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En 1970, le Qu?bec se barricade sauf la petite maison de la radio ? L?vis

Il y a quarante ans, en septembre 1970, Michel Trahan, un animateur de radio pas comme les autres, et sa bande de copains ? l’imagination sans limites, r?volutionnent le monde des m?dias qu?b?cois sur les ondes de CFLS (LS-Radio) ? L?vis. L’aventure dura ? peine neuf mois mais s’inscrira ? jamais dans l’histoire gr?ce ? l’innovation de sa formule caract?ris?e par la participation des auditeurs et la flexibilit? de la programmation. On en parlera jusque dans le Vancouver Sun et m?me ? l’ONU qui offre ? l??quipe de passer sur ondes courtes pour une diffusion internationale.

Dans une entrevue exclusive accord?e par Michel Trahan, directeur des programmes, et Gaston Binet, animateur, le 22 septembre dernier au si?ge social de la Fondation litt?raire Fleur de Lys ? L?vis, les deux artisans de LS-Radio nous ont livr? de nouveaux d?tails croustillants au sujet de cette aventure radiophonique historique.

Les p?tits hommes verts d?barquent !

Gaston Binet entre en ondes pour la soir?e. Un auditeur lui t?l?phone et l?appel est transmis en ondes : ?Il y a des p?tits hommes verts de chaque c?t? de la station?. Il abandonne son micro pour aller voir de ses propres yeux ce qui se passe dehors et, chose faite, il revient en studio : ?Oui, il y a des p?tits hommes verts dehors?. Puis, un autre auditeur intervient : ?Je viens de traverser le pont de Qu?bec et moi aussi j?ai vu des p?tits hommes verts?. Les appels des auditeurs voyant ici et l? des p?tits hommes verts se succ?dent et on sent une certaine inqui?tude. Soudainement, une panne de courant se produit dans la r?gion; la rive-sud et le rive-nord sont plong?es dans le noir. L?inqui?tude grandit. ?Les p?tits hommes verts, raconte Gaston Binet, sont entr?s dans la station, ont regard? ce qui se passait et sont sortis sans dire un mot.? Les rapports d?auditeurs inquiets par les p?tits hommes verts arrivant un peu partout se multiplient en ondes. Certains t?l?phonent ? la police. Gaston Binet, qui devrait fermer la station ? 1 heure du matin d?cide de rester en ondes jusqu?? trois heures devant l?insistance de son auditoire.

Le matin venu, Michel Trahan arrive ? la station et se retrouve devant une ?norme pile de messages. Parmi ces derniers, une note de rappeler la police de Ste-Foy. ?Vous avez fait peur au monde hier avec vos p?tits hommes verts en pleine panne de courant?, lui rapporte l?agent de police.

Les p?tits hommes verts, c??tait le nom donn? par le premier auditeur en ligne ce soir-l? aux soldats de l?arm?e canadienne en d?ploiement au Qu?bec lors de la Crise d?octobre. Mais jamais personne ne les d?signa de leur vrai nom, pr?f?rant l?expression ?les p?tits hommes verts, sans doute pour ?viter les repr?sailles. Mais pour les auditeurs ne pouvant pas constater de visu la pr?sence de ces p?tits hommes verts, l?expression laissait planer l?id?e? d?extraterrestres.

?Ce n?est que plus tard dans la journ?e que nous avons fait le rapprochement entre notre soir?e des p?tits hommes verts et le canular d?Orson Welles? se rappelle Trahan et Binet. En effet, le 4 octobre 1938 sur les ondes radio de CBS ? New York, le dramaturge Orson Welles diffuse une adaptation th??trale de ?La guerre des mondes? de HG Wells au cours de laquelle un pr?sentateur de CBS annonce et commente l?arriv?e des Martiens sur Terre. Pr?s d?un million d?auditeurs se feront prendre au jeu et croiront alors que les ?tats-Unis sont attaqu?s par les Martiens. Les soldats en permission de l?arm?e stationn?e au port de New York seront rappel?s en service pendant l??mission. LS-Radio venait donc de r?p?ter, ? une moindre ?chelle, l?exp?rience ? L?vis ? une diff?rence pr?t : Orson Welles avait tout planifi? lui-m?me tandis qu?? LS-Radio l?initiative revient aux auditeurs, et ce, gr?ce ? la formule d?animation qui permettait aux animateurs de transmettre en ondes les appels des auditeurs en tout temps.

La ?visite? est arriv?e

Moins d?un mois apr?s son entr?e en ondes ? LS-Radio, Michel Trahan et son ?quipe se retrouvaient donc en pleine Crise d?octobre. Pendant cette p?riode, Yvon Dufour, le directeur g?n?ral de la station, avise son directeur des programmes, Michel Trahan, de se pr?parer ? se joindre ? lui pour recevoir la ?visite?. Puis, un matin, monsieur Dufour joint Michel Trahan : ?La ?visite? est arriv?e, viens me rejoindre ? mon bureau?. La ?visite?, c??tait le code pour les autorit?s polici?res impliqu?es dans la Crise d?octobre. Dans le bureau de monsieur Dufour, la police provinciale, la Gendarmerie royale du Canada et l?arm?e. Michel Trahan arrive avec une petite bo?te qu?il place ? ses c?t?s le temps de la rencontre. ? la fin de cette derni?re, les invit?s rassur?s sur les intentions de LS-Radio, monsieur Dufour donne la parole ? Michel Trahan. Il saisit sa petite bo?te, se l?ve et en sort quelques exemplaires d?un quarante-cinq tours de Ginette Reno et en remet un ? chaque invit?. Seul Michel Trahan pouvait penser ? une pareille conclusion de la rencontre avec la ?visite?. Comble du succ?s de l?op?ration, l?un des invit?s demande une deuxi?me copie du disque de Ginette Reno. ? LS-Radio, on savait comment d?stabiliser toutes appr?hensions possibles face ? la libert? des ondes, ce qui n??tait rien en pleine Crise d?octobre.

La station se pr?sentait avec succ?s comme le p?le positif face ? Montr?al alors devenue bien malgr? elle un p?le n?gatif avec cette Crise d?octobre.

La visite ? l?Organisation des Nations Unies (ONU)

De retour d?un voyage ? Ha?ti, Michel Trahan est accueilli en ondes par un coll?gue qui lui pose une question toute simple : ?Pis, ton voyage en Ha?ti, Michel ??. La r?ponse vient apr?s une courte h?sitation et a tout pour surprendre l?auditoire : ?Il a neig? ? Port-au-Prince?, lance Michel Trahan? en r?f?rence ? la chanson de Jean-Pierre Ferland. Puis le t?l?phone sonne, on demande monsieur Trahan. ?Comme ?a il a neig? ? Port-au-Prince? reprend l?auditeur qui se pr?sente : ?Je suis l?ambassadeur d?Ha?ti ? l?ONU. Je suis de passage ? Qu?bec et j?aimerais vous rencontrer?. Les ?changes entre les deux hommes se concluront sur une invitation ? venir pr?senter la formule de LS-Radio ? la direction de la radiodiffusion de l?ONU ? son si?ge social ? New York. Une lettre d?invitation officielle suivra et Michel Trahan invite son coll?gue animateur Andr? Rh?aume ? l?accompagner dans la ?Big Apple?.

La nouvelle fera rapidement le tour du Qu?bec. ? la veille de son d?part, Michel Trahan re?oit quelques appels de menaces : ?Ne va pas vendre notre radio aux Am?ricains.? Sur la premi?re page de l?hebdomadaire la Tribune de L?vis on voit les deux repr?sentants de LS-Radio monter ? bord de l?avion sur le tarmac de l?a?roport de Qu?bec.

L?objectif de la rencontre a tout pour permettre de cerner la nouveaut? de la formule radiophonique exp?riment?e ? L?vis. L?ONU veut que l??quipe de LS-Radio d?m?nage ? son si?ge social, dans les locaux de la direction de la radiodiffusion, et diffuse sur ondes courtes pour devenir internationale.

Michel Trahan se souvient de la r?action des Fran?ais lors de cette r?union ? l?ONU : ?Votre formule de radio n?est pas bonne pour l?Afrique?. Michel Trahan r?torque : ?Notre formule est universelle?. Michel Trahan garde aussi en m?moire la question adress?e ? Andr? Rh?aume, jusque-l? plut?t silencieux : ?Qu?est-ce que vous pensez de l?ONU ??. La r?ponse t?moigne de la franchise qui fait alors la marque de plusieurs animateurs de LS-Radio : ?C?est une patente qui ne marche pas. Je n?ai aucune confiance dans l?ONU.?

Finalement, Andr? Rh?aume dira qu?il n?a pas l?intention de faire de la radio dans un ?bunker? et Michel Trahan ajoutera ?Nous autres, ?a se passe ? L?vis?. Ainsi venait de prendre fin le r?ve de l?ONU de s?approprier la formule de L?vis. Quarante ans plus tard, Michel Trahan n?a aucun regret.

Mais avant de quitter l??difice, les deux comparses de LS-Radio rendent une petite visite au bar de l?ONU. ?Je me rappelle, raconte Michel Trahan, que l?un des deux ambassadeurs sur place m?a demand?, en regardant la carte du monde en bronze : ?Pourquoi voulez-vous vous s?parer, le Qu?bec ? Le Canada est un si beau pays.? Et seul Michel Trahan pouvait servir une telle r?ponse : ?On ne veut pas se s?parer. On veut se souder (au reste du monde)?.

Une visite de courtoisie ? l?ambassadeur du Canada conclut le voyage. ? la suite de la r?ception de la lettre d?invitation officielle de l?ONU, Michel Trahan s??tait demand? s?il devait en aviser le l?ambassadeur canadien. ?Non, c?est LS-Radio l?invit?e, non pas le gouvernement canadien? se dit-il. Il prit l?initiative d?une courte visite improvis?e ? l?ambassadeur du Canada. ?Oui, nous sommes au courant de votre visite ? l?ONU? affirma l?ambassadeur en ajoutant : ?Si vous voulez, je peux vous mettre en contact avec Pierre Elliot Trudeau (alors Premier ministre du Canada)?. ?Non, non, ce ne sera pas n?cessaire? r?pondit Michel Trahan, davantage pr?occup? par les aspirations du Qu?bec que celles du Canada.
?O? vous prenez ?a cette musique-l? ??

La programmation musicale de LS-Radio se distinguait de celles de toutes les autres stations parce qu?elle se soustrayait volontairement ? l?influence de l?industrie et des agents d?artistes. ? la question ?O? vous prenez ?a cette musique-l? ??, Gaston Binet r?pondait simplement ?Il y a deux c?t?s ? un 45 tours? ou ?Une plage plus loin que celle de l?industrie? en parlant des 33 tours. ?Quand on entrait en studio, on ?tait en plein contr?le. On avait le volant dans les mains.? explique Gaston Binet.

?Je me souviens de la sortie de la chanson ?My Sweet Lord? de George Harrison. On l?a fait jou? au moins six fois en boucle. L?aventure nous demandait beaucoup d??nergie et nous ?tions un peu fatigu?s au moment de la sortie de cette chanson et elle agit sur l??quipe comme un ?Red Bull?, raconte Gaston Binet.

Improviser au lieu de suivre des feuilles de route pr??tablies en discoth?que requiert effectivement beaucoup plus d??nergie mais l?aventure de LS-Radio a transform? ? jamais ? la fois les animateurs et les auditeurs de l??poque, tout comme leurs relations.

Invit?s partout, m?me l? o? on ne l?attendait pas !

?Nous ?tions invit?s partout, des communes aux petits fours? se souvient Gaston Binet. ?Un soir, on soupait ? la bonne franquette avec des jeunes, et le lendemain, nous d?gustions des petits-fours chez un m?decin ou on pronon?ait un discours devant le personnel d?une commission scolaire? LS-Radio rejoignait toutes les classes de la soci?t? pour ne pas dire qu?elle fondait toutes les classes en une seule.

Michel Trahan se rappelle de l?invitation faite ? LS-Radio pour participer ? une soir?e de d?bat au sujet de la fameuse murale de Jordi Bonet au Grand Th??tre de Qu?bec. Lorsque LS-Radio s?installe sur la sc?ne avec les autres participants au d?bat, un fonctionnaire pr?sent dans la salle s?interroge : ?Mais qu?est-ce qu?LS-Radio fait l? ? Ce n?est pas un parti politique.? En effet, seuls les partis politiques int?ress?s pouvaient occuper la sc?ne du d?bat. Mais les organisateurs ne pouvaient pas entrevoir la discussion sans la participation de LS-Radio. Voil? une belle d?monstration des privil?ges accord?s aux animateurs de LS-Radio invit?s partout, vraiment partout, m?me l? o? on ne l?attendait pas.

Meilleurs moments

Michel Trahan ? ?Mon meilleur moment, s?il faut en choisir un, c?est lorsque les gens de CHOM-FM, la radio anglophone la plus populaire de Montr?al, sont venus nous rencontrer ? L?vis. Jusque-l?, on disait que la meilleure radio ?tait anglophone. Par exemple, quand les gens revenaient de voyage aux ?tats-Unis, ils s?empressaient de souligner l?originalit? de la radio ? Los Angeles et ? New York. Et l?, pour la premi?re fois, sans doute, c??tait les anglophones qui s?int?ressaient ? notre radio, ? LS-Radio, l?embryon d?une radio purement qu?b?coise. Je me souviens encore d?attendre les gens de CHOM-FM sur le perron de la station, fier comme un Maire fran?ais en apparats accueillant ses petits cousins d?Am?rique. Je me voyais avec une ceinture fl?ch?e autour de la taille. Je n?oublierai jamais cet ?v?nement.?

Gaston Binet ? ?Mon meilleur moment de LS-Radio? C?est l?aventure elle-m?me, toute l?aventure, parce qu?elle m?a transform? profond?ment, tant sur le plan personnel que professionnel. Je ne voyais plus les choses comme avant, j?en avais d?sormais une conscience plus large et plus profonde. ? la fin de l?aventure, il m??tait impossible de revenir en arri?re, de faire de la radio traditionnelle. Par exemple, apr?s LS-Radio, je suis entr?e ? Radio-Canada dans l??quipe de l??mission de contre-culture. Un soir, nous nous sommes mis plusieurs stations de radio ensemble et nous nous r?pondions en chanson. Le Saguenay choisissait une chanson et Montr?al lui r?pondait avec une autre chanson. ?a, c?est purement et simplement du LS-Radio. C??tait de l?improvisation. On ?tait nous-m?mes, au bon endroit, au bon moment, avec la bonne ?quipe. Et on ?tait conscients que l?aventure ne durerait pas, ce qui nous incitait ? vivre intens?ment chaque moment. Il n?est donc pas ?tonnant qu?on nous parle encore de cette exp?rience radiophonique unique quarante ans plus tard.?

Le Rapport Z

En 1970, quelques mois avant l?arriv?e de l??quipe de LS-Radio ? l?antenne, le gouvernement du Qu?bec se dote d?un minist?re des communications et Jean-Paul L’Allier y sera nomm? par le Premier ministre Robert Bourassa. ?videmment, le nouveau minist?re suit de pr?s l?aventure de LS-Radio et les pressions se font sentir ? la fin de l?exp?rience pour une intervention gouvernementale assurant l?avenir de la formule. Monsieur L?Allier mandate alors un sous-ministre afin de lui faire rapport, ce sera le fameux ?Rapport Z?. Michel Trahan aura l?occasion de rencontrer le ministre pour en discuter. ?Dites-moi, qu?est-ce qui s?est pass? ? LS-Radio ?? demande le ministre ? Michel Trahan. ?Ce qui s?est pass?? Vous le savez, vous ?tiez ? l??coute. Nous avons l? les pr?misses d?une vraie radio qu?b?coise.? de r?pondre l?ancien directeur de programme de LS-Radio. La discussion ne faisait que commencer. Quelques mois plus tard naissait sur le campus de l?Universit? Laval la premi?re radio communautaire au Qu?bec (CKRL-FM) avec l?appui du minist?re des Communications du Qu?bec.

Appel ? tous

La Fondation litt?raire Fleur de Lys s?est donn?e pour mission de perp?tuer la m?moire de la belle aventure de LS-Radio (1970-71). ? l?occasion du quaranti?me anniversaire de cette r?volution radiophonique, l?organisme lance un appel ? tous afin de recueillir souvenirs et commentaires en vue de la publication d?un livre. D?j?, on trouve sur le site Internet de la Fondation un article d?voilant d?autres d?tails int?ressants qui permettent de comprendre toute l?ampleur de l?aventure.
http://manuscritdepot.com/a.serge-andre-guay.4.htm
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SOURCE

Serge-Andr? Guay, pr?sident ?diteur
Fondation litt?raire Fleur de Lys
T?l?phone : 418-903-1911 Courriel : contact@manuscritdepot.com

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