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Effet ciseau

Et l?, est-ce que tu commences ? bien la sentir, la main
invisible du march?
?? Est-ce que tu la sens bien, son ?treinte
implacable qui t’a chopp? par les balloches et qui te broie, continuellement,
inexorablement, jusqu’? ce que tu mettes genou ? terre, jusqu’? ce que tu
ploies l’?chine, jusqu’? ce que tu ne sois plus rien qu’un grand cri de
douleur??

Garder le contactJe le dis et je le r?p?te, inlassablement, parce
qu’il faut bien ne jamais se lasser?: ceci n’est d?finitivement pas une
crise
.

Une crise, c’est un ?v?nement soudain et impr?vu, assez violent, et bien
d?limit? dans le temps, avec au moins un d?but assez marqu?, souvent une
d?gradation fulgurante et un d?nouement violent. Or l?, nous vivons juste dans
un ?tat permanent de crise. ? moment donn?, c’est devenu La Crise. Et
m?me si on change le nom de temps ? autre, c’est toujours La Crise.
Comme une sorte de divinit? mal?fique et incontr?lable qui perturbe les plans
des gouvernements, comme un chien ?gar? dans un grand jeu de quilles bien
ordonn?es.

Je pensais que le coup de La Crise ne pouvait pas marcher ? tous les coups,
tout le temps, pour tout et n’importe quoi.

Je me trompais.

La Crise, c’est l’?tat normal de la marche du monde pratiquement depuis
que je suis n?e. Je ne me souviens pas avoir v?cu autre chose que La
Crise
et mon tout premier souvenir, c’est celui de La Crise?:
le soir o? mon p?re est rentr? du boulot avec une 4L ? la place de la grande
Commodore familiale.
C’?tait il y a un peu plus de 35 ans.

Depuis ce moment-l?, je vis dans un monde en Crise permanente.
Enfin, plus ou moins permanente, plus ou moins en d?clin, selon la saison et
selon le statut social des personnes concern?es.

Parce que, comme tout un chacun l’avait quand m?me un peu remarqu?, ce n’est pas la m?me crise pour tout le
monde
. Parce que La Crise, c’est le d?sordre et le d?sordre, c’est
paradoxalement comme tout ordre social, cela cr?e des perdants, certes,
beaucoup, mais aussi quelques gagnants, bien moins nombreux, mais ? combien
mieux servis. La Crise que l’on nous ressert jour apr?s jour comme un
vieux reste exhum? bien trop de fois de son tupperware pour rester
vaguement comestible a ceci de particulier qu’elle frappe
durement les pauvres
, qu’elle
?rode lentement mais s?rement les capacit?s natatoires de la fameuse classe
moyenne
qui surnage entre deux eaux et qu’elle profite au-del? de toute
proportion ? un groupe de plus en plus restreint de personnes tr?s riches, tr?s
puissantes et tr?s intouchables.

Et ce n’est pas le ?ni?me faux plan de sauvetage de la Merkozy en
d?lire qui va changer quoi que ce soit ? la donne.
Bien au contraire?!
Nos gouvernements d’imposteurs produisent ? la cha?ne des plans, qui n’en sont
pas, parce qu’ils ne pr?voient rien, fallacieusement qualifi?s de relance,
alors que la seule chose qu’ils relancent c’est la vitesse avec laquelle les
in?galit?s se creusent et que la situation se d?grade. Parce que l? est le
point int?ressant?: la situation ne cesse de se d?grader, non par la gr?ce
d’une quelconque loi ?conomique implacable et ind?passable, mais uniquement par
la volont? des instances d?cisionnelles r?elles mondiales.

Parce qu’il ne faut pas prendre les ennemis des peuples pour des canards
sauvages. Il ne faut pas penser un seul instant qu’ils tentent quoi que ce soit
pour am?liorer le sort du plus grand nombre. Il ne faut en rien imaginer que
ces gens qui p?rorent ? longueur de temps sur nos ?crans dont la lueur livide
souligne le d?senchantement de nos foyers, que ces gens puissent, ? un seul
moment, nous dirent la v?rit?. Leur v?rit?. Simple. Brutale. Implacable.

Ils n’ont plus besoin de nous.

En fait, nous sommes m?me un peu encombrants. Comme des wagons vides que l’on
d?tache pour ne pas se les tra?ner dans la mont?e.

Chaque Crise n’est jamais que l’acc?l?ration brutale et pr?m?dit?e d’un
processus entam? depuis quelques d?cennies, un processus volontaire et
conscient qui consiste ? refermer la parenth?se maudite des droits des peuples
n?s du traumatisme de l’apr?s-guerre.
Ce n’est m?me pas moi qui le dis
.
L’objet de La Crise, comme processus ?conomique conscient, constant et
entretenu par des politiques qui ne relancent rien parce qu’elles ne sont
qu’aggravantes, l’objectif ultime de cet ?tat de choc permanent, c’est la
disparition de la classe moyenne mondiale et la liquidation de la population
surnum?raire.

Dit comme cela, ?a fait un peu exag?r?. Complotiste fou. Parano?aque en pleine
crise psychotique. Terroriste, m?me, un peu, sur les bords.

Mais les faits sont plus t?tus que 30 ans de propagande de Crise. Les faits
racontent que la richesse mondiale, elle, progresse sans cesse, que l’humanit? n’a jamais ?t? aussi riche qu’en ce
moment
. Ce qui signifie, concr?tement, qu’il n’y a aucune crise ?conomique
en cours. Ce qui signifie, concr?tement, que toute politique visant ? r?duire
encore un peu plus les moyens de subsistance d’une partie de plus en plus
importante de la population mondiale est une politique d?lib?r?e de
paup?risation ? grande ?chelle, une politique de cr?ation artificielle
d’in?galit?s insupportables, une politique de confiscation des ressources du
plus grand nombre pour le profit de quelques-uns.

Ceci n’est pas une putain de crise. Ceci est le bout du chemin. Ceci est le
r?tablissement d’une
soci?t? f?odale
, o? la loi du plus fort, du plus riche ?crase tous les
autres. Ceci est la n?gation de tout ce que les peuples avaient construit et
gagn? depuis seulement 60 ans. Ceci est la fin du Contrat
social
. Ceci est une fin de civilisation.

Ceci est leur r?ponse, leur solution, ? la seule v?ritable crise
actuelle?:
la crise ?cologique
.

Parce qu’il faut vraiment ?tre na?f pour penser que la part la plus gaspilleuse
et profiteuse de notre population n’a pas pris la mesure du v?ritable danger
qui nous guette?: le fait que notre nombre, en tant qu’esp?ce, conjugu? ?
notre mode de vie, implique un ?puisement des ressources et donc de nos
capacit?s de survie, toujours en tant qu’esp?ce, sur cette plan?te.

Il n’y a, en gros que deux fa?ons de r?agir face ? la crise ?cologique
majeure?:

  1. changer globalement notre mode de vie afin de le rendre supportable pour
    notre plan?te. Cela revient grosso merdo ? quitter le mod?le
    capitaliste, bas? sur la surproduction et la surconsommation d’une bonne grosse
    minorit? de l’humanit?, pour un mod?le fond? sur les besoins humains
    v?ritables, quelque chose qui, en gros, devrait tous nous faire converger vers
    le mode de vie d’un Bengali moyen. Vaste progr?s pour certains d’entre nous,
    petit changement de braquet et grande r?volution intellectuelle pour la
    majorit? d’entre nous et sacrifice incommensurable pour les quelques-uns qui
    vivent et consomment comme des porcs.
  2. ?liminer la concurrence en limitant drastiquement et autoritairement
    l’acc?s aux ressources. Favoriser une r?gulation n?o-darwinienne de la
    population en d?gradant globalement les conditions de vie?: limitation de
    l’acc?s ? la nourriture, au logement, aux soins, au repos et ? l’?ducation. Ne
    conserver, dans un ?tat de servitude volontaire, que la partie de la population
    n?cessaire pour produire les biens indispensables au confort de la minorit?
    dominante. Lib?r? du poids d?mographique, continuer de gaspiller et de se
    goinfrer sans se soucier des cons?quences.

? votre avis, quel choix ont bien pu faire ceux qui nous gouvernent et qui, ?
ce titre, sont au sommet de notre cha?ne alimentaire sp?cifique??
Si vous pensez que c’est la frugalit? volontaire, je crois que vous n’avez
toujours rien compris ? la sombre dualit? de la nature humaine.

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