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Encore un effort, Gunther (b) !

Nous avons vu hier que les bases météo allemandes installées en Arctique ont toutes été répertoriées, y compris celle qu’on vient de nous décrire comme « secrète », ce qui pour le moins est assez surprenant.  Les documents abondent sur le sujet, qui, il est vrai est resté longtemps plus ou moins ignoré, jusqu’au jour où l’on a retrouvé intacte la fameuse station « Kurt », aujourd’hui visible reconstituée dans un musée canadien, à Ottawa (voir l’épisode précédent) (1).  La station prétendument « secrète » qui vient de faire la une des journaux elle aussi a bénéficié d’une bonne couverture médiatique en son temps, avec photos, plans, et récits de son installation. C’est ce que je vous propose de lire aujourd’hui.  Il n’y a en effet rien de secret à cet endroit !

popularMon magazine favori  pour étudier l’après guerre, »Popular Mechanics »,  a aussi traité ces événements. C’est dans son numéro d’avril 1945 (2) ce qui relève d’une certaine rapidité de traitement de l’info, pour l’époque.  Le journaliste E.M. Van Duzer y racontait le travail des gardes côtes US chargés de poursuivre les navires de ravitaillement et de détruire les bases météo allemandes et leurs émetteurs radios, à partir des patrouilles d’un « cutter » comme le Northland  (qui au départ a été in bateau à voiles !). Une chasse d’un type spécial, d’après lui : « les événementsbase-capturee qui ont mené à la capture avait tout le drame d’un thriller. De retour en 1941, le Northland a fait la première capture américaine de nazis avec la prise du navire SS Buskø (saisi avant l’entrée en guerre des states, il avait été remorqué à Boston par le vieil USS Bear). Une capture qui avait eu lieu avant l’engagement US dans la guerre !

« En 1943, le Northland a de nouveau aidé à la destruction d’une base nazie sur l’île Sabine, au sud du Groenland (nota : c’est la station « Holzauge », dans la baie de Hansa sur située au nord de l’île, contrôlée par une patrouille danoise de 15 soldats, la « Siriuspatruljen ». la base une fois découverte a été détruites plus tard par des bombardiers de l’USAAF, partis d’Islande..). A droite, en photo, une base nazie investie et fouillée par les alliés. On verra un peu plus loin (dans le prochain épisode) que c’est celle du jour, en fait… Juste avant, un Dornier Do 26 avait emmené tout le personnel de la station (ci-dessous un Do-26 de type à l’œuvre dans l’Arctique).

do26

« Puis, le 1er eptembre 1944, le Northland a repéré un chalutier armé allemand passant au travers de la glace au large de l’île de Koldewey. Il a surgi au début de l’aube de l’Arctique à seulement 7,4 miles, mais sépare du Northland par des banquises. Une chasse sinueuse de 70-miles a commencé. Le vaisseau ennemi était plus rapide, et a réussi à maintenir une distance moyenne de 10, 000 yards, ce qui était une portée trop extrême pour les canons de l’Américain.  Le Northland (ci dessous à droite avec son hydravion trawler-germanDuck) a tiré au loin vers le chalutier chaque fois qu’il est apparu entre les morceaux de banquise. Il semblait que le Northland, plus lent, allait perdre l’Allemand, mais tout à coup le chalutier modifié son cours brusquement pour éviter la glace. En esquivant de gros morceaux de glace comme un arrière esquive à travers une ligne rivale, le Northland s’est tourné vers l’allemand et tiré cette fois dangereusement près. Son obus est tombé près du chalutier. Juste au moment où il rejoignait les eaux claires l’allemand s’est arrêté. Son équipage a mis à l’eau à la hâte ses canots de sauvetage. En quelques secondes, deux grnorthlandandes explosions ont déchiré le chalutier. Les nazis avaient sabordé leur navire ».  « Les trois canots de sauvetage, avec 28 officiers et hommes, se sont dirigés tiré vers le Northland et se sont rendus. Leur commandant a remis son épée au Lieutenant Commandant R W. Boucher de Jamaica Plain, Massachusetts (près de  Boston), le skipper du Northland. L’épée se trouve maintenant dans le carré du navire. » Lors de l’opération l’accompagnait le Storis, plus récent, visible ci-dessous, avec le même hydravion Duck à bord.

storia

esatwindL’opération sur Koldewey y est aussi décrite : « lors de la première semaine d’octobre l’emplacement au sol de la base allemande a été situé. Juste avant l’aube, l’Eastwind a déposé deux pelotons de marins sur la petite île de Koldewey, à 800 miles au sud du pôle Nord. Avant le lever du jour, ils avaient pris d’assaut la radio nazie et la station météo, faisant prisonnier 12 allemands et beaucoup de matériel. Stimulé par ce succès,  la recherche a continué. Le 15 Octobre, l’avion piloté par l’Ensign Joseph T. Mchaluutier-allemandcCormack de Seattle, Wash., a repéré un autre chalutier nazi à 15 miles au large du Cap Bergen. Groenland. Le Capitaine Charles W. Thomas de Long Beach. Californie, commandant de la task force, a ordonné à l’EastWind (ici dessus à gauche) et au Southwind de poursuivre le navire. Ils se sont précipités et tard dans la nuit avaient labouré à travers les champs de glace à l’endroit où les nazis avaient été repérés.chalut-all Leurs canons jumeaux de pont de 5 pouces pointés sur le chalutier, les deux canons ont tiré salve après salve dans l’étrange nuit arctique. Un champ de déplacement rapide de banquise s’est finalement fermé sur le navire nazi. Sa situation désespérée, le chalutier a finalement lancé un drapeau blanc. Un équipage de 30 gardes-côtes et de quatre officiers est monté à bord, tandis que l’équipage de 20 matelots ennemis a été transféré sur l’Eastwind.harges Le chalutier s’est avéré être l’Extensteine. équipé d’une radio de luxe et de systèmes de communication ». A noter que l’Extensteine sera le seul navire de surface allemand jamais arraisonné par la marine US ! Lors de l’arraisonnement, cela aurait pu tourner mal : le navire allemand pris par les glaces avait été piégé, et le commandant US avait eu l’intelligence de ne pas faire monter tout l’équipage à bord de son bateau, laissant trois officiers allemands à bord… c’est un de ces officiers, Helmot Marks, qui indiquera à l’officier US  John Gira où les explosifs avaient été dissimnazi-flagulés.  On le voit ici à droite avec les cordons de mise à feu à la main devant H.Marks ! Les archives des garde-côtes montreront le drapeau nazi découvert à bord de l’Extensteine, gardé en trophée par trois matelots de USCGC Eastwind, Burton Meyers, Melvin C. Sasges, et Harold W. Webster (ci-contre à gauche).

Et Popular Mechanics de montrer aussi la capture au sol des 12 allemands de la base Edelweiss II capturée le 4 octobre 1944 (photo ci-dessous). Ce sera la dernière à se rendre (son navire ravitailleur étant l’Externsteine)24nmm1tUn document signé Pathé de meilleure qualité sur ces saisies de base peut être consulté ici. Le même est visible ici chez Getty. L’opération vers Koldewey avait eu comme sous-marin « traitant » l’U-703 (type VIIc), lors de sa 12 eme patrouille parti de Narvik, le 20 août 1944, escorté par le chalutier WBS-6 Kehdingen : poursuivi par le Northland (WPG-49), le Kehdingen s’était sabordé. En réponse, le U-307 avait tenté d’attaquer le bateau américain, mais une de ces torpilles, par chance, avait heurté un iceberg et non le patrouilleur.

capture-base-allemande

bidonLes installations perdureront jusque la fin de la guerre, pour donner des situations assez surprenantes. Cela aussi je l’ai déjà expliqué : « en 1945 encore, la Kriegsmarine ne s’avoue toujours pas vaincue : elle envoie 80 tonnes de matériel pour une nouvelle station située cette fois à Nordostland, au Spitzberg, avec à sa tête un autre météorologue réputé, le Dr Wilhelm Dege, amenés par le chalutier Carl J.Busch toujours, et son fidèle sous-marin de protection (cette fois l’ U-307). C’est l’Opération Haudegen (« Swashbuckler”). Il débarque dans un endroit exceptionnellement libre de glaces. Il sera l’un des derniers : une station flottante, en l’occurrence le navire Wüppertal, partie s’enfoncer dans la banquise a cessé d’émettre en octobre 1944, annonçant en dernier message … une panne de moteur, fatale à cet endroit. allemands-perdusLa marine allemande avait fait installer au total non pas 14 mais 16 stations météos qui fonctionnent durant le conflit (la station de Hopen) a été installée deux fois). Dege et son équipe ne sera relevé que le 4 septembre 1945 par un chalutier norvégien : avant de monter à bord, on lui fera signer un acte de capitulation. Celui, raconte-t-il, de la dernière unité allemande de ce conflit ! » . La station avait connu en effet les déboires de llivrea fin de guerre : l’ensemble du dispositif de communication de l’armée allemande détruit, ils avaient certes appris le 8 mai de leurs collègues restés en Norvège la capitulation allemande mais aucune autre information ne leur fait parvenue.  Sur place, isolés et dotés seulement d’un canot à rames, ils avaient continué à émettre des rapports météos non chiffrés désormais, « par souci scientifique » cette fois, entrecoupés de canaux de détresse destinés aux alliés et restés sans réponse. Et ce n’est qu’en septembre, que le chasseur de phoques norvégien parti du Svalbard était venu sauver Dege et les derniers soldats allemands perdus sur le bord de la banquise. L’aventure désolante est devenue un livre étonnant : »War North Of 80: The Last German Arctic Weather Station Of World War II (Northern Lights) ».

u-5371-smLa base Schatzgräber n’a donc rien de plus particulier que celles déjà citées ici dans l’épisode précédent : c’est un sous-marin, l’U-537 (un de ceux les plus photographiés en eau froide) qui avait déposé ses hommes et son matériel. L’histoire est racontée ici en détail en 2000 par le Pomor State University d’Arkhangelsk, en Russie, par Franz Selinger : « la station météo habitée à destination d’Alexandra-Land a été préparée sous le nom de code « Schatzgräber (chasseur de trésor) » en été 1943. Utilisant un navire de pêche ancien comme navire de transport et  d’escorte, une équipe de dix hommes, composée d’un météorologue comme chef du groupe, des assistants météorologiques, des opérateurs de radio et des assistants des services généraux, l’expédition a commencé à partir de Tromsø en Norvège du Nord le 19 Septembre 1943 et atteint Cambridge Bay sur Alexandra-Land le 22 Septembre après un passage sans incident. (…) L’installation s’est faite avec des conditions météo difficiles : la perte de documents importants, et les dégâts de certains équipements, avec la perte d’un bateau à moteur ont empêché la construction complète de la station et la disposition des dépôts dans une certaine mesure (…) sous-marin-baseL’U-boat (ci-dessus à gauche train de naviguer dans la baie de St Martin) a tenté de faire le tour de l’île d’est en ouest pour reconnaître la côte entre-temps. La sortie de la baie le 25 septembre, le passage entre Alexandra terres et-Prince-George-Land était bloqué par la glace, et le brouillard à l’ouest et de la brume ont empêché d’atteindre la côte nord à l’ouest, de sorte que le sous-marin a dû retourner à la baie, à temps pour aider le travail sur la station, alors que la banquise de glace approchait de la voie d’évacuation. Le 30 septembre Les deux navires ont quitté la baie, le groupe de la météo devait encore terminer la construction de la maison et devait stocker les dispositions convenablement dedans et à une certaine distance en tant que mesure de sécurité. La station était située à environ 500 mètres du rivage à une hauteur de 3o mètres au-dessus du niveau de la mer, non visibles de la mer (…) des dépôts d’urgence ont été situés à une distance d’environ 5 kilomètres de l’endroit du débarquement, où des installations de tentes, et une petite station de radio ont été stockés ressemblant à une petite cabane ». Et toujours pas de « bunker » donc !

u-537-1

ballon-bon« Les observations météorologiques ont été lancées le 15 octobre, et le 1er novembre des observations météorologiques synoptiques, par radio-sonde y compris des ascensions ont été transmises au bureau météorologique de  Tromsö. La nuit polaire durait alors du 9 novembre 1943 au 2 février 1944, et dès que la lumière du jour et la météo ont autorisé  à quitter la zone de la station, les préparations ont été faites pour l’établissement d’une station d’urgence à Mys Nimrod, qui finalement contenait une station de radio complète, des disponqarviksitions pour deux semaines, des vêtements, des sacs de couchage, du carburant pour le chauffage, tout ce qui pouvait être porté sur le dos par deux ou trois hommes à chaque excursion » (à droite le U-537 à Narvik).

« Au printemps les observations ont été améliorées, notamment les ascensions des sondes radio , et de cette maière, de novembre 1943 à juillet 1944, la station a émis 739 rapports météorologiques synoptiques, 125 ascensions radio-sonde et, au printemps, a effectué 39 ascensions de  ballons ». L’auteur ajoute donc bien que la base avait déjà été « redécouverte » par les russes plus de 40 ans après : « les restes des activités météorologiques allemandes dans l’Arctique soviétique ont été découverts plusieurs années après 1945, dévastées ou détruites par les intempéries, la neige et / ou les ours polaires, et à la fin, les champs de mines autour de la station « Schatzgräber » sur Alexandra-Land ont été éliminés l’été 1990″…

guntherBref, comme on l’a dit, la fameuse base n’avait rien de secret. Mieux encore quand on va s’apercevoir (demain, si vous le voulez bien) que la même base avait été ré-utlisée par les russes dans les années 90… ceux-là mêmes qui disent aujourd’hui l’avoir « découverte »…  il y a quelques semaines seulement...!!! Ce que « Gunther » – ici à droite- ignorait, à coup sûr… Enfin, on l’espère pour lui, à trop vouloir sombrer dans l’info « coup de poing »!

 

 

(1) c’est bien après que l’on a compris l’interêt de ces bases météo. Les alliés avaient aussi les leurs, et elles ont été vitales en jouant un rôle dans le débarquement du 6 juin 1944, comme on le rappelle ici. Ci-dessous, un hydravion Catalina posé sur la piste de tôle de Bluie West 1 au Groenland.

bluie-1-west

messer(2) à noter que dans le même magazine, on trouve la découverte par les alliés du Messerchmitt Me-163 Komet, donné pour 600 mph (965 km/h) alors qu’à côté on parle déjà du Shooting Star effectuant 800 mph (soit… Mach 1, qu’il n’a jamais atteint !). La page suivante on décrit le Shnorkel comme étant le « poumon d’acier des sous marins« . Page 13, on évoque (déjà) des V-1 embarqués par sous-marins. Et page 71, on montre cinq modèles innovants d’avions militaires, dont l’hybride XP-75; l’Ascender XP-55 à configuration canard, mais aussi le minuscule Bell XP-77 qui connaîtra la gloire dans un exemplaire de la saga Buck Danny « Avions sans pilotes »)…

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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