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Centpapiers

  • Dream Team : faire tomber les préjugés

    28 mars 2010 | 0 commentaire(s) | vu 900 fois

    L’animal humain aime savoir. Il recherche la sagesse, la vérité, médite sur le bien et le beau, étudie le monde qui l’entoure, analyse des concepts abstraits, définit l’éthique, explore la philosophie du langage et, jusqu’aux confins de la conscience humaine, la métaphysique. L’une des lettres de noblesse de la philosophie réside dans le débat d’idées, l’expression : aimer la connaissance et la sagesse non pour imposer sa vérité, mais pour partager et améliorer les relations humaines. Socrate lui-même, lors de son procès disait être « ami de la sagesse » et non pas « sage ».

    Dans un esprit pratique l’hominidé a développé des techniques pour faciliter sa vie : chasser le mammouth, éclairer sa caverne, soulager ses rages de dents, taper sur la tête de celui qui contrarie la zone limbique de besoins et réactions primaires de son cerveau, se doter des moyens de satisfaire les zones hédoniques et de récompense liées à cette zone cérébrale.

    Entre 3 et 5 millions d’années d’évolution, de grands succès, quelques ratés, des millions de vies améliorées, et autant de vies anéanties.

    Au terme de ce match nul, l’animal humain ne se connaît toujours pas lui-même, et encore moins, naturellement, son prochain. Il ne se connaît pas lui-même car il refuse toujours d’explorer et d’utiliser les 80 à 90%  du cerveau qui servent à Penser pour le bien de tous, cette pensée créatrice bienveillante humaniste, cette puissance colossale d’anticipation et de conception qui permet la genèse de l’Humanité. La science a démontré que l’être humain n’utilise en moyenne que 10 à 20% de ses capacités cérébrales, et pas les plus évoluées.

    Confronté aux limitations de ses zones reptiliennes, de ses frustrations, il se replie sur les réactions primitives voire primaires : domination, agressivité, sexualité, nourriture, recherche de pouvoir, d’argent, de biens matériels, d‘apparence et d‘illusions… et construit un monde déshumanisé basculant peu à peu, probablement, dans le dérapage collectif, dans le désarroi avec certitude, et la souffrance à coup sûr.

    Il construit  ainsi un monde en forme d’entonnoir, qui, à force de se rétrécir, obture l’avenir et le contraint à se rabattre davantage sur ses capacités primitives pour y survivre.

    Certains ont trouvé l’accès à cette zone humaine du cerveau et ont osé penser, dire, concevoir des idées qui les ont généralement conduits à la torture, la cigüe, au bûcher, au goulag,  à l’asile, ou l’exclusion.

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    Et pourtant, il suffirait de retourner l’entonnoir et l’on verrait alors des murs s’écarter, reculer et même tomber.
    Exemple d’un archétype conceptuel en mutation : le suicide.

    Observons ce qui se passe si on le regarde par l’autre bout de l’entonnoir, comme si nous le prenions tel un porte-voix :

    - En premier lieu, nous voyons simplement que les personnes parmi les premières touchées sont les médecins et les infirmières : viendrait-il à l’esprit de quelqu’un de suggérer que nous sommes diagnostiqués et soignés par des malades psychologiques, des personnes fragiles dangereuses pour elles-mêmes et pour les autres ? Eux qui disposent précisément des connaissances pour identifier les mécanismes et en préserver leur profession?

    - On remarque ensuite que bien souvent, ce sont les personnes les plus volontaires, celles dotées des plus fortes personnalités qui, lorsqu’elles craquent, s’effondrent le plus gravement.

    - Poursuivons avec l’observation des traumatismes des soldats, personnels aguerris s’il en est, et leur considération par l‘armée.

    Comme le dit Schopenhauer, « celui qui se donne la mort voudrait vivre », ce qui rend encore plus inacceptable l’explication simpliste et réductrice d’acte isolé de folie ou de maladie mentale du passage à l’acte, explication qui évite bien souvent de replacer le suicide dans son contexte social, économique et relationnel.
    Sans parler du management professionnel ou politique qui explique en partie l’étonnante passivité des pouvoirs publics face aux 12000 morts par an par suicide, qui continuent à enfermer les victimes dans la maladie mentale sans réformer le contexte.

    Il faut des combats comme ceux des salariés de très grandes entreprises, et quelques avant-gardistes que j’ai pu lire sur des forums militaires récemment pour commencer à voir différemment la question du suicide, mais aussi la personne qui veut mettre fin à ses jours.

    Les militaires bénéficient d’une longueur d’avance en la matière en raison de la surexposition aux expériences traumatiques en opex, traumatismes répétés quasiment inévitables avec la nécessité les gérer puisqu’il est difficile de renvoyer tous les traumatisés, que ce soit après la mission ou en « rapasan ».

    «Certains évènements poussent l’individu aux limites de ce qu’il est capable de supporter. Il peut alors survenir une rupture dans son mode de fonctionnement. L’important, à ce moment-là, c‘est de repérer les symptômes, pour pouvoir aider le soldat, et lui permettre de retrouver sa capacité d‘adaptation» précise le médecin en chef Humbert Boisseaux, chef de service psychiatrie à l’hôpital du Val-de-Grâce « Les symptômes peuvent parfois survenir très longtemps après le traumatisme. »
    L’armée de terre a mis en place une véritable politique pour les militaires et leurs familles, dans laquelle la blessure psychique n‘est plus «incomprise voire teintée de honte ». La gestion du stress des opérations et de l’environnement est intégrée dans la chaîne de commandement.

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    L’acte  du meurtre de soi-même semble contraire à l’instinct naturel de conservation, pourtant nous portons tous une pulsion de mort, c’est aussi naturel que l’instinct de survie. La pression sociale, familiale professionnelle, économique, un problème de santé trop invalidant ou douloureux et épuisant, fournit le contexte (lire Durkheim par exemple, ou Halbwachs).

    Sans ignorer l’existence de cas de troubles pathologiques dont certains suicides relèvent, comme la schizophrénie, ou les suites de prises de stupéfiants ou de certains médicaments (souvent retirés plus tard du marché, ou depuis peu munis de notices d’avertissements sur les risques suicidogènes), le suicide est donc d’abord un mal social, un produit de régulation ou dérégulation sociale, particulièrement accentué dans les périodes de transitions brutales ou de crises dans lesquelles les repères s’effondrent et les pressions s’accentuent (suicide anomique).

    Cette vision du suicide n’est pourtant pas fataliste. Si l’homme ne peut modifier le contexte, il peut agir sur sa façon de le vivre, de le voir, de s’épanouir différemment. Jusqu’à un certain point bien sûr, et surtout avant d’avoir franchi les limites du non retour, d’où la nécessité de baliser ce sentier miné à l’aide de repères que chacun puisse identifier sans redouter la honte.

    Apprendre à reconnaître les contextes, et chez soi ou ses collègues identifier les phases de stress pour les gérer et ne pas être dépassé médicalement parlant, repérer les signes avant-coureurs du burn out, apporter des outils de communication verbale ou comportementale différente, éviter les divisions de défense primaire ou les dépasser, resserrer les liens d’un groupe dans l’épreuve sans main-mise, se projeter ensemble dans l’épreuve à venir et se conditionner à l’affronter autour d’un noyau de cohésion solide, construire des projets communs, même simples et de court terme, trouver du sens aux épreuves, retrouver des moments de joie de vivre sont  autant de points d’ancrage parmi d’autres.

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    Cultiver la joie de vivre au travers des petits bonheurs simples du quotidien, se décentrer de l’épreuve pour se recentrer sur soi, retrouver l’accès à son imaginaire.
    Eprouver de la joie a-t-il un sens, est-ce une folie, dans un monde rempli de viols d’enfants, de séismes, souvent de haine ? La tristesse est plus cohérente avec le monde mais elle redouble la douleur.

    Comme disait Spinoza « avoir des regrets c’est être malheureux deux fois ». Elle prend souvent la place de la cause elle-même, et finit par la dissimuler.

    On se questionne même sur la légitimité de la recherche de moments de joie  alors que l’homme peut faire tant de mal à l’homme autour de soi, et souvent, on ne se l’autorise pas.

    Le paradoxe philosophique de la joie est d’exister, non pas en cohérence avec le monde, mais malgré lui, en dépi de ce qui dissuaderait l’homme d’être heureux, ou de suspendre un instant sa peine.

    Cette joie philosophique est un détachement du monde tout en restant conscient et présent à lui, qui donne les moyens de le regarder, avec plus d’attention, et même de considérer le mal autour de soi. Ne pas en faire abstraction, ne pas l’exclure de la pensée, considérer le caractère humain concrêt des monstres derrière ce mal parfois absolu et sans justification, permet de traiter les horreurs au lieu de les exclure de la sphère de l’humanité et de la pensée, pour éviter qu’elles ne se reproduisent. En somme éprouver des moments de joie permet de métaboliser ce mal qui nous entoure et nous évite de nous séparer du monde par quelque moyen que ce soit.

    La joie, comme à l’inverse la mélancolie, n’ont pas besoin de cause apparente pour exister, elles peuvent même s’en soustraire.

    Ces moments de joie permettent de se réinscrire dans le réel, dans le temps, et surtout, avec les autres. Ils permettent de dissoudre la vue du monde dans une vision plus panoramique, plus à distance, moins tributaire de nos attentes. Par exemple, lorsqu’on éprouve une plénitude à observer un nuage avec son imaginaire, ou une œuvre d’art, elle est débarrassée de l’utilité attendue de ce qu’on observe, de la projection de nos désirs, du filtre de nos préjugés, elle passe par la sensibilité. La joie ne dépendra plus que de notre regard désintéressé, et de notre capacité d’émerveillement.

    Elle permet alors de retrouver une relation de sensibilité, de bienveillance, au monde, à soi et aux autres.

    Isabelle Voidey
    .

    Sources:
    « Le suicide » (Les essentiels, Milan) Marie Bardet, Journaliste France 3, L’Evènement du jeudi, chef de rubrique aux Clés de l’actualité.
    Rubriques philosophiques de Arte.
    Dossier de la gazette de armée citoyenne « les blessures invisibles »
    http://armeecitoyenne.xooit.fr/t9387-Dossier-Les-blessures-Invisibles.htm?q=
    Comment parler à une personne qui veut mettre fin à ses jours :
    https://sites.google.com/site/solutionviolenceconjugale/suicides-24-crashs-de-boeing-an
    http://www.tobcom-association.asso.st/
    Diverses sources de recherches internet, ouvrages, journalisme.

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