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Centpapiers

  • En intermède : Mickey Mouse

    3 octobre 2007 | 5 commentaire(s) | vu 332 fois

    Il semble qu’on va tout droit vers une élection fédérale. L’heure des choix. Ah bon… ! Mais va-t-on parler des vrais enjeux ? Plus probable qu’on en fasse un concours de beauté…ou de popularité…

    Quand j’étais étudiant en Droit, ce qui historiquement se situe quelque part entre maintenant et les dernières croisades, une guinguette à la mode nous disait que Mgr Maureault, recteur de l’université, ressemblait à son père, son père à sa mère… et sa mère… Bref, Mgr Maureault n’était pas beau. En fait, Mgr Maureault n’était pas laid ; il avait l’air d’un évêque, voilà tout.

    Mais, pendant qu’on parlait de la gueule de Mgr Maureault, on ne parlait pas des frais de scolarité, on ne disait pas que 4 % seulement des Québécois avaient accès à l’éducation universitaire et que, sans fric au départ, ils étaient fichus. La tronche de Mgr Maureault avait une utilité sociale. Elle gardait les carabins tranquilles.

    Ceux qui disent, aujourd’hui, que Stéphane Dion a vraiment l’air de sa caricature, et que lui enlever ses moustaches de rongeur, c’est le réduire à rien, sont les victimes en puissance du même phénomène de manipulation qui permane toute la société actuelle. On ne devrait pas dire que Stéphane Dion n’est pas beau. On ne devrait pas dire qu’il a l’air … On s’écarte du problème… On oublie l’utilité sociale. Est-ce que Dion peut garder les Québécois tranquilles ?

    Il faut dire que Stéphane Dion, quelles que soient ses autres qualités, est totalement atypique. Il est le « non-québécois » emblématique. Tout ce qu’est Stéphane Dion, c’est ce que le Québécois n’est pas. Ça commence, mais ça ne s’arrête pas, avec ces invisibles moustaches que le caricaturiste a rendues plus ostentatoires en les lui coupant. Dion entre donc dans une souricière sans en sentir les parois.

    Nous avons, au Québec, à peu près une personne sur deux qui réclame l’indépendance. De ces gens, la moitié la veulent pour vrai, les autres préférant en parler, se demandant jusqu’où ils peuvent aller trop loin en votant oui, alors qu’au fond, ils veulent non. On est normand ; on négocie, on prend des risques. Le meunier achètera le manoir bon marché…

    En face de ce Québécois qui veut l’indépendance, il y a l’autre qui veut surtout que rien ne change. Celui-ci est un Québécois repu pour qui tout va bien — il y en a plusieurs — ou l’un de ce million de Québécois ambigus qui vivent parmi nous, mais qui ne font pas tout à fait partie de la famille, de cette « nation québécoise » que vient de nous définir Stephen Harper. Stéphane Dion est délégué par ces derniers pour convaincre les premiers de changer d’avis. Faites-moi rire !

    Il est clair que Stéphane Dion ne convaincra personne de changer d’avis. Si vous êtes un inconditionnel de l’indépendance, il n’y a qu’un choix : le Bloc. La question est donc de savoir si, parmi les Fédés repus ou ambigus, qui eux non plus ne changeront pas d’avis, un nombre suffisant seront assez impressionnés par la fermeté de Dion pour arrêter le marivaudage avec Stephen Harper et revenir au foyer libéral. La réponse probable… est que c’est bien improbable.

    Ce que Dion, le Québécois atypique, ne peut comprendre et ne pourrait de toute façon changer, même s’il le comprenait, c’est que l’attachement à Ottawa, au Québec, n’est vraiment viscéral que dans quelques rues de Westmount, de d’Arcy McGee et du West-Island. Pour la vaste majorité des « Nous-autres », même fédéralistes, c’est un choix de raison. Quand il y a une bonne raison, on la voit tous … et le Québec tout entier se précipite en masse dans une seule direction. C’est ce qui donne au Québec son pouvoir politique au sein du Canada. Or, il est bien difficile pour Stéphane Dion de se déguiser en bonne raison.

    Si, in extremis, les sondages nous disent que le reste du Canada adore Harper, « Alea jacta est «  ! Dion est un « loser », Dion est cuit. On l’assimilera alors gentiment à Mickey Mouse. Pensons pouvoir. Le ciel est bleu, votons conservateur. Les indécis du « beau risque » basculeront avec la vague bleue – on est normand, n’est-ce pas ? – et c’en sera fait de Stéphane Dion au Québec.

    Si, d’autre part, le reste du Canada aime Dion, on va humer avec suspicion, au Québec, l’odeur de soufre que dégage la trahison implicite du franco-canadien Dion qui pactise avec l’ennemi héréditaire. « Qu’est-ce que ce rongeur que je ne saurais voir ? Il faut appeler un chat, un chat, n’est-ce pas ? Dion ? Qu’il en gagne une, on verra après…. » C’est Duceppe, sans avoir rien fait pour ça, qui apparaîtra messianique et fera alors le plein des indécis, faisant gagner Harper de tous ces sièges que Dion n’aura pas obtenus au Québec, parce que le Bloc les aura pris.

    Dion peut-il gagner ces élections ? Se demander si Dion peut les gagner n’est pas tout à fait correct ; il serait plus exact de se demander si Harper peut les perdre. L’Afghanistan, le mariage des gais, le contrôle des armes à feu, Kyoto, l’aplatventrisme face aux Etats-Unis… Il y a bien des choses que Harper peut faire pour perdre. Mais il n’en tient qu’à lui. Stephen Harper peut offrir habilement aux Canadiens quelques concessions et être élu, ou ne pas les offrir et être battu. Ce que Stéphane Dion fera ou ne fera pas, au contraire, n’a aucune importance. Il est la quantité résiduelle, celui pour qui l’on vote si on n’aime vraiment pas Harper.

    Dans ce contexte, l’accession de Stéphane Dion à la chefferie du parti libéral, n’est pas un drame, juste un inconvénient. Il ne va pas se démarquer par ce qu’il signifie, mais par son insignifiance. Attention, je ne dis pas que Stéphane Dion, comme l’individu, soit insignifiant ; il ne le mérite sans doute pas. Ce n’est pas l’homme qui est insignifiant, c’est le rôle qui lui est dévolu. Mais c’est lui qui a fait sa vie et qui maintenant se choisit ce rôle.

    Bien sûr, Stéphane Dion peut gagner ces élections. Il peut les gagner en Ontario… Mais, s’il ne livre pas le Québec, il aura joué son rôle, mais n’aura pas fait son boulot. Les carabins vont chahuter, et ses jours au parti libéral sont comptés. On l’aura passé en intermède, mais on ne lui donnera pas la vedette. Kennedy, Cauchon, McKenna, bientôt Justin, c’est une autre histoire. Ce qui importe, ici, c’est que le rôle va façonner l’individu ; il nous aurait fallu un personnage qui façonne le rôle.

    Ce qui est désolant de son accession à la tête du parti libéral, c’est qu’elle bloque la sortie de secours. Il n’y a rien, dans cette élection fédérale, qui offre au Québécois une option réaliste qui corresponde à ses choix. Rien qui permette une politique internationale sans l’interventionnisme et une politique intérieure basée sur la tolérance. Le NPD, qui aurait pu monter en puissance, est maintenant neutralisé par la création sur sa gauche des Verts, dont l’apparition est trop utile à la droite pour qu’on ne se demande pas qui, tout à coup, a financé ce parti. Ça aussi, c’est une autre histoire.

    Tout devient tellement prévisible, tellement superficiel, tellement manipulé au Club House, entre deux cigares, qu’on se demande si les chevaux devraient même se rendre à la ligne de départ. Vont-ils vraiment courir ? Celui qui dirigera le Canada — ce pays auquel nous appartenons, qu’on le veuille ou non — ­ ne sera élu que sur la base d’une manipulation de dernière minute, décidée par des stratèges que n’intéressent vraiment, ni le Québec ni le Canada.

    Dommage. La politique devrait être importante. Les élections devraient être un moment important de la vie d’une nation. De la politique, qui devrait être une activité de participation, on a accepté qu’on fasse un sport-spectacle qui ne demande rien du spectateur. Dites oui ou dites non. Applaudissez. Taisez-vous. On ne sait plus trop pourquoi s’y intéresser. D’ailleurs, la plupart ne s’y intéressent plus.

    Je déplore qu’on ne s’intéresse pas à la politique. Nous avons la politique que nous méritons. Les outils de changement sont pourtant encore là. Voyez comment une campagne relativement discrète avait permis, qu’on le regrette ou non, l’arrivée d’André Boisclair à la tête du PQ… Nous avons sur notre destinée le contrôle que nous voulons. Avant que les manigances et les manipulations du pouvoir commencent, c’est nous qui vendons notre droit d’ainesse. Mickey Mouse n’était pas incontournable. Mais maintenant il est la. Le temps de l’entr’acte.

    Pierre JC Allard

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  • 5 commentaires

    • Pierre R.

    Pierre JC

    Super analyse. J’adore. Je retiens cette phrase salvatrice mais combien dévastatrice : « Dans ce contexte, l’accession de Stéphane Dion à la chefferie du parti libéral, n’est pas un drame, juste un inconvénient. Il ne va pas se démarquer par ce qu’il signifie, mais par son insignifiance ».

    Je partage pleinement, Pierre, votre constat : « Ce qui est désolant de son accession à la tête du parti libéral, c’est qu’elle bloque la sortie de secours ».

    Pierre R.

    • Daniel Bédard

    Avec tout mon respect Pierre,

    Vous semblez nous perdre quelque peu en conjectures avec vos comparaisons politiques.

    Vous commencez par Mge Maureault et finissez par Mickey Mouse. Mais quels rapports ont-ils au juste avec Stéphane Dion ?

    @ Daniel Bedard

    On disait de Mgr Maureault qu’il n’étai pas beau ; on dit la même chose de Stephane Dion. Dans un cas comme dans l’autre, ça remplaçait un autre critique plus pertinente. Pour Mickey Mouse, un caricaturiste a, pendant des années, peint Dion sous l’apparence d’une souris – ou d’un rat – lui coupnat les moustaches pour en faire un castor quand il a été élu à la chefferie libérale. Tout ceci n’est qu’artifice d’écriture, comme toute métaphore ou comme écrire en alexandrins. Le message clair est que je crois que les libéraux avec Dion n’ont aucune chance de gagner une élection…

    PJCA

    • Paul de Montréal

    > Je déplore qu’on ne s’intéresse pas à la politique. Nous avons la politique que nous méritons.

    Oui … enfin c’est plus ou moins juste. Disons que ce se sont souvent les militants qui choisissent ces candidats là et que la majorité des votants décident au final parmi un choix réduit à 2 voir 3 candidats capable de l’emporter.

    S’interesser à la politique est nécessaire mais ce n’est pas suffisant quand je vois comme les journaliste la commente souvent comme un match de boxe.

    Il faut parler du fond, des propositions et de la compétence du leader et de son équipe. C’est du travail et la polémique est plus facile a écrire.
    Quand j’écoute les débats a l’assemblée nationale ou les politiciens se lancent des chiffres contradictoires je me dit qu’il faut une source de confiance et non partisane et qui regle une bonne fois pour toute ces disputes de chiffre.

    Faire de la vulgarisation politique ou économique comme on fait de la vulgarisation scientifique.
    Tout un challenge mais dont toute la société gagnerait en y voyant plus clair.
    Pour un voté éclairé il faut une information de qualité.

    • Pierre JC Allard

    @ Paul de Montréal. Vous avez raison, mais c’est un changement radical du processus politique. Si ça vous intéresse, voir cette série de textes. Pour l’instant, dans le monde réel, dans un pays comme le Canada où les pouvoirs du Premier Ministre sont ÉNORMES, il reste que le choix concret est de savoir si ce pays sera mené par Harper ou par Dion. Point barre.

    Pierre JC Allard

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