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Enquête sur Sarkozy : la pièce manquante du puzzle retrouvée par le Canard (2)…

Hier nous avons découvert un personnage, Alexandre Djouhri, devenu incontournable auprès des politiques, en premier lieu avec Dominique de Villepin puis avec le duo Guéant-Sarkozy.  L’origine de sa fortune demeure incertaine, même si de juteux contrats d’armements sont soupçonnés, dans la lignée de celui qu’il admire et qui a pour nom Pierre Falcone. C’est l’affaire de l’Angolagate, qui sera l’objet d’un long feuilleton judiciaire en France. Affaire dans laquelle des sommes astronomiques ont été brassées.  Djouhri possède déjà une particularité : personne n’est capable de retrouver le dossier où figurent ses frasques des années précédentes (voir l’épisode 1), qui aurait dû lui voir fermer certaines portes eh haut lieu. Et peu s’étonnent aussi, ou s’offusquent à peine de le voir débarquer au milieu de l’affaire des infirmières, en Libye… en 2007, alors qu’il n’a participé à rien pendant les négociations qui ont précédé leur libération.

Il a la peau du Garde des Sceaux véritable 

C’est Libération qui résume ici les nouvelles activités  de Djouhri (et sa nouvelle fortune; vu son train de vie) :  « son interventionnisme parfois brutal s’illustre dans l’affaire de l’Angolagate, dont le procès en appel vient de débuter – une vente d’armes remontant aux années 90 qui continue d’empoisonner les relations entre Paris et Luanda. «Des contrats portant sur 50 milliards d’eupatrick_ouartros sont depuis en suspens», souligne Hervé Seveno, ancien policier devenu l’un des ténors de l’intelligence économique et intime de Djouhri, pour justifier l’irruption de Djouhri dans le dossier. Relayant la cause de Pierre Falcone, principal prévenu du dossier Angolagate, il milite au plus haut sommet de l’Etat pour sa libération, quitte à faire pression sur des magistrats. Le conseiller justice de Nicolas Sarkozy, Patrick Ouart (ici à droite), jugé trop peu actif, n’y a pas survécu : il a quitté l’Elysée fin 2010 pour pantoufler chez LVMH après s’être plaint de menaces.  Comme l’a révélé l’Express (1), Djouhri, aurait parlé de le «fumer».  Simple propos à l’emporte-pièce ou héritage de son passé où l’on ne compte plus les coups de feu ? » écrit en effet Libération le 29 janvier 2011.  Ce jour-là, « Alex » Djouhri aurait paraît-il lancé : « « avec son format, une balle ne peut pas le rater ! » , des propos relatés par Le Point (d’autres parlent de « l’embonpoint » de Ouart : Dhouhri avait aussitôt déclenché des poursuites en diffamation contre l’hebdomadaire, réclamant pas moins de 850 000 euros…

Le vendeur d’armes tant admiré

pierre_falcone1Si Patrick Ouart s’est opposé à Djouhri, c’est en effet à propos de l’affaire Falcone, cet affairiste prénommé Pierre, né de mère colombienne et de père napolitain, devenu marchand de canons, une affaire où sont apparues des sommes faramineuses et une pression très forte sur la Justice menée par les amis du marchand d’armes, dont Claude Guéant et Alexandre Jouhri, venus défendre ouvertement leur vendeur champion, resté depuis fort suspicieux. Pour mieux comprendre, il convient de rappeler ici ce qui s’est passé.  Dans les années 90,  le trafic d’armes vers l’Angola a vu des dizaines, voire des centaines de tonnes d’armement acheminés en Afrique.  Les avions de Viktor Bout y ont aidé, pour fournir la rébellion notamment, en ce qui le concerne (lire ici le cas de la mort d’un mercenaire américain, travaillant pour la CIA, et neveu d’un marchand armes également sénateur fort controversé, Curt Weldon).  Le gouvernement français est alors divisé : Mitterrand a refusé l’aide au président Dos Santos, et le minisguns2tre de la Défense du gouvernement Balladur, François Léotard penche plutôt pour le soutien aux rebelles.  Au même moment, le groupe Elf traitait à la fois avec Dos Santos et le groupe rebelle de l’Unita (le groupe soutenant le président étant le MPLA), n’ayant qu’une seule idée en tête (le pétrole du pays !).  Un beau sac de nœuds ! Cela remonte à l’époque « Charly », celle de l’ancien dirigeant du Sac qui est resté bien mafieux, comme tout le monde le sait, et à la Françafrique qui continue à piller allègrement le continent.  « L’affaire est sombre, très sombre, car elle a mouillé tout le monde » ai-je écrit ici-même.

Vieux hélicoptères repeints et revendus, ou puisés dans les stocks polonais 

w-3-myanmarL’une des sociétés qui a vendu des armes provenant des incroyables stocks laissé un peu partout par les soviétiques, Brenco Trading International Limited, était une société offshore déjà, bien avant l’heure : créée en 1985 au nom de « Pierre-Joseph Falcone », elle a en effet été immatriculée aux îles Vierges britanniques et à l’île de Man, et s’est vite liée à la Sofremi (la Société Française d’Exportation des matériels et systèmes du ministère de l’Intérieur, créée en 1985 par Pierre Jgaydamakoxe (2).  Si bien qu’elle a toujours eu un statut… semi-officiel : on savait que Falcone en vendait, mais la France officiellement ne vendait pas d’armes !  A la tête de la société, il y a le franco-israélien le flamboyant milliardaire Arcadi Gaydamak (ici à gauche). Mais il existe d’autres entités au nom de Falcone :  en Birmanie,en 1992, il a ainsi vendu 24 hélicoptères polonais (des PZL W-3T Sokół, ci-dessus à droite, et des Mil Mi-17) à travers la Setraco, comme société (avec le français Jean Pichon, de la DGSE, aux ordres de Michel Roussin (4), la Setraco étant représentée en Birmanie par Associated Business Consultancy Service (ABCS), parfois accusée de trafic de drogue). Les hélicoptères ont été vendus 60 millions de dollars « engrangés à Singapour. »  Vendre n’est pas difficile, tant la demande était alors grande en Afrique; et les stocks soviétiques sans fond : on trouve tout ce qu’on veut.  Au Cameroun, il tentera ainsi sa chance par un simple fax : « le 1er mars (1996) , Pierre Falcone s’excuse de son «retard». Il dit avoir contacté des fabricants «dans les trois jours suivant [son] retour. S’ensuit une liste de matériels militaires, dont certains de « production tchécoslovaque »». Deux solutions «de lanceurs de roquettes sont proposées: le POM35 ou POM70, plus recommandable, et le POM14, transportable par hélicoptère». Justement, des hélicoptères MI17, de fabrication russe, sont bien proposés à la vente à 2,9 millions de dollars pièce. Le fax précise que le MI17 est «l’équivalent du Superpuma français, qui coûte 13 à 14 millions de dollars». Ce fax est accompagné d’une abondante documentation décrivant les armements. Un dernier courrier, du 12 mars 1996, propose une courte liste complémentaire de matériel ». angola-war-copterCertains Mi-17 fournis étant des surplus de l’Aeroflot, comme le montre la photo ci-contre. Pour amadouer, Falcone arrose… tout le monde : un virement de 100 000 francs (15 245 €) signé de  la société Brenco de Pierre Falcone atterrit ainsi à l’Association professionnelle des magistrats (APM) présidée à l’époque par Georges Fenech. C’est insidieux, car Falcone mouille aussi beaucoup de gens en les arrosant tous : ainsi le général Claude Mouton, le vice-président de la Compagnie des Signaux en contact elle aussi avec l’Angola… était en même temps devenu le directeur général de Brenco (on compte sept millions de dollars de commissions pour Mouton). Tous se retrouveront mis en examen ! (Falcone arrosait facilement, à cs-travauxl’évidence… tout en cash, ou parfois une Volkswagen !). Et cela partait ensuite en cascade : « par ailleurs, les enquêteurs ont relevé qu’une plainte de l’organisme de lutte antiblanchiment Tracfin sur les flux financiers de Brenco avait été classée sans suite par le parquet de Paris, en janvier 1997. Or le magistrat qui a pris cette décision est un ancien membre de l’APM ».. écrivaient  en 2001 Alain Frédéric et Jean-Marc Ducos, dans le Parisien. Tout ceci a une suite. « La Compagnie des Signaux » (cf schéma de 1999 à droite) deviendra plus tard « Communications et Systèmes« , résidée par Yazid Sabeg (ici avec Dati), qui a pour ami Alexandre Djouhri. sabeg-magOr elle fait aussi partie de ce qui s’est passé en Angola : elle vend des systèmes électroniques de communication, et c’est à cause de l’un de l’un d’entre eux que l’opposant Jonas Sanvibi a été repéré et tué (5). On retrouvera les deux ensemble fin 2009 au Congo Brazzaville chez Sassou Nguesso on tente le coup, pourquoi pas, car on retrouve vite  ses, hum, « achats » et de vieilles histoires le concernant:  selon Le Canard enchaîné du 9 juillet 1997, je cite, « un homme d’affaires chiraquien et un haut responsable d’Elf procurent des armes à N’Guesso via l’Angola »..(6). Et les deux, toujours en affaire en 2012,  lors de la reprise d’Altis ex-Dassault. C’est Germain Djouhri qui avait été pressenti (le fils, celui qui épousé la fille d’un proche de Poutine, Serguei Chemezov), mais il n’avait pas le sou et il avait aussitôt refilé le bébé à Sabeg qui en était devenu le patron d’Altis (sans plus avoir d’argent devant lui) ! Et qui donc avait fait pression pour obtenir une aide de l’état à la reprise ? Je vous le demande : Claude Guéant, bien sûr !

L’affaire Falcone comme emblématique d’un système

mines-roumaines-angolaPlus tard, Pierre Falcone se lancera au sein du groupe Pierson Capital vers l’aménagement de l’Afrique par des industriels chinois. Il y est encore, en Chine. Mais auparavant il a vendu des armes, beaucoup d’armes, pour 790 millions de dollars, pas moins, au seul gouvernement angolais du président José Eduardo dos Santos. Dans le lot, il y a quelque chose que personne n’avait pu apprécier : 820 000 mines antipersonnel ont été en effet fournies par ses soins (à gauche les mines d’origine roumaine retrouvées en Angola). De quoi faire un carnage chez les enfants pendant des siècles ! Tout aussi inquiétant quand on découvre que l’argent de la vente a transité par Jean-Charles Marchiani pour alimenter le Rassemblement pour la France (RPF). La mairie de Neuilly-sur-Seine et le conseil général des Hauts-de-Seine, sont eux aussi mis en cause, or les deux sont sous la houlette de Charles Pasqua, dont un conseiller municipal s’appelle Sarkozy (il lui chipera la mairie le , alors que Pasqua est à l’hôpital !). camionCela mouille aussi Jacques Attali et Jean-Christophe Mitterrand, qui ont visiblement servi de relais de contacts aux précédents. En 2001, après un an de prison (pour non paiement d’impôts, pas pour trafic d’armes), Falcone est libéré en échange du versement d’une caution record : on parle de « quinze millions de dollars (dont dix millions, selon certaines sources, auraient été fournis par le président Dos Santos via l’entreprise publique Sonangol »). Car il bénéficie de soutiens en haut lieu : pour améliorer le tout, en effet, le président angolais en personne y est allé de sa plume en faisant de Pierre Falcone son «mandataire» officiel dans ces ventes d’armes, et en lui octroyant même en 2003 un statut diplomatique auprès de l’Unesco !!!  Il est vrai aussi que Falcone a bien aidé le président angolais, en devenant un temps son… banquier (3).  Selon Pierre Péan, Dos Santos aurait aussi largement payé un intermédiaire pour « aider » son « mandataire » à échapper à la justice française : or cet « envoyé » spécial s’appellait… Djourhi.

Intouchable ?

falcone-dos-santosLe voilà devenu intouchable ! L’affaire se traite donc en (très) haut lieu, les convocations traînent, et la Justice française tangue quand le  le juge Philippe Courroye, alors juge d’instruction, est nommé comme procureur de Nanterre, contre l’avis du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) ; car il est réputé plutôt proche de Nicolas Sarkozy, proche lui-même de Charles Pasqua. En 2010, un hebdomaire écrira même que « Courroye est l’incarnation de la porosité entre le parquet et le pouvoir » !!!  Arcadi Gaydamak, proche de Raymond Nart de la DST (Gaydamak connaît le FSB et ça l’intéresse au plus haut point), ne craint rien, lui : il a déjà fui en Israël.  angolaEt ce qu’on craignait arrive : élu l’année précédente, le  Nicolas Sarkozy fonce en Angola pour (y boire le champ’, lui qui dit ne jamais boire d’alcool !) et y déclarer en gros qu’on oublie tout, que  « le président Dos Santos a d’ores et déjà obtenu de ne pas être directement impliqué […] et qu »aucun ressortissant angolais n’est poursuivi « . Ouf ! Un coup d’éponge qui devrait être suivi logiquement d’un semblable en France. Hervé Morin, devenu ministre de Sarkozy le dit expressément d’ailleurs à l’avocat de Pierre Falcone, François Veil, en affirmant « qu’il résulte de l’examen du dossier de mon ministère à la lumière de vos observations, qu’en l’absence de transit par le territoire français, la législation relative aux opérations de vente d’armes et de munitions (…) ne s’appliquait pas aux dates retenus par le dossier de l’instruction à l’activité exercée par M. Pierre Falcone ». C’est fort maladroit et les magistrats  n’apprécient pas du tout, en réalité !

La surprise du verdict de 2009
armes-angolaFalcone peut en tout cas espérer se rendre l’esprit serein à son procès en appel sur l’Angolagate. Mais la lettre de Morin a jeté un froid et les choses ne se passent pas comme prévu avec le procès commencé le  27 Le Tribunal Correctionnel de Paris, visiblement vexé par les pressions diverses, à la surprise générale, a littéralement tapé ce jour-là dans le tas et condamne 36 personnes dont Falcone, qui  hérite de 7 ans de prison ferme (soit 6 encore à faire). Libération écrit « Une bérézina pour la Françafrique » en début d’article. « En première instance, le substitut du procureur de la République avait dénoncé lors de ses réquisitions «l’ambiance de plomb» et «les menaces à peine voilées» qui avaient marqué l’audience » : tous ont en effet eu des menaces, directes ou indirectes, ce qui explique aussi la lourdeur des condamnations !!!  En réponse aux menaces, au début du procès, le président du tribunal avait clairement prévenu Falcone que « l’agent diplomatique qui a la nationalité de l’Etat accréditaire, en l’occurrence la France, ne bénéfice de l’immunité que pour les actes accomplis dans le cadre de ses fonctions, relève-t-il. M. Falcone est de nationalité française et les faits qui lui sont reprochés sont antérieurs à sa nomination comme représentant diplomatique à l’Unesco. Il ne bénéficie ni de l’immunité, ni de l’inviolabilité diplomatique» avait-il annoncé (en photo un des 778 sites contenant des armes encore à nettoyer en 2010, selon The Halo Trust (une NGO qui nettoie les sols des mines disséminées)Or au procès, Patrick Ouart, s’était vu justement violemment reprocher par Alexandre Djouhri, de ne pas vouloir intervenir en faveur de la remise en liberté directe de Pierre Falcone ! L’année suivante, en décembre 2009, le parquet, vraiment, aux ordres, remettra effectivement en liberté le marchand d’armes en mettant en avant son statut diplomatique octroyé par l’Angola !!! Claude Guéant faisant en prime le forcing auprès du procureur général Laurent Le Mesle, sans succès, pour faire sortir tout de suite Falcone, ce dernier restant alors en prison. Le procès en appel le relaxera néanmoins le 29 avril 2011. Lourdement condamné à six ans de prison ferme en première instance, il voyait sa peine réduite à 30 petits mois de prison ferme (il pouvait sortir directement de prison, les ayant déjà effectués et n’avait plus qu’à régler 375 000 euros d’amende !!!). Le Figaro titre l’honneur retrouvé !

Dénoncer les magouilles chiraquiennes pour faire les leurs

En conclusion, tout le procès raté de l’Angolagate suinte la mainmise du pouvoir sarkozyste et de ses méthodes, héritées de ses prédécesseurs comme Charles Pasqua (c’est la Chiraquie des pots de vins qui se poursuit, en fait à part que ça va dans d’autres poches, désormais). Reste à trouver pourquoi est-on quand même allé jusqu’à un procès, en effet et là on a ça comme (bonne) explication : « Rares sont les affaires illégales concernant les politiques qui font l’objet d’un véritable procès. Alors comment expliquer que l’Angolagate figure parmi ces exceptions. On peut avancer une hypothèse, celle d’une lutte intestine entre différents réseaux à droite. Nicolas Sarkozy a conquis de haute lutte la présidence de la république, contre le réseau Chirac etpierre-falcones-house il s’est lancé en politique, dans le département des Hauts de Seine, sous le parrainage, l’aile de Charles Pasqua, pour ensuite créer son propre réseau. C’est sans doute une des raisons qui explique qu’une fois parvenu au pouvoir en 2008, Nicolas Sarkozy s’échine à déminer le terrain de l’Angolagate. Un autre des raisons qui explique, que Nicolas Sarkozy, cherche à enterrer cette affaire, relève aussi de la défense des intérêts des transnationales françaises. Car dès 2004, les intérêts de Total, bien implantée en Angola, sont directement menacés ». Pour ce qui est de Pierre Falcone, il est désormais en Chine, nouvel eldorado, mais ne ne peut plus bénéficier de sa villa en Arizona, près de Phoenix (« 1200 m2, onze salles de bains, un ciné, un gymnase, 800 000 $ de meubles… »). Sa femme, ancienne Miss Bolivie International 1988, devenue peintre, a dû la quitter après la découverte de malversations sur son autorisation de séjour. Et quelques oublis :  « plus d’1 M$ d’impayés auprès de sociétés de travaux publics locales et de gros arriérés de taxes de propriété ». Depuis, ça va beaucoup mieux pour elle, semble-t-il… Ah, Venise…

Il rejoint la bande de Sarko après avoir suivi Villepin

Et l’affaire Ouart avait un poids évident car chacun savait à l’époque que Patrick Ouart était le ministre officieux de la Justice, pour palier aux (graves) insuffisances de Rachida Dati, la météore gouvernementale lancée par Sarko (lire ici des deux épisodes : on y verra qu’elle a comme ami  Pierre-Yves Gilleron, ancien de la DST. (« L’homme a un passé assez sulfureux » avais-je ajouté). Djouhri  est en effet devenu le copain de la bande de Sarko qui lui avait pourtant aussi promis « une balle entre les deux yeux » quelques années auparavant (celles où Djourhi était chiraquien), après avoir été celui de De Villepin : en avril 2007 pourtant, nous rappelle le génial Rimbus, avais-je noté, une réunion fort surprenante avait eu lieue :  « en avril, Bernard Squarcini, grand flic d’obédience sarkozyste, a organisé un rendez-vous entre Alexandre Djouhri et Nicolas Sarkozy, en présence de son directeur de cabinet Claude Guéant. Selon Intelligence Online, qui avait révélé cet entretien « secret » dans un palace parisien… »fouquet-good« Qu’avaient-ils bien pu se dire à l’époque ? Parler de la surveillance électronique des frontières des Emirats ? De la longueur des câbles électriques à mettre ? » Avais-je écrit. Ou parler de comment se passer d’un procès pour violence au Georges V, grâce à l’entregent de la nouvelle ministre de la Justice, une certaine Rachida Dati (alors très proche d’Henri Proglio comme on avait pu le constater au Fouquet’s (7) ?« Proglio n’est pas à un compagnonnage douteux prêt. Alexandre Djouhri est un autre «ami de vingt ans», a concédé le grand patron devant les flics en janvier 2005. Ancien lascar reconverti dans les affaires, Djouhri pratique à merveille la politique de l’entrisme : rendre initialement de menus services, puis se rendre indispensable au point de partager le pouvoir, jusqu’à finalement donner des ordres. «Djouhri est l’homme sans qui Proglio n’est rien», racontait l’ancien magistrat Alain Marsaud, recyclé chez Veolia. D’autres cadres ont témoigné de cette injonction de l’étrange «ami» lors d’une réunion au sommet : «Je vous arrête, c’est moi qui parle. Henri n’est pas un général, c’est un petit soldat ». Sidérant !

Il se permet tout, et engrange tant qu’il peut

Puissant, il l’est devenu à un point phénoménal, comme le raconte le Point : « Autoproclamé « secrétaire général adjoint de l’Elysée », celui dont Claude Guéant loue « la connaissance des Affaires industrielles » peut d’un simple mot faire ou défaire une carrière. En 2008, Patrick Kron, le patron d’Alstom, ose snober les ouvreurs de portes recommandés par Djouhri pour un grand contrat en Algérie. Mal lui en prend : il est remercié du jour au lendemain » écrivent Christophe Labbé et Mélanie Delattre (Kron reste à la tête d’Alstom (il y était encore en 2015, c’est du contrat algérien seul qu’il avait été exclu). fressozMais Alstom vendra son TGV de 2 milliards d’euros au Maroc voisin : le chantier sera lancé le 3 octobre 2011 par Mohamed VI et … Sarkozy… un équipement au demeurant fort controversé. Dans le livre « F.G.V. Faillite à grande vitesse », Marc Fressoz raconte comment le contrat marocain à été obtenu…par l’entregent de devinez qui ? Alexandre bien sûr :  « un personnage sulfureux intervient également dans les négociations. Il s’agit du mystérieux homme d’affaires Alexandre Djouhri, intermédiaire proche à la fois de Nicolas Sarkozy, de Dominique de Villepin et de l’ex-patron de Veolia passé à la tête d’EDF, Henri Proglio. Guillaume Pepy, d’habitude si prolixe devient sourd lorsqu’on évoque le rôle de cet intermédiaire. Chez Alstom, on se contente de dire que « le financement du contrat marocain a été totalement transparent mais que le marché d’Arabie Saoudite entre dans d’autres logiques plus vastes »... Le Maroc, lui, risque gros dans l’affaire : l’investissement pour le TGV  est de 20 milliards de DH, soit l’équivalent du tiers des recettes touristiques marocaines…Le plus étonnant étant que Djouhri, dans tout ça, ne parle ni anglais ni arabe… dans les négociations comme dans le privé !!!

Des sommes astronomiques

Les bijouteries de Sarcelles sont bien loin. Les sommes perçues ont été phénoménales, en effet. Péan estime « aussi que, dans l’affaire de l’Angolagate, Djouhri aurait obtenu entre « 45 et 50 millions de dollars » du président angolais Dos Santos. Le prix des négociations à mener avec l’Elysée et la Place Vendôme afin que l’homme d’affaires Pierre Falcone, poursuivi pour des ventes d’armes, ne retourne en prison. En vain ». Voici donc une des explications probable de sa « retraite » suisse… la défense d’intérêts (attention, Pierre Falcone reprend à chaque fois les journaux qui en font un trafiquant, puisque le dernier procès l’a « blanchi »).  Ce qui avait inquiété à l’époque jusqu’à Monaco : « Les relations haut placées dont il fait étalage, de Charles Pasqua à Bernard Tapie, laissent circonspect le renseignement monégasque, qui évoque dans son rapport « un personnage douteux à surveiller, pouvant être utilisé comme un dirigeant de façade permettant à d’autres individus de pratiquer des activités prohibées ». Djouhri, lui, se verrait plutôt comme l’homme qui « arrange les affaires des grands de ce monde »... Et le pire, c’est qu’il y croit !

Condamné pour violence, mais toujours sans casier

En novembre 2009, en tout cas, 5 ans après les faits, la cour d’appel de Paris confirme la condamnation de Djouhri à 400 euros d’amende pour «violence ayant entraîné une incapacité de travail inférieure à huit jours». Voilà qui pourrait nuire sérieusement à ses activités. Oui, mais voilà. Mr Alexandre a le bras long depuis quelque temps : selon Le Parisien« Nicolas Sarkozy aurait rencontré Alexandre Djouhri à deux reprises en mars et avril 2007, alors qu’il n’est encore que ministre de l’Intérieur. Puis à neuf reprises jusqu’en février 2010 – les agendas saisis par la justice s’arrêtent en octobre 2010 ». On l’aide donc un peu pour que ces déboires n’apparaissent pas trop dans son CV qui doit rester immaculé s’il veut continuer à faire des affaires à l’étranger… et  pour cela, un homme est tout destiné : « dans une attestation de moralité destinée à le laver de tout soupçon, Bernard Squarcini, patron de la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), souligne que son casier judiciaire est vide, ce dont personne ne doute un seul instant, mais aussi qu’Alexandre Djouhri est «inconnu au Service de traitement des infractions constatées [Stic]». Curieux : ce fichier de police est régulièrement critiqué pour recenser dans le même pot les mis en cause, victimes ou simples témoins d’une affaire, au risque de l’amalgame. Si Djouhri ne figure pas au Stic, fût-ce en tant que victime de règlements de comptes, c’est donc que son dossier a été toiletté (« Envolé, disparu , volatilisé?) . Une autre «fiche confidentielle», estampillée «très protégée», précise à son propos (après rappel de quelques antécédents) à la rubrique «confidentiel défense» : «Individu à ne pas appréhender sur contrôle, signaler présence et informer service.» ». unknownBref, Squarcini, (ça se confirme de jour en jour avec ces découvertes récentes) a manifestement joué les « Victor »… le nettoyeur à la Jean Reno, dans les archives des RG ! Oubliée, la balle de 11,43, oubliée la menace au restaurant, effacé le punching-ball à l’hôtel George V… On (lui) efface tout, et… « il » recommence ! Pourtant, logiquement, le fichier STIC devrait retenir encore quelque chose :  « si vous avez finalement été “blanchi” par la justice, il arrive que vous soyez quand même fiché » note-t-on ici. Là, plus rien, Alexandre a obtenu une nouvelle virginité ! Un vrai miracle administratif ! Squarcini, roi de la gomme à effacer ! « Envolé, disparu, volatilisé » le dossier de Djouhri ! Selon le Canard du jour, en effet, «  Le 26 novembre 1990, une note du SRPJ de Versailles le présentait même comme « une figure montante du milieu parisien ». Et puis, comme par enchantement, toutes ces calomnies ont disparu ! Aucune trace dans les coffres-forts des Renseignements généraux. Leur dernier patron, Joël Bouchité, se souvient d’ un gros dossier : j’avais émis des doutes sur le personnage. Il était connu des services, mais il n’y avait ni condamnation ni poursuite engagée contre lui ».  Un « gros dossier » ?

Des affaires à faire… partout

Besoin de notoriété et de blanchiment… de CV, mais dans quel but ? De faire des affaires, pardi ! Oh, là, il y en a plein, il ne faut pas chercher très loin… dans les relations sarkoziennes. Après l’Afrique et les pays du Maghreb ou du Moyen-Orient, un autre marché s’éveille. « La Russie ! Nouvel eldorado pétrolier, terrain de chasse pour aventuriers des affaires. «Alexandre ne s’y intéresse qu’en raison de sa belle-famille», nuance un proche. Car son fils Germain a eu le bon goût d’épouser la fille d’un oligarque, Sergueï Niyzov. Petit oligarque, mais oligarque quand même. En mars 2010, Nicolas Sarkozy reçoit Dmitri Medvedev en visite officielle. En marge des grands discours sur l’amitié franco-russe, il est surtout question de vendre quatre bâtiments de projection et de commandement à la marine russe – un marché de 1,5 milliard d’euros » (ce sont les fameux « Mistral » revendus depuis à l’Egypte). « Moscou est demandeur, Paris est ravi de fournir un peu de travail aux chantiers navals de Brest et de Saint-Nazaire. Guère besoin d’intermédiaires. Lors du dîner officiel à l’Elysée en l’honneur du président russe, le plan de table est soigné : côte à côte, Alexandre et Germain Djouhri, le beau-père russe, Henri Proglio. rostecLe lendemain, Nicolas Sarkozy remet en personne la légion d’honneur à Sergueï Chemezov, ancien espion du KGB en RDA (à l’époque supérieur de Vladimir Poutine, les deux sont ici en photo), aujourd’hui président de Rostekhnologuii, office d’import-export du complexe militaro-industriel. Une breloque remise à la demande d’Alexandre Djouhri, selon plusieurs sources. Notre héros nie toute intervention mais paradera lors du dîner offert dans la foulée par le récipiendaire, selon le récit de la Lettre A, une revue confidentielle. «Peu après la remise de la décoration, Chemezov, arborant fièrement son insigne rouge, a réuni une trentaine d’invités dans un salon de l’hôtel Bristol. Plusieurs industriels et hommes d’affaires étaient présents : Louis Gallois [EADS], Luc Vigneron [Thalès], Jean-Charles Naouri [Casino], etc. Peu discret, comme à son habitude, l’homme d’affaires proche de l’Elysée Alexandre Djouhri allait de l’un à l’autre, embrassait chaleureusement son ami Yazid Sabeg.» Revoilà le duo reformé !

L’étrange Mr Baussart

gueant-repasEt qui donc embraye aussi sur le défrichage des contrats en Russie ? Un autre membre du « gang » appelé… Claude Guéant. Le 4 avril 2013, Squarcini se permet en effet d’appeler son successeur à la DCRI (son ex-adjoint), pour obtenir des renseignements sur un dénommé « Bossart ». Il s’agit en fait de Fabien Baussart, du Think Tank du CPFA (le « Center for Political and Foreign Affair »). Drôle de « Centre », qui le 18 septembre 2015 à Astana (au Kazakhstan) organisait un débat sur « La paix en Syrie », bachar-fanen compagnie de Randa Kassis, une franco-syrienne, copine d’Alexandre del Valle, la fondatrice et la présidente du « Mouvement de la société pluraliste » et surtout une ancienne membre du Conseil national syrien et donc opposée à Bachar el Assad. Anti-Bachar, mais nettement russophile ! Baussart, il est vrai, est fort apprécié chez… Sputnik news. Et elle aussi; Poutine adore jouer au chat et à la souris avec tout le monde.  C’est Claude Guéant qui se renseignait alors sur le cas Baussart, un proche de Jean- Paul Gut, un des dirigeants du groupe aéronautique européen EADS, sur comment développer des affaires en Russie, via… Alexandre Djouhri !!! (Baussart pose ici fièrement en photo avec le Président de Tchétchénie Ramzan Kadyrov (?). Guéant souhaitait alors donner un coup de pouce à un  ancien associé de Messier Partners, Jean-Charles Charki : ce n’était pas n’importe qui non plus, car c’est tout bêtement son propre gendre ! A noter que Baussart était aussi derrière Bakchich, comme actionnaire … or selon Pierre Péan, Djouhri aurait tenté de prendre le contrôle du journal satirique, notamment en injectant 123 000 euros lors des déboires financiers du titre en 2009, versés de Suisse. Au départ, le même Djouhri avait déposé plainte contre Bakchich, en réclamant 200 000 euros de dédommagement, ce qui aurait mis la rédaction sur la paille. Le plus étonnant, raconte Pierre Péan (page 421), c’est qu’au pot fêtant l’arrivé de l’argent de sauvetage, on avait pu apercevoir… Bernard Squarcini, une des cibles préférées du journal pourtant, et grand copain de Djouhri comme on le sait.

Grâce à de solides soutiens

barbComment en est-il arrivé là se demande-t-on ? Par un long chemin d’approche, tout simplement. Alexandre a en effet rencontré en 1990 un ancien policier qui est devenu un soutien de poids, raconte Emmanuel Fansten dans son livre « Les nouveaux barbouzes. Enquête sur la privatisation de l’espionnage » : « Depuis, tous ceux qui ont cherché à en savoir plus sur ce mystérieux intermédiaire se sont heurtés tôt ou tard à un de ses principaux lieutenants: Hervé Séveno. Ancien policier de la Brigade financière, patron du cabinet de conseils I2F, Séveno a fini par être identifié comme le porte-parole officieux de Djouhri. «Par principe, Alexandre refuse toute interview, indiquait Séveno à des journalistes du Nouvel Observateur, en mars 2010. Il considère qu’il n’est pas un homme public. Mais avec son accord, et exceptionnellement, je vous recevrai.» Etrange sollicitude (…). La légende raconte que les deux hommes ont fait connaissance en Afrique au début des années 1990, alors que Seveno était en mission pour la DNAT, la Division nationale anti-terroriste. Ils ne se quitteront plus. Après un détour par la Brigade financière, le policier prend sa retraite en 2000 pour fonder I2F, une petite société spécialisée dans le «risque pénal». i2fDéjà très introduit dans la politique et les affaires, Alexandre Djouhri va alors prendre le nouveau consultant sous son aile et lui présenter certains de ses amis influents, comme Henri Proglio ou Jean-Charles Naouri, le PDG du groupe Casino. Electrisés par Djouhri, les deux patrons ouvrent aussitôt les portes de leur entreprise à Hervé Séveno (qui a aussi été officier de police dans Division nationale anti-terroriste de 1989 à 1995). Grâce à son généreux mentor, l’ancien policier entame donc une reconversion remarquée dans le privé et signe rapidement quelques jolis contrats. En retour, il va devenir le factotum de Djouhri » (8). Avec un pareil soutien, tout lui devient permis en effet.  C’est Séveno, également fondateur du SYNFIE, le Syndicat Français des professionnels de l’Intelligence Economique, qui se remuera beaucoup lors de l’affaire du contrat Miksa, avec comme concurrent direct Ziad Takieddine, que Séveno surveille alors tous les jours…seveno A l’époque, comme aujourd’hui encore tout est bon pour flinguer la concurrence. Quand Sarkozy commence à avoir des déboires… conjugaux, les crocodiles du marigot de barbouzes s’emparent du dossier et répandent dans les médias tout ce qu’ils peuvent trouver sur le sujet. « Rien ne prouve que le patron d’I2F a alimenté les rumeurs sur la vie privée de Sarkozy. Mais quelques semaines plus tard, son nom apparaîtra noir sur blanc dans une note de la DST… sur l’affaire Clearstream. Datée du 9 décembre 2004, cette note est une bombe à retardement. «Trois agents privés de recherche (…) auraient pu (mais au profit de qui ?) déployer des moyens techniques en relation avec l’affaire», écrit notamment la DST à propos de Séveno et de deux autres figures bien connues de la mouvance chiraquienne »… Ce long combat entre sarkozystes et chiraquiens, je vous l’ai expliqué ici. Entre les deux, c’est « la haine du partage des commissions », tout simplement ! Là où il y a (beaucoup) d’argent à se faire, ils s’écharpent. C’est l’éternel combat Takieddine contre Djouhri !

Grignoter partout où il peut

infirmieres-bulgares-le-grand-marchandage-19894Mais malgré cela, notre entremetteur va vaincre l’opposition sarkozyste, et tout en restant fidèle à l’ennemi juré Villepin, va commencer à se rapprocher du pouvoir en place depuis 2007. Notre « Alexandre », se retrouve donc dans la sphère sarkozienne, à donner des coups de main (et plus des coups de poings, donc !) pour se mettre en valeur. On le retrouve ainsi derrière l’expédition de sauvetage de « l’Opération Cécilia », celle des malheureuses infirmières bulgares jetées en prison par Kadhafi, dans laquelle la seconde épouse de Nicolas Sarkozy a été projetée en avant, avec comme chaperon … Claude Guéant. Mais c’est par une bien étrange manière : selon Péan,« Djouhri, assure-t-il, aurait été un acteur de premier plan de cet épisode, d’abord en suggérant l’intervention dans le dossier de Cécilia ex-Sarkozy, puis en montant l’opération avec le directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi, le Libyen Béchir Saleh. Le tout, bien que l’affaire fût quasi réglée : la rançon pour la libération des infirmières avait déjà été versée. L’intervention intempestive de Djouhri aurait fait « monter les enchères ». D’après Péan, le Qatar serait alors intervenu pour payer la lourde addition » (9) Selon l’ennemi juré Takkiedine, il y a bien eu… une augmentation des tarifs. Et pas des moindres : « Plus tard, j’apprendrai que l’émirat a finalement apporté 300 millions de dollars au lieu des 135 initialement prévus », explique l’intermédiaire, intarissable sur son épopée libyenne » dit-il le 8 mars 2012 dans LePoint. A peine si on a noté un nouveau venu lors de cette affaire au sein de la cellule diplomatique de Claude Guéant, un petit nouveau parlant arabe, ce qui est plutôt rare, appelé Boris Boillon, qui organisera la visite de Kadhafi à Paris en décembre 2007 : celui-ci l’appelait même « mon fils ».

Mais ne retenez pas l’argent, cette fois, mais plutôt le nom de l’intermédiaire libyen avec lequel Alexandre aurait fait monter les enchères… Celui-là, je vous en parlerai demain… c’est la clé de ses problèmes actuels, et surtout ceux, aujourd’hui, de… Nicolas Sarkozy !

(1) c’est ici. « En novembre dernier, le conseiller de Nicolas Sarkozy pour les affaires judiciaires, Patrick Ouart, se retrouve malgré lui au coeur d’un étrange imbroglio. Ce magistrat au physique imposant et à la carrière bien remplie occupe une place prépondérante dans le dispositif présidentiel. Fidèle de Sarkozy depuis dix-sept ans, il a son mot à dire sur les nominations de tous les hauts magistrats français. Chargé de suivre les dossiers sensibles traités par la justice, il s’est notoirement opposé à Rachida Dati quand elle était garde des Sceaux, au point de passer pour le « ministre bis » de la Justice.  A la fin de 2009, ce personnage tout en rondeurs reçoit un signal inquiétant. Un intermédiaire vient le trouver, et lui confie qu’Alexandre Djouhri aurait récemment lâché à son sujet cette sentence dénuée de toute ambiguïté: « Avec son format, une balle ne peut pas le rater! » Patrick Ouart prend la menace très au sérieux.  Visiblement affecté par cet épisode, il l’évoque dès le lendemain, lors de la traditionnelle réunion du matin à l’Elysée. Et dans la foulée, il rédige un rapport destiné au président de la République. « Une note velue », selon un autre conseiller qui croit savoir que l’affaire s’est conclue par une convocation d’Alexandre Djouhri devant Nicolas Sarkozy. En tout cas, un haut fonctionnaire rappelle l’homme d’affaires à plus de circonspection… »  Ouart avait eu le malheur d’émettre simplement des réserves sur l’affaire Falcone ! « Ces décisions de justice provoquent des remous jusqu’à l’Elysée, où Patrick Ouart, désormais en opposition ouverte à Claude Guéant, refuse de s’occuper plus avant du dossier Falcone. L’attitude du conseiller aurait provoqué la fureur d’Alexandre Djouhri. En plus des menaces physiques, il aurait traité le magistrat de « raciste » et d' »Afrikaner », en référence aux partisans de l’apartheid en Afrique du Sud ».  Lassé, Ouart s’en va : « Malgré ce démenti et le départ de Patrick Ouart, revenu au groupe de luxe LVMH en janvier dernier, le malaise est loin d’être dissipé. Beaucoup s’interrogent sur la place grandissante prise par « M. Alexandre » à l’Elysée ». Celle d’un Djouhri ayant phagocité littéralement Claude Guéant !

(2) « Pierre Falcone représentait les intérêts de la SOFREMI (Société française d’exportation de matériels, systèmes et services relevant du ministère de l’Intérieur) en Amérique latine. Déjà, en 1988, il avait traité un marché de gaz de combat avec l’Irak par l’entremise d’une compagnie lui appartenant, la société Brenco. Falcone collaborait avec le Russe Arcadi Gaydamak, réfugié depuis en Israël. Dans les années 90, les deux hommes ont réalisé des ventes de pièces d’hélicoptères, de chasseurs MIG, de fusils kalachnikov et de bombes antipersonnelles au gouvernement de l’Angola pour une valeur de plus de 600 millions de dollars. Le matériel militaire provenait de ZTS-OSOS, une firme slovaque dont 44 % du capital étaient détenus par la compagnie Kurganmash et l’État russe. ZTS-OSOS obtint ses crédits de la banque Paribas par l’intermédiaire de Jean-Didier Maille, qui oeuvrait à l’époque au sein du département de compensation de la banque européenne. Maille et son directeur, Alain Bernard, auraient obtenu de juteuses commissions pour services rendus. Lors de ses dépositions, Maille a affirmé que la direction de Paribas était au courant de ses activités. » « À partir de 1996, une seconde firme d’armement prit le relais : Vast Impex, trahie par des lettres que des responsables angolais avaient acheminées à Falcone. En outre, l’enquête a amené des policiers à procéder à des perquisitions au domicile de la secrétaire de Falcone, où ils ont mis la main sur des preuves faisant état de paiements au profit de Vast Impex. En tout, plus de 100 millions ont été versés à cette entreprise jusqu’en 2000 » (lalistenoire.ca).

(3) « En effet, un montage financier complexe a permis à l’Angola de se soustraire à la dette de cinq milliards et demi de dollars qu’elle avait contractée envers la Russie durant l’époque soviétique. En 1996, le gouvernement angolais s’était entendu avec l’État russe pour rembourser une partie de cette dette (1,5 milliard) sur une période de quinze ans. Mais Gaydamak a fait une offre que les Russes ne pouvaient refuser : il leur a proposé d’acheter la dette angolaise au prix de 50 % de la valeur des billets à ordre rattachés à la tranche remboursable, soit 750 millions de dollars. Or, selon les autorités suisses, les Russes n’ont pu recouvrer que 161 des 750 millions. Cent vingt millions issus du détournement de fonds ont été versés directement dans les poches de Pierre Falcone, 60 millions dans celles de Gaydamak, le reste à des hommes de paille de l’État angolais et à Dos Santos lui-même. Les fonds pour l’achat de la dette avaient été fournis à Gaydamak par le Groupe Menatep, une institution financière à l’époque dirigée par Mikhaïl Khodorkovsky, plus tard accusé et condamné pour fraude fiscale en Russie. Le Groupe Menatep a aussi été impliqué dans le scandale du « Kremlingate » (lalistenoire.ca).

(4) « Né à Hanoï en 1944, Pichon est un ancien officier de carrière, dans la DGSE. Eurasien, il parle plusieurs langues asiatiques. En Thaïlande, il faisait son travail de renseignement sous couvert de la CGE (future Vivendi). Puis il devient « directeur du groupe Setraco », un ensemble de sociétés à forte teneur barbouzarde gravitant autour de deux pôles : la société irlandaise Setraco Limited et la suisse Setraco Services, créées respectivement par Thomas Higson et Georges Mock. Setraco Services a deux sociétés-mères, sises à Paris 8e près de l’Étoile : Commerciale DWD, présidée par Michel Wiart, et ELM Partners, une firme de conseil financier, dissoute en 1992. Cette dernière était elle-même une filiale d’ELM Securities, […] basée aux États-Unis. Autre société américaine du groupe Setraco : The Bancroft Group, à Washington (….) Alors qu’il officiait encore en Thaïlande, Pichon aurait rendu de fieffés services de renseignement aux généraux birmans dans leur combat impitoyable contre la dissidence des minorités ethniques. En 1989, il a fourgué à Rangoon deux cents autobus de réforme, vite en panne de pièces détachées. Surtout, il apparaît comme l’intermédiaire central de la négociation entre Total et le Slorc, débouchant sur l’exploitation d’un gisement de gaz offshore et la construction d’un gazoduc vers la Thaïlande. Le tracé passe dans une zone rebelle, le pays karen. Pour aider au “nettoyage”, Pichon et Falcone négocient en 1991 l’achat de 24 hélicoptères à la firme polonaise PZL – en dépit de l’embargo européen sur les livraisons d’armes à la junte birmane ».

(5) on retrouvera son fantôme sur un jeu vidéo !

(6) N’Guesso, qui reçoit en mars dernier le soutien de Dos Santos pour son élection !!! On rappelle en effet que « C’est l’implication militaire de l’Angola qui a fait basculer, en octobre 1997, le rapport de force pendant la guerre civile en faveur de Denis Sassou Nguesso. » (…) « La scène se déroule début octobre 1997 : la médiation entre belligérants congolais, assurée par le Gabonais Omar Bongo Ondimba, peine à mettre en place un compromis acceptable pour tous. Le doyen Bongo Ondimba s’étrangle de colère. A ParisJacques Chirac est tout aussi impatient. Il subit d’intenses pressions de Loïk Le Floch-Prigent, PDG d’Elf Aquitaine (pompe à fric de la Françafrique, devenue Total) pour mettre fin à la guerre et permettre de poursuivre sereinement l’exploitation des réserves pétrolières congolaises. Un matin, Chirac, excédé, appelle le président Lissouba, rival de Sassou Nguesso, et lui ordonne de mettre le cap sur Libreville pour la rencontre de la dernière chance avec le médiateur. Pascal Lissouba s’y refuse : il vient de signer l’acte de décès de son régime. Car, après la désobéissance du chef de l’Etat congolais, Paris actionne aussitôt Dos Santos qui envoie au Congo des milliers des soldats. Le 15 octobre 1997, s’ouvre l’ère Sassou II, grâce à la France de Jacques Chirac et à l’Angola de Dos Santos. Pascal Lissouba, qui prend alors le chemin de l’exil, pose ses valises à Londres d’où, fatigué de parler l’anglais tous les jours, il revient emménager dans un hôtel particulier de la rue Prony dans le XVIIe arrondissement de Paris ».

rachida-bague(7) « L’hebdomadaire Marianne a recensé sept frères et sœurs de Rachida Dati salariés de Henri Proglio, rebaptisé pour l’occasion «Pôle Emploi des fils à papa». Une des sœurs Nadjat se retrouvera la suivre un temps bombardée responsable d’un obscur projet juridique au Qatar, au moment où sa sœur était citée aux côtés du fringuant Ali Al Marri, 43 ans, procu­reur géné­ral du Qatar « décrit comme fran­co­phile et char­meur » dans le livre « Belle-Amie » de Michaël Darmon et Yves Derai. Selon eux, Dati se rendait alors au moins 3 fois par mois au Quatar (en taxe carbone elle a coûté bonbon), avec au retour des « cadeaux » visibles. Au Figaro, on avait eu la tentation de « gommer » sous Photoshop la bague Chaumet à 15 600 euros qu’elle arborait alors, une photo prise le 17 juin 2008 au Sénat.  La rédactrice en chef du service photo du Figaro, Debora Altman, s’en excusera plus tard. Rachida vient de resurgir, pour une autre demande  supposée, plutôt incongrue, qui a valu à Georges Malbrunot un dépôt de plainte en diffamation.

(8) sur son CV de société « d’Intelligence Economique », on peut lire cette savoureuse présentation : « il participe régulièrement aux travaux de la Commission des lois au Parlement, militant pour une éthique de la profession. »

(9) des enchères sur une histoire encore plus sordide qu’on ne l’imaginait, puisque deux responsables libyens auraient révélé que Kadhafi avait ordonné d’inoculer le sida a plus de 200 enfants. Une accusation qui reste à prouver, mais figurant elle aussi sur le carnet de Choukri Ghanem, retrouvé noyé à Vienne.

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

 

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