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Dream Team : faire tomber les pr?jug

L?animal humain aime savoir. Il recherche la sagesse, la v?rit?, m?dite sur le bien et le beau, ?tudie le monde qui l?entoure, analyse des concepts abstraits, d?finit l??thique, explore la philosophie du langage et, jusqu?aux confins de la conscience humaine, la m?taphysique. L?une des lettres de noblesse de la philosophie r?side dans le d?bat d?id?es, l?expression : aimer la connaissance et la sagesse non pour imposer sa v?rit?, mais pour partager et am?liorer les relations humaines. Socrate lui-m?me, lors de son proc?s disait ?tre ??ami de la sagesse?? et non pas ??sage??.

Dans un esprit pratique l?hominid? a d?velopp? des techniques pour faciliter sa vie : chasser le mammouth, ?clairer sa caverne, soulager ses rages de dents, taper sur la t?te de celui qui contrarie la zone limbique de besoins et r?actions primaires de son cerveau, se doter des moyens de satisfaire les zones h?doniques et de r?compense li?es ? cette zone c?r?brale.

Entre 3 et 5 millions d?ann?es d??volution, de grands succ?s, quelques rat?s, des millions de vies am?lior?es, et autant de vies an?anties.

Au terme de ce match nul, l?animal humain ne se conna?t toujours pas lui-m?me, et encore moins, naturellement, son prochain. Il ne se conna?t pas lui-m?me car il refuse toujours d?explorer et d?utiliser les 80 ? 90%? du cerveau qui servent ? Penser pour le bien de tous, cette pens?e cr?atrice bienveillante humaniste, cette puissance colossale d?anticipation et de conception qui permet la gen?se de l?Humanit?. La science a d?montr? que l??tre humain n?utilise en moyenne que 10 ? 20% de ses capacit?s c?r?brales, et pas les plus ?volu?es.

Confront? aux limitations de ses zones reptiliennes, de ses frustrations, il se replie sur les r?actions primitives voire primaires : domination, agressivit?, sexualit?, nourriture, recherche de pouvoir, d?argent, de biens mat?riels, d?apparence et d?illusions? et construit un monde d?shumanis? basculant peu ? peu, probablement, dans le d?rapage collectif, dans le d?sarroi avec certitude, et la souffrance ? coup s?r.

Il construit? ainsi un monde en forme d?entonnoir, qui, ? force de se r?tr?cir, obture l?avenir et le contraint ? se rabattre davantage sur ses capacit?s primitives pour y survivre.

Certains ont trouv? l?acc?s ? cette zone humaine du cerveau et ont os? penser, dire, concevoir des id?es qui les ont g?n?ralement conduits ? la torture, la cig?e, au b?cher, au goulag,? ? l?asile, ou l?exclusion.

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Et pourtant, il suffirait de retourner l?entonnoir et l?on verrait alors des murs s??carter, reculer et m?me tomber.
Exemple d?un arch?type conceptuel en mutation : le suicide.

Observons ce qui se passe si on le regarde par l?autre bout de l?entonnoir, comme si nous le prenions tel un porte-voix :

– En premier lieu, nous voyons simplement que les personnes parmi les premi?res touch?es sont les m?decins et les infirmi?res : viendrait-il ? l?esprit de quelqu?un de sugg?rer que nous sommes diagnostiqu?s et soign?s par des malades psychologiques, des personnes fragiles dangereuses pour elles-m?mes et pour les autres ? Eux qui disposent pr?cis?ment des connaissances pour identifier les m?canismes et en pr?server leur profession?

– On remarque ensuite que bien souvent, ce sont les personnes les plus volontaires, celles dot?es des plus fortes personnalit?s qui, lorsqu?elles craquent, s?effondrent le plus gravement.

– Poursuivons avec l?observation des traumatismes des soldats, personnels aguerris s?il en est, et leur consid?ration par l?arm?e.

Comme le dit Schopenhauer, ??celui qui se donne la mort voudrait vivre??, ce qui rend encore plus inacceptable l?explication simpliste et r?ductrice d?acte isol? de folie ou de maladie mentale du passage ? l?acte, explication qui ?vite bien souvent de replacer le suicide dans son contexte social, ?conomique et relationnel.
Sans parler du management professionnel ou politique qui explique en partie l??tonnante passivit? des pouvoirs publics face aux 12000 morts par an par suicide, qui continuent ? enfermer les victimes dans la maladie mentale sans r?former le contexte.

Il faut des combats comme ceux des salari?s de tr?s grandes entreprises, et quelques avant-gardistes que j?ai pu lire sur des forums militaires r?cemment pour commencer ? voir diff?remment la question du suicide, mais aussi la personne qui veut mettre fin ? ses jours.

Les militaires b?n?ficient d?une longueur d?avance en la mati?re en raison de la surexposition aux exp?riences traumatiques en opex, traumatismes r?p?t?s quasiment in?vitables avec la n?cessit? les g?rer puisqu?il est difficile de renvoyer tous les traumatis?s, que ce soit apr?s la mission ou en ??rapasan??.

?Certains ?v?nements poussent l?individu aux limites de ce qu?il est capable de supporter. Il peut alors survenir une rupture dans son mode de fonctionnement. L?important, ? ce moment-l?, c?est de rep?rer les sympt?mes, pour pouvoir aider le soldat, et lui permettre de retrouver sa capacit? d?adaptation? pr?cise le m?decin en chef Humbert Boisseaux, chef de service psychiatrie ? l?h?pital du Val-de-Gr?ce ??Les sympt?mes peuvent parfois survenir tr?s longtemps apr?s le traumatisme.??
L?arm?e de terre a mis en place une v?ritable politique pour les militaires et leurs familles, dans laquelle la blessure psychique n?est plus ?incomprise voire teint?e de honte??. La gestion du stress des op?rations et de l?environnement est int?gr?e dans la cha?ne de commandement.

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L?acte? du meurtre de soi-m?me semble contraire ? l?instinct naturel de conservation, pourtant nous portons tous une pulsion de mort, c?est aussi naturel que l?instinct de survie. La pression sociale, familiale professionnelle, ?conomique, un probl?me de sant? trop invalidant ou douloureux et ?puisant, fournit le contexte (lire Durkheim par exemple, ou Halbwachs).

Sans ignorer l?existence de cas de troubles pathologiques dont certains suicides rel?vent, comme la schizophr?nie, ou les suites de prises de stup?fiants ou de certains m?dicaments (souvent retir?s plus tard du march?, ou depuis peu munis de notices d?avertissements sur les risques suicidog?nes), le suicide est donc d?abord un mal social, un produit de r?gulation ou d?r?gulation sociale, particuli?rement accentu? dans les p?riodes de transitions brutales ou de crises dans lesquelles les rep?res s?effondrent et les pressions s?accentuent (suicide anomique).

Cette vision du suicide n?est pourtant pas fataliste. Si l?homme ne peut modifier le contexte, il peut agir sur sa fa?on de le vivre, de le voir, de s??panouir diff?remment. Jusqu?? un certain point bien s?r, et surtout avant d?avoir franchi les limites du non retour, d?o? la n?cessit? de baliser ce sentier min? ? l?aide de rep?res que chacun puisse identifier sans redouter la honte.

Apprendre ? reconna?tre les contextes, et chez soi ou ses coll?gues identifier les phases de stress pour les g?rer et ne pas ?tre d?pass? m?dicalement parlant, rep?rer les signes avant-coureurs du burn out, apporter des outils de communication verbale ou comportementale diff?rente, ?viter les divisions de d?fense primaire ou les d?passer, resserrer les liens d?un groupe dans l??preuve sans main-mise, se projeter ensemble dans l??preuve ? venir et se conditionner ? l?affronter autour d?un noyau de coh?sion solide, construire des projets communs, m?me simples et de court terme, trouver du sens aux ?preuves, retrouver des moments de joie de vivre sont? autant de points d?ancrage parmi d?autres.

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Cultiver la joie de vivre au travers des petits bonheurs simples du quotidien, se d?centrer de l??preuve pour se recentrer sur soi, retrouver l?acc?s ? son imaginaire.
Eprouver de la joie a-t-il un sens, est-ce une folie, dans un monde rempli de viols d?enfants, de s?ismes, souvent de haine ? La tristesse est plus coh?rente avec le monde mais elle redouble la douleur.

Comme disait Spinoza ??avoir des regrets c?est ?tre malheureux deux fois??. Elle prend souvent la place de la cause elle-m?me, et finit par la dissimuler.

On se questionne m?me sur la l?gitimit? de la recherche de moments de joie? alors que l?homme peut faire tant de mal ? l?homme autour de soi, et souvent, on ne se l?autorise pas.

Le paradoxe philosophique de la joie est d?exister, non pas en coh?rence avec le monde, mais malgr? lui, en d?pi de ce qui dissuaderait l?homme d??tre heureux, ou de suspendre un instant sa peine.

Cette joie philosophique est un d?tachement du monde tout en restant conscient et pr?sent ? lui, qui donne les moyens de le regarder, avec plus d?attention, et m?me de consid?rer le mal autour de soi. Ne pas en faire abstraction, ne pas l?exclure de la pens?e, consid?rer le caract?re humain concr?t des monstres derri?re ce mal parfois absolu et sans justification, permet de traiter les horreurs au lieu de les exclure de la sph?re de l?humanit? et de la pens?e, pour ?viter qu?elles ne se reproduisent. En somme ?prouver des moments de joie permet de m?taboliser ce mal qui nous entoure et nous ?vite de nous s?parer du monde par quelque moyen que ce soit.

La joie, comme ? l?inverse la m?lancolie, n?ont pas besoin de cause apparente pour exister, elles peuvent m?me s?en soustraire.

Ces moments de joie permettent de se r?inscrire dans le r?el, dans le temps, et surtout, avec les autres. Ils permettent de dissoudre la vue du monde dans une vision plus panoramique, plus ? distance, moins tributaire de nos attentes. Par exemple, lorsqu?on ?prouve une pl?nitude ? observer un nuage avec son imaginaire, ou une ?uvre d?art, elle est d?barrass?e de l?utilit? attendue de ce qu?on observe, de la projection de nos d?sirs, du filtre de nos pr?jug?s, elle passe par la sensibilit?. La joie ne d?pendra plus que de notre regard d?sint?ress?, et de notre capacit? d??merveillement.

Elle permet alors de retrouver une relation de sensibilit?, de bienveillance, au monde, ? soi et aux autres.

Isabelle Voidey
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Sources:
??Le suicide?? (Les essentiels, Milan) Marie Bardet, Journaliste France 3, L?Ev?nement du jeudi, chef de rubrique aux Cl?s de l?actualit?.
Rubriques philosophiques de Arte.
Dossier de la gazette de arm?e citoyenne ??les blessures invisibles??
http://armeecitoyenne.xooit.fr/t9387-Dossier-Les-blessures-Invisibles.htm?q=
Comment parler ? une personne qui veut mettre fin ? ses jours :
https://sites.google.com/site/solutionviolenceconjugale/suicides-24-crashs-de-boeing-an
http://www.tobcom-association.asso.st/
Diverses sources de recherches internet, ouvrages, journalisme.

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