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?coute, petit homme !

(Source : Sinouh? l?Artiste)

Aucune force de police au monde ne serait assez puissante pour te ?supprimer s?il y avait, dans ta vie quotidienne, seulement une ?tincelle de respect de toi-m?me, si tu? avais la conviction intime que sans toi, la vie ne continuerait pas un seul jour. Est-ce que ton???lib?rateur?? te l?a dit ? Non !

Ce texte est constitu? d?un ensemble d?extraits tir?s du livre ??Ecoute petit Homme?? de 1945 ?crit par Wilhelm Reich?? un des Grands Hommes de ces 2000 derni?re ann?es:

Wilhelm Reich, psychiatre et psychanalyste et chercheur est n? le 24 mars 1897 ? Dobrzcynica, alors en Autriche-Hongrie, aujourd?hui en Ukraine, et mort le 3 novembre 1957 en prison ? Lewisburg, Pennsylvanie, ?tats-Unis d?Am?rique.

?l?ve de Sigmund Freud (de qui il s??loigne plus tard) ? Vienne, il est connu pour ses contributions ? la sexologie et ? la th?rapie psychanalytique, son engagement en faveur de l??mancipation sexuelle, sa d?finition de la cuirasse caract?rielle,et ses recherches controvers?es sur l?? ?nergie d?orgone ?.

Il est un des grands clair voyant du XX?me si?cle doubl? d? un sage d?une grande lucidit? qui ? largement contribu? ? aliment? notre m?moire collective de merveilleuses d?couvertes que nous ne sommes pas encore en mesure d?utilis?es. Il ? du faire fasse ? la pire adversit? et ? l?ingratitude de ces contemporains d?s lors que ces recherches sont sortie des dogmes ?tablis . Reich ?tait en mesure de nous ?pargn? l??re Atomique et c?est pour cela qu?il a ?t? tu?.

Il est l?artisan lumineux de l?utilisation de l??nergie de l?ORGONE qui sera une des sources de toutes les sublimes transformations de l?homme de demain, une fois que celui ci aura enfin mis un terme ? sa d?pendance maladive ? l?autorit? de la b?tise de la masse ignorante au pouvoir macabre remis entre les main d?une poign?e de monstres catalyseurs de la violence qui engendre l?auto destruction de la possible grandeur de l?Homme.

Ce texte s?adresse ? ceux qui pense bien agir dans la lumi?re sombre d?une imposture consacr? du moment, qui consiste en des indignations de convenances consensuelles permettant de perp?tr? tout les crimes les plus odieux sans remettre en question le probl?me de fond.?

? lire sans mod?ration.

 

?COUTE, PETIT HOMME !

par Wilhelm Reich?(1897, Dobrzcynica, Autriche ? 1957, prison de Lewisburg, USA)?

???coute, petit homme ! n?est pas un document scientifique mais un document humain. Il a ?t? r?dig? en ?t? 1945 pour les archives de ??l?Orgone Institute?? et n??tait pas destin? ? ?tre publi?. Il est?l?aboutissement de temp?tes et luttes int?rieures d?un homme de science et d?un m?decin qui a?observ? pendant des d?cennies, d?abord en spectateur na?f, puis avec ?tonnement et enfin avec?horreur, ce que l?homme de la rue s?inflige ? lui-m?me, comment il souffre et se r?volte, comment il?admire ses ennemis et assassine ses amis ; comment ? au moment m?me o? il acc?de au pouvoir en?assumant la fonction de repr?sentant du peuple ? il abuse de sa puissance et la rend pire que celle?dont auparavant il avait ? souffrir de la part de certains sadiques des classes sup?rieures.??

? ?coute, petit homme ! Ils t?appellent ??petit homme??, ??homme moyen??, ??homme commun?? ; ils annoncent qu?un ?re nouvelle s?est lev?e, ??l??re de l?homme moyen??. Cela, ce n?est pas toi qui le dis, petit homme ! Ce sont eux qui le disent, les vice-pr?sidents de grandes nations, les leaders ouvriers ayant fait carri?re, les fils repentis des bourgeois, les hommes d??tat et les philosophes. Ils te donnent ton avenir mais ne se soucient pas de ton pass?. Un m?decin, un cordonnier, un technicien, un ?ducateur doit conna?tre ses faiblesses s?il veut travailler et gagner sa vie. Depuis quelques ann?es, tu as commenc? ? assumer le gouvernement de la terre. L?avenir de l?humanit? d?pend donc de tes pens?es et de tes actes. Mais tes professeurs et tes ma?tres ne te disent pas ce que tu penses et ce que tu es r?ellement ; personne n?ose formuler sur toi la seule critique qui te rendrait capable de prendre en main ta propre destin?e. ?

??Je vais commencer par le petit homme en moi : pendant vingt-cinq ans, je me suis fait le d?fenseur,?par ma parole et par mes livres,, de ton droit au bonheur en ce monde ; je t?ai reproch? ton incapacit? ? t?emparer de ce qui t?appartient, ? mettre la main sur ce que tu as conquis de haute lutte sur les?barricades ? Paris et ? Vienne, par l??mancipation des Etats-Unis, par la r?volution russe. Or, Paris a?abouti ? P?tain et ? Laval, Vienne ? Hitler, la Russie ? Staline, et l?ind?pendance am?ricaine pourrait?fort bien se terminer par le r?gime d?un K.K.K. Tu as mieux su conqu?rir la libert? que la garder?pour toi et pour les autres. Cela je le savais depuis longtemps. Mais je ne comprenais pas pourquoi,?? peine sorti du marasme, tu t?es enfonc? dans un autre, pire que le premier. Mais peu ? peu et en?t?tonnant, j?ai d?couvert ce qui faisait de toi un esclave ! TU ES TON PROPRE ARGOUSIN. Tu es?le seul et unique responsable de ton esclavage. Toi et personne d?autre !?Voil? qui te surprend ? Tes lib?rateurs te racontent que les responsables sont Guillaume, Nicolas, le?Pape Gr?goire, Morgan, Krupp ou Ford. Quant ? tes ??lib?rateurs??, ils s?appellent Mussolini,?Napol?on, Hitler, Staline.??

??Moi, je te dis : Ton seul lib?rateur, c?est toi !?L?, je m?arr?te? Je pr?tends ?tre un combattant de la puret? et de la v?rit?. Et voil? que j?h?site ? l?instant m?me o? je m?appr?te ? te dire la v?rit? sur toi, parce que j?ai peur de toi et de ton attitude face ? la v?rit?. Te dire la v?rit? met ma vie en danger. La v?rit? apporte aussi te salut, mais elle est la proie de toutes les bandes. Si ce n??tait pas le cas, tu n?en serais pas et tu serais un autre homme !??

??Tu connais mieux Hitler que Nietzsche, Napol?on que Pestalozzi. Un roi a plus?d?importance pour toi qu?un Sigmund Freud. Le petit homme en moi voudrait te conqu?rir par les?moyens qu?emploient tes f?hrer. Je prends peur de toi quand c?est le petit homme en moi qui?voudrait te ??conduire vers la libert?. Tu serais capable de te d?couvrir en moi et moi en toi, de?t?effrayer et de te tuer en moi. C?est pourquoi je ne suis plus dispos? ? mourir pour ta libert? d??tre l?esclave de n?importe qui.?Je sais que tu ne comprends pas ce que je veux dire par ??la libert? d??tre l?esclave de n?importe qui?? ; j?admets que c?est un probl?me difficile.??

? Les petits grands hommes qui tirent leur grandeur d?un grand homme authentique?accaparent les plus hauts postes dans le domaine de la finance, de la diplomatie, de l?administration,?des sciences et des arts ? et toi, tu restes o? tu ?tais, dans le bourbier. Tu continues de te promener?en loques pour ??l?avenir socialiste?? ou le ??troisi?me Reich??. Tu continues de vivre dans des taudis?couverts de chaume, aux murs enduits de bouse de vache. Mais tu es fier de ton ??palais de la?culture??. Tu te contentes de l?illusion de gouverner ? jusqu?? la prochaine guerre et ? la chute des?nouveaux ma?tres.??

??Dans quelques pays lointains, de petits hommes ont soigneusement ?tudi? ton d?sir d??tre l?esclave??

? Tes ma?tres ont ?t? port?s par toi sur le pavois, tu les?nourris en d?pit ? ou ? cause ? du fait qu?ils ont laiss? tomber le masque. Ils t?ont dit de mille?mani?res : ??Tu es un ?tre inf?rieur sans responsabilit?, et tu le demeureras.?? Et tu les appelles???Sauveurs??, ??Nouveaux lib?rateurs?? et tu t??gosilles en hurlant ??Heil, Heil?? et ??Viva, viva !?? »

??C?est pourquoi j?ai peur de toi, petit homme, une peur mortelle ! Car c?est de toi que d?pend le sort?de l?humanit?. Et j?ai peur parce que tu ne fuis rien autant que toi-m?me. Tu es malade, petit?homme, tr?s malade.??

??Aucune force de police au monde ne serait assez puissante pour te? supprimer s?il y avait, dans ta vie quotidienne, seulement une ?tincelle de respect de toi-m?me, si tu? avais la conviction intime que sans toi, la vie ne continuerait pas un seul jour. Est-ce que ton???lib?rateur?? te l?a dit ? Non !??

??Tu r?pliques: ??Avant de te faire confiance, je voudrais conna?tre ta philosophie de la vie !???Or, si je t?exposais ma philosophie de la vie, tu te pr?cipiterais chez le procureur g?n?ral, tu?alerterais la ??Commission des activit? anti-am?ricaines??, le F.B.I, le Gu?p?ou, la ??Yellow Press??, le???Ku-Klux-Klan??, les ??leaders des Prol?taires du Monde??? ou bien alors, tu prendrais simplement le?large???

??Je ne suis ni rouge, ni noir, ni blanc, ni jaune.?Je ne suis ni Chr?tien, ni Juif, ni Mahom?tan, ni Mormon, ni polygame, ni homosexuel, ni?anarchiste, ni boxeur.?J?embrasse ma femme parce que je l?aime et que je la d?sire, et non parce que je suis l?heureux?propri?taire d?un certificat de mariage ou parce que je souffre de frustration sexuelle.?Je ne frappe pas les enfants, je ne vais pas ? la p?che, je ne tue pas les chevreuils ou les lapins. Mais?je suis un tireur d??lite et j?ai l?habitude de faire mouche.?Je ne joue pas au bridge et je ne donne pas de r?ceptions pour r?pandre mes th?ories. Si ma doctrine?est juste, elle se r?pandra toute seule.?Je ne soumets pas mes oeuvres ? quelque m?decin d?un service d??tat, ? moins qu?il connaisse mieux?la mati?re que moi. Et je d?cide seul qui a bien compris mes d?couvertes et ses prolongements. Je?respecte toutes les lois raisonnables, mais je combats les lois d?pass?es ou d?raisonnables (ne te?pr?cipite pas chez le procureur g?n?ral, petit homme ; car il fait la m?me chose s?il est honn?te).??

??Je voudrais que les enfants et les adolescents puissent conna?tre le bonheur et l?amour physique et?en jouir sans le moindre danger.??

??Je ne pense pas qu??tre religieux au sens fort et authentique du terme implique la destruction de la?vie sexuelle et le r?tr?cissement et la paralysie du corps et de l??me.??

??Je sais que ce que tu appelles ??Dieu?? existe r?ellement, mais sous une forme ne correspondant pas?exactement ? tes conceptions : comme ?nergie cosmique primaire dans l?univers, comme amour?dans ton corps, comme honn?tet? et sens de la nature en toi et autour de toi.??

??Le grand homme t?aime simplement, en ta qualit? d?animal vivant, d??tre vivant. C?est son plus cher d?sir de ne plus te?voir souffrir comme tu as souffert pendant des mill?naires, de ne plus t?entendre radoter comme tu?as radot? pendant des mill?naires. Il veut que tu cesses d??tre une b?te de somme, parce qu?il aime la?vie et qu?il aimerait voir la fin de tes souffrances et de ton ignominie.?Tu pousses les hommes vraiment grands ? te m?priser quand, profond?ment meurtris par toi et ta?mesquinerie, il se retirent, t??vitent et ? ce qui est pire ? commencent ? te plaindre.??

??Apr?s avoir rel?gu? le grand homme dans la solitude, tu as oubli? le mal que tu lui as fait. Tu as?continu? ? d?biter des sottises, ? commettre de petites vil?nies, ? lui assener des coups. Tu as tout?oubli?. Mais c?est le propre du grand homme de ne pas oublier : il ne songe pas ? se venger, mais il?tente D?EXPLORER LES CAUSES DE TA BASSESSE.??

??Je sais que cette mani?re de faire d?passe??galement ton entendement. Mais crois-moi : si tu fais souffrir cent, mille, un million de fois, si tu?infliges des blessures ingu?rissables ? m?me si l?instant d?apr?s tu n?y songes plus ? le grand homme?souffre ? ta place, non parce que tes m?faits sont grands mais parce qu?ils sont mesquins. Il aimerait?savoir ce qui te pousse ? faire certaines choses, ? salir un conjoint qui t?a d??u, ? tourmenter un?enfant qui d?pla?t ? un m?chant voisin, ? railler ou ? exploiter une personne aimable, ? prendre o??l?on donne, ? donner o? l?on exige, mais ? ne jamais donner l? o? l?on te donne avec amour ; ??donner le coup de pied de l??ne ? l?homme qui tombe ou qui est sur le point de tomber ; ? mentir?quand il faudrait dire la v?rit?, ? pers?cuter toujours la v?rit? et non le mensonge. Tu es toujours du?c?t? des pers?cuteurs, petit homme !??

??Je vais te dire quelque chose, petit homme, tu as perdu le sens de ce qu?il y a de meilleur en toi. Tu l?as ?trangl?. Tu l?assassines partout o? tu le trouves dans les autres, dans tes enfants, dans ta femme, dans ton mari, dans ton p?re et dans ta m?re. Tu es petit et tu veux rester petit. ??

??Tu cherches le bonheur, mais tu pr?f?res ta s?curit?, m?me au prix de ta colonne vert?brale, m?me?au prix de ta vie. Comme tu n?as jamais appris ? cr?er le bonheur, ? en jouir et ? le conserver, tu?ignores le courage de l?homme droit. Tu ?coutes ? la radio les slogans publicitaires sur des laxatifs,?des dentifrices, des d?odorants. Mais tu n?entends pas la musique de la propagande. Tu ne te rends?pas compte de la stupidit? incommensurable et du go?t d?testable de ces choses destin?es ? capter ton attention. As-tu jamais pr?t? l?oreille aux plaisanteries que l?animateur d?un club de nuit fait sur ton compte, sur lui-m?me, sur le monde r?tr?ci et mis?rable ? Ecoute la publicit? sur un laxatif et tu sauras qui tu es et comment tu es. ??

? Ecoute, petit homme ! La mis?re de l?existence humaine s??claire ? la lumi?re de chacun de tes petits m?faits. Chacun de tes petits faits repousse plus loin l?espoir d?une am?lioration de ton sort. C?est l? un sujet de tristesse, petit homme, de profonde tristesse ! Pour ne pas sentir cette tristesse, tu fais de petites plaisanteries minables et tu les appelles l?humour du peuple. On fait les m?mes plaisanteries sur toi et tu ris ? gorge d?ploy?e avec les autres. Tu ne ris pas pour te moquer de toi. Tu te moques du petit homme sans m?me savoir que c?est de toi que tu te moques ? .

??ll a fallu des millions d?ann?es pour que la m?duse se transforme en un bip?de terrestre. Ta d?g?n?rescence biologique, sous forme de rigidit?, ne dure que depuis six mille ans. Il faudra attendre cent ou cinq cents ou peut-?tre cinq mille ans pour que tu red?couvres ta propre nature, c?est-?-dire la m?duse en toi.??

??C?est ? partir d?une erreur v?nielle d?un grand homme que tu as construit un syst?me gigantesque de?mensonges, de pers?cutions, de tortures, de ge?les, de bourreaux, de police secr?te, d?espionnage,?de d?lation, d?uniformes, de m?dailles et de feld-mar?chaux ? tout le reste a ?t? jet? par-dessus bord.?Est-ce que tu comprends un peu mieux maintenant ta vraie nature, petit homme ? Pas encore. Eh?bien, continuons ! Tu as les ??conditions ?conomiques?? de la joie de vivre et d?aimer avec une???machinerie??, la lib?ration des ?tres humains avec la grandeur de l??tat ; le d?sir de sacrifice avec la?discipline ??stupide?? du parti ; la mont?e des masses avec une parade militaire ; l??mancipation de?l?amour avec le viol de chaque femme que tu as trouv?e en occupant l?Allemagne ; l??limination de?la pauvret? avec l?extermination des pauvres, des faibles, des ?tres d?sarm?s ; l??ducation avec la???p?pini?re de patriotes?? ; le contr?le des naissances avec des m?dailles pour ??les m?res ayant mis au?monde dix enfants??.

??Est-ce que tu n?as pas souffert toi-m?me ? l?id?e d??tre une m?re de dix?enfants ??Dans d?autres pays aussi, ce malheureux petit mot de ??dictature?? a fait fortune. L?, tu l?as rev?tu?d?uniformes rutilants et tu as suscit? parmi les tiens le petit ??fonctionnaire?? impuissant, mystique,?sadique qui t?a conduit au sein du Troisi?me Reich, causant la mort de 60 millions d?individus de ton?esp?ce. Mais cela ne t?a pas emp?ch? de hurler ??heil, heil, heil !??.??

??Voil? ce que tu hurles quand quelqu?un te fait la d?monstration de ta constipation psychique. Tu ne?veux pas ?couter, tu ne veux pas savoir. Tu veux crier ??hourra?? ! Fort bien, mais pourquoi ne me?permets-tu pas de t?expliquer calmement pourquoi tu es incapable d??tre heureux ? Je vois la peur?qui vacille dans tes yeux. Cette question semble te pr?occuper. Tu te dis partisan de la ??tol?rance?religieuse??. Tu r?clames pour toi la libert? d?adh?rer ?ta religion, parfait. Mais tu vas plus loin : tu?voudrais que ta religion soit la seule admise. Tu es tol?rant pour ta propre religion, tu n?es pas?tol?rant pour les autres. Tu deviens fou furieux quand quelqu?un, au lieu d?adorer un Dieu personnel,?adore la nature et s?efforce de la comprendre. ??

??Tu ne peux rien faire contre ma v?rit?, petit homme ! Tout ce que tu peux faire c?est de me tuer, comme tu as tu? tes autres amis, J?sus, Rathenau, Karl Liebknecht, Lincoln et j?en passe. Tu peux me???descendre??, comme on dit vulgairement. Mais ? la fin, c?est toujours toi-m?me qui ??descends??. Et?cela ne t?emp?che pas d??tre un ??patriote??.??

??Sais-tu, petit homme, ce que ressent un aigle qui a couv? des oeufs de poule ? Tout d?abord, il pense?qu?il va faire ?clore de petits aigles qu?il ?l?vera et dont il fera de grands aigles. Mais les petits?aigles se r?v?lent bient?t de petits poussins. L?aigle, d?sesp?r?, veut n?anmoins en faire des aigles.?Mais il ne voit autour de lui que des poules qui caquettent. Alors, l?aigle a beaucoup de peine ??r?primer son d?sir de d?vorer tous ces poussins, toutes ces poules. Ce qui te retient, c?est le faible?espoir que parmi tous ces poussins se trouvera peut-?tre un petit aigle qui, en grandissant, deviendra?un grand aigle comme lui-m?me, explorant ? partir de son aire de nouveaux mondes, de nouvelles?id?es, de nouvelles formes de vie. C?est ce faible espoir qui emp?che l?aigle triste et solitaire de?d?vorer les poussins et les poules. Mais ces derniers ne se rendent m?me pas compte que c?est un?aigle qui les ?l?ve. Ils ne remarquent m?me pas qu?il vit sur une aiguille de rocher, au dessus des?vall?es brumeuses et sombres. Ils se contentent de manger ce que l?aigle leur apporte au nid. Ils se?r?chauffent et se mettent ? l?abri sous ses ailes chaudes quand s?vissent l?orage et la temp?te qu?il?brave sans la moindre protection. Quand l?ouragan souffle trop fort, ils se sauvent et lui lancent de?loin de petits cailloux aigus pour le blesser. Quand l?aigle voit cette m?chancet?, son premier r?flexe?est de les an?antir. Mais en r?fl?chissant il finit par les prendre en piti?. Il ne perd pas l?espoir que?parmi les poussins caquetants, picorants et myopes, il se trouvera un petit aigle capable de devenir?un jour un grand aigle comme lui.?L?aigle solitaire n?a jamais abandonn? cet espoir. Et il continue de couver de petits poussins.Tu refuses d??tre un aigle, petit homme, c?est pourquoi tu es la proie des vautours. Tu as peur des?aigles, tu pr?f?res le grand troupeau ; c?est pourquoi tu te fais manger avec le grand troupeau.?Car quelques-unes de tes poules ont couv? des oeufs de vautour. Les vautours deviennent tes F?hrer?s?acharnant contre les aigles qui voulaient te conduire vers un avenir meilleur. Les vautours?t?apprennent ? te contenter de charognes et de quelques rares grains de bl?. Ils t?apprennent en outre?? crier ??Heil, grand Vautour !?? Et voil? que toi et ceux qui te ressemblent meurent, et tu as toujours?peur des aigles qui couvent tes poussins.??

??Tu as construit ta maison sur le sable et tu agis ainsi parce que tu es incapable de sentir la vie en toi,?parce que tu tues l?amour dans chaque enfant avant m?me qu?il naisse, parce que tu ne supportes?aucune manifestation de la vie, aucun mouvement libre et naturel.??

??Tu avais le choix entre la mont?e aux cimes pour devenir le ??surhomme?? de Nietzsche et la descente pour devenir le ??sous-homme?? d?Hitler. Tu as cri? ??Heil?? et tu as choisi l???Untermensch?? ??

??C?est parce que tu rejettes ta responsabilit? que ta maison est construite sur du sable. Le plafond?s??croule, mais tu as ton ??honneur de prol?taire?? ou ton ??honneur national??. Le plancher c?de sous?tes pieds, mais tu ne cesses de hurler: ??Heil, vive le F?hrer, vive l?honneur allemand, russe, juif !???La tuyauterie ?clate, ton enfant est sur le point de se noyer, mais tu continues ? pr?coniser la?mani?re forte en mati?re d??ducation. Ta femme est alit?e, atteinte de pneumonie, mais toi, petit?homme, tu rejettes comme une ??invention juive?? l?id?e de construire ta maison sur du roc.??

??Tu vas assumer le gouvernement du monde et cette id?e te fait trembler de peur. Pendant des?si?cles, tu assassineras tes amis et tu porteras aux nues les F?hrer de tous les peuples, de tous les?prol?taires et de tous les Russes. Des jours durant, des semaines durant, des ann?es durant, tu?salueras un ma?tre apr?s l?autre ; tu n?entendras pas le vagissement de tes b?b?s, tu ne te soucieras?pas de la mis?re de tes adolescents, de la nostalgie de tes hommes et femmes, etsi jamais tu entends?leurs plaintes, tu les traiteras de bourgeois individualistes. Pendant des si?cles, tu verseras du sang?l? o? il faudrait prot?ger la vie, et tu t?imagineras que tu instaures la libert? en te faisant aider par tes bourreaux ;?par cons?quent, tu ne sortiras jamais du bourbier. Pendant des si?cles, tu suivras le rodomont,?tu seras sourd et aveugle quand LA VIE, quand TA VIE fera appel ? toi.?Car tu as peur de la vie, petit homme, tr?s peur. ??

??Partout o? tu as install? tes petits F?hrer, on exploite mieux qu?il y a cent ans tes forces vives, on?pousse plus loin le m?pris brutal de ta vie, on fait fi de tous tes droits !?Et l? o? tu continues ? mettre en place tes propres F?hrer, on ne respecte plus aucun travail, on se?contente de voler les fruits du travail de tes grands amis. Tu ne rends plus honneur au talent, car tu?crois cesser d??tre Am?ricain, Russe ou Chinois libre si tu fais preuve de respect ou de?reconnaissance. Ce que tu comptais d?truire prosp?re plus que jamais, ce que tu comptais?pr?server et prot?ger comme ta propre vie, tu l?as d?truit. Tu consid?res la loyaut? comme une?manifestation de ??sentimentalisme?? ou comme une habitude ??bourgeoise?? , le respect du travail de l?autre comme de la ??flagornerie??. Tu ne sais pas que tu es obs?quieux quand tu devrais faire preuve d?ind?pendance d?esprit, que tu es ingrat quand tu devrais ?tre loyal. ??

??Tu n?es rien, petit homme, rien du tout ! Ce n?est pas toi qui as cr?? cette civilisation, mais quelques-?uns de tes honn?tes ma?tres. Tu ne sais pas ce que tu construis quand tu travailles sur un chantier. Et?si quelqu?un t?invite ? prendre tes responsabilit?s dans l?oeuvre d??dification, tu conspues le ??tra?tre ??la classe ouvri?re?? et tu vas rejoindre le ??P?re de tous les prol?taires?? qui se garde bien de te dire?cela.

Tu n?es pas libre, petit homme, et tu ne sais pas ce que c?est que la libert?. Tu ne saurais pas vivre sous un r?gime de libert?. Qui, en Europe, a port? la peste au pouvoir ? Toi, petit homme ! Et aux Etats-Unis ?? Songe ? Wilson? ??

??Non, petit homme, tu ne pr?tes jamais l?oreille ? la v?rit?, tu?n??coutes que le tapage. Alors tu hurles ??heil !??. Tu es l?che et cruel, petit homme, tu n?as pas le?sens du vrai devoir, du devoir d??tre humain et de sauvegarder ton humanit?. Tu imites mal le sage?et bien le brigand. Tes films, tes programmes de radio, tes bandes dessin?es ne racontent que des?histoires de crimes.

Tu tra?neras ta personne et ta mesquinerie ? travers les si?cles avant de devenir ton propre ma?tre. Je me s?pare de toi pour mieux te servir ? l?avenir. Car si je suis loin de toi, je ne risque pas que tu me tues, et une oeuvre lointaine t?inspire plus de respect qu?une oeuvre proche. Tu m?prises ce qui est?trop pr?s de toi. Tu places ton g?n?ral ou ton feld-mar?chal sur un socle pour mieux le respecter,?m?me s?il est m?prisable. C?est pourquoi les grands hommes ont toujours gard? leurs distances par rapport ? toi, depuis qu?on ?crit l?histoire. ??

??Je sais, petit homme, que ton premier diagnostic est toujours la folie quand tu entends une v?rit??que tu n?aimes pas. En ce qui te concerne, tu te consid?res comme l? ??Homo normalis??, l?homme?normal. Tu as enferm? les fous, et ce sont les normaux qui gouvernent le monde. Qui est donc?responsable de tout le mal ? Pas toi, ?videmment, tu ne fais que ton devoir, et qui es-tu pour avoir?une opinion personnelle ? Je le sais, tu n?as pas besoin de me le ressasser. D?ailleurs, ton sort?n?int?resse personne, petit homme. Mais quand je pense aux nouveau-n?s que tu tortures pour en?faire des ??hommes normaux?? ? ton image, j?ai envie de revenir vers toi pour emp?cher ce crime.?Mais tu as pris tes pr?cautions en instituant un ??Minist?re de l??ducation??.??

??Tout ce que tu as retenu de Newton c?est qu?il a vu ??tomber une pomme?? ; quant ??Rousseau, il voulait ??revenir ? la nature??. De Darwin tu as retenu ??la survie du plus fort??, mais non???ta descendance du singe??. Tu aimes citer le ??Faust?? de Goethe, mais tu n?y comprends pas plus?qu?un chat aux math? ?l?m?. Tu es stupide et vaniteux, ignorant et simiesque, petit homme ! Mais tu?es pass? ma?tre dans l?art d?esquiver l?essentiel et de retenir l?erreur. Je te l?ai d?j? dit. Tu exposes ton?Napol?on, petit bonhomme galonn? d?or, qui ne nous a rien laiss? sauf le service militaire?obligatoire, dans toutes les librairies, en grands caract?res dor?s, mais mon Kepler, qui a pressenti?ton origine cosmique, ne figure dans aucune biblioth?que. Voil? pourquoi tu n?arrives pas ? te?d?p?trer du bourbier, petit homme ! C?est pourquoi je te r?primande s?v?rement quand tu t?imagines?que j?ai sacrifi? vingt ann?es de ma vie et une fortune pour te ??sugg?rer?? l?existence de l??nergie?cosmique. ??

??Tu te pr?cipites sur l?homme g?n?reux, sur celui qui distribue joyeusement ses biens, pour le spolier, mais c?est toi le?pervers et le corniaud et tu infliges ? l?homme g?n?reux ces noms. Tu te gorges de son savoir, de?son bonheur, de sa grandeur, mais tu ne peux dig?rer ce que tu as englouti. Tu le rechies aussit?t et?la puanteur est ?pouvantable.??

??Tu es l?che, tu as toujours ?t? l?che. Tu tenais le bonheur de l?humanit? entre tes mains, tu as tout?gaspill?. Tu as mis au monde des Pr?sidents, tu leur as donn? ta mentalit? mesquine. Ils se font?photographier et reproduire sur des m?dailles, ils sourient en permanence, mais ils n?osent appeler la?vie par son nom, petite fille de la R?volution ! Tu portais le monde dans tes mains, et tu as l?ch? des?bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki; ? vrai dire, c?est ton fils qui les a l?ch?es. Tu as l?ch??ta pierre tombale, petite femme rong?e par le cancer. Avec une seule bombe, tu as exp?di? dans le?silence du tombeau ta classe et ta race toute enti?re. Car tu n?as pas eu assez de sentiments humains?pour lancer un avertissement aux hommes, aux femmes, aux enfants d?Hiroshima et de Nagasaki.?Tu n?as pas eu la grandeur d??me d??tre humaine ! C?est pourquoi tu dispara?tras silencieusement,?comme une pierre s?enfon?ant dans l?oc?an. Peu importe ce que tu penses ou dis maintenant, petite?femme qui a mis au monde des g?n?raux idiots. D?ici cinq cents ans on se moquera de toi, on?s??tonnera. Qu?on ne le fasse pas d?j? aujourd?hui est une des preuves de la mis?re de ce monde !??

??Tu devras apprendre ? penser en fonction de la vie, ? ?consid?rer ton ?volution depuis la premi?re mol?cule de protoplasme jusqu?? l?animal humain qui?sais marcher en position verticale, mais qui ne sait pas encore penser correctement. Tu n?as m?me?pas gard? le souvenir d??v?nements qui se sont pass?s il y a dix ou vingt ans, et tu r?p?tes les m?mes??neries que les hommes ont d?bit?es il y a 2000 ans et davantage. Pis, tu t?accroches ? des insanit?s?telles que ??race??, ??classe??, ??nation??, ??contrainte religieuse??, ??interdiction d?aimer??, comme un pou?s?accroche ? une fourrure. Tu n?oses pas mesurer du regard la profondeur de ta mis?re. De temps en?temps, ta t?te ?merge du bourbier et tu cries ??heil !??. Le coassement d?une grenouille dans une mare?est plus pr?s de la vie !??

??On t?a d?masqu?, petit homme, et on a jet? un regard derri?re la fa?ade de ta bassesse et de ton?minabilisme. On veut que tu d?termines le cours du monde par ton travail et tes r?alisations ; mais?on ne veut pas que tu remplaces un tyran par un autre pire que le premier. On commence ? exiger?que tu te soumettes plus strictement, petit homme, aux r?gles de la vie, comme tu l?exiges des?autres, que tu t?amendes toi-m?me avant de critiquer. On conna?t mieux ta manie de cancaner, ta?cupidit?, ton refus de toute responsabilit?, bref de ta maladie qui empeste le monde. Je sais que tu?n?aimes pas entendre ces v?rit?s et que tu pr?f?res crier ??heil??, toi qui pr?tends assurer l?avenir du?prol?tariat et du ??Quatri?me Reich??. Mais je suis certain que tu r?ussiras moins bien que par le?pass?. Nous avons d?couvert la clef de ton comportement pendant des mill?naires. Tu es brutal,?petit homme, derri?re ton masque de sociabilit? et de gentillesse.??

??Que faire alors ??Je d?teste la guerre, ma femme se lamente quand je suis appel? sous les drapeaux,?mes enfants meurent de faim quand les arm?es prol?tariennes occupent mon pays, les cadavres?s?entassent par milliers. Tout ce que je veux, c?est labourer mon champ, jouer apr?s le travail avec?mes enfants, aller le dimanche danser ou ?couter de la musique. Mais que pourrais-je faire ???

??Tu n?as qu?? faire ce que tu as fait jusqu?ici, travailler, donner une enfance heureuse ? tes enfants, aimer ta femme. SI TU FAISAIS CELA AVEC DETERMINATION ET PERSEVERANCE, IL?N?Y AURAIT PLUS DE GUERRE ; on ne verrait plus tes femmes livr?es ? la?soldates que? sexuellement affam?e de la ??Patrie de tous les Prol?taires??, on ne verrait plus tes enfants, orphelins,?mourir de faim dans la rue, tu ne fixerais plus sur quelque ??champ d?honneur?? lointain le ciel bleu?de tes yeux ?teints.??

??Quel que soit le mal que tu m?as fait ou que tu me feras, que tu me glorifies comme un g?nie ou que tu m?enfermes dans un asile d?ali?n?s, que tu m?adores comme ton sauveur ou que tu me pendes comme espion, t?t ou tard la n?cessit? t?apprendra que j?ai d?couvert les lois de la vie, mettant ainsi?entre tes mains un instrument gr?ce auquel tu pourras diriger ta vie d?une mani?re consciente,?comme tu as su diriger jusqu?ici seulement tes machines. J?ai ?t? l?ing?nieur fid?le de ton organisme.?Tes petits-enfants m?embo?teront le pas et seront de bons ing?nieurs de la nature humaine. J?ai?r?v?l? l?immensit? du domaine vivant en toi-m?me, j?ai r?v?l? ta nature cosmique. C?est l? ma?grande r?compense.??

Les dictateurs et les tyrans, les petits malins et les clabaudeurs, les g?otrupes et les coyotes subiront le sort qu?un Sage leur a pr?dit :

J?ai sem? des paroles sacr?es dans le monde.

Lorsque le palmier se sera fan?, le rocher d?compos? ;

Que les monarques glorieux auront ?t? balay?s comme feuilles mortes,?Mille arches porteront ma parole ? travers les d?luges :

Ma parole ne passera pas.

Wilhelm Reich

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