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?conomie flibusti?re

KOUTOUZIS2 - CP

MICHEL KOUTOUZIS :

Les deux derni?res ann?es en Europe, la banque centrale a inject?, d?une mani?re ou d?une autre, des centaines de milliards au nom de la relance. O? sont-ils?? A-t-on observ? une quelconque baisse du ch?mage, une relance de l?activit? industrielle, du b?timent, des services?? Non. Les infrastructures de l?Etat et des collectivit?s locales ont connu un boom?? Non plus. Par ailleurs, l??pargne populaire, le march? de l?immobilier connaissent une p?riode d?hibernation. Rien ne bouge, ou plut?t, rien ne se d?veloppe, on sauve les meubles dans un attentisme frileux, la pendule n?indique ni secondes, ni minutes, seules les heures passent. Les canaux classiques de retransmission financi?re semblent bouch?s sauf peut-?tre pour l??conomie num?rique et les entreprises du CAC, les seules qui ont un acc?s facile au cr?dit, les seules aussi qui n?en ont pas vraiment besoin. La si ch?re confiance des m?nages est devenue une arl?sienne, s?est transform?e en d?fiance vis-?-vis du futur, puis du politique et enfin des?dirigeants. Bref, la fameuse ??crise permanente?? emp?che le regard vers le futur, sape le moral et rend?in fine?le pays instable et ingouvernable, si gouverner c?est pr?voir. L?orthodoxie dominante continue ? consid?rer que le probl?me r?side dans le manque de r?formes audacieuses, un euph?misme surann? qui sous entend une baisse g?n?reuse du prix du travail, une ??lib?ration?? de l??conomie du carcan des r?gles et des lois que commun?ment l?on appelle ??d?r?gulation??, celle-la m?me qui est ? l?origine de la crise. Pourtant, en r?alit?, les ?conomistes savent pertinemment que ce qui manque ? l??conomie c?est les 60% de la masse mon?taire qui se ??fixe?? (ou dort) au sein du march? en esp?rant des dividendes rapides et faramineuses li?es, d?une mani?re ou d?une autre, ? la sp?culation sur la dette.

A l?honorer ou pas r?side la cl? du probl?me?: soustrayons, non pas la?dette perp?tuelle, mais les int?r?ts cumul?s de celle-ci et rajoutons un int?r?t fixe, celui pratiqu? dans un premier par les banques centrales et ensuite par la BCE vis-?-vis des banques?: Pratiquement aucun pays europ?en ne serait d?ficitaire. Bien entendu, avec ce calcul, la majorit? des banques reviendraient ? la situation ing?rable de 2007-2008. Y a-t-il meilleure preuve d?un d?placement massif des pertes financi?res aux dettes souveraines?? D?aucuns vous diront que la dette est g?n?ratrice de monnaie et ils n?ont pas tort. Mais alors, acceptons que la masse mon?taire mondiale, et tout ce qui s?ensuit, n?est qu?un mirage, une machinerie artificielle sur la quelle on s??appuie pour extorquer les fameux ??efforts?? au grand nombre?d?une part et, d?autre part augmenter la bulle mondiale au profit des happy few.

Cependant, au sein des gouvernants, rares sont ceux (mais il y en a de plus en plus) qui osent s?attaquer ? la doxa lib?rale, qui aveuglement, pr?f?re accompagner les peuples vers leur d?clin plut?t que d?affronter un syst?me financier qui reste la seule (mais al?atoire) bou?e de sauvetage ? leur r??lection. Le monstre qu?ils ont cr?? de toutes pi?ces d?sormais les asservit, puisqu?ils doivent ? encore et toujours ? emprunter, ne serait-ce que pour payer leurs propres employ?s. Il s?agit donc d?exhiber son all?geance, son ??s?rieux??, pour avoir toujours acc?s au cr?dit. En d?autres termes on pr?f?re la stagnation et/ou la r?cession, plut?t que l?augmentation du co?t du remboursement des dividendes de la dette, qui est devenu, et de loin, la premi?re d?pense de quasi tous les Etats europ?ens. Cette ??uniformisation?draconienne?? du mod?le ?conomique impos?e par le march? jette aux poubelles de l?histoire la notion m?me du politique. Il n?y a plus de choix, plus d?alternatives, plus de solutions, repr?sent?s habituellement par des blocs politiques rivaux. Et ceux qui contestent ce monologue autoritaire, m?me dans des d?tails ou des variantes anodines, sont imm?diatement marginalis?s,?Au sein de ce cercle vicieux (et vici?), il existe une contradiction que les ?conomistes se refusent d?aborder. D?une part, le march? exige des Etats leur paup?risation. Mais parall?lement, ces derniers sont devenus leurs meilleurs (et parfois uniques) clients, qui absorbent, au nom de la dette, les liquidit?s du march?, emp?chant une relance de l??conomie r?elle. Celle justement qui se meurt en Espagne, en Italie ou en Gr?ce et qui g?n?re les cohortes, de plus en plus massives de ch?meurs. L?, les Etats (et leurs banques) en faillite (r?elle) augmentant ici la dette des Etats dits s?rieux sans pour autant que la relance pointe ? leur horizon, bien au contraire. Elle s??tend, ? Chypre, ? Malte et bient?t au Luxembourg ou ailleurs, concentrant au nom de cette uniformisation financi?re l?ensemble de la finance au sein de deux ou trois pays europ?ens, ou plut?t ? leurs banques. Lesquelles, hier moribondes, contr?lent d?sormais tout processus d?cisionnel de la classe politique de ces Etats, toute perspective alternative. Et pourtant, on n?est pas ? un paradoxe pr?s, plusieurs de ces banques (dont des plus prestigieuses en Allemagne ou au Pays Bas) sont, techniquement parlant toujours en faillite, si l?on consid?re qu?une banque qui ne peut ni pr?ter ni emprunter est morte. Pourquoi donc ne le sont-elles pas?? Parce que, contrairement ? Chypre, l?Etat peut ?ventuellement intervenir ? leur faveur. Cet Etat ??s?rieux?? qui peut toujours faire appel au march? au moindre co?t pour les financer et leur permette,?par magie, de continuer ? ?tre op?rationnelles au sein?du march?. Mais nos ?conomistes et autres commentateurs continuent, inlassablement, ? r?p?ter ??cachez-moi ce sein que je ne saurais voir??.

Les infiltr?s

Ainsi (et sic),?si on est pr?occup? par les cohortes de ch?meurs espagnols, il faut, en France, pers?v?rer dans la rigueur?et?acc?l?rer les r?formes.?Les ?neries et autres enfumages pleuvent? Cahuzac n?est qu?un cas isol?.?On veut bien (et on comprend qu?il faut bien amuser la gall?rie). Mais ? quoi bon, alors, lancer une?vaste campagne?pour trouver le nombre de biens mobiliers et immobiliers, de chacun des ministres?? Calculer les m?tres carr?s, les voitures et les vespas en leur possession?? L?opinion se divise. Les pour et les contre.?Moraliser la vie politique, disent les uns,?reste une n?cessit?.?C?est du flicage, de l?exhibition malsaine, disent les autres. Et le sage chinois dit??: quand on montre la lune ? un cr?tin il regarde le doigt.

M?fions nous des croisades viriles.?Prendre?J?rusalem, les Falkland ou Tombouctou,p?n?trer?l?Irak ou l?Afghanistan, poss?der??le Congo, le Vietnam ou le Liban, n?est en fin de compte qu?un signe d?impuissance?pour affronter chez soi les effets d?une politique de coupe r?gl?e, de pr?dation inique.?Faire la guerre?? la drogue,?mener campagne?pour loger les mal log?s,?d?clarer la guerre?? l?abstraction financi?re,?s?attaquer?? des moulins ? vents multiples et vari?s (n?gres, arabes, grecs, italiens et?tutti quanti) c?est tout simplement cacher maladroitement une volont? coupable de ne rien vouloir changer, de faire porter le chapeau ? l?autre, et surtout ? ne pas montrer la lune, au cas o? l?on aurait ? faire avec quelqu?un qui n?est pas forc?ment stupide.

Il n?y a pas d?amour, dit-on,?il n?y a que des preuves d?amour. O? sont-elles, chez les adorateurs du peuple qui nous gouvernent???Que reste-t-il de la r?forme financi?re?? De l??radication du ch?mage et des comptes offshore,?ici ou ailleurs?? De l?Etat exemplaire, de la?lutte?contre la corruption?? Un an c?est pas grand chose, mais existe-t-il l?ombre du soup?on d?un espoir qu?il existe, ne serait-ce qu?une volont? timor?e, d?en d?coudre??

Parlons donc de la lune et donnons lui un nom.?Le banquier?transnational, allemand de pr?f?rence mais aussi fran?ais, britannique ou am?ricain.?Trop puissant pour faire faillite il y a cinq ans, il est d?sormais trop puissant pour ?tre juste poursuivi en justice. Il a ses sbires, ses agents, ses repr?sentants, ses lobbys, ses r?seaux, agissant aussi bien au sein des Etats et leurs administrations, qu?au sein de l?Europe. Il met le hol? ? toute volont? de vraiment changer quoi que ce soit. Il est pr?sent au cabinet du pr?sident, a dans sa poche plusieurs d?put?s, il?dirige?le FMI et la BCE, La soi-disant redoutable chanceli?re Merkel et son ministre des finances ne sont que ses fond?s de pouvoir. Au lieu de?partir en guerrecontre la?finance mondialiste?(du?d?j? vu?passablement?old faschion), faisons juste l?inventaire de ces r?seaux, de ces hommes et de ces femmes pr?sents partout o? une d?cision pourrait (?ventuellement) ?tre prise. Et on comprendra alors pourquoi la r?forme du syst?me financier ne se fera pas et que ce Pr?sident, ce parlement, cette Commission, ce Parlement Europ?en, cette BCE, continueront ??brasser du vent pour que rien ne change.?Et si tout cela n?est pas suffisant, les propagateurs m?diatiques des?peurs du si?cle?(sortie de l?Euro, Inflation, grands m?chants loups-garous chinois ou indiens, r?cession et autres trouvailles ? la carte) sont l? pour garantir la p?rennit? d?un syst?me qui n?a plus rien ? offrir sinon ces peurs.?N?ayez pas peur, disait jadis un pape anticommuniste, et c??tait sans doute son hom?lie la plus courte mais aussi la plus juste, si on veut s?attaquer au march?.?La politique de la France ne se fait pas ? la corbeille?disait un pr?sident, auquel ont tourn? le dos ses ?pigones (dont son premier ministre, puis successeur) en d?clarant all?geance ? la toute puissance du march? qu?ils ont, eux-m?mes, fait roi. Un autre pr?sident, am?ricain, d?clarait na?vement?:?on peut mentir une fois ? tout le monde, plusieurs fois ? quelqu?un mais on ne peut pas mentir tout le temps ? tout le monde. Je pr?f?re Marx qui ?crivait, dans l?Id?ologie allemande?:?Prendre le pouvoir est n?cessaire pour faire croire que son propre int?r?t est l?int?r?t g?n?ral.

Le Bengale en Gr?ce

Il y a belle lurette que le pouvoir se conjugue en r?seaux. En flux financiers, maritimes et d?internet, en connections commerciales ou institutionnelles. Loin du droit de la Cit? (l? ou il existe toujours). En un clin d??il, les discours des grands argentiers et autres dirigeants s?uniformisent, puisque d?sormais ??gouverner?? se r?sume ? ??communiquer??. Il y a belle lurette aussi que, avec l?excuse de la conformit? et de la standardisation, la production industrielle d?localis?e impose ses ??r?gles de qualit? tout en profitant du vide juridique et social concernant le travail. Combien de fois faudra-t-il r?p?ter que les redoutables chinois, les pernicieux indiens, les esclavagistes bengalis ne sont que des masques derri?re les quelles se cachent nos entreprises les plus prestigieuses, celle qui font de leur image l?atout majeur de vente, garantissant qualit?, fiabilit?, esth?tique ou luxe. Leurs patrons, bien connus et pr?sents au sein de la presse populaire mais surtout ?conomique, s??poumonent ? nous expliquer que, pour concurrencer le prix du travail en Chine au Bengladesh ou en Inde il faut faire baisser le n?tre. Et pour contrecarrer le laisser-faire?l?arbitraire autoritariste au sein de ces pays, il faut ??all?ger?? nos propres lois. C?est ce qui se passe, avec une duret? incroyable, l? o? le pouvoir politico-?conomique impose la crise. Celle-ci a donc une utilit?, elle ne tombe pas du ciel, elle permet la tiers mondialisation du travail en occident, tout en imposant la fin de l?exception financi?re et fiscale, c?est-?-dire la fin de toute autonomie, de toute souverainet?, et la mise en place d?une ??monnaie unique?? ? plusieurs vitesses ? l?exemple de la Chine. Pour garantir cette pression qui permet un retour en arri?re magistral en Gr?ce, ? Chypre, en Espagne au Portugal etc., les flibustiers de l?industrie pharmaceutique, du luxe, de l?alimentation, de l?automobile, des grandes enseignes et des grandes surfaces n?h?sitent pas une seconde ? d?localiser encore et toujours chez les moins offrants en thermes du co?t du travail, ou d?y importer de la main d??uvre, d?s lors qu?une pays, renforce sa juridiction. Ainsi, ? l?Ile Maurice, dans les bagnes de l?industrie offshore on trouve de moins en moins de mauriciens et de plus en plus de chinois, de mozambicains, etc. Parall?lement, l?ile Maurice, Douba?, Qatar etc., d?localisent leurs offshore et leurs champs de canne ou de c?r?ales en Afrique de l?est. Il se trouvera toujours un espace moins r?glement? que les autres??Ces m?mes entreprises, dont l?enseigne est l?argument de vente principal s?offusquent de la contrefa?on, dont ils sont, g?n?ralement ? l?origine. Ce qui vaut pour les produits manufactur?s, vaut aussi pour l?agro-alimentaire?: des millions d?hectares sont confisqu?s ? des paysans au profit des multinationales de l?alimentation et ??c?d?es?? pour 99ans.

Le consommateur, lui, ne voit que du vent?: des produits conformes, bien standardis?s et empaquet?s souvent lab?lises?made in Europe?puisque celle-ci a d?cid? que l?identit? d?un produit est celle de la derni?re action, c?est-?-dire? l?empaquetage. Ne soyez pas donc surpris d?apprendre que le premier exportateur de m?dicaments en Allemagne est un ??conditionneur??.

Cette ?conomie entropique a certes besoin de?feed back??: l?opinion ? avec raison?-, s?insurgera des comptes offshore d?un ministre du budget pr?nant la rigueur, de l?exil fiscal d?un acteur, s??mouvra quand une usine au Bengladesh s??croule sur des centaines d?ouvriers, se lamentera en apprenant que des travailleurs immigr?s ramasseurs de fraises en Gr?ce sont tir?s comme des lapins le jour o?, enfin, ils d?cident de demander leur salaire, ou qu?un conseiller de la chanceli?re et h?ros du foot bavarois joue ? la bourse en cachette depuis ses comptes suisses.

Cette ville-monde qui se construit aux d?pens du citoyen, qui s?organise en r?seaux en dehors de toute proc?dure d?cisionnelle d?mocratique,?cette citadelle autocrate ne peut ?tre contest?e par des demi-mesures. Celui qui se propose le changement radical comme programme se doit de proposer du sang et es larmes, offrir l?impossible et exhiber le co?t d?une telle ??r?volution d?mocratique??. Si le?connais-toi toi-m?me?a encore un sens, si il peut se d?cliner pour comprendre cette ville ? monde, il faut commencer par faire tomber les masques. Et surtout se pr?parer en un?combat qui ne sera pas une partie de plaisir.?Pas un seul d?put? chypriote n?avait accept? d?ent?riner les mesures de la Tro?ka. Et pourtant, quatre jours plus tard, elles ?taient impos?es, encore plus dures en guise de punition.

A bon entendeur?

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