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Donner sa vie: Hommage au lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, héros national

Hommage au lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, héros national.

Un ancien patron du GIGN l’affirmait dans la soirée du 23 mars 2018 : aucune procédure n’a jamais été proposée aux gendarmes pour donner leur vie à la place d’autres citoyens. Même s’ils connaissent les risques de leur métier, leur objectif n’est jamais d’aller à la mort en toute conscience. Quel pouvoir pourrait leur imposer ?

S’approcher de la mort, c’est pourtant ce qu’a fait le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame (44 ans) qui vient de mourir dans la nuit du 23 au 24 mars 2018 de ses blessures. En décembre 2017, il avait participé à un exercice de simulation d’attentat dans un supermarché à Carcassonne (selon « La Dépêche du Midi »). Le Président Emmanuel Macron avait déclaré avant son décès : « Il a sauvé des vies, a fait honneur à son arme et à notre pays. ».

Originaire de Bretagne, Arnaud Beltrame venait d’être affecté en août 2017 comme officier adjoint au commandement du groupement de gendarmerie de l’Aude. Il avait été affecté à Satory, dans les Yvelines, à la gendarmerie mobile, puis a été nommé entre 2010 et 2014 commandant de la compagnie d’Avranches, dans la Manche, puis a été nommé conseiller auprès du secrétaire général au Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie pour coordonner l’action du gouvernement dans la lutte contre les crimes environnementaux (selon « Libération »). Décoré de l’ordre national du Mérite en 2012, il a été promu lieutenant-colonel en 2016. Il fut membre du GIGN et est officier depuis l’âge de 26 ans. Il venait de postuler à l’École de guerre, dont le concours qu’il avait passé est très difficile.

Le vendredi 23 mars 2018 a eu lieu un nouvel attentat terroriste islamiste qui a été revendiqué par Daech. Un fanatisé de l’extrémisme islamiste a tué quatre personnes et blessé quinze autres. Il a volé une voiture, tué un passager, tiré sur des forces de l’ordre en train de faire du jogging puis s’est réfugié dans un supermarché à Trèbes, pas loin de Carcassonne où il a tué un client et un employé avant de prendre en otage les personnes présentes.

Depuis les assassinats commis par Merah, on connaît le jusqu’au-boutisme de « ces terroristes ». Ils n’ont tellement aucun respect de la vie qu’ils ne respectent même pas leur vie. Au contraire, ils voudraient tomber en « martyrs ». C’est cela qui est dangereux, car aucune discussion ne peut véritablement avoir lieu. Les objectifs des forces de l’ordre, c’est d’agir pour qu’il y ait le moins de victimes possible, mais dans une telle situation, c’est difficile de ne pas prévoir le pire.

Un gendarme, le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, est allé bien au-delà de ses prérogatives. Par un acte de grande bravoure, il a réussi à échanger la vie de tous les otages contre la sienne. Quand on connaît la détermination de « ces terroristes », on ne doit pas imaginer beaucoup de cadeaux de leur part. Arnaud Beltrame a été blessé par des coups de couteau et deux fois par tir. L’extrême courage de sa part aurait mérité qu’il survît à ses blessures. Il ne sera honoré par la Nation hélas que mort. Toutes les larmes de la Nation ne compenseront pas le chagrin infini de son épouse et de sa famille.

On pourra toujours rappeler que les risques d’attentat sont toujours bien réels. Le précédent attentat en France avait coûté la vie à deux jeunes femmes d’une vingtaine d’années (Mauranne et Laure) sur le parvis de la gare Saint-Charles à Marseille, tuées par un terroriste islamiste le 1er octobre 2017. Le Ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a révélé que depuis le début de l’année, la police a fait échouer deux préparations d’attentat, un prévu dans un centre sportif, un autre contre des militaires. Il est nécessaire que, sans paranoïa, chacun, chaque citoyen, soit capable d’imaginer qu’un attentat puisse survenir à n’importe quel moment de l’existence, dans des activités aussi banales que prendre le métro, prendre un pot à une terrasse de café, faire des courses, aller au musée, assister à un spectacle ou à un événement sportif, etc. au même titre que lorsqu’on prend le volant, on peut risquer sa vie et celle des autres. Avoir juste cette petite idée au fond de l’esprit sans en être obsédé, mais rester toujours vigilant.

L’acte de courage exceptionnel d’Arnaud Beltrame devra être honoré à sa juste place. Pas devenir un modèle, car ce n’est pas donné à tout le monde, et sûrement pas à moi, d’avoir un tel courage. Mais le remercier, tout simplement le remercier. On dit que la guerre a permis aux lâchetés et au courage de s’exprimer. Oui, c’est vrai. L’héroïsme ne peut se révéler que dans des situations dramatiques. Pourtant, les situations dramatiques ne sont pas si rares qu’on pourrait le croire, pas seulement dans les guerres lointaines ou lors d’attentats dont la probabilité de fréquence, heureusement, reste faible. Dans la vie quotidienne, on peut se retrouver devant ce choix de risquer sa propre vie pour sauver la vie d’un autre (un enfant à l’eau, un accident de la route, etc.). Rien n’est évident car il faut d’abord avoir une bonne analyse de la situation avant d’agir sans que ce ne soit inutile.

Ce courage, c’est le meilleur hommage à la patrie. C’est pour cela que la République ne devra jamais oublier la mémoire d’Arnaud Beltrame, que son acte entre, lui aussi, dans l’histoire, qu’il ne soit pas vain, jamais vain. D’une manière ou d’une autre.

Sylvain Rakotoarison (24 mars 2018)
http://www.rakotoarison.eu

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