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Encore méconnu en France : le « BookCrossing »

 

Le « BookCrossing », également dénommé « Livre Voyageur » en France, est un concept de libre-circulation né aux États-Unis. Importée en France dès la fin de l’année 2001, cette séduisante innovation, en progression partout dans le monde, semble encore balbutiante dans notre pays

Le concept de libre-circulation des livres existait déjà il y a des décennies, et nous sommes sans doute assez nombreux à avoir – au moins une fois dans notre vie –, mis à disposition d’autrui dans l’espace public un roman, un essai, ou même un manuel pratique : ici à la terrasse d’un bistrot, là sous l’auvent d’un abribus, ailleurs sur un banc de square ou la banquette d’une rame de métro. Non pour nous débarrasser de ce livre, mais dans l’espoir qu’un lecteur ou une lectrice, séduit(e) par le titre ou le sujet de l’ouvrage, s’en saisirait plus sûrement que dans les rayonnages d’une bibliothèque municipale ; dans l’espoir surtout que cette personne ressentirait le même plaisir à le lire.

Ron Hornbaker, un informaticien américain de l’Idaho, a décidé d’aller plus loin en créant sur internet BookCrossing.com le 21 avril 2001 avec l’aide son épouse Kaori et d’un couple d’amis, Bruce et Heather Pedersen. Objet du site : permettre au propriétaire initial d’un livre, puis à ses lecteurs suivants, de faire connaître l’ouvrage et de tracer son parcours en rédigeant de surcroît, pour ceux ou celles qui le souhaitent, des commentaires de lecture. Très vite, ce concept s’est répandu en Europe avant d’essaimer un peu partout sur la planète.

Sur un plan pratique, le lecteur qui décide de déposer un livre dans un lieu public l’enregistre préalablement sur BookCrossing.com – avec ou sans commentaires – avant de le mettre à disposition de personnes inconnues dans le lieu de son choix, muni d’un code d’identification unique (le BCID*) relevé sur le site. Dès lors, le livre peut être trouvé puis lu par d’autres lec-teurs ou lectrices qui, à leur tour, remettent dans le circuit ce « livre en liberté ». Et c’est ainsi que l’on peut voir, depuis que le Livre Voyageur existe, près de 11 millions d’ouvrages passer de mains en mains, parfois dans une même localité, parfois à de très grandes distances de leur point de départ, le suivi étant rendu possible par le code BCID.

Dans de nombreuses localités, et plus seulement aux États-Unis**, les municipalités jouent le jeu en mettant à la disposition des « BookCrossers » un petit édicule – parfois une cabine téléphonique recyclée – où les livres peuvent être déposés à l’abri des intempéries. Et cela fonctionne, à tel point que l’on estime désormais à plus de 1,4 millions le nombre des adeptes de cette formule originale de Livre Voyageur dans 132 pays du monde déjà conquis par ce concept.
Qui sont les BookCrossers ? Difficile à dire, tant les profils sont variés et les études planétaires inexistantes sur le sujet. Mais pour la majorité d’entre eux, ils et elles sont éduqué(e)s, et plus ou moins consciemment motivé(e)s par une forme d’émancipation des rapports de nature commerciale qui prédominent dans les sociétés occidentales. Leur approche de l’accès à la culture est, de ce fait, romantique et ludique, mais surtout libertaire.

Ici et là, les BookCrossers vont même parfois au-delà du système initié par Ron Hornbaker et ses amis en organisant, dans les villes les plus en pointe sur le concept, des Mega-BookCrossings, autrement dit des rassemblements informels dans un parc public où sont disséminés des livres par les participants, le but étant de faciliter, lors des déambulations sur le site, les rencontres de lecteurs autour des ouvrages mis à disposition.

Pour en savoir plus sur le fonctionnement de cet étonnant système de circulation des livres, le plus simple est encore de visiter le site BookCrossing.com. Et de tendre l’oreille aux informations qui seront diffusées lors de l’arrivée prochaine du printemps : les 20 et 21 mars 2015 se tiendront en effet les Journées internationales du Livre Voyageur. Ce sera peut-être l’occasion, pour quelques-uns d’entre nous, d’entrer dans le cercle sans limites géographiques du partage des émotions littéraires que l’on a pu ressentir en privé.

* BCID : BookCrossing IDentification
** Actuellement, 29 % des « BookCrossers » se trouvent aux États-Unis, 16 % en Alle-magne, 13 %, au Royaume-Uni, 11 % aux Pays-Bas, 8 % au Canada, etc. Seuls 4 % sont français.

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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