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Du smic au Smax

Alors que le concept de revenu de base, appelé aussi revenu universel, s’invite enfin dans le débat, à l’occasion des présidentielles, ne faut-il pas d’abord s’interroger sur la notion d’un salaire maximum ?

En effet, dans les camps de la droite, comme dans celui de la gauche, ceux qui critiquent cette innovation sociale qu’est le RdB (revenu de base) prennent comme argument massue le fait qu’il serait impossible à financer…

Ce qui reste à prouver.

Nicole Ferroni dans sa chronique sur l’antenne de France inter, prenait récemment l’exemple de la patronne de l’Oréal qui, avec ses 300 millions par an se trouve dans l’incapacité de dépenser une somme pareille. lien

On se souvient que l’idée de fixer un salaire maximum était l’une des nombreuses promesses du candidat Hollande, promesse vite remise dans un placard dont elle n’est finalement jamais ressortie. lien

Pourtant l’idée n’était pas si mauvaise.

Pourquoi ne pas fixer un salaire maximum, alors que chacun a accepté l’idée d’un salaire minimum, même si celui-ci a pris un coup dans l’aile chez nos décideurs politiques.

Le salaire minimum est aujourd’hui de 1480,27 euros après déduction de la CSG et de la CRDS. lien

Un salaire maximum porté à 10 fois le salaire minimum, c’est-à-dire à 14 802 euros, reste une somme coquette, et théoriquement dégagerait une réserve financière plus qu’intéressante.

Prenons le cas de la PDG de l’Oréal, au lieu des 300 millions annuel, son salaire serait de 17 763 euros, soit 177 624 € annuels, ce qui libèrerait plus de 299 millions d’euros

Si l’on élargit la fourchette aux 5 patrons les mieux payés de France (ceux de Sanofi, Rubis, Renault, Dassault, et Schneider), on arrive à un total annuel de plus de 73 millions, et si on en déduit les 88 815 €, (salaire maximum de ces 5 patrons), il reste la somme coquette d’un peu plus de 72 millionslien

Mais il n’y a pas que 5 grands patrons richissimes dans ce pays, et personne ne peut douter que la somme de 72 millions sera vite dépassée.

Les salaires des 120 patrons des plus grandes entreprises françaises ont explosé en 2015, et leur rémunération globale a atteint 3,5 millions d’euros en 2015, soit une hausse de 20% par rapport à 2014, 5 d’entre eux ayant touché plus de 10 millions d’euros.

La rémunération moyenne est de 5 millions d’euros pour le CAC 40, ce montant excédant donc la rémunération maximale sociale « acceptable », d’après Proxinvest, lequel l’a fixée généreusement à 240 fois le Smic. lien

Avec 10,7 millions d’euros en 2010, Jean-Paul Agon était le patron français le mieux payé, alors que la rémunération moyenne des dirigeants des sociétés cotées du SBF 250 a bondi de 34%. lien

Selon le rapport Cingano, « jamais en trente ans, le fossé entre riches et pauvres n’a été aussi prononcé qu’actuellement dans les économies avancées  », le revenu des 10% les plus riches est quasi 10 fois plus élevé que celui des 10% les plus pauvres, et cet engrenage a commencé à la fin des années 80. lien

Notre pays compte 66 millions d’habitants, et si l’on enlève les 13,5 millions de français qui ont moins de 18 ans, il reste 52,5 millions de français qui recevrait le RDB, ce qui représente 630 milliards annuels.

Or, il ne faut pas oublier que les dépenses de protection sociale représentent  700 milliards tous les ans, et que le revenu de base remplacerait beaucoup de ces mesures. lien

Il y a d’autres pistes, et la liste en serait longue, pour financer ce RDB… et seuls ceux qui ont la volonté de l’empêcher trouveront toujours des arguments plus ou moins défendables, et plus ou moins de bonne foi, un peu comme ceux qui affirmaient en 1945 que la sécurité sociale était une parfaite utopie, comme le montre Gilles Perret dans son documentaire « la sociale ». lien

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Pour la bonne bouche, on pourrait évoquer le ratage juridique portant sur 500 millions d’euros dans l’affaire de la fondation Wildenstein, alors qu’il y avait un cas évident de fraude fiscale et de blanchiment en bande organisé. lien

Comment ne pas évoquer en même temps le cas de ceux qui, comme Dassault, fraude sans vergogne le fisc pour des millions d’euros. lien

Quand on sait que l’évasion fiscale coûte au pays pas loin de 80 milliards tous les ans, on voit clairement que ce revenu de base est facilement finançable. lien

Ajoutons que si nous prenons en compte que le PIB par français est de 2600 € mensuels, le revenu disponible étant de 1600 € par mois, soit 2100 € par mois par adulte, nous arrivons à la conclusion qu’un financement du RdB de 1000 € par mois serait logiquement réalisable. lien

Ceci est d’autrement plus facile à réaliser que la croissance du PIB par habitant est exponentielle presque partout dans le monde, impliquant le fait que le véritable problème économique n’est pas une éventuelle « crise économique », chère aux journalistes et aux politiciens, mais bien la répartition inégale des richesses produites. lien

Au-delà de ces réflexions, il n’est pas inutile de voir de plus près l’aspect social et philosophique de cette mesure, et l’analyse de Paul Ariès, directeur de « la vie est à nous », et rédacteur en chef de la revue « les z’indigné-e-s  » mérite le détour.

Affirmant que la société des humains est déjà assez riche pour permettre à plus de 7 milliards d’humains de bien vivre, il déclare que « nous n’avons pas à courber l’échine devant les politiques de récession sociale, mais plutôt d’imaginer un nouveau pacte qui ne nous conduise pas à défendre un système qui nous tue, (…) mais au contraire, qui nous permettre de commencer à changer véritablement de société  ».

Il prône « une dotation inconditionnelle d’autonomie qui prendrait plusieurs formes : une partie sous forme de monnaie locale à inventer, et une partie, essentielle à ses yeux, distribuée sous forme de droits d’accès au biens communs, passant par la gratuité de l’eau vitale, à celle des transports en commun, en passant par le « bouclier énergétique », et d’autres mesures sociales ». lien

Sur le fond, il va falloir admettre que le travail est en train de disparaitre, et qu’à terme les robots auront remplacé de nombreuses attributions humaines, et pourquoi pas ?

L’instauration d’un RdB aurait des conséquences positives, puisque déjà, il réduirait le chômage quasi à zéro, et qu’en même temps, il favoriserait la création, l’innovation, sans contreparties, ce qui existe déjà au sein des associations, mais qui prendrait une ampleur conséquente.

Alors que nombreux des détracteurs de ce RdB s’ingénient à y voir la promotion de la paresse, cette mesure, finalement, doperait l’inventivité, permettrait des initiatives citoyennes, et aurait beaucoup plus de conséquences positives qu’on ne peut l’imaginer aujourd’hui.

Aujourd’hui le débat s’invite dans la présidentielle, Benoit Hamon est pour un RDB à 750 € voire à 1000 €,  NKM préfère 470 €, Yannick Jadot arrondit à 500 €, mais Michèle Rivasi évoque un montant entre 800 et 1000 €, alors que chez LR, Frédéric Lefebvre, rallié alors à la candidature Juppé, l’envisageait à hauteur de 800/1000 € à partir de 18 ans, l’élargissant dès la naissance sur une base de 500 à 600 €. lien

Manuel Valls y serait favorable, à condition qu’il remplace une dizaine de minima sociaux, et Emmanuel Macron se dit séduit par l’idée.

Au FN, si on affirme ne pas avoir « d’hostilité de principe », on constate qu’il pourrait y avoir des « difficultés de faisabilité et de financement ». lien

Quant aux communistes, au NPA et à Jean-Luc Mélenchon, ils s’y opposent pour l’instant. lien

Qu’en sera-t-il en mai 2017 ?

L’avenir nous le dira.

En tout cas, selon un sondage réalisé par BVA en mai 2016, 51% des français se déclarent favorables au revenu universel et 48% y sont pour l’instant opposés. lien

Mais, à Davos, ceux qui tiennent les cordons de la bourse mondiale, se réunissent en se frottant les mains, les résultats de 2016 les rendent très optimistes pour cette année qui vient tout juste de commencer : ils sont 38%, contre 35% l’an dernier, à se dire très confiants dans leur capacité à augmenter leur chiffre d’affaire et leurs revenus en 2017. lien

Sur ce lien, on peut découvrir le Tour de France du Revenu Universel, qui aura lieu du 16 au 30 janvier.

Comme dit mon vieil ami africain : « en amour, les mendiants et les rois sont égaux ».

L’image illustrant l’article vient de plunkett.hautetfort.com

Merci aux internautes pour leur aide précieuse

Olivier Cabanel

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