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L?humain moyen de la modernit? est un ?tre banal, facilement modelable et parfaitement adapt? ? son ?poque, c?est-?-dire ? l??re de la d?subjectivation ?thique de l?humain. D.R. Dufour nous propose ainsi une analyse qui va en ce sens, dans L?Art de r?duire les t?tes, en analysant un ph?nom?ne anthropologique nouveau et typiquement moderne, ? l?aide d?un outil tout aussi caract?ristique de la modernit?, soit : la t?l?vision.

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?clatement du symbolisme culturel

?clatement du symbolisme culturel

"Est- ce que vous ?tes blancs ce soir ?!" – (c) Krinein.com 2010

L?humain moyen de la modernit? est un ?tre banal, facilement modelable et parfaitement adapt? ? son ?poque, c?est-?-dire ? l??re de la d?subjectivation ?thique de l?humain. D.R. Dufour nous propose ainsi une analyse qui va en ce sens, dans L?Art de r?duire les t?tes (2003), en analysant un ph?nom?ne anthropologique nouveau et typiquement moderne, ? l?aide d?un outil tout aussi caract?ristique de la modernit?, soit?: la t?l?vision.

L?auteur soutient l?id?e que le progr?s de la technique moderne rec?le un v?ritable outil de domination sociale, plus particuli?rement ici la t?l?vision. Les cons?quences n?fastes de cette derni?re sur les capacit?s humaines de raisonnements sont telles que, d?s la plus tendre enfance, l??tre humain moyen des civilisations modernes est appel? ? un faire face ? un ph?nom?ne d?abrutissement g?n?ralis? par un bombardement d?images qui ma?trise parfaitement ??l?Art de r?duire les t?tes??. Essentiellement, c?est ainsi que d?s son entr?e dans le monde, l??tre humain subit un processus de d?subjectivation ?thique par la t?l?vision par un dialogue impossible, puisque ? sens unique, qui tend ? d?socialiser le sujet moral passif qui n?est rien d?autre qu?un r?cepteur.

L?argument de Dufour consiste ? faire le constat de l?omnipr?sence de la publicit? et la cons?quence directe sur les comportements ?conomiques des acteurs sociaux. En se servant de la t?l?vision comme catalyseur pour la mise en march? des produits de consommation, de nouveaux rep?res sociaux se dressent. La culture de consommation op?re un v?ritable bouleversement id?ologique ? l?aide du t?l?marketing en ?rigeant les marques de commerce au niveau des rep?res en ce qui a trait ? la norme sociale (144). ? l?inverse des m?thodes classiques de r?cits par le t?moignage d?autrui, les p?dopsychiatres s?inqui?tent d?sormais de la fragilisation de la capacit? de faire la part des choses entre le r?el et l?imaginaire, auparavant int?grer ??dans un circuit ?nonciatif?? qui avait le cr?dit de rendre l?abject acceptable (145). Par cons?quent, le processus de socialisation par la famille qui sert ? transmettre la culture aux g?n?rations suivantes est d?sormais d?rob? par la t?l?vision. Cette derni?re devient alors le troisi?me parent ??supplantant de plus en plus les vrais parents?? (147).

Ensuite, la capacit? de reconstruction du contenu ?nonciatif est alors diminu?e et elle transforme le spectateur en simple r?ceptacle passif dont l?imagination n?est plus suscit?e. Les capacit?s de l?imaginaire ? se repr?senter les r?cits et les textes emp?chent la transmission appropri?e de la culture, c?est-?-dire des croyances, des rites, des obligations, des savoirs, des rapports sociaux? et surtout le don de parole (153). La cons?quence tragique directement li?e ? ce nouveau ph?nom?ne est l?inhibition des valeurs symboliques qui supportent la culture d?une soci?t? par l?annihilation d?un interm?diaire essentielle pour tamiser le contenu symbolique re?u par le sujet moral. Les rep?res symboliques sont ainsi mal fix?s et devant l?incapacit? du sujet ? d?finir les rep?res communs ?l?mentaires au bon fonctionnement social entra?ne ainsi la d?ch?ance de la culture pr?cieuse qui donne un sens ? la vie soci?tale (157-158). La rupture des noyaux sociaux, telle que la famille, est la cons?quence logique de ce ph?nom?ne de d?subjectivation ?thique par la t?l?vision. Il s?ensuit une totale d?mission des figures d?autorit?s ? l??gard de leurs responsabilit?s envers l??ducation et la transmission des valeurs, des normes et des croyances communes, lesquelles sont d?sormais soumises ? la culture de la consommation typique des civilisations modernes (159-173).

Selon l?auteur, le parall?le est facile et ?vident avec la situation des ?l?ves en milieu scolaire. Les enfants de la t?l? sont de plus en plus difficiles ? int?grer au contexte favorable ? l?apprentissage scolaire. Les ?l?ves ont beaucoup plus de troubles de concentration et d?acceptation du contexte acad?mique de ??celui qui parle et celui qui ?coute?? (160). Les prescriptions de Ritalins sont plus fr?quentes que jamais devant un d?ni g?n?rationnel d?assumer les responsabilit?s d?introduire au monde les nouveaux ?tres. L??ducation de ces derniers est d?s lors d?ficiente par le manque de discipline et d?instruction ? la fonction critique, primordiales pour la vie en soci?t?. L??tudiant est r?duit au concept de client et la fonction de l??ducation est orient?e vers la production de bons travailleurs. Dufour est cat?gorique ? ce titre?: c?est ??l??cole du Capitalisme total?? (173). Ainsi, le rapport au savoir devient accessoire puisqu?il ne s?agit surtout pas d?apprendre aux ?l?ves ? penser. Bien au contraire, ??il s?agit mieux de fabriquer des cr?tins proc?duriers, adapt?s ? la consommation?? (174).

En somme, la boucle est boucl? par le processus de fabrication d?individus d?poss?d?s de toute culture symbolique au profit d?une identit? flottante promulgu?e par la t?l?vision et le syst?me d??ducation au service de la soci?t? n?olib?rale et sa culture de consommation instaur?e par une forme de d?ni g?n?rationnelle ? l??gard de la responsabilit? des figures d’autorit? en ce qui concerne la transmission de l?h?ritage culturel identitaire qui n?est plus en mesure d??duquer ses nouveaux venus ? la discipline et ? la pens?e critique (177-178). Bref, le sujet moral postmoderne n?est rien de moins qu?un ?tre inengendr? dont la fonction se r?sume ? n??tre qu?un rouage dans un syst?me technocratique avanc? qui ne doit rien ? la g?n?ration pr?c?dente, car tout lui est d? ??puisqu?il a ?t? jet? dans le monde sans qu?on lui demande son avis?? (178).

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    Bien intéressant comme article.
    Par contre, il me semble qu’accuser les médias comme étant la cause de ceci n’est pas remonter à la source du problème.

    «En somme, la boucle est bouclé par le processus de fabrication d’individus dépossédés de toute culture symbolique au profit d’une identité flottante promulguée par la télévision et le système d’éducation au service de la société néolibérale et sa culture de consommation instaurée par une forme de déni générationnelle à l’égard de la responsabilité des figures d’autorité en ce qui concerne la transmission de l’héritage culturel identitaire qui n’est plus en mesure d’éduquer ses nouveaux venus à la discipline et à la pensée critique.»
    Ouf…, bien grande phrase qu’il faut relire plus d’un fois pour comprendre… 🙂

    Ce que j’en comprends est: les jeunes n’ont plus de code moral de vie leur permettant de s’identifier, s’affirmer, de foncer dans la vie. Incapable de pensée critique et ne respectant aucune valeur autre que le caprice du moment, ils ne sont pas équipés pour vivre une vie solide.

    Ces jeunes sont alors à la merci des valeurs superficielles véhiculées par les médias et les autres individus…

    Et je suis 100% d’accord ici.

    Mais si vous acceptez ma reformulation (OK, c’est un peu plus qu’une reformulation mais bon… ), il est évident dit ainsi que ce n’est aucunement la TV qui est la cause initiale.

    La cause est la société, l’enseignement (pas juste à l’école mais dans la famille. Et… dans les médias ).

    D’un coté, on bourre nos enfant d’information, de connaissance. Mais jamais ne leur montre-t-on comment raisonner, comment penser. L’esprit critique, le questionnement, la remise en question des concepts ne sont plus des valeurs enseignées à nos jeunes.. La conceptualisation n’est plus une valeur importante.
    Conséquence, l’enfant ne sait pas penser…

    De l’autre, on n’enseigne plus de valeurs personnelles. L’importance de l’estime de soi, de se réaliser, l’effort, la réussite. Toutes ces valeurs sont étouffées au profit de la beauté des valeurs de l’autre: le partage, la compassion, la pitié…
    Ces valeurs personnelles sont encore existantes mais elle sont tellement mal vues que ceux qui y adhèrent encore le font en cachette.
    Conséquence, nos jeunes n’ont aucune idée de la cruauté de la réalité. Ils n’ont aucun moyen d’avoir un but dans la vie, ils ne pas quoi faire de leur vie…

    En caricaturant, cela donne:
    -«Qu’est-ce que tu veux faire dans la vie plus tard?»
    -«Moi?, je veux que tout le monde vive heureux dans un monde vert et sans capitalisme»

    Bonne chance mon grand !….
    Le concept d’avoir à travailler, à se réaliser est totalement inexistant.

    Un dernier point est qu’on n’enseigne plus les valeurs. (C’est un autre sujet mais jusqu’à il y a une ou deux générations, ces valeurs venaient de la religion ).
    Au contraire, maintenant, on enseigne à nos jeunes qu’une valeur est un jugement discriminatoire envers ceux qui ne partagent pas cette valeur.
    En prônant comme on le fait l’ouverture sur les valeurs des autres, ce qu’on enseigne à nos jeunes est: il n’y a pas vraiment de valeurs…
    En prônant de ne pas critiquer les valeurs des autres, ce qu’on prône est de ne pas avoir de valeurs personnelles solides. (A part celle des autres ? )
    Conséquence: nos jeunes n’ont plus de code moral. Tout est bon, tout est OK car tout jugement de valeur est immoral…. Et après on est surpris qu’ils prennent le monde pour acquis… pour leur.

    Cet enfant arrive dans la vie (vers l’age ado ) équipé d’un bagage de connaissance mais incapable d’en accumuler d’autres par lui-même car il est incapable de raisonner.
    Il n’a aucune valeur personnelle lui permettant de se fixer des objectifs et des buts dans la vie. Il est incapable de savoir où il s’en va…
    Armé de connaissance mais sans aucune valeur, celui-ci est incapable de prendre des décisions, incapable de bouger. Car pour faire un choix, cela prend une valeur…

    Qu’est-ce que le futur pour lui ?
    Ca se résume en: le cadran va sonner à 8:00am demain matin et vendredi: party.
    Qu’a-t-il devant lui ? Le néant total.
    Que fait-il alors ? Quoi de mieux que de s’assoir devant la TV, cet appareil qui a le pouvoir magique de donner la valeur du jour à adopter… (Car il est en manque total de valeur. Il cherche à savoir quoi choisir, quoi faire… )…
    Cet appareil nourrit le vide dans sa tête…

    Mais est-ce que la TV est ultimement responsable ?
    Je suis convaincu que non. Il faut remonter plus loin encore…

  2. avatar

    Entièrement d’accord avec ce commentaire.

    Le problème est donc: l’Éducation.

    Et cette éducation se fait à deux endroits: Dans la famille et à l’école.

    Dans la famille:

    La durée d’une génération est de 25 ans. Depuis 40 ans on a abolit la nécessité de la « connaissance » au profit de la « compétence » dans nos écoles. Donc les parents actuels ont difficilement les connaissances nécessaires pour inculquer d’autres valeurs que les leurs à ces enfants. En fait, ils n’ont qu’une « compétence » productive pour « le système » a leur enseigner.

    Dans les écoles:

    On fabrique des « compétents » qui n’ont qu’une instruction très vague sur les sujets hors de leur compétence. Leur connaissance de l’histoire, par exemple, débute en 1960 et ils apprennent qu’antérieurement, c’était « la Grande Noirceur » etc…(Ce serait trop long à énumérer).

    Ce qui leur est inculqué au niveau des « compétences » est une base « dogmatiques » appelé: « des faits établis scientifiquement » sur lesquels on ne les laisse pas exprimer leur questionnement; s’il en ont, parce que ce n’est pas prôner, dans les écoles, de questionner autre chose que l’autorité du prof et de la direction. Autrement dit, il semble que « l’affirmation de soi » soit directement rattachée au manque de discipline. Preuve que les profs sont de la première génération de compétents qui enseigne à une deuxième générations de compétents.

    Il est facile de percevoir les conséquences qu’on observe chez la population jeune d’aujourd’hui.

    Ils ne sont pas « mauvais », ils ne sont pas imbéciles, ils sont perdus. Ils ne sont que « non préparés » à vivre leur propre vie individuelle avec des valeurs personnelles. On les conditionne pour opérer dans le système un point, un trait. Il ne faut donc pas se surprendre des manques de chacun au niveau existentiel.

    Les mathématiques sont un outil formidable; mais il ne faut pas aller jusqu’à croire que l’on peut s’acheter un sac contenant une quantité négative de pommes au marché. Mathématiquement, c’est possible; mais ans les faits, c’est plus difficile.

    André Lefebvre