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?lection pr?sidentielle en Russie : (2) Medvedev, la nouvelle star ou le nouvel ours

La plupart des m?dias avaient revu ? la baisse le nombre de journalistes pour se d?placer en Russie dans cette campagne terne, consid?rant le faible enjeu du scrutin.

Faible enjeu, ?lection importante… une contradiction pourtant compr?hensible ? la vue des sondages qui placent Dmitri Anatolievitch Medvedev largement gagnant (de l’ordre de 60%) et m?me adul? des enfants.

L’article pr?c?dent avait pour but de pr?senter (partiellement) la pratique politique de la F?d?ration de Russie.

Le d?s?quilibre entre la Pr?sidence de la F?d?ration et la Douma

Que tirer de l’observation de la pratique institutionnelle en Russie depuis la nouvelle Constitution de 1993 ?

D’abord, que le pouvoir pr?sidentiel est pr?dominant sur le pouvoir des parlementaires.

M?me si, effectivement, la nomination de chaque chef du gouvernement doit ?tre approuv?e par la Douma (ce qui a d’ailleurs fait renverser Kirienko au profit de Primakov), la politique de la nation ?mane clairement du Pr?sident de la F?d?ration.

L’explication, c’est sans doute le fait que le gouvernement, pl?thorique, est plus une instance d’administration et d’ex?cution que d’initiative et de strat?gie.

En parall?le, en effet, institu?s ? l’?poque d’Eltsine, l’Administration pr?sidentielle et le Conseil de s?curit?, directement reli?s au Pr?sident, ont une influence politique d?cisive (on notera que Poutine comme Medvedev y eurent un r?le pr?pond?rant avant d’entrer au gouvernement).

Poutine, l’h?ritier, le prot?g? d’Eltsine, s’est vite d?barrass? de son clan pour mettre sa propre marque et asseoir son autorit? jusqu’? faire r?cemment adopter une loi pour interdire les manifestations en p?riodes ?lectorales.

Marie Mendras, professeur ? l’IEP de Paris, notait dans le journal Le Monde du 15 octobre 2006 :

« Il n’y a plus ni Parlement ni Cour constitutionnelle dignes de ce nom, le gouvernement est court-circuit? par l’administration pr?sidentielle, les juges sont soumis au pouvoir politique d?s qu’une affaire devient d?licate. Cela nous ram?ne au probl?me de la violence et de l’impunit? (…). D?sinstitutionnalisation du r?gime, opacit? des d?cisions, mont?e de l’arbitraire et des m?thodes exp?ditives : tout cela traduit une agitation croissante des cercles dirigeants. »

Le successeur officiel de Poutine… et les trois autres

La question de la succession a ?t? r?gl?e d?s le 10 d?cembre 2007 (juste apr?s l’?clatante victoire l?gislative de Poutine) avec le choix de Medvedev, l’un des proches p?tersbourgeois de Poutine, qui a re?u ?galement le soutien de son principal rival Sergue? Ivanov.

Dans l’?lection du 2 mars 2008, quatre candidats sont en comp?tition.

Dmitri Medvedev (42 ans), soutenu par Poutine (donc, vainqueur largement attendu), repr?sentant le 1er parti ? la Douma (315 si?ges, 64%). Il est le gage de la stabilit? politique.

Guennadi Ziouganov (64 ans), le perp?tuel candidat communiste, repr?sentant le 2e parti ? la Douma (57 si?ges, 12%).

Vladimir Jirinovski (61 ans), le leader nationaliste, aussi ancien candidat, repr?sentant le 3e parti ? la Douma (40 si?ges, 8%).

Andre? Bogdanov (38 ans), repr?sentant du Parti d?mocrate de Russie, inconnu et pro-europ?en (aid? ? l’?vidence par Poutine pour obtenir ses signatures).

Absence de vrais candidats d’opposition

Ces quatre candidats sont tous ‘sous contr?le’ du Kremlin. Les vrais candidats d’opposition n’ont pas pu ou pas voulu se pr?senter.

Mikha?l Kassianov (50 ans), ancien Premier Ministre et proche du cercle d’Eltsine, a vu sa candidature invalid?e par la Commission ?lectorale centrale en raison d’irr?gularit?s dans sa collecte de signatures.

Boris Nemtsov (48 ans), ancien Vice-Premier Ministre, qui fut l’un des dauphins d’Eltsine, a refus? de participer ? l’?lection pr?sidentielle dont les r?sultats seraient connus d’avance.

Garry Gasparov (44 ans), violent? par les forces de l’ordre pendant la campagne l?gislative, a ?galement renonc? pour cause d’ostracisme (et a regrett? la trop grande complaisance du Pr?sident fran?ais Nicolas Sarkozy envers Poutine).

Le programme de Medvedev

Au forum ?conomique de Krasnoa?arsk le 15 f?vrier 2008, Medvedev a d?velopp? son programme pr?sidentiel bas? sur les quatres ‘I’ : institutions, infrastructures, innovations et investissements. Parmi ses intentions, il veut diminuer le vide juridique, ?ter les barri?res administratives, r?duire la fiscalit? pour favoriser les investissements, renforcer le rouble, et ?laborer une meilleure protection sociale.

La victoire de Medvedev est in?luctable mais sera sans doute moins triomphale que celle de Poutine en mars 2004.

La v?ritable question, apr?s le 2 mars 2008, c’est de savoir qui va ?tre le v?ritable ma?tre du pouvoir politique en Russie et quel va ?tre le sort de Poutine.

Les options qui ont d?j? ?t? ?cart?es

L’option constitutionnelle

Comme cela avait ?t? dit dans le premier article, Poutine a d?cid? de ne pas r?former la Constitution pour se permettre de pr?senter une nouvelle fois ? l’?lection pr?sidentielle.

Pourtant, il en avait les moyens juridiques : contr?lant parfaitement les ?lections l?gislatives, d?s fin 2003, il avait ? la Douma la majorit? qualifi?e (plus de 300 voix) pour une telle r?forme. Sa grande popularit? aurait pu en ?tre la justification (‘le peuple me redemande encore’).

Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Peut-?tre pour pr?server son image internationale, qui, bien que ternie par une Tch?tch?nie ensanglant?e et quelques bavures dans des affaires d’otages, reste encore assez ?logieuse gr?ce ? la croissance ?conomique du pays (et la mont?e de son niveau de vie), ? l’importance strat?gique de ses ressources d’?nergie et ? son soutien ? la lutte contre le terrorisme islamique (il a m?me pr?sid? un sommet du G8 en 2006).

L’option politico-industrielle

Poutine aurait pu se retirer de l’avant-sc?ne politique et garder une influence d?cisive en dirigeant par exemple Gazprom, premier groupe industriel russe et la quatri?me du monde et tr?s prot?g? par le Kremlin.

? l’instar d’Anatoli Tchouba?s (ce dernier ayant ?t? consid?r? en 2004 par le Financial Times comme le 54e homme d’affaire le plus influent du monde).

Cette option a ?t? d?finitivement abandonn?e le 4 f?vrier 2008 car le renouvellement de la direction de Gazprom(*) laisse entrevoir que ce serait l’actuel Premier Ministre Zoubkov qui deviendrait le 27 juin 2008 le prochain pr?sident de Gazprom (en remplacement de Medvedev).

L’option internationale

En d?cembre 2007, des rumeurs (vite tues) avaient pr?t? ? Poutine l’intention de devenir le premier Pr?sident d’une Union politique entre la Russie et la Bi?lorussie (Belarus). Mais en fait, la Russie s’est toujours oppos?e cette union voulue surtout par le Pr?sident bi?lorusse autocrate Alexandre Loukchenko qui avait eu l’ambition d?mesur?e de succ?der ? Eltsine.

L’option annonc?e

Le suspens est assez faible puisque, dans un jeu de duo, Poutine a annonc? qu’il envisageait de redevenir Premier Ministre apr?s l’?lection pr?sidentielle et Medvedev a confirm? qu’il le nommerait s’il ?tait ?lu.

Poutine s’?tait pr?sent? aussi aux l?gislatives, et son parti ayant la majorit? absolue est capable de faire la pluie et le beau temps.

Contrairement ? la France, qui commence ? avoir r?guli?rement des ?lections l?gislatives quelques semaines apr?s l’?lection pr?sidentielle, la Russie se trouve dans le cas inverse : le Pr?sident de la F?d?ration ?lu en mars doit tenir compte de la majorit? de la Douma ?lue au mois de d?cembre pr?c?dent. (Comme en France, le Pr?sident peut dissoudre l’Assembl?e).

Mais, depuis 1993, le Premier Ministre n’a jamais ?t? qu’un fonctionnaire docile aux ordres du Pr?sident. Comment pourrait-on concevoir l’avenir ?

L’option pr?sidentielle

Poutine assumerait pendant quelques mois ou ann?es le r?le de Premier Ministre, et, ? l’occasion d’un ?v?nement quelconque, il demanderait ? Medvedev de d?missionner. Poutine pourrait alors concourir ? nouveau ? l’?lection pr?sidentielle pour deux mandats encore (il a 55 ans) et garder la ma?trise de la vie politique pendant presque vingt ans (d’ailleurs, le projet Poutine fixe les priorit?s jusqu’en 2020 !). Medvedev serait ?videmment r?compens? pour sa grande loyaut?.

L’option parlementaire

Medvedev resterait docile et laisserait Poutine gouverner, avec une grande part d’initiative provenant du Premier Ministre. Ce dernier serait assur? d’?tre maintenu en raison de la majorit? ? la Douma. Cet attelage pourrait durer ainsi jusqu’? la prochaine ?lection pr?sidentielle de mars 2012. Ensuite, cela d?pendrait du r?sultat des ?lections l?gislatives de d?cembre 2011.

Cette hypoth?se serait sans doute une progression extraordinaire dans la voie d?mocratique. En effet, par n?cessit? et pour pr?server son pouvoir, Poutine aurait besoin de transf?rer l’initiative politique de l’administration pr?sidentielle vers le gouvernement qui, ainsi, se politiserait.

L’option medvedevienne

La loyaut? est une chose et le r?alisme politique une autre. Medvedev va probablement devenir dans quelques jours le prochain Pr?sident de la F?d?ration de Russie aux pouvoirs tr?s ?tendus.

Il est tr?s intelligent, a une bonne image internationale d’homme lib?ral, est jeune (42 ans)… bref… il y a de fortes chances pour que Medvedev devienne la coqueluche des m?dias russes (comme cela s’observe depuis mi-d?cembre 2007) mais aussi de la communaut? internationale.

Sa popularit? pourrait lui donner donc quelques ambitions personnelles.

En France, on se souvient qu’?douard Balladur, qui avait occup? en mars 1993 Matignon ? la place de Jacques Chirac, pourtant pr?sident du parti victorieux (pour ne pas renouveler son erreur de 1986-1988), a tr?s vite oubli? sa loyaut? (il avait m?me th?oris? la cohabitation en ?non?ant qu’un Premier Ministre de cohabitation ne devait pas ?tre candidat) et s’est senti investi par sa popularit? ? se pr?senter ? l’?lection pr?sidentielle… contre Jacques Chirac (pouss? entre autres par Nicolas Sarkozy).

Medvedev pourrait donc faire exactement comme Poutine en 2000, qui a acc?d? au pouvoir gr?ce au clan Eltsine (et particuli?rement Berezovski) et qui, petit ? petit, s’en est d?tach? (voire l’a pourchass?) pour diriger lui-m?me le pays.

Rien n’emp?chera, constitutionnellement, Medvedev de limoger Poutine.

Medvedev a d?j? r?cus? le terme poutinien de « d?mocratie souveraine » pour pr?f?rer celui de libert? : « La libert? est meilleure que l’absence de libert?. Ces mots sont la quintessence de l’exp?rience humaine. ».

Poutine vs Medvedev : qui l’emportera ?

Je suis bien incapable de savoir quelle sera l’option qui l’emportera, et sans doute peut-?tre un peu les trois ? la fois ou une autre plus innovante.

Ce qui sera en tout fort int?ressant, c’est d’observer l’?volution de ce couple assez particulier en Russie…

La d?signation de Medvedev a montr? que la Russie s’installe r?solument dans le vie ?conomique globalis?e (celle d’Ivanov aurait plus indiqu? un repli s?curitaire).

Il n’y aura plus qu’? ouvrir aussi la vie d?mocratique int?rieure pour achever la ‘normalisation’ de la Russie au sein des grandes puissances du ‘monde libre’.

Mais le pays en est encore tr?s ?loign?.

(*) Viktor Khristenko, qui fut Premier Ministre par int?rim du 24 f?vrier 2004 au 5 mars 2004, sera lui aussi, ? partir du 27 juin 2008, membre de la direction de Gazprom.

? lire aussi :

Analyse de Lib?ration.

Analyse de L’Humanit?.

L’?glise orthodoxe derri?re Medvedev.

Medvedev victime d’attaques antis?mites.

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