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En travers de la gorge

Trop de maux.

Ça ne passe toujours pas.

 

La gorge nouée, j’ai quelque chose en travers de la gorge qui ne passe pas. Je ne suis, hélas, pas le seul dans ce cas à rester muet d’incompréhension et de honte. Les mots nous ont manqué puis ils ont afflué en désordre, ils se sont précipités dans nos bouches au goût amer. Ils se sont tellement bousculés que certains ont fini par se mettre en travers de la raison, en travers de la pensée.

Les réflexes archaïques ont ressurgi. Ils aiment tant les périodes troubles, les moments où tout bascule du côté obscur. Ils se délectent de nos faiblesses, de nos peurs irraisonnées qui nous poussent dans les abysses de l’esprit. Les appels à la vengeance, à la haine, montent de consciences qui n’ont plus aucune conscience de ce qu’elles devraient être.

La déraison l’emporte tout comme la folie. Des abrutis réclament la peine de mort pour les kamikazes comme si ceux-là ne se chargeaient pas de s’appliquer à eux-mêmes la sentence. Plus rien ne passe, tout s’agglutine derrière ce bouchon ignoble, cette tache indélébile dans notre lecture du monde. L’humanité s’égare et,pour retrouver son chemin, on ne trouve rien de mieux que de frapper à coups de bombes lancées dans un désert d’intelligence.

C’est dérisoire, c’est sans doute contre-productif, c’est en tout cas parfaitement inutile. Nous pouvons hurler notre désarroi : nos cris resteront muets tant sont sourds aux plaintes du peuple souverain les responsables politiques de toutes tendances qui, passée la parade du congrès de Versailles, ont retrouvé leurs vociférations honteuses, leurs algarades indécentes en cette période de deuil et de nécessaire dignité.

Ce spectacle non plus ne passe pas. Il m’étrangle d’indignation, il me révulse. Je ne me reconnais plus depuis bien longtemps dans cette mascarade de notables qui se comportent plus mal encore que des gamins énervés dans une cour de récréation. Pas plus que ne passent ces images de la télévision qui mènent, elles aussi, la traque au sensationnel.

Informer ce n’est pas mettre en scène la peur, la mort, les coups de feu et les assauts de la police. Informer c’est expliquer, donner des perspectives, prendre de la distance tout en laissant agir dans l’ombre ceux qui risquent leur vie pour rétablir l’ordre. Là aussi, les mots intelligents ont dû rester au fond de la gorge de nos journalistes de plateau, épuisés par des émissions spéciales à n’en plus finir où le temps d’antenne est inversement proportionnel aux réflexions profondes et pertinentes.

Les micro-trottoir me restent pareillement en travers de la gorge. Quelle est donc cette manie absurde de tendre un micro et d’offrir une audience à un quidam que l’on place volontairement dans une situation de réaction animale, atrabilaire, spontanée et viscérale ? La plupart du temps, ce sont des remarques dénuées de distance, privées de réflexion, éloignées de la sagesse qui fusent ainsi pour le plus grand plaisir de ceux dont le seule mission est de remuer la fange.

Ça ne passera jamais et pour éviter de me mettre plus en colère, je fais le vide, je coupe la radio et la télévision quand surgit le malheur n’importe où dans le monde. C’est à croire à la complicité implicite des monstres et des médias. Les uns offrent les acteurs d’une barbarie sans nom, les autres leur assurent une couverture médiatique sans équivalent pour satisfaire à leur volonté de promotion de la mort.

Je crois au pouvoir de la raison. Où est-elle en cette période dramatique ? Je crois en la réconciliation et à la solidarité. Et plus que jamais les querelles idéologiques viennent briser cette espérance alors qu’un gouvernement d’unité nationale devrait se mettre en place durant une période d’état d’urgence. Je crois à la puissance de la pensée et c’est à celle des armes que l’on fait appel, réduisant à néant notre humanité.

Oui, tout cela me reste en travers d’une gorge que les abominables intégristes ne sont hélas pas les seuls à prendre pour cible. Mon cœur saigne du « spectacle » du moment car c’est malheureusement ce mot qu’il faut employer pour désigner cette désolation mise en scène et plus rarement en mots intelligents. Redonnons la parole aux philosophes à l’exception du « va-t’en guerre » en chemise blanche et col relevé qui a une part non négligeable dans le bordel ambiant.

Demandons aux politiques de se taire, aux experts de retourner à leurs expertises, aux journalistes de laisser la police faire son boulot, aux passants de ne plus répondre à un micro qui se tend à l’improviste. Prenons alors le temps de parler entre nous, de réfléchir et parfois d’écrire loin du tumulte de la rue. La pensée a besoin de calme et elle est tout sauf un spectacle ou une représentation.

Dégorgement leur.

C’est Nabum

chemindesagesse

Source:  Agoravox.fr

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3 Commentaire

  1. avatar

    entièrement d’accord, Nabum avec le

    « Informer ce n’est pas mettre en scène la peur, la mort, les coups de feu et les assauts de la police. Informer c’est expliquer, donner des perspectives, prendre de la distance tout en laissant agir dans l’ombre ceux qui risquent leur vie pour rétablir l’ordre.  »

    il faut lutter en ce moment contre la DESINFORMATION..

    on a déjà lu de tout sur ces attentats, dont les pires bêtises… relayées par des sites qui ne VERIFIENT rien de leurs SOURCES. Le net n’est pas une POUBELLE, ce devrait être le meilleur moyen de s’informer :qui souhaite en faire un dépotoir ? Quand on cherche, on trouve vite : les groupuscules qui ne sont rien politiquement, et qui sur le net bénéficient d’une plus large audience que dans la rue.

    A propos des attentats, le principal désinformateur est l’extrême droite, qui a davantage compris l’intérêt que présente le net sur l’extrême gauche qui lui préfère le terrain.

    Il faut donc repousser les mêmes, qui nous avaient embarqué au 11 septembre sur la piste des israéliens, pour ne pas dire les juifs, ou sur celle d’un complot franc maçonnique digne des années 30. Il faut simplement savoir dire que DAECH n’est PAS un état, que de lui faire la guerre est lui faire trop d »honneur, et que ce ne sont que des groupuscules de voleurs et de trafiquants de drogue sans aucun rapport avec la religion. Et parler aussi et plus largement de ceux qui les manipulent et les financent, à savoir les Etats du Golfe pour leur donner un nom. Et cesser de tourner autour du pot, en affirmant haut et clair que le wahhabisme est une secte dangereuse et rien d’autre. Bref, il faut ECLAIRCIR tout ça et résister à ceux qui vous présentent un plat tout fait avec leurs habituels responsables. Un très beau texte a été fait sur la question et il est ici, sur les responsabilités de ces horreurs..

    http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2015/11/21/letat-islamique-a-un-pere-larabie-saoudite-et-son-industrie-ideologique/

    « Daech noir, Daech blanc. Le premier égorge, tue, lapide, coupe les mains, détruit le patrimoine de l’humanité, et déteste l’archéologie, la femme et l’étranger non musulman. Le second est mieux habillé et plus propre, mais il fait la même chose. L’Etat islamique et l’Arabie saoudite. Dans sa lutte contre le terrorisme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en serrant la main de l’autre. (…) On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Arabie saoudite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui produit, rend légitime, répand, prêche et défend le wahhabisme, islamisme ultrapuritain dont se nourrit Daech. »

    « Daesh a une mère : l’invasion de l’Irak. Mais il a aussi un père : l’Arabie saoudite et son industrie idéologique. Si l’intervention occidentale a donné des raisons aux désespérés dans le monde arabe, le royaume saoudien leur a donné croyances et convictions. Si on ne comprend pas cela, on perd la guerre même si on gagne des batailles. On tuera des djihadistes mais ils renaîtront dans de prochaines générations, et nourris des mêmes livres. »

    « Le djihadisme est avant tout l’enfant des Saoud et autres émirs auxquels [la France] se félicite de vendre à tour de bras ses armements sophistiqués, faisant fi des ‘valeurs’ qu’elle convoque un peu vite en d’autres occasions. Jamais les dirigeants français ne se sont posé la question de savoir ce qui différencie la barbarie de Daech de celle du royaume saoudien. On ne veut pas voir que la même idéologie les anime.

    Ce royaume est à bout de souffle, et un printemps arabe hélas violent le renversera. Comme j’avais pu le dire ici avant le printemps arabe….

    http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-ravages-de-la-religion-86277

    Dans l’histoire des temps, ça a toujours été le meilleur rempart contre les révoltes… qui pouvaient toujours se transformer en révolution : il suffisait d’une révolte des ventres affamés plus forte que les précédentes : des pays du Maghreb ont connu au XXe siècle des révoltes du pain dans des pays non féodaux qui ont fait vaciller le pouvoir (en Egypte et en Algérie, notamment). Tant que l’on ne coupera pas la tête d’un roi de France, on croira qu’il a le sang bleu, et qu’il est une sorte d’extraterrestre vivant parmi les humains et était donc… intouchable. Les émirs saoudiens le savent bien, mais ils ont choisi la solution de facilité, celles de lois hyper-strictes associées à une répression féroce afin d’asseoir leur autorité du temps de leur vivant (rien n’est prévu à long terme comme évolution de société : c’est un système clos et figé, s’il y a bien un parlement, il est croupion). Ce sont des Louis XVI en gandoura, en quelque sorte. Ça tiendra bien chez eux encore une ou deux générations : en France ça a tenu au minimum huit siècles ! Les habitants du pays ne sont pas des êtres humains à part entière, mais des serfs ; « taillables et corvéables à merci ». Leurs travailleurs sont leurs esclaves. On n’a pas rêvé meilleure dictature : elle est de droit divin.