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Drones : comment des milliers de personnes sont ex?cut?es en dehors de tout cadre l?gal

PAR?AGN?S ROUSSEAUX?16 OCTOBRE 2013

Le drone est devenu l?arme de pr?dilection des ?tats-Unis. Avec le drone, on ne combat plus l?ennemi, on pratique l?ex?cution de cibles pr?sum?es mena?antes. Finis les cercueils de soldats ? rapatrier, et les guerres ? devoir justifier. La guerre se transforme en chasse ? l?homme, d?cid?e dans des bureaux ? huis-clos. Une traque en dehors de tout cadre l?gal ou contr?le d?mocratique. Pour Gr?goire Chamayou, chercheur en philosophie au CNRS et auteur de?Th?orie du Drone, il y a urgence ? penser cette m?tamorphose et ses impacts juridiques et ?thiques. Avant que la France ne s?engage ? son tour dans la ??guerre des drones??.

Basta?!?: Quelle est la place des drones militaires?aujourd?hui?? Combien d?attaques de drone ont ?t? men?es??

Gr?goire Chamayou?[1]?: Je me suis int?ress? aux drones chasseurs-tueurs, commePredator?ou?Reaper, utilis?s par les ?tats-Unis au Y?men, au Pakistan, en Somalie. Ces drones UCAV, ??v?hicule a?rien de combat sans pilote???[2], sont devenus l?embl?me de la pr?sidence Obama, dans la continuit? de la ??guerre contre le terrorisme?? initi?e par George W. Bush. C?est l?arme de pr?dilection pour la doctrine officieuse de la Maison Blanche?: ??Tuer plut?t que capturer??. Un drone,??a ne fait pas de prisonnier? Les chiffres sont difficiles ? ?tablir du fait de l?opacit? et du manque de sources ind?pendantes. Le?Bureau for investigative journalism?? Londres recense environ 3000 morts rien que pour le Pakistan. Avec, en 2010 par exemple, une frappe de drone tous les quatre jours?!

En quoi le drone vient-il transformer en profondeur l?art de la guerre?? Et bouleverse toutes les cat?gories, spatiales, ?thiques, strat?giques??

La guerre devient unilat?rale, avec l??limination de tout rapport de r?ciprocit?. Le drone est l?instrument de la guerre asym?trique contemporaine. C?est une forme de violence t?l?command?e, ? distance. L?instrument d?un pouvoir imp?rial, hybride, qui se d?finit par certains attributs du pouvoir militaire, m?l?s ? des attributs de police. C?est la pr?tention de s?arroger le droit d?exercer une police l?tale ? l??chelle mondiale. Avec un mod?le strat?gique?: celui de la ??chasse ? l?homme??, terme que l?on retrouve dans les documents des strat?ges am?ricains, avec la rh?torique d?une ??guerre cyn?g?tique??. Nous ne sommes plus dans la guerre ? la Clausewitz (th?oricien militaire prussien du 19?me si?cle), d?finie comme un duel entre deux lutteurs qui se font face ou une multitude de combats ench?ss?s les uns dans les autres. L?image mentale qui correspond ? ce nouvel ?tat de violence, ? cette guerre-chasse que th?orisent les strat?ges am?ricains, c?est la traque, la poursuite. Le probl?me principal est la d?tection de l?ennemi, r?duit au statut de proie, dans un rapport de pur abattage, d?ex?cution. C?est une forme de violence sans combat. Nous sommes dans l?ex?cution extrajudiciaire.

Le drone instaure aussi une verticalisation du pouvoir. La strat?gie, c?est la technologie plut?t que l?occupation. Contr?ler un territoire, ? la verticale, depuis le ciel, sans envoyer de troupes. C?est l?utopie d?un pouvoir qu?on pourrait qualifier ??d?a?ropolitique???: la question de la souverainet? se pose non plus de mani?re plate mais tridimensionnelle. La ma?trise des airs et des ondes devient une question cruciale.

Comment l?utilisation du drone s?est-elle d?velopp?e??

Les ?tapes sont assez balis?es. Le premier moment, c?est la guerre au Kosovo, en 1999?: des drones, non arm?s, sont utilis?s ? des fins de surveillance et de reconnaissance. La deuxi?me phase, ce sont les drones arm?s en appui des troupes au sol, pendant la guerre en Afghanistan. La troisi?me ?tape, c?est aujourd?hui la chasse ? l?homme par les airs, avec des drones arm?s. La suivante, qui est en pr?paration, ce sont les drones l?taux autonomes, avec pilotage automatique.

Nous sommes dans l?id?al de la guerre ? z?ro mort ? dans son propre camp du moins?: le drone est pilot? ? distance, les soldats ne risquent plus leur vie. La guerre au Kosovo est embl?matique?: elle a ?t? conduite enti?rement par les airs, avec des avions de l?Otan qui volent ? une distance de s?curit? qui les met hors d?atteinte des d?fenses anti-a?riennes. Les ?tats ne veulent plus assumer le co?t politique des victimes, am?ricaines en l?occurrence. Avec cette id?e que l?opinion publique n?accepte plus des morts pour des ??small wars??, des petites guerres dont les enjeux sont flous.

Le drone est l?outil d?une chasse ? l?homme ??pr?ventive??, ?crivez-vous. Celle-ci est bas?e sur la d?tection ??d?anomalies??, des d?viations dans les conduites et comportements?

La d?cision de tuer?s?op?re de deux mani?res. D?abord avec les ??frappes de personnalit?s???: une?kill list?est ?tablie par l?appareil de s?curit? am?ricain. Lors d?une r?union tous les mardis, surnomm? le?Terror Tuesday?(??mardi de la Terreur??), Barack Obama d?cide qui va mourir?[3]. La deuxi?me modalit?, ce sont les ??frappes de signatures??. Le terme ??signatures?? fait r?f?rence aux traces, indices. Dans ce cas, on tue des individus dont on ne conna?t pas l?identit?, mais dont le comportement signe l?appartenance ? une organisation hostile ou terroriste. C?est la m?thode du?pattern of life analysis, une analyse du mode de vie qui laisse soup?onner avec une forte probabilit? qu?il s?agit d?un individu hostile. On convertit un faisceau d?indices en statut de ??cible l?gitime??, par des techniques de ??probabilisation??. Nous ne sommes plus dans le domaine du constat flagrant, mais dans l??re du soup?on. On cible des combattants?pr?sum?s.

On tire sur un ??suspect?? sans conna?tre son identit??? Les erreurs sont donc possibles??

Oui, structurellement. Mais le discours de ??l?erreur???est tr?s d?licat, car tuer des civils est consid?r? comme une ??bavure??. Une erreur ou une bavure, c?est accidentel. Or les erreurs sont inscrites dans le fonctionnement-m?me du drone. Le droit des conflits arm?s impose de distinguer entre civils et combattants. Les partisans du drone disent que c?est une arme plus ???thique?? car elle permet de mieux respecter ce principe, en permettant de voir et de surveiller. C?est l?argument promotionnel?du drone?: une r?volution dans le regard, un regard permanent qui permet des filatures de dizaines d?heures, et donc une meilleure capacit? ? ?tablir cette distinction entre civils et combattants. Nous sommes l? face ? un paradoxe, en ce que le drone est aussi l?instrument qui supprime le combat. Vous voyez la contradiction fondamentale?: comment est-il possible d??tablir une distinction entre combattants et non-combattants au moyen d?un instrument qui supprime la condition m?me de cette distinction, le combat?? Comment distinguer, vu du ciel, un non-combattant d?un combattant sans combat??

Les fameuses ??erreurs?? ne sont pas des bavures ou des accidents. L?impossibilit? de distinguer entre combattants et non-combattants suppose de s?arroger un droit de tuer, au titre d?une menace ind?finie. Nous ne sommes plus dans le droit de la guerre, ni m?me dans le droit de la police. On est ailleurs.

Vous ?tes probablement hostile, donc on vous tue par anticipation?

Le drone concentre des techniques de pouvoir et les synth?tise d?une mani?re tellement exag?r?e, hyperbolique, qu?il permet de cerner des logiques ? l??uvre de mani?re plus g?n?rale. Cette technique de ciblage par profil, on la retrouve dans d?autres pratiques sociales?: si vous achetez un livre sur Amazon, on peut ?tablir, gr?ce ? votre comportement de client, un profil pour vous recommander par similarit? des livres qui correspondent ? vos pr?f?rences. Avec le drone est utilis?e une technologie similaire, fond?e sur l?analyse des similarit?s et l?anticipation de leur r?currence. Et on vous envoie sur la gueule non pas un livre mais un missile?

Mais n?importe qui est un combattant ??en puissance???

John O. Brennan, directeur de la CIA, auparavant conseiller du Pr?sident Barack Obama pour la s?curit? int?rieure et la lutte antiterroriste, a d?clar? que les drones ont fait z?ro victime collat?rale ? expression id?ologiquement abjecte en soi?! On avait r?alis? la promesse?: non seulement on ne mourait plus dans notre camp, mais il n?y avait plus de civils tu?s en face. L?arme du bien absolu, en quelque sorte. ? quoi tenait ce miracle?? Comme tr?s souvent ? des manipulations statistiques?: les autorit?s am?ricaines comptabilisent par d?faut comme combattant toutes les victimes tombant sous la qualification de ??MAM?? (military-age male), c?est-?-dire tous les hommes en ?ge de combattre. Tous ceux qui ont plus de 16 ans ? d?apr?s la silhouette vu du ciel. Les chiffres peuvent ?tre corrig?s a posteriori si l?erreur est d?montr?e. Ce que personne n?est ?videmment capable de faire sur le terrain. Voil? ? quoi ressemblent les miracles de ??l??thique militaire??.???Le temps des bourreaux-philosophes et du terrorisme d??tat??, dont parlait Albert Camus, nous y sommes.

??Nous entrons dans l??re des panoptiques volants et arm?s??, dites-vous. Quels sont les effets de cette surveillance permanente, et de cette menace permanente, sur les populations concern?es??

Le drone am?ne une r?volution dans le regard, affirment ses promoteurs. Il instaure un r?gime de surveillance persistante, 24 heures sur 24. Les t?moignages dont on dispose, de journalistes occidentaux d?tenus en otage au Pakistan, et les conclusions d?une enqu?te dans la r?gion, ?voquent des populations soumises ? un ?tat de terreur permanente. Un psychiatre pakistanais parle d?enfermement mental?: on n?est plus confin? entre quatre murs, mais pris dans le tournoiement permanent, au-dessus des t?tes, d?une arme dont on entend le bourdonnement, et dont on sait qu?elle peut frapper n?importe qui, n?importe quand. Imaginez cette terreur?: vivre sous un mirador volant ?quip? de missiles?! Les strat?ges am?ricains th?orisent cette ??terrorisation de masse??. Ils disent m?me que c?est l?avantage tactique de cette arme?: disloquer la psychologie de l?adversaire, avec une arme venue du ciel contre laquelle il ne peut rien faire. L?ennemi est dans une situation d?impuissance compl?te. Le drone est l?arme d?un terrorisme d?Etat.

En maximisant la protection de ses militaires, l?Etat oriente-t-il les repr?sailles vers sa propre population??

Oui. L?utopie de ce pouvoir, c?est la protection. Un id?al d?auto-pr?servation absolue des vies nationales, y compris militaires. Mais quand il n?y a plus de cibles ? abattre sur le terrain, m?caniquement les repr?sailles ? puisqu?il y en aura forc?ment ? vont se diriger vers des cibles plus accessibles?: des civils, au sein m?me d??tats qui se pensent comme des bunkers, prot?g?s par des murailles. Mais il n?y a pas de murs assez hauts pour endiguer les menaces. Avec les frappes de drone, cette politique entraine la reproduction permanente de la menace qu?elle pr?tend ?radiquer.

Quelles sont les cons?quences de cette diminution du risque pour les militaires??

Il y a une crise latente des valeurs guerri?res, qui n?est pas nouvelle mais se cristallise sur le drone. Le drone appara?t tr?s largement comme l?arme du l?che, de celui qui n?expose jamais sa vie. Pour les opinions publiques dans les pays frapp?s, mais aussi les pilotes eux-m?mes. L?image des pilotes de l?US Air force est celle, en grande partie fictionnelle, des chevaliers du ciel. C?est Tom Cruise dans Top Gun. Mais le drone rend les valeurs traditionnelles ? courage, bravoure, esprit de sacrifice ? superflues et m?me impossibles. Comme dans d?autres secteurs professionnels, les pilotes sont confront?s ? une perte de statut, une d?qualification mat?rielle et symbolique, avec la robotisation, l?automatisation.

??La guerre devient un t?l?travail ? horaires d?cal?s??, ?crivez-vous. Pilote de drone, est-ce une activit? professionnelle comme une autre??

Les pilotes de drones savent tr?s bien qu?ils tuent. Mais est-ce qu?ils savent ce que c?est que de tuer?? La guerre devient en partie un travail de bureau pour eux. P?res de famille le matin, tueurs le soir. Ces militaires d?crivent des existences schizophr?nes. Ils vivent la contradiction d?un ?tat officiellement en paix et pourtant en guerre. Les psychologues de l?arm?e am?ricaine leur pr?conisent de cloisonner, de ne pas faire de lien entre les deux formes de vie?

Face ? la crise des valeurs guerri?res ?merge une entreprise de l?gitimation du drone, une offensive th?orique pour le faire accepter socialement et politiquement?

Des strat?gies de l?gitimation du drone, parfois tr?s acrobatiques, sont mises en place. Les acad?mies militaires recrutent des sp?cialistes de la philosophie morale pour ?chafauder des justifications th?oriques, sur le plan de l??thique. La philosophie fait partie de l?arsenal militaire, qui accorde d?sormais une grande importance aux perceptions de ??l?opinion publique??. D?o? l?importance de contre-attaquer sur ce terrain. On trouve dans ces discours des id?es paradoxales?: le drone serait une arme ??humanitaire???! Le drone, comme moyen de tuer, serait ???thique??. Il sauve des vies, nos vies. Mais aussi la vie de ceux qu?on est amen? ? tuer.???Il est plus pr?cis??, disent les strat?ges, recyclant le discours des ??frappes chirurgicales?? qu?on nous a servi d?s la premi?re guerre du Golfe. C?est l??mergence d?un discours que je qualifie d????humilitaire??, une combinaison d?humanitaire et de militaire, qui pr?tend sauver les autres de sa propre violence, de sa propre puissance de destruction, en mod?rant les effets qu?elle a elle-m?me engendr?s.

Dans quel cadre l?gal les frappes de drones s?inscrivent-elles?? Comment peut-on justifier ces ex?cutions??

Comment un ?tat peut-il s?arroger le droit de tuer n?importe qui, n?importe o? dans le monde?? Y compris ? ce qui a ?t? le cas ? plusieurs reprises pour les ?tats-Unis ? ses propres citoyens?? Ce n?est pas un hasard si, aux ?tats-Unis, des r?publicains montent au cr?neau. Cela pose la question, de leur point de vue libertarien, des pr?rogatives de l??tat.

Il y a aujourd?hui deux cadres l?gaux disponibles. Soit vous ?tes dans le cadre du droit des conflits arm?s, ce qui suppose qu?il y ait un conflit, avec une zone, identifiable par un certain niveau de violence, dans laquelle l?homicide est d?criminalis?. Mais les ?tats-Unis ne sont pas en guerre avec le Pakistan ou le Y?men. Les frappes ont lieu hors zone de guerre. Le deuxi?me cadre l?gal est celui du?law enforcement, dans lequel s?inscrit la l?gitime d?fense. Tr?s sch?matiquement, c?est celui qui autorise un agent de la force publique, comme un policier, ? faire usage de son arme. Les crit?res sont tr?s pr?cis?: menace sur sa propre vie ou celle d?autrui, directe, imminente, ?crasante, sans autre choix? Autant de conditions qui ne sont ?videmment pas r?unies dans le cas de la guerre des drones. Ces interventions ont donc lieu en grande partie hors du droit. C?est pourquoi les autorit?s am?ricaines bottent en touche, et se livrent ? une sorte de danse du ventre rh?torique. Des avocats, des juristes, travaillent ? interpr?ter le droit des conflits arm?s, pour rendre l?gitime cette action. En cherchant par exemple ? red?finir la notion de zone de conflit arm?, ce qui permettrait de s?arroger un droit de traque universelle.

Barack Obama a annonc? au printemps dernier sa volont? encadrer juridiquement les frappes pr?ventives de drones. Une des pistes envisag?es?: mettre en place des tribunaux secrets qui se prononceraient non pas sur la culpabilit?, mais sur la dangerosit? d?individus. On aurait des tribunaux pr?ventifs, jugeant par contumace des pr?venus ? non pr?venus ? dans une totale opacit?, pour d?terminer s?ils repr?sentent une menace imminente justifiant l?exercice d?un droit de l?gitime d?fense pr?ventive?! On marche sur la t?te. Ces ?v?nements, comme le scandale r?cent de la NSA, donne l?image d?une bourgeoisie qui n?est plus capable, ni n?a plus la volont? de d?fendre les acquis historiques de l??tat de droit moderne. C?est un projet de dynamitage de l??difice du droit.

??Qu?impliquerait, pour une population, de devenir le sujet d?un Etat-drone????, demandez-vous. Quels sont les usages possibles des drones ? l?int?rieur des ?tats??

Les guerres sont des laboratoires, analysait Karl Marx. La violence militaire est une sph?re dans laquelle s??laborent des technologies, des proc?d?s, des rapports sociaux qui se diffusent ensuite dans la soci?t?. C?est ce qui se produit aujourd?hui, ? une vitesse tr?s pr?occupante. Les projets de drones policiers sont d?j? pr?sents aux ?tats-Unis. Et dans le cadre de la primaire socialiste ? Marseille, le parti socialiste se demande si on doit envoyer, dans les quartiers nord de Marseille, l?arm?e ou des drones?!

Le drone rend aussi plus difficile pour les citoyens de contester les guerres. Les peuples doivent avoir un contr?le d?mocratique sur la guerre?: comme ils savent qu?ils en paient le prix, qu?ils en sont les premi?res victimes, ils font preuve de parcimonie dans la d?cision, et limitent le recours ? la force arm?e. C?est l?argument kantien, la th?orie optimiste du pacifisme d?mocratique. Le raisonnement des politiques et des ?tats-majors est inverse aujourd?hui?: si on peut mener des guerres sans victimes nationales, alors on pourra se d?lier les mains, se soustraire au contr?le d?mocratique. L?enjeu, derri?re le drone, est donc l?autonomisation encore accrue du pouvoir militaire. C?est un moyen de minimiser les contestations politiques internes concernant les guerres imp?riales, n?o-coloniales, les ??sales guerres??. Des projets de drones ont ?merg? d?s les ann?es 70 par exemple en r?ponse ? la crise politique li?e ? la guerre du Vietnam.

Quelle est la situation en France?? Quels sont les usages des drones??

Le ministre de la D?fense, Jean-Yves Le Drian, a command? aux ?tats-Unis une dizaine de drones?Reaper, non arm?s. Les acheter sans missiles permet d?acc?l?rer la proc?dure. Entre les lignes, on comprend qu?on se r?serve la possibilit? de les armer plus tard. Le ministre ?voque aussi des usages de surveillance du territoire. La doctrine officielle de la France est tr?s floue et tr?s opaque. Va-t-on suivre le m?me chemin que les ?tats-Unis?? On pouvait esp?rer que la France condamne ces assassinats cibl?s, ces ex?cutions extrajudiciaires, ? l??chelle mondiale. Qu?elle demande l?interdiction des robots tueurs, ou a minima un moratoire. Mais elle n?a pas pris position.

La France est-elle ?galement dans une strat?gie de ??dronisation?? de son arm?e??

On observe les signes d?un alignement sur la strat?gie am?ricaine, non r?fl?chi, ? la va-vite, suite ? la guerre au Mali. Alors m?me qu?une partie des strat?ges am?ricains tire un bilan critique et explique que cette strat?gie est totalement contre-productive. On ach?te un gadget, le dernier iPhone de la technologie militaire, plut?t que d?avoir une r?elle strat?gie. Le choix fran?ais peut se r?sumer ainsi?: de l?improvisation dans la pr?cipitation.

Propos recueillis par Agn?s Rousseaux

Photos?: CC minist?re de la D?fense britannique

A lire?:?Gr?goire Chamayou,?Th?orie du drone, La Fabrique ?ditions, avril 2013, 363 pages, 13 euros.

Notes

[1]?Gr?goire Chamayou est chercheur en philosophie au CNRS, dans l??quipe CERPHI ? l?ENS-LSH. Il a publi?, ? La fabrique,?Les chasses ? l?homme, (2010).

[2]?UCAV, pour ??Unmanned combat air vehicle??. Voir la d?finition?ici.

[3]?D?apr?s une description du New York Times

Source:?http://www.bastamag.net/article3403.html

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