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Edgar Morin : ? Nous avan?ons comme des somnambules vers la catastrophe ?

Interview par David Solon

Que faire dans cette p?riode de crise aigu??? S?indigner, certes. Mais surtout agir. ? 90 ans, le philosophe et sociologue nous invite ? r?sister au diktat de l?urgence. Pour lui, l?espoir est ? port?e de main.

Pourquoi la vitesse est-elle ? ce point ancr?e dans le fonctionnement de notre soci?t???

La vitesse fait partie du grand mythe du progr?s, qui anime la civilisation occidentale depuis le XVIII?me et le XIX?me si?cle. L?id?e sous-jacente, c?est que nous allons gr?ce ? lui vers un avenir toujours meilleur. Plus vite nous allons vers cet avenir meilleur, et mieux c?est, naturellement. C?est dans cette optique que se sont multipli?es les communications, aussi bien ?conomiques que sociales, et toutes sortes de techniques qui ont permis de cr?er des transports rapides. Je pense notamment ? la machine ? vapeur, qui n?a pas ?t? invent?e pour des motivations de vitesse mais pour servir l?industrie des chemins de fer, lesquels sont eux-m?mes devenus de plus en plus rapides. Tout cela est corr?latif par le fait de la multiplication des activit?s et rend les gens de plus en plus press?s. Nous sommes dans une ?poque o? la chronologie s?est impos?e.

Cela est-il donc si nouveau??

Dans les temps anciens, vous vous donniez rendez-vous quand le soleil se trouvait au z?nith. Au Br?sil, dans des villes comme Bel?m, encore aujourd?hui, on se retrouve ??apr?s la pluie??. Dans ces sch?mas, vos relations s??tablissent selon un rythme temporel scand? par le soleil. Mais la montre-bracelet, par exemple, a fait qu?un temps abstrait s?est substitu? au temps naturel. Et le syst?me de comp?tition et de concurrence ? qui est celui de notre ?conomie marchande et capitaliste ? fait que pour la concurrence, la meilleure performance est celle qui permet la plus grande rapidit?. La comp?tition s?est donc transform?e en comp?titivit?, ce qui est une perversion de la concurrence.

Cette qu?te de vitesse n?est-elle pas une illusion??

En quelque sorte si. On ne se rend pas compte ? alors m?me que nous pensons faire les choses rapidement ? que nous sommes intoxiqu?s par le moyen de transport lui-m?me qui se pr?tend rapide. L?utilisation de moyens de transport toujours plus performants, au lieu d?acc?l?rer notre temps de d?placement, finit ? notamment ? cause des embouteillages ? par nous faire perdre du temps?! Comme le disait d?j? Ivan Illich (philosophe autrichien n? en 1926 et mort en 2002, ndlr)?: ??La voiture nous ralentit beaucoup.?? M?me les gens, immobilis?s dans leur automobile, ?coutent la radio et ont le sentiment d?utiliser malgr? tout le temps de fa?on utile. Idem pour la comp?tition de l?information. On se rue d?sormais sur la radio ou la t?l? pour ne pas attendre la parution des journaux. Toutes ces multiples vitesses s?inscrivent dans une grande acc?l?ration du temps, celui de la mondialisation. Et tout cela nous conduit sans doute vers des catastrophes.

Le progr?s et le rythme auquel nous le construisons nous d?truit-il n?cessairement??

Le d?veloppement techno-?conomique acc?l?re tous les processus de production de biens et de richesses, qui eux-m?mes acc?l?rent la d?gradation de la biosph?re et la pollution g?n?ralis?e. Les armes nucl?aires se multiplient et on demande aux techniciens de faire toujours plus vite. Tout cela, effectivement, ne va pas dans le sens d?un ?panouissement individuel et collectif?!

Pourquoi cherchons-nous syst?matiquement une utilit? au temps qui passe??

Prenez l?exemple du d?jeuner. Le temps signifie convivialit? et qualit?. Aujourd?hui, l?id?e de vitesse fait que d?s qu?on a fini son assiette, on appelle un gar?on qui se d?p?che pour d?barrasser et la remplacer. Si vous vous emmerdez avec votre voisin, vous aurez tendance ? vouloir abr?ger ce temps. C?est le sens du mouvement slow food dont est n?e l?id?e de ??slow life??, de ??slow time?? et m?me de ??slow science??. Un mot l?-dessus. Je vois que la tendance des jeunes chercheurs, d?s qu?ils ont un domaine, m?me tr?s sp?cialis?, de travail, consiste pour eux ? se d?p?cher pour obtenir des r?sultats et publier un ??grand?? article dans une ??grande?? revue scientifique internationale, pour que personne d?autre ne publie avant eux. Cet esprit se d?veloppe au d?triment de la r?flexion et de la pens?e. Notre temps rapide est donc un temps antir?flexif. Et ce n?est pas un hasard si fleurissent dans notre pays un certain nombre d?institutions sp?cialis?es qui pr?nent le temps de m?ditation. Le yoguisme, par exemple, est une fa?on d?interrompre le temps rapide et d?obtenir un temps tranquille de m?ditation. On ?chappe de la sorte ? la chronom?trie. Les vacances, elles aussi, permettent de reconqu?rir son temps naturel et ce temps de la paresse. L?ouvrage de Paul Lafargue Le droit ? la paresse (qui date de 1880, ndlr) reste plus actuel que jamais car ne rien faire signifie temps mort, perte de temps, temps non-rentable.

Pourquoi??

Nous sommes prisonniers de l?id?e de rentabilit?, de productivit? et de comp?titivit?. Ces id?es se sont exasp?r?es avec la concurrence mondialis?e, dans les entreprises, puis r?pandues ailleurs. Idem dans le monde scolaire et universitaire?! La relation entre le ma?tre et l??l?ve n?cessite un rapport beaucoup plus personnel que les seules notions de rendement et de r?sultats. En outre, le calcul acc?l?re tout cela. Nous vivons un temps o? il est privil?gi? pour tout. Aussi bien pour tout conna?tre que pour tout ma?triser. Les sondages qui anticipent d?un an les ?lections participent du m?me ph?nom?ne. On en arrive ? les confondre avec l?annonce du r?sultat. On tente ainsi de supprimer l?effet de surprise toujours possible.

? qui la faute?? Au capitalisme?? ? la science??

Nous sommes pris dans un processus hallucinant dans lequel le capitalisme, les ?changes, la science sont entra?n?s dans ce rythme. On ne peut rendre coupable un seul homme. Faut-il accuser le seul Newton d?avoir invent? la machine ? vapeur?? Non. Le capitalisme est essentiellement responsable, effectivement. Par son fondement qui consiste ? rechercher le profit. Par son moteur qui consiste ? tenter, par la concurrence, de devancer son adversaire. Par la soif incessante de ??nouveau?? qu?il promeut gr?ce ? la publicit?? Quelle est cette soci?t? qui produit des objets de plus en plus vite obsol?tes?? Cette soci?t? de consommation qui organise la fabrication de frigos ou de machines ? laver non pas ? la dur?e de vie infinie, mais qui se d?traquent au bout de huit ans?? Le mythe du nouveau, vous le voyez bien ? et ce, m?me pour des lessives ? vise ? toujours inciter ? la consommation. Le capitalisme, par sa loi naturelle ? la concurrence ?, pousse ainsi ? l?acc?l?ration permanente, et par sa pression consommationniste, ? toujours se procurer de nouveaux produits qui contribuent eux aussi ? ce processus.

On le voit ? travers de multiples mouvements dans le monde, ce capitalisme est questionn?. Notamment dans sa dimension financi?re?

Nous sommes entr?s dans une crise profonde sans savoir ce qui va en sortir. Des forces de r?sistance se manifestent effectivement. L??conomie sociale et solidaire en est une. Elle incarne une fa?on de lutter contre cette pression. Si on observe une pouss?e vers l?agriculture biologique avec des petites et moyennes exploitations et un retour ? l?agriculture fermi?re, c?est parce qu?une grande partie de l?opinion commence ? comprendre que les poulets et les porcs industrialis?s sont frelat?s et d?naturent les sols et la nappe phr?atique. Une qu?te vers les produits artisanaux, les Amap (Associations pour le maintien d?une agriculture paysanne, ndlr), indique que nous souhaitons ?chapper aux grandes surfaces qui, elles-m?mes, exercent une pression du prix minimum sur le producteur et tentent de r?percuter un prix maximum sur le consommateur. Le commerce ?quitable tente, lui aussi, de court-circuiter les interm?diaires pr?dateurs. Certes, le capitalisme triomphe dans certaines parties du monde, mais une autre frange voit na?tre des r?actions qui ne viennent pas seulement des nouvelles formes de production (coop?ratives, exploitations bio), mais de l?union consciente des consommateurs. C?est ? mes yeux une force inemploy?e et faible car encore dispers?e. Si cette force prend conscience des produits de qualit? et des produits nuisibles, superficiels, une force de pression incroyable se mettra en place et permettra d?influer sur la production.

Les politiques et leurs partis ne semblent pas prendre conscience de ces forces ?mergentes. Ils ne manquent pourtant pas d?intelligence d?analyse?

Mais vous partez de l?hypoth?se que ces hommes et femmes politiques ont d?j? fait cette analyse. Or, vous avez des esprits limit?s par certaines obsessions, certaines structures.

Par obsession, vous entendez croissance??

Oui?! Ils ne savent m?me pas que la croissance ? ? supposer qu?elle revienne un jour dans les pays que l?on dit d?velopp?s ? ne d?passera pas 2?%?! Ce n?est donc pas cette croissance-l? qui parviendra ? r?soudre la question de l?emploi?! La croissance que l?on souhaite rapide et forte est une croissance dans la comp?tition. Elle am?ne les entreprises ? mettre des machines ? la place des hommes et donc ? liquider les gens et ? les ali?ner encore davantage. Il me semble donc terrifiant de voir que des socialistes puissent d?fendre et promettre plus de croissance. Ils n?ont pas encore fait l?effort de r?fl?chir et d?aller vers de nouvelles pens?es.

D?c?l?ration signifierait d?croissance??

Ce qui est important, c?est de savoir ce qui doit cro?tre et ce qui doit d?cro?tre. Il est ?vident que les villes non polluantes, les ?nergies renouvelables et les grands travaux collectifs salutaires doivent cro?tre. La pens?e binaire, c?est une erreur. C?est la m?me chose pour mondialiser et d?mondialiser?: il faut poursuivre la mondialisation dans ce qu?elle cr?? de solidarit?s entre les peuples et envers la plan?te, mais il faut la condamner quand elle cr?e ou apporte non pas des zones de prosp?rit? mais de la corruption ou de l?in?galit?. Je milite pour une vision complexe des choses.

La vitesse en soi n?est donc pas ? bl?mer??

Voil?. Si je prends mon v?lo pour aller ? la pharmacie et que je tente d?y parvenir avant que celle-ci ne ferme, je vais p?daler le plus vite possible. La vitesse est quelque chose que nous devons et pouvons utiliser quand le besoin se fait sentir. Le vrai probl?me, c?est de r?ussir le ralentissement g?n?ral de nos activit?s. Reprendre du temps, naturel, biologique, au temps artificiel, chronologique et r?ussir ? r?sister. Vous avez raison de dire que ce qui est vitesse et acc?l?ration est un processus de civilisation extr?mement complexe, dans lequel techniques, capitalisme, science, ?conomie ont leur part. Toutes ces forces conjugu?es nous poussent ? acc?l?rer sans que nous n?ayons aucun contr?le sur elles. Car notre grande trag?die, c?est que l?humanit? est emport?e dans une course acc?l?r?e, sans aucun pilote ? bord. Il n?y a ni contr?le, ni r?gulation. L??conomie elle-m?me n?est pas r?gul?e. Le Fonds Mon?taire International n?est pas en ce sens un v?ritable syst?me de r?gulation.

Le politique n?est-il pas tout de m?me cens? ??prendre le temps de la r?flexion????

On a souvent le sentiment que par sa pr?cipitation ? agir, ? s?exprimer, il en vient ? ?uvrer sans nos enfants, voire contre eux? Vous savez, les politiques sont embarqu?s dans cette course ? la vitesse. J?ai lu une th?se r?cemment sur les cabinets minist?riels. Parfois, sur les bureaux des conseillers, on trouvait des notes et des dossiers qualifi?s de ??U?? pour ??urgent??. Puis sont apparus les ??TU?? pour ??tr?s urgent?? puis les ??TTU??. Les cabinets minist?riels sont d?sormais envahis, d?pass?s. Le drame de cette vitesse, c?est qu?elle annule et tue dans l??uf la pens?e politique. La classe politique n?a fait aucun investissement intellectuel pour anticiper, affronter l?avenir. C?est ce que j?ai tent? de faire dans mes livres comme Introduction ? une politique de l?homme, La voie, Terre-patrie? L?avenir est incertain, il faut essayer de naviguer, trouver une voie, une perspective. Il y a toujours eu, dans l?Histoire, des ambitions personnelles. Mais elles ?taient li?es ? des id?es. De Gaulle avait sans doute une ambition, mais il avait une grande id?e. Churchill avait de l?ambition au service d?une grande id?e, qui consistait ? vouloir sauver l?Angleterre du d?sastre. D?sormais, il n?y a plus de grandes id?es, mais de tr?s grandes ambitions avec des petits bonshommes ou des petites bonnes femmes.

Michel Rocard d?plorait il y a peu pour ??Terra eco?? la disparition de la vision ? long terme?

Il a raison, mais il a tort. Un vrai politique ne se positionne pas dans l?imm?diat mais dans l?essentiel. ? force d?oublier l?essentiel pour l?urgence, on finit par oublier l?urgence de l?essentiel. Ce que Michel Rocard appelle le ??long terme??, je l?intitule ??probl?me de fond??, ??question vitale??. Penser qu?il faut une politique plan?taire pour la sauvegarde de la biosph?re ? avec un pouvoir de d?cision qui r?partisse les responsabilit?s car on ne peut donner les m?mes responsabilit?s ? des pays riches et ? des pays pauvres ?, c?est une politique essentielle ? long terme. Mais ce long terme doit ?tre suffisamment rapide car la menace elle-m?me se rapproche.

Le pr?sident de la R?publique Nicolas Sarkozy n?incarne-t-il pas l?imm?diatet? et la pr?sence m?diatique permanente??

Il symbolise une agitation dans l?imm?diatet?. Il passe ? des imm?diatet?s successives. Apr?s l?imm?diatet?, qui consiste ? accueillir le despote libyen Kadhafi car il a du p?trole, succ?de l?autre imm?diatet?, o? il faut d?truire Kadhafi sans pour autant oublier le p?trole? En ce sens, Sarkozy n?est pas diff?rent des autres responsables politiques, mais son caract?re versatile et capricieux en font quelqu?un de tr?s singulier pour ne pas dire un peu bizarre.

Edgar Morin, vous avez 90 ans. L??tat de perp?tuelle urgence de nos soci?t?s vous rend-il pessimiste??

Cette absence de vision m?oblige ? rester sur la br?che. Il y a une continuit? dans la discontinuit?. Je suis pass? de l??poque de la R?sistance o? j??tais jeune, o? il y avait un ennemi, un occupant et un danger mortel, ? d?autres formes de r?sistances qui ne portaient pas, elles, de danger de mort, mais celui de rester incompris, calomni? ou bafou?. Apr?s avoir ?t? communiste de guerre et apr?s avoir combattu l?Allemagne nazie avec de grands espoirs, j?ai vu que ces espoirs ?taient trompeurs et j?ai rompu avec ce totalitarisme-l?, devenu ennemi de l?humanit?. J?ai combattu cela et r?sist?. J?ai ensuite ? naturellement ? d?fendu l?ind?pendance du Vietnam ou de l?Alg?rie, quand il s?agissait de liquider un pass? colonial. Cela me semblait si logique apr?s avoir lutt? pour la propre ind?pendance de la France, mise en p?ril par le nazisme. Au bout du compte, nous sommes toujours pris dans des n?cessit?s de r?sister.

Et aujourd?hui??

Aujourd?hui, je me rends compte que nous sommes sous la menace de deux barbaries associ?es. Humaine tout d?abord, qui vient du fond de l?histoire et qui n?a jamais ?t? liquid?e?: le camp am?ricain de Guant?namo ou l?expulsion d?enfants et de parents que l?on s?pare, ?a se passe aujourd?hui?! Cette barbarie-l? est fond?e sur le m?pris humain. Et puis la seconde, froide et glac?e, fond?e sur le calcul et le profit. Ces deux barbaries sont alli?es et nous sommes contraints de r?sister sur ces deux fronts. Alors, je continue avec les m?mes aspirations et r?voltes que celles de mon adolescence, avec cette conscience d?avoir perdu des illusions qui pouvaient m?animer quand, en 1931, j?avais dix ans.

La combinaison de ces deux barbaries nous mettrait en danger mortel?

Oui, car ces guerres peuvent ? tout instant se d?velopper dans le fanatisme. Le pouvoir de destruction des armes nucl?aires est immense et celui de la d?gradation de la biosph?re pour toute l?humanit? est vertigineux. Nous allons, par cette combinaison, vers des cataclysmes. Toutefois, le probable, le pire, n?est jamais certain ? mes yeux, car il suffit parfois de quelques ?v?nements pour que l??vidence se retourne.

Des femmes et des hommes peuvent-ils aussi avoir ce pouvoir??

Malheureusement, dans notre ?poque, le syst?me emp?che les esprits de percer. Quand l?Angleterre ?tait menac?e ? mort, un homme marginal a ?t? port? au pouvoir, qui se nommait Churchill. Quand la France ?tait menac?e, ce fut De Gaulle. Pendant la R?volution, de tr?s nombreuses personnes, qui n?avaient aucune formation militaire, sont parvenues ? devenir des g?n?raux formidables, comme Hoche ou Bonaparte?; des avocaillons comme Robespierre, de grands tribuns. Des grandes ?poques de crise ?pouvantable suscitent des hommes capables de porter la r?sistance. Nous ne sommes pas encore assez conscients du p?ril. Nous n?avons pas encore compris que nous allons vers la catastrophe et nous avan?ons ? toute allure comme des somnambules.

Le philosophe Jean-Pierre Dupuy estime que de la catastrophe na?t la solution. Partagez-vous son analyse??

Il n?est pas assez dialectique. Il nous dit que la catastrophe est in?vitable mais qu?elle constitue la seule fa?on de savoir qu?on pourrait l??viter. Moi je dis?: la catastrophe est probable, mais il y a l?improbabilit?. J?entends par ??probable??, que pour nous observateurs, dans le temps o? nous sommes et dans les lieux o? nous sommes, avec les meilleures informations disponibles, nous voyons que le cours des choses nous emm?ne ? toute vitesse vers les catastrophes. Or, nous savons que c?est toujours l?improbable qui a surgi et qui a ??fait?? la transformation. Bouddha ?tait improbable, J?sus ?tait improbable, Mahomet, la science moderne avec Descartes, Pierre Gassendi, Francis Bacon ou Galil?e ?tait improbables, le socialisme avec Marx ou Proudhon ?tait improbable, le capitalisme ?tait improbable au Moyen-Age? Regardez Ath?nes. Cinq si?cles avant notre ?re, vous avez une petite cit? grecque qui fait face ? un empire gigantesque, la Perse. Et ? deux reprises ? bien que d?truite la seconde fois ? Ath?nes parvient ? chasser ces Perses gr?ce au coup de g?nie du strat?ge Th?mistocle, ? Salamine. Gr?ce ? cette improbabilit? incroyable est n?e la d?mocratie, qui a pu f?conder toute l?histoire future, puis la philosophie. Alors, si vous voulez, je peux aller aux m?mes conclusions que Jean-Pierre Dupuy, mais ma fa?on d?y aller est tout ? fait diff?rente. Car aujourd?hui existent des forces de r?sistance qui sont dispers?es, qui sont nich?es dans la soci?t? civile et qui ne se connaissent pas les unes les autres. Mais je crois au jour o? ces forces se rassembleront, en faisceaux. Tout commence par une d?viance, qui se transforme en tendance, qui devient une force historique. Nous n?en sommes pas encore l?, certes, mais c?est possible. Il est donc possible de rassembler ces forces, d?engager la grande m?tamorphose, de l?individu puis de la soci?t??? Ce que j?appelle la m?tamorphose, c?est le terme d?un processus dans lequel de multiples r?formes, dans tous les domaines, commencent en m?me temps.

Nous sommes d?j? dans un processus de r?formes?

Non, non. Pas ces pseudo-r?formes. Je parle de r?formes profondes de vie, de civilisation, de soci?t?, d??conomie. Ces r?formes-l? devront se mettre en marche simultan?ment et ?tre intersolidaires.

Vous appelez cette d?marche ??le bien-vivre??. L?expression semble faible au regard de l?ambition que vous lui conf?rez.

L?id?al de la soci?t? occidentale ? ??bien-?tre?? ? s?est d?grad? en des choses purement mat?rielles, de confort et de propri?t? d?objet. Et bien que ce mot ??bien-?tre?? soit tr?s beau, il fallait trouver autre chose. Et quand le pr?sident de l?Equateur Rafael Correa a trouv? cette formule de ??bien-vivre??, reprise ensuite par Evo Morales (le pr?sident bolivien, ndlr), elle signifiait un ?panouissement humain, non seulement au sein de la soci?t? mais aussi de la nature. L?expression ??bien vivir?? est sans doute plus forte en espagnol qu?en fran?ais. Le terme est ??actif?? dans la langue de Cervant?s et passif dans celle de Moli?re. Mais cette id?e est ce qui se rapporte le mieux ? la qualit? de la vie, ? ce que j?appelle la po?sie de la vie, l?amour, l?affection, la communion et la joie et donc au qualitatif, que l?on doit opposer au primat du quantitatif et de l?accumulation. Le bien-vivre, la qualit? et la po?sie de la vie, y compris dans son rythme, sont des choses qui doivent ? ensemble ? nous guider. C?est pour l?humanit? une si belle finalit?. Cela implique aussi et simultan?ment de juguler des choses comme la sp?culation internationale? Si l?on ne parvient pas ? se sauver de ces pieuvres qui nous menacent et dont la force s?accentue, s?acc?l?re, il n?y aura pas de bien-vivre.

(Cr?dit photo?: Olivier Roller)

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2 Commentaire

  1. avatar

    Paradoxe : ce texte mérite de circuler et d’être « intégré » à haute vitesse… 🙂