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Du Hirak algérien : Un hommage à la jeune chercheure Halima Moulai (I)

1- Madame Halima Moulai est titulaire d’un doctorat ès-sciences en Histoire et exerce la profession de chercheure au Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle (CRASC-Oran). Ceci étant dit, et avant d’aller plus loin, il pourrait s’avérer utile de relever que nous n’avons jamais eu l’occasion –le plaisir, pourrions-nous dire- de rencontrer la jeune Dame dont il va être question tout au long des lignes qui suivent, et que si nous l’avons connue, surtout, à travers les propos qu’elle tient sur le réseau Facebook, il demeure que nous ne sommes même pas amis sur ce dernier.

Dès les premiers propos découverts, et presque immédiatement, nous avons été pris sous le charme de l’esthétique qui se dégage de leur expression langagière –laquelle, précisions-le dès maintenant, est interne à la langue arabe. Et nous nous en sommes laissé envahir d’autant plus que ce beau n’a pu nous apparaître qu’en tant que caractéristique appartenant à un ensemble qui, manifestement, en contenait d’autres, et qu’aucune de ces autres ne pourrait être opposée –à moins, éventuellement, qu’on œuvre dans la réduction de la parole en palabres- comme faisant partie de ce qui inonde le champ du commun.

2- Les propos dont il s’agit, et abstraction faite du fait que leur forme linguistique n’est point des plus coutumières, se distinguent par un manque d’impertinence …qui s’impose avec un niveau dont il serait férocement abusif de dire qu’il est –comme à la manière du « bon sens » de Descartes, ou, pour être plus circoncis, à sa suite- l’une des choses les mieux partagées parmi les terriens que nous sommes. En étant plus explicite : d’une part, il s’agit de très courts propos, souvent réduits à une phrase et ne prétendant à rien qui puisse les relier à une quelconque activité de recherche ; d’autre part, ils relèvent d’un degré de pertinence qui dépasse –et il n’est pas rare que ce soit d’une façon propre à donner le vertige- celui atteint dans un nombre de plus en plus grand –au malheur de ceux qui n’ont pas tout à fait perdu le sens de ce qu’Université se doit de vouloir dire- de publications et de conférences dotées du si noble statut de « travaux académiques ».

Par ailleurs, pour l’observateur qui –une fois supposé capable d’apprécier ces derniers et informé de leur niveau moyen- se donnerait la peine d’être aussi équitable qu’attentif, ce contraste –celui entre la pertinence de simples propos lancés sur un réseau social offert par la toile d’Internet, et l’impertinence de travaux réputés scientifiques- a toutes les chances d’apparaître d’autant plus criant que les mêmes propos témoignent, en sus, d’une originalité indubitable. Naturellement, pour que ce surcroît de qualité réussisse à contourner tout risque de passer inaperçu, il serait utile –en plus d’avoir à s’armer d’attention et d’équité- de ne pas commettre l’impair de croire que même si l’évidence nous empêche de considérer que la « pertinence » est synonyme d’« originalité », il n’en demeurerait pas moins que celle-là implique nécessairement celle-ci (ou vice-versa).

3- Arrivé à ce niveau, il est temps que nous nous posions la question de savoir s’il est nécessaire de poursuivre, d’en dire plus, pour pouvoir en déduire que nous sommes en présence d’une jeune compétence (intellectuelle), valeur qui n’est plus –il est un devoir d’en être attristé- à la portée de tout titulaire d’un doctorat. Ceci étant, et vu que nous ne sommes point historien, il pourrait être utile d’anticiper sur des réactions qui, éventuellement, risqueraient de pécher en s’enfonçant dans le défensif, au lieu de s’imposer en se faisant dans le constructif. Pour ce faire, poursuivons par la question qui suit : Etant donné tout ce qui a déjà été dit ci-dessus, est-il nécessaire de posséder de particulières compétences en Histoire, ce champ disciplinaire qui se doit d’être réservé aux historiens, pour avoir le droit de soutenir que Mme Moulai a de quoi –à la condition, en toute évidence, qu’elle s’en donne la peine et que les conditions (concrètes) ne s’y opposent pas- finir par émerger en tant que compétence dans ladite discipline et au sein de la communauté de ses pairs ?

A la première question, nous pensons pouvoir (et, mieux encore, devoir) répondre par : Non ! Quant à la seconde, il nous semble qu’on ne peut la poser que si, en tout premier lieu, on méconnaît l’essentiel de ce que l’intelligence est. En second lieu, il y a fort longtemps que transiter par la vieille Saint-Cyr a cessé d’être un passage sans lequel nul ne peut apprendre qu’il n’y a pas autant d’intelligences que de champs de la connaissance -abstraction faite de ce qu’on appelle (peut-être, improprement) : « intelligence pratique »- et que l’intelligence possède, en soi, des formes qui transcendent les différences situées au fondement du pluralisme des disciplines.

4- S’il faut ajouter quelque chose à l’intention du lecteur encore hésitant quant aux atouts intellectuels en possession de Mme Moulai, nous le ferons par ce qui suit : Dire, comme nous l’avons fait plus haut, que la Pertinence et l’Originalité sont des qualités bien distinctes l’une de l’autre, quel que soit ce qui pourrait les rassembler par ailleurs, n’interdit pas de comprendre que lorsque nous ne brillons pas par la première, il est peu aisé de réussir à scintiller par la seconde. Ceci étant, ne poussons pas, toutefois, jusqu’à soutenir qu’il est impossible qu’un scientifique réussisse à se faire, tout à la fois, original et impertinent. En effet, ne va-t-il pas de soi que l’originalité d’un travail de recherche peut résulter, aussi, de la flagrance avec laquelle il manifeste son impertinence ? Autrement-dit, n’est-il pas presque une lapalissade …de dire qu’on peut se faire distinguer, aussi, à force d’exceller dans la non-pertinence.

Quoi qu’il en soit, l’essentiel est dans la double évidence qui suit : 1) Alors que la (célèbre) science sans conscience ne saurait jamais être pire qu’une ruine de l’âme, ce qui ne l’empêcherait pas de demeurer, quoi qu’il en soit, Science, une science sans pertinence est une impossibilité logique, une entité dont l’existence ne serait rien de moins qu’un non-sens. 2) En ce qui concerne les travaux de recherche dépourvus du moindre grain d’originalité, contentons-nous d’en dire ceci : Ils ont cessé d’être l’exception qui pouvait servir, en des temps autrement classiques, à confirmer la règle, et ils l’ont fait au point que la probabilité de les voir, eux-mêmes, devenir celle-ci, devenir la norme, commence à se montrer de plus en plus significative.

5- En résumé, que par de simples propos publiés sur Facebook, mais portant sur l’Algérie de ces dernières années, un jeune docteur en sciences humaines manifeste les qualités dont il vient d’être question, ne peut pas ne rien laisser deviner des facultés qu’il pourrait prouver en tant que chercheur. Mme H. Moulai mérite de retenir l’attention d’autant plus que l’Algérie est, aussi, ce pays où –après que l’ex Ministre Rachid Harraoubia ait sévi durant plus de dix années à la tête de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique- lesdites qualités ont cessé de compter parmi les toutes premières conditions à remplir par l’activité académique.

Maintenant, s’il en est ainsi, comment peut-on n’éprouver aucun mal à comprendre que le CRASC –nous voulons dire : ceux qui, formellement ou informellement, le dirigent- n’ait rien remarqué de tout ceci, et ce, alors que la concernée compte parmi ses chercheurs depuis près de six ans ? Comment le peut-on alors que le CRASC a le statut de Centre national et que, en sus, le continent Histoire occupe une place privilégiée en son sein ? En ce qui nous concerne, nous ne pouvons que prier qu’il nous soit permis de regretter qu’il en soit ainsi : Regretter qu’on puisse, à ce point, ne rien faire afin que de telles facultés [celles dont la jeune Dame, nous en sommes convaincu, est pourvue] puissent être utilisées dans un secteur qui –en le disant de la façon la plus cordiale- en est de moins en moins inondé.

 

M. Remaoun

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2 Commentaire

  1. avatar

    bon courage

  2. avatar

    Prière de lire à la 5° ligne du 3° paragraphe: « pour être plus concis » à la place (NATURELLEMENT) de « pour être plus circoncis ».

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