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Encore Cantat

 

Dans l’absolu, je ne changerai pas une virgule du texte que j’avais écrit au sujet de Bertrand Cantat, il y a 10 ans. Par contre, j’ai bien noté depuis que, comme souvent, la prison n’a pas réellement conduit le condamné à une remise en question, une contrition ou surtout, un changement de paradigme quant à sa relation au monde. Le gars a continué à cogner les femmes et à se penser comme victime.

Ce qui pose en premier la question de l’adéquation de la peine : je ne vois pas à quoi sert l’incarcération si elle n’est pas assortie d’une démarche visant à rééduquer l’homme violent. Il y a eu, sur France Culture, une excellente série documentaire sur la thérapie conjointe des hommes violents et de leurs victimes, un reportage énorme où l’on comprend qu’il faut déjà du boulot pour que les bourreaux de femmes et d’enfants laissent tomber le déni et commencent à assumer leurs actes, non pas quelque chose de magique qui tombe du ciel au moment où se referment les portes du pénitencier.

Ensuite, on a bien le souci évident de la récidive de la part d’hommes qui se pensent comme des victimes et pas du tout comme des coupables. Dans le cas de Cantat, il y a une grosse présomption du fait que, sans lui, son autre femme serait encore vivante. Et il est de plus en plus clair que pour lui, imposer sa volonté à une femme n’est pas réellement un problème, aujourd’hui encore. De ce point de vue, son personnage d’artiste torturé tendance maudit, il peut se le carrer au cul.

Pas besoin de censure : le boycotte suffit largement

Enfin, le dernier problème soulevé par le retour de la revanche du Cantat est celui de la censure.
Je suis encore et toujours contre. Je trouve toujours détestable cette idée hautement absurde que certains seraient plus habilités que d’autres pour décider à leur place ce qui est bon et ce qui est mauvais — remarquons que je suis probablement athée pour des raisons assez similaires. Parce que cette idée finit toujours mal, parce qu’on est sorti de la cour de récré, parce que je déteste créer des martyrs.
Par contre, il me semble assez sain de mettre les gens face à leurs choix. Il n’existe aucun motif sérieux d’empêcher ce type de continuer à sangloter dans un micro. Et on peut également décider que de se penser légitime à régner sur les femmes par les gnons est quelque chose de pas très grave qui doit s’incliner devant le talent. Mais rien ne nous oblige à écouter Cantat, à aller à ses concerts ou à le sponsoriser en achetant sa musique.

Tout comme nous pouvons considérer finalement que la violence contre les femmes est un fait social de fond, quelque chose qui sous-tend toute notre organisation sociale et qui pourrit profondément notre civilisation. Pas un juste un buzz médiatique, pas juste la question de savoir s’il faut tirer sur le merle pleureur. Quelque que chose qui nous concerne tous, profondément, et qu’il va falloir extirper péniblement du corps social en y mettant le paquet.

 

Monolecte

 

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