c’est tout un système et tout un gang, on serait plutôt tenté de dire, qui vient de s’effondrer : « on croyait Bernard Squarcini reconverti dans la sécurité privée. Mais, surprise ! A ses heures perdues, l’ex-patron du Renseignement français était aussi archiviste. Lorsque la police des polices a visité son domicile et ses bureaux, le 9 avril, elle a mis la main sur près de 400 documents. Dans le lot, comme « Le Canard » l’a raconté, un joli paquet de notes classées « confidentiel-défense », des blancs diplomatiques et même un rapport de Tracfin. Les enquêteurs ont également exhumé un trésor qu’on croyait à jamais disparu : l’original du dossier Djouhri, patiemment confectionné par feu les Renseignements Généraux ! Une trouvaille miraculeuse, tant le document avait fait l’objet de longues et vaines recherches ». Squarcini avait gardé chez lui le dossier de police compromettant de Djourhi. Comme les mafieux gardant des documents sur leurs propres amis, au cas où…  30 années de dissimulation empilées depuis l’affaire de Sarcelles, cachées chez celui qui fut le premier flic de France sous Nicolas Sarkozy  !

Et ce qui devait arriver arriva : le 15 octobre dernier, le site Marianne annonçait ceci: « selon nos informations, suite à une demande de la justice française, Interpol a émis et diffusé un mandat d’arrêt international contre l’intermédiaire Alexandre Djouhri, dans le cadre de l’enquête du juge Serge Tournaire sur les soupçons de financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy de 2007. ‎Contacté par Marianne, le Parquet National Financier n’a pour l’instant fait aucun commentaire. L’intermédiaire au coeur des réseaux sarkozistes, et réputé proche de Claude Guéant, avait été convoqué à Paris à la mi-septembre par le juge Serge Tournaire selon le , mais le jour dit, il ne s’était finalement pas déplacé. De son coté, Dominique de Villepin, autre proche de l’intermédiaire, avait répondu favorablement à la convocation du juge. » A ce jour, rien n’apparaît encore chez Interpol. L’annonce semble avoir été prématurée…

(1) les juges étudiant l’affaire en découvrent tous les jours. Ainsi cette affaire dans l’affaire impliquant un exemplaire rare d’une édition de Tintin, (« Tintin au pays des Soviets ») vendue aux enchères par Villepin, mais achetée par Djouhri … et visiblement pour qu’elle lui revienne quand même au final… si les deux s’entendent à son propos

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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4 Commentaire

  1. avatar

    très intéressantes précisions ici

    http://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/droit-et-justice/affaire-libyenne-la-sarkozie-sur-ecoute_2027990.html?google_editors_picks=true

    écoutez donc simplement les reconstitutions de messages signés Djouhri, notamment…

    sidérant !!!

  2. avatar

    Ouf ! Assez éloquent.

  3. avatar

    celui de l’achat comme au supermarché de deux champs de pétrole Kazaksh est pas mal non plus !!!

    c’est sidérant cette flagornerie et ce j’m’en foutisme du peuple !!!

    Sarko est impliqué dans d’autres choses, aussi, s’il l’est là-dedans… va falloir bûcher à nouveau ça aussi… !!!

    les juges ont du pain sur la planche avec le trio infernal Sarko-Guéant-Squarcini !!

    Squarcino qui a clamé pendant des MOIS que Merah était un loup solitaire, alors que c’est bientôt le procès de son frère !!! Qui a protégé la cellule d’Artigat alors ??? Pourquoi les a-t-on laissé faire, ces tous premiers jihadistes ? A quel jeu dangereux a-t-on joué et pourquoi ???