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?lection pr?sidentielle en Russie (3) : le sacre virtuel de Medvedev

Ce 2 mars 2008, le successeur d?sign? de Vladimir Poutine, Dmitri Medvedev, 42 ans, aurait ?t? ?lu Pr?sident de la F?d?ration de Russie avec environ 70% des voix (70,23% selon le pr?sident de la Commission ?lectorale centrale, Vladimir Tchourov, sur 99,45% des 96 000 bureaux de vote).

Les autres candidats qui participaient ? l’?lection sont plus ou moins sous contr?le du Kremlin.

Guennadi Ziouganov, du Parti communiste, aurait obtenu 17,77%, Vladimir Jirinovski, du Pari ‘lib?ral-d?mocrate’ (en fait, nationaliste), atteindrait 9,37% et Andre? Bogdanov, candidat inconnu pour les Russes, 1,29%.

La participation ?lectorale serait ? environ 66% des 109 millions d’?lecteurs inscrits.

Je propose de revenir sur le d?roulement de cette ?lection qui, selon certains responsables russes, rel?ve de la « farce honteuse ».

Comment ?tre candidat ?

Ne peuvent se pr?senter que des candidats pr?sent?s par des partis politiques repr?sent?s ? la Douma ou les candidats ayant collect? au moins deux millions de signatures de citoyens.

Or, les ?lections l?gislatives du 2 d?cembre 2007 ont ?limin? les partis ouvertement d’opposition (ceux des lib?raux Iavlinski, Nemtsov etc.) et la possibilit? de collecter plus de deux millions de signatures s’av?raient mat?riellement impossible ? r?aliser en seulement quelques semaines (rappelons la difficult?, pour certains partis non parlementaires en France, de rassembler 500 signatures d’?lus locaux en plusieurs mois).

C’est ainsi que la candidature de l’ancien Premier Ministre (eltsinien lib?ral) Mikha?l Kassianov, le seul en mesure de faire entendre une v?ritable opposition politique, a ?t? invalid?e en raison de plusieurs dizaines de milliers de signatures soi-disant non conformes.

L’ancien Vice-Premier Ministre (?galement eltsinien lib?ral) Boris Nemtsov et le champion d’?chec Garry Gasparov avaient ?galement renonc? pour ces m?mes raisons. Gasparov fut sans doute le plus virulent, arr?t? ? deux reprises alors qu’il manifestait (il a m?me pass? cinq jours en prison en novembre 2007).

C’est pourquoi la validation de la candidature de l’homme politique farfelu Andr?? Bogdanov, 38 ans, ancien responsable des relations publiques du parti de Poutine et pr?nant l’adh?sion de Russie ? l’Union Europ?enne, repr?sentant un parti tout aussi inconnu, n’a pu avoir lieu qu’avec l’aide du Kremlin qui avait besoin d’au moins un candidat non issu d’un parti parlementaire.

Dans de telles circonstances, l’enjeu politique se d?pla?ait dans la participation du scrutin.

Une modification essentielle dans la r?gle du jeu

Si Vladimir Poutine n’a pas modifi? la Constitution pour supprimer la limitation ? deux mandats pr?sidentiels cons?cutifs de quatre ans alors qu’il en avait la possibilit? parlementaire depuis d?cembre 2003, il a quand m?me fait adopter deux lois importantes.

La premi?re interdit toute manifestation pendant une campagne ?lectorale, ce qui limitait juridiquement l’action revendicative de Garry Kasparov (le jour m?me de l’?lection d’ailleurs, o? il fut interdit de se rendre sur la Place Rouge pour protester contre cette ?lection sous contr?le).

La seconde, qui me para?t essentielle dans le dispositif qu’a imagin? Poutine pour conserver son pouvoir, abroge l’existence d’un seuil limite de participation pour valider l’?lection pr?sidentielle. Cette mesure est importante, puisqu’en organisant une ?lection avec un contr?le total des candidats, Poutine pouvait rencontrer un dernier obstacle, une forte abstention, signe d’un d?saveu profond ? sa politique et surtout, rendant juridiquement impossible l’?lection de Medvedev.

Cette barri?re juridique ?tant lev?e, m?me si l’abstention reste ?videmment un ?l?ment important d’appr?ciation de l’adh?sion populaire au candidat officiel, elle n’emp?che plus son ?lection formelle.

Une campagne ?lectorale tr?s in?quitable

La campagne ?lectorale s’est d?roul?e ces derni?res semaines avec une tr?s grande in?galit? de traitement m?diatique. Seul ?tait visible le candidat officiel du pouvoir, Medvedev, par de grandes affiches ?lectorales dans les agglom?rations, par les multiples reportages t?l?vis?s retransmettant le moindre de ses d?placements… alors que les trois autres candidats n’avaient quasiment aucune couverture m?diatique.

Le Kremlin a d’ailleurs focalis? son effort sur la participation, incitant les ?lecteurs ? se rendre dans les bureaux de vote, sachant qu’une forte mobilisation renforcerait l’assise ?lectorale de Medvedev.

Pendant le scrutin (la plupart des images que j’ai pu voir des bureaux de vote montraient des bureaux de vote plut?t vides), des responsables locaux de la Commission ?lectorale centrale avouaient m?me qu’il y aurait n?cessairement une forte participation, au besoin en trichant un peu (reportage sur France 2 du 2 mars 2008).

Un contr?le autoritaire peu compr?hensible

Ce qui est ?videmment tr?s ?trange, c’est ce plan de Poutine, minutieusement r?fl?chi, sans d?tail oubli?, pour s’assurer de la victoire de son filleul.

Car m?me avec une candidature de Kassianov, de Gasparov et aussi de Nemtsov, m?me sans la suppression du seuil limite de participation pour valider le scrutin, il paraissait tr?s probable que Medvedev e?t ?t? ?lu d?s le premier tour et largement.

En effet, Poutine garde une forte popularit? (surtout en dehors des grandes villes) car il a ?t? celui qui a stopp? la d?sorganisation administrative et la jungle financi?re encourag?es par son pr?d?cesseur Boris Eltsine (qui farce honteuse. » et a appel? ? manifester ? Moscou et ? Saint-P?tersbourg demain, 4 mars 2008, pour scander « ? bas la monarchie et la succession ! ».

Ziouganov et le Parti communiste ont d?j? annonc? qu’ils contesteraient les r?sultats de l’?lection, constatant de nombreuses irr?gularit?s.

Le chef des observateurs de l’Assembl?e parlementaire du Conseil de l’Europe, Andreas Groos, a r?ussi, par sa r?action, ? regretter le contr?le autoritaire de l’?lection tout en en reconnaissant le vainqueur : « Le r?sultat de l’?lection pr?sidentielle du 2 mars refl?te la volont? des ?lecteurs dont le potentiel d?mocratique n’a cependant pas ?t? pleinement exploit? ».

La veille d’une nouvelle ?ch?ance cruciale dans les primaires d?mocrates (Texas et Ohio), les candidats d?mocrates se sont d?clar?s d??us par le recul d?mocratique.

Barack Obama est « d??u par le fait que cette ?lection n’a ?t? ni compl?tement libre ni honn?te, en raison de l’absence de libert? de la presse et de l’oppression dont ont ?t? victimes les hommes politiques et les partis d’opposition » tandis que Hillary Clinton a affirm? : « L’?lection n’a ?t? ni ouverte ni d?mocratique, et le peuple russe a ?t? priv? de la possibilit? de choisir ses leaders et de d?cider de l’avenir du pays. On ne peut d?crire autrement cette ?lection. ».

La Russie est-elle une d?mocratie ?

Dans la population, certains s’inqui?tent toutefois de l’autoritarisme du r?gime mis en place par Poutine. Voici quelques r?flexions recueillies :

« La situation s’aggrave. Surtout pour les libert?s politiques. Parce que la soci?t? laisse faire. Regardez la t?l?, elle ?tait plus libre sous Brejnev. »

« Pour beaucoup de jeunes, exprimer son opinion ? haute voix est ridicule. Les gens sont devenus indiff?rents, ont perdu de leur sensibilit?, se sont enferm?s. »

« Le FSB (ex-KGB) est partout. Il nous surveille. ?a fait peur. Dans nos ge?les, il y a 70 prisonniers politiques. Sommes-nous encore un pays d?mocratique ? »

« Poutine, ce n’est pas une dictature. C’est un r?gime autoritaire, avec des signes de totalitarisme. »

Comment ‘jauger’ Medvedev ?

Un vrai Pr?sident ?

Dans une conf?rence de presse ce lundi 3 mars 2008, Medvedev a d?j? r?pondu sur ses responsabilit?s diplomatiques malgr? son inexp?rience : « selon la Constitution, le pr?sident d?termine la politique ?trang?re ».

Medvedev, r?pondant au « pouvoir ex?cutif supr?me » qu’incarnerait tr?s nouvellement, selon Poutine, le Premier Ministre, a d?j? expliqu? il y a quelques jours (dans une interview au magazine russe Itogui) que la Russie « a ?t? et restera une R?publique pr?sidentielle [dans laquelle] il ne peut y avoir deux, trois ou cinq centres ».

Il a par ailleurs insist? sur la confiance qu’il vient de recevoir : « Toute personne qui re?oit l’appui de la majorit? des ?lecteurs lors d’un scrutin d?tient un mandat de confiance. ».

Medvedev a ?t? un juriste qui a beaucoup aid? Poutine. Travailleur consciencieux, il a ?t? associ? syst?matiquement ? la mont?e en puissance de Poutine car il avait r?ussi notamment ? lui ?viter d’?tre au centre d’un scandale financier.

En effet, une commission du parlement de Saint-P?tersbourg soup?onnait en 1992 le premier adjoint de l’?poque, Poutine, de s’?tre enrichi dans un march? de troc en pleine p?nurie alimentaire. Une enqu?te judiciaire a ?t? ouverte, mais vite referm?e. Le politologue Alexei Moukhine explique que « c’est Medvedev, jeune juriste de la mairie, qui a sauv? Poutine en trouvant des failles juridiques au dossier » sans pour autant savoir si Poutine se serait vraiment enrichi ou aurait seulement ?t? n?gligeant.

Et Medvedev a su se faire aimer depuis sa d?signation le 10 d?cembre 2007. Sa campagne fut de proximit?. Ainsi, il est all? f?liciter la m?re d’un nouveau-n? en compagnie du patriarche orthodoxe Alexis II (dont son ?pouse est une proche), ou discuter pouvoir d’achat avec les marins de Mourmansk.

Medvedev fait aussi beaucoup de sport : natation, jogging, yoga et halt?rophilie. Sa femme blonde Svetlana est tr?s glamour, et se fera sans doute vite appr?cier pour les d?fil?s de mode qu’elle organise ou ses actions ?ducatives.

Il est probable que Dmitri Medvedev va ?tre appr?ci? de la population pour son style simple et r?serv?.

Il a pr?sent? un programme ?conomique coh?rent qui me semble pertinent et auquel il semble tr?s attach?. Son but est de renforcer l’?conomie russe pour faire enfin ?merger une v?ritable classe moyenne, estimant que cette chance de modernisation est donn?e seulement « une fois tous les cent ans ».

Ou une Reine d’Angleterre ?

Beaucoup d?crivent le caract?re de Medvedev comme faible, effac?, r?serv? et pour lequel il demeurerait toujours le subordonn? de Poutine.

Un exemple parmi d’autres : le 20 f?vrier 2008, Medvedev et Poutine visitent le centre a?ronautique de Jukovski. Les deux hommes p?n?trent dans le cockpit d’un nouveau Tupolev, et Medvedev s’assoit machinalement dans le si?ge du copilote laissant ? Poutine les commandes.

M?me s’il ne d?clare qu’un faible patrimoine et un revenu limit?, un ancien collaborateur de Poutine, Stanislav Belkovski, explique que Medevedev « a la m?me philosophie que Poutine : il croit en la toute-puissance de l’argent ».

La suite…

L’investiture de Dmitri Medvedev aura lieu le 7 mai 2008. Ensuite, il proc?dera ? la nomination du Premier Ministre (certainement Vladimir Poutine, puisqu’il l’a d?j? annonc?) et du reste du gouvernement.

Le choix des futurs ministres donnera une premi?re id?e sur la capacit? de Medvedev ? assumer seul ses nouvelles responsabilit?s pr?sidentielles, et sur la possibilit? d’?tre l’otage des ‘tch?kistes’.

Faisons le pari que cette ?lection, bien peu d?mocratique, soit le point de d?part d’une pr?sidence ? l’autorit? s?rement maladroite initialement, puis qui s’affirmerait dans une voie de plus grande sinc?rit? d?mocratique.

Loin de reprendre les th?mes de Poutine, Medvedev n’a-t-il pas martel? pendant sa campagne qu’il pr?f?re avant tout « la libert? dans toutes ses manifestations : libert? individuelle, libert? ?conomique, libert? d’expression » ?

Laissons-lui le b?n?fice du doute.

NB :

Ce troisi?me article est la suite du premier sur la pratique institutionnelle russe depuis Eltsine et du deuxi?me sur les enjeux de l’?lection du 2 mars 2008.

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