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Du rapport Brundtland au rapport Mead

En 1987, le rapport Brundtland marquait un tournant majeur dans l’histoire de l’humanit?. La notion de d?veloppement durable y recevait ses lettres de noblesse. Dans son premier rapport officiel, le commissaire au d?veloppement durable du Qu?bec Harvey Mead nous rappelle, vingt ans plus tard, que nous n’avons pas encore choisi la voie du d?veloppement durable. Y aura-t-il un avant et un apr?s rapport Mead, comme il y a eu un avant et un apr?s rapport Brundtland ?

Le sous-ministre au minist?re du D?veloppement durable, de l’Environnement et des Parcs, L?opold Gaudreau, a eu beau ?tre appel? en renfort pour tenter de limiter les d?g?ts, le mal ?tait fait. Mead venait d’accuser le gouvernement de contrevenir ? sa propre loi sur le d?veloppement durable adopt?e en 2006. La strat?gie gouvernementale est inad?quate, au point ou le commissaire Mead est « tr?s pr?occup? ».

Les m?dias, qui peut leur en vouloir, ont insist? sur le c?t? spectaculaire du rapport Mead. Le fait, par exemple, d’apprendre de la bouche du commissaire que les producteurs de porc polluent avec la b?n?diction du gouvernement du Qu?bec ?tait pour eux du bonbon.

Les journalistes se seraient-ils tromp?s de cible, ratant ainsi la v?ritable port?e historique du rapport Mead ?

Certes, notre niveau de consommation est pr?occupant, mais il faut relativiser les choses. Les Qu?b?cois ont une empreinte ?cologique (surface productive n?cessaire ? une population pour r?pondre ? sa consommation de ressources et ? ses besoins d’absorption de d?chets) moindre que celle des Canadiens (7,6 hectares par personne). Qui plus est, alors que notre production et notre consommation combin?es ?quivalent ? 6 hectares par personne, selon les calculs de Mead, la capacit? biologique du territoire qu?b?cois est de 12,1 hectares par personne.

Nous avons une consommation trois fois sup?rieure ? la capacit? de support de la plan?te, mais deux fois inf?rieure ? la capacit? de notre propre territoire.

Attention ? la m?prise cependant : nous sommes dans une partie privil?gi?e du vaisseau Terre, mais cela ne nous exempte pas de nous pr?occuper du reste du vaisseau. S’il coule, nous allons couler avec lui.

Si le rapport Mead marque un tournant, c’est parce que le commissaire annonce qu’il va se pr?occuper davantage d’?quit? inter et intrag?n?rationnelle et de solidarit? sociale. La Loi sur le d?veloppement durable, dont le commissaire Mead est charg? d’examiner la mise en oeuvre, insiste sur le fait que l’?conomie du Qu?bec doit ?tre respectueuse de l’environnement tout en assurant le progr?s social. ? la base du progr?s social se trouve la notion fondamentale d’?quit?. D?sormais, nous dit Mead, l’environnement ne doit pas ?tre une contrainte, mais constituer l’assise m?me de l’?conomie.

Les universit?s qui forment nos ?conomistes doivent en prendre acte.

D’autant plus que le commissaire Mead est tr?s clair dans son rapport : « J’ai donc d?cid? de faire en sorte que mon ?quipe approfondisse ce qu’est l’?conomie ?cologique et soit en mesure d’appliquer la d?marche et les orientations y aff?rentes [page 17 du Rapport]. »

C’est pr?cis?ment l? o? le b?t blesse et o? les travaux de v?rification du Qu?bec vont apporter non seulement un ?clairage nouveau, mais des outils dans le but de redresser la situation actuelle : les minist?res ? vocation ?conomique continuent ? agir comme si le respect de l’environnement ?tait une contrainte, alors que la Loi sur le d?veloppement durable stipule qu’il doit ?tre au cœur m?me du d?veloppement.

Concr?tement, le commissaire va v?rifier l’atteinte du d?veloppement durable en tenant compte de trois composantes :

  • l’?chelle des activit?s par rapport ? la capacit? de support des ?cosyst?mes dont elles d?pendent ;
  • l’allocation de ressources limit?es en vue de leur prise en charge par le march? ;
  • la distribution des b?n?fices r?sultant de cette allocation.

Cette orientation l’am?ne ? remettre le PIB ? sa place comme indicateur, cessant d’en faire un synonyme du progr?s, ce qu’il n’a jamais ?t? puisqu’il ne fait pas de distinction entre ce qui est positif et ce qui est n?gatif d’un point de vue soci?tal.

D?sormais, du moins dans les travaux du v?rificateur de l’atteinte du d?veloppement durable, nous allons devoir nous habituer ? un nouvel indicateur : l’IPV (indicateur de progr?s v?ritable, en anglais GPI, Genuine Progress Indicator). Mead annonce qu’il va publier dans son prochain rapport un projet d’IPV relatif au Qu?bec, dans le but de d?limiter un cadre de reddition de comptes.

Au passage, le commissaire Mead n’h?site pas ? pr?cher par l’exemple, en rendant public le plan d’action en d?veloppement durable pour l’organisation du V?rificateur g?n?ral du Qu?bec, m?me si cette derni?re n’est pas assujettie aux exigences de la Loi sur le d?veloppement durable.

D?sormais, le virage vert du Qu?bec a son chien de garde.

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  1. avatar

    bien que situé de l’autre côté de l’atlantique, franchement plus à l’est ( Bretagne ) je suis comme bien d’autres et grâce à vous les démarches que vous mettez en œuvre et vos efforts

    intéressant !

  2. avatar

    La Loi sur le développement durable votée par l’Assemblée nationale du Québec autorise bien des espoirs. Encore faut-il qu’elle soit pleinement mise en oeuvre. Il faut veiller au grain 😉