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Donald Trump et le train du casino rempli de billets

Ah, celle-là est trop bonne encore. La girouette Donald qui avait enterré le F-35, pour le déclarer quelques mois plus tard meilleur avion au monde (et « invisible », selon lui), puis dit que le Boeing Max devait être retiré définitivement du circuit pour réclamer depuis son retour (en changeant son nom (1) !) n’est pas franchement un spécialiste du domaine aérien.  S’il adore les motos et les camions, avec lesquels il aime jouer comme un enfant, ses compétences dans le domaine ferroviaire restaient jusqu’ici inconnues. Jusqu’au jour où il a commis une tirade à sa façon à propos des trains à grande vitesse, qui, on sait, n’ont absolument pas percé aux USA… la faute à l’aviation, justement. Retour sur le TGV façon Trump, une histoire singulière, comme tout ce qui aura entouré ces quatre années de cauchemar américain. Musicalement, on se met dans l’ambiance avec… Chatanooga Choo Choo. C’est ça ou This Train, de Bonamassa (2) :  les temps changent aussi en musique !

Aux Etats-Unis, pays du progrès, cela peut paraître surprenant, mais il n’y a pas de train à grande vitesse, appelés là-bas « bullets trains » (encore une référence à leur idéologie guerrière). Les raisons sont multiples : ces trains sont faits pour relier entre eux des centres de populations denses, ce qui ne concerne qu’une faible partie du pays, avec le nord-ouest, plus la région de Los Angeles – San Francisco et Seattle – Portland, ou encore celle de  Dallas – Houston, voire une partie de la Floride, et les USA sont mauvais également pour ce qui est des grands projets d’infrastructure, en raison de leur découpage par Etat (3), avec des coûts et des délais bien trop supérieurs à ceux de l’Europe, ce qui les rend irréalisables financièrement. Sans compter les lobbys divers (compagnies d’aviation, ligne de bus – dont les célèbres Greyhound) qui ruinent vite toute tentative de créer des lignes ferroviaires qui les concurrenceraient. Et sans oublier aussi le manque total d’expérience en la matière, un réseau de voies trop vieillissant et le peu de lignes électriques existantes (4) qui oblige à se tourner obligatoirement vers des fournisseurs extérieurs, notamment pour les rames et les locomotives (Amtrak travaille avec le français Alstom sur l’Acela Express, entre Boston et Washington, ici à droite, un train pendulaire adapté aux voies anciennes qui ne dépasse pas 113 km de moyenne seulement. Un rappel qui est toujours mal vu dans un pays pratiquant le protectionnisme à la moindre alerte. Bref, au final, les USA n’ont donc pas de véritable TGV !

Les républicains y ont toujours été opposés

La politique aussi est un frein notoire : ce sont les républicains en général, trop proches des lobbys cités, qui ont refusé les lignes haute vitesse (350 km/h). L’administration Obama a bien essayé de changer la donne, mais elle s’est heurtée à des gouverneurs plutôt butés (et plutôt riches !).  Ainsi, le 10 décembre 2010, le secrétaire aux Transports, Ray LaHood, a annoncé que 1,2 milliard de dollars de subventions destinés au Wisconsin et l’Ohio pour la mise en place de trains rapides seraient supprimés et redirigés vers d’autres États.  Obama se heurtait alors à l’opposition virulente des gouverneurs élus des deux États, Scott Walker du Wisconsin, et John Kasich de l’Ohio. Selon Walker, la ligne à grande vitesse entre Madison et Milwaukee « coûterait à l’État du Wisconsin quelque 7,5 millions de dollars par an pour la faire fonctionner » et « ne serait donc pas rentable ». La Californie a alors reçu 624 millions de dollars, et la Floride 342 millions de dollars de ses fonds redirigés, l’Etat de Washington recevant 161 millions de dollars et l’Illinois 42 millions. Mais le 16 février 2011, l’ancien gouverneur de la Floride, Rick Scott, a officiellement annoncé qu’il rejetterait tous les fonds fédéraux pour construire un projet de chemin de fer à grande vitesse reliant les villes d’Orlando et de Tampa, tuant ainsi dans l’œuf le projet de train à grande vitesse prévu en Floride : les sirènes des constructeurs d’avions installés chez lui ont eu raison des efforts fédéraux pour l’aider. Rick Scott utilisant on le sait les jets privés de la société de sa femme pour voyager personnellement ! A la place, on se retrouve avec les tortillards de Brightline (devenu Virgin Trains, mais pendant deux ans seulement), une société privée (ici à gauche). Il font du « 79 miles per hour » : 127 km/h maxi et sont donc moins rapides que nos vaillants TER ! Le jet de Rick Scott fait lui du 810 km/h en croisière (maxi) mais il transporte il est vrai un seul profiteur !!! En somme, pour rouler aux USA, les TGV sont plutôt de gauche ! Mais roulent à droite (5) !

Le train du désert

En Californie, et dans le Nevada, qui venaient d’hériter de l’argent d’Obama, Amtrak avait fermé la dernière ligne de train en 1997 : il s’appelait le Desert Wind (ici à gauche : il était à étage, c’était un diesel et ce n’était pas un foudre de vitesse, loin de là !). La relève se faisait attendre depuis. On avait bien rêvé un temps à un maglev, un train rapide soutenu et propulsé par des aimants mais c’était tombé à l’eau. « Mais en 2009, avec le soutien de Harry Reid, le démocrate du Nevada alors chef de la majorité au Sénat, le gouvernement fédéral avait franchi une étape cruciale en approuvant un corridor ferroviaire entre Las Vegas et Victorville, dans le haut désert californien. » On espérait à nouveau mais c’était compter sans… les élus républicains : « quatre ans plus tard, un projet de prêt fédéral de 5,5 milliards de dollars pour un train à grande vitesse était venu devant le département des transports d’Obama, avec l’opposition furieuse de deux puissants législateurs républicains – Paul Ryan, (ici à gauche) qui était président du comité du budget de la Chambre, et Jeff Sessions (qui fera un bref séjour chez Trump), alors membre du Comité sénatorial du budget – qui le considérait comme un risque insoutenable pour les contribuables. Finalement, le prêt avait été rejeté, en partie parce que le projet ne pouvait pas se conformer aux règles d’achat américaines. «Nous avons essayé et essayé et nous n’avons pas pu le faire», a déclaré M. Reid dans une récente interview ». A noter que Ryan comme Sessions ont eu des difficultés relationnelles avec Trump qui se sont soldées par l’éviction du second du gouvernement en novembre 2018 (pour ne pas avoir voulu en dire davantage sur les contacts russes de l’équipe Trump de 2016, en se récusant de l’enquête). Bref, en résumé, avant 2016, toujours pas de TGV d’annoncé pour Las Vegas !

Nouveau président et nouveaux espoirs 

Et voici que Donald se retrouve élu président, à la surprise générale, et qu’il va vite se montrer surprenant, à prendre des décisions de plus en plus étonnantes, qui vont se succéder les unes après les autres. Souvent, cela consistera à faire le contraire de ce qu’a fait Obama. Par simple esprit de contradiction et par vengeance pour l’avoir humilié en 2011 à la soirée des journalistes. Donald est par-dessus tout rancunier ! Approchés par un financier, le nouveau secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, et le secrétaire au commerce, Wilbur Ross. se voient donc proposer avec insistance de relancer l’idée du train californien : l’homme qui les a rencontrés est présenté comme un intermédiaire, qui intervient en faveur d’un de ses amis, Anthony Marnell II, un architecte (de Marnell Corrao Associates) qui a supervisé la construction de casinos comme le Mirage, le Bellagio et le Wynn tout court à Las Vegas., tous trois appartenant à Steve Wynn, l’éternel botoxé, un autre copain de Donald (ici en photo avec un troisième tycoon des casinos qui est notre « intermédiaire », justement). Des casinos, voilà qui devrait parler au nouveau président !!! En prime, Marnell contrôlait également l’entreprise qui avait justement tenté de construire le train à grande vitesse… d’où sa requête.

Depuis, Wynn a eu quelques ennuis : en 2018, il a été accusé d’agressions sexuelles, et ce, pendant des années. A l’occasion, on avait rappelé le danger pour les républicains dont il fait aussi partie : on en était en 2018 au midterm et le vote féminin était fort recherché.

Lassé, un des investisseurs avait abandonné

A partir de là ça devient un peu plus complexe : « peu de temps après, M. Marnell a déclaré au Review-Journal qu’il envisageait d’approcher l’administration Trump au sujet d’un prêt fédéral, comme celui que l’administration Obama avait rejeté. Las Vegas avait plus que jamais besoin du train, a-t-il soutenu, maintenant que l’équipe de football des Oakland Raiders déménageait en ville. Les gens de Las Vegas avaient des raisons d’espérer que l’administration Trump serait plus réceptive que son prédécesseur ne l’avait été. Après tout, l’hôtel de M. Trump (ici à droite, il fait 190 mètres de hauteur pour 64 étages) en a fait l’un des leurs. Il avait fait campagne pour investir dans les infrastructures, voire lors d’un rassemblement sur le retard de l’Amérique dans le rail à grande vitesse. Malgré tout, le prêt fédéral recherché depuis longtemps par M. Marnell était resté insaisissable et, à l’automne 2018, il donc a vendu l’entreprise, rebaptisée XpressWest, à une société appartenant à Fortress Investment Group LLC, une grande société financière de New York » (créée par Wesley R. Edens, Rob Kauffman, et Randal Nardone : elle possède 45 milliards de biens divers !). « Fortress possède une société nommée Brightline, qui exploite un service ferroviaire privé en Floride » (celle que l’on vient de décrire, passée un temps dans le giron de Virgin). « Ben Porritt, vice-président senior des affaires corporatives chez Brightline, a déclaré que ses trains avaient déjà reçu plusieurs allocations d’obligations fédérales exonérées d’impôt ». Ah, voilà qui pourrait devenir intéressant pour attirer la finance !!!

Chez Trump, l’oreille plus attentive du moment s’appelle Elaine Chao, c’est la secrétaire aux transports de la nouvelle administration… et c’est aussi la femme de… Mitch McConnell, auquel Donald doit la maîtrise du Sénat, placé d’emblée sous sa coupe pour devenir simple chambre d’enregistrement des décisions du nouveau maître de la Maison Blanche. Le petit monde de Donald, encore et encore… Chao a gardé des liens forts avec… la Chine, où réside toujours une partie de sa famille. James Chao, le père, était en effet un camarade de classe de Jiang Zemin, le président de la Chine dans les années 90 ! Et notamment avec la compagnie maritime fondée par James Chao, appelée Foremost Group. une partie de la fortune paternelle ayant servi à la campagne politique de Mitch Connell pour le Sénat ! (lire ici le chapitre « Maudit Kentucky »). Foremost Group a reçu en 2020 un prêt de l’Etat US compris entre 350 000 et 1 million de dollars au nom du Paycheck Protection Program, selon les données publiées par la U.S. Small Business Administration. Cela s’inscrit dans le Coronavirus Aid, Relief, and Economic Security Act (CARES Act) pour aider certaines entreprises à continuer à payer leurs travailleurs pendant la crise (6). Chez les McConnel non plus il n’y pas de petits profits… ou les moyens ici de limiter les pertes ! Un conflit d’intérêts flagrant !!! A droite c’est la photo des deux avec…surprise, Joe Biden, le 6 janvier 2015 lorsque Mitch McConnell est devenu chef du Sénat !

Chao a vite fait des siennes en Californie, justement, un Etat dirigé par Gavin Newsom. Gag de l’affaire, Newsom est aussi l’ex-mari de Kimberly Guilfoyle, « la collectionneuse », ancienne mannequin et procureur adjointe de San Francisco, devenue la nouvelle compagne de Donald Trump, Jr….Chao a tout simplement exigé le remboursement du prêt accordé par Obama pour le train rapide de Californie, rejeté par Newsom, qu’il a proposé de remplacer par une simple modernisation de  la ligne Amtrak existante entre Merced et Bakersfield. Elle a annulé sans plus ni moins un versement de 929 millions de dollars et demandé à rembourser les 2,5 milliards restants. Toujours ce petit monde de Donald, car on ne sait distinguer dans cette exigence la part de l’effet d’annonce du règlement de comptes familial !!!

Par esprit de contradiction 

Phil Ruffin, c’est le fameux « intermédiaire », donc, qui connait en fait Trump depuis des années, depuis le concours Miss Univers organisé par Donald Trump, où il a rencontré sa (jeune) femme mannequin, (lire ici qui il est). L’homme, qui avait démarré comme pionnier des stations-service en libre-service et qui est aussi un dirigeant de casinos, retente donc sa chance auprès de Donald : celui de relancer le train dormant qui pourrait emmener selon lui les joueurs de casinos du sud de la Californie à Las Vegas en moins de 90 minutes. En fait, quatre ans plus tôt, l’administration Obama l’avait envisagé ce trajet, on l’a vu, pour être au final rejeté par les élus locaux : il s’agissait d’un prêt de 5,5 milliards de dollars pour construite la voie. En 2017, Ruffin affirmera au magazine Forbes que Donald avait d’emblée « adoré l’idée » : dès que l’on évoque le mot Casino, dans l’oreille de Donald, ça lui parle en effet, on le sait. Mieux encore, quand son ami Ruffin sort de son bureau, ce dernier déclare rayonnant « qu’Obama ne l’avait pas approuvé mais peut-être que Donald le fera ».

Ici à droite en 2006 ce sont les trois partenaires de départ du Trump International de Las Vegas : Phil Ruffin, Donald J. Trump, et Jack Wishna. Ce dernier a été un des casinotiers à parier sur des artistes à demeure pour attirer les foules, contre un contrat à plusieurs millions de dollars entre l’artiste Wayne Newton et son casino Stardust (puis ce sera Britney Spears, il fera revenir aussi Michael Jackson aux USA, alors réfugié à Dublin et ensuite le Cirque du Soleil). Ruffin fera plus tard la même chose avec Céline Dion. Wishna créera aussi un des premiers réseaux internet de musique appelé Rock City Club. Il a été retrouvé à Henderson, dans le Nevada, mort à 54 ans, au monoxyde de carbone le 27 novembre 2012, dans sa voiture, dans son garage.  C’est lui qui avait servi de lien entre Trump et Ruffin (go-between). Sa mort a été déclarée un suicide (sans une seule explication disponible). « Wishna était peut-être mieux connu pour son travail visant à amener Donald Trump à s’installer sur le Strip de Las Vegas. Norm Clarke du ReviewJournal.com, a rencontré Wishna dans les années 1990 et a pu voir de première main son talent dans «l’art de l’affaire». «Pour attirer l’attention de Donald Trump, il a embauché un hélicoptère et un photographe pour capturer une vue panoramique du Strip depuis le site où Wishna pensait que Trump devrait construire sa première tour à Las Vegas. Cela a fonctionné, et bientôt Wishna a amené les milliardaires Trump et Phil Ruffin ensemble pour l’accord », a écrit Clarke » (Norm Clarke du  ReviewJournal.com). A propos de Michael Jackson, Wishna avait affirmé de façon un peu légère que « Je n’ai jamais vu de drogue », a déclaré Wishna. «Je n’ai jamais vu de perfusion intraveineuse, d’aiguilles ou quoi que ce soit du genre. Je n’ai jamais rencontré de médecins autour de Michael ». Quand on sait comment il est mort, ça laisse songeur…

En ayant présenté le projet comme rejeté par Obama (ce qui était complètement faux comme on a vu !), Ruffin avait à l’évidence finement joué sur la détestation profonde qu’a Trump de son prédécesseur : c’était bien vu ! Celui-ci a donné aussitôt son accord ! L’étonnante déclaration de Donald qui l’a scellé est celle-ci, bien dans son style habituel décousu, mais faite bien avant l’entrevue : lors de la réunion citée sur le retard de l’Amérique dans le rail à grande vitesse, Donald avait en effet déclaré :« vous allez en Chine, ils ont des trains qui roulent à 300 milles à l’heure (7) « Nous, nous avons des trains qui vont «tchou, tchou, tchou». Et puis ils doivent s’arrêter parce que les voies se séparent, n’est-ce-pas ? En ajoutant «Nous sommes comme le tiers monde…» A cette époque en effet, Trump n’hésitait pas à faire de la Chine un exemple à suivre ! Il semble avoir bien changé depuis… (on notera quand même chez lui la place de la Chine reléguée dans le « Tiers Monde », alors qu’elle a déjà absorbé une (petite) partie de la dette US…).

En Chine, ça roule en revanche !

Et en effet, en Chine, ça roule vite sur les rails : prenons Wu-Han par exemple, ville dont on beaucoup parlé ces derniers mois pour une autre raison. Là-bas les trains de type CRH3 circulent sur la ligne ferroviaire à grande vitesse Wuhan – Guangzhou depuis février 2010. La ligne, ouverte dès décembre 2009, a réduit le temps de trajet en train entre Wuhan et Guangzhou de 10 heure et demie à un peu plus de trois heures ! Les chinois ont fabriqué en peu de temps tout un réseau de trains rapides très impressionnant. Après en avoir acheté à l’étranger, notamment chez Siemens-Velaro (le nom du modèle en Espagne), avec le fameux ICE de la Deutsche Bahn (en plus large en Chine) ils ont mis leur photocopieuse en marche et fabriquent désormais sur place les leurs (via la CRRC Changchun Railway Vehicles). Leurs engins atteignent 236 mph soit 380 km/h : en 2009 deux trains de type CHR3 ont même atteint 394 km/h. Les plus récents modèles ont subi des modifications électrique chez Hitachi qui les améliorent encore. Bombardier avec son modèle CR400AF a également signé un contrat en 2012 pour 120 rames (de seconde génération, donc) avec la Chine… via sa filiale chinoise Bombardier Transportation China (ici à droite). Les tous derniers « Fuxing Hao » (TGV en chinois).Les lignes ont été ouvertes le 26 juin 2017, avec un trajet gare de Pékin-Sud – Shanghai, et gare de Shanghai-Hongqiao vers Pékin.

Or c’est un modèle de ce type que les californiens avaient retenu en 2015 : China Railway International, un consortium ad-hoc créé par les chinois avait alors investi 100 millions de dollars de capital chez XpressWest, dans le projet de train entre Los Angeles et Las Vegas (ici à gauche). Mais le 8 juin 2016, neuf mois plus tard, la firme le confirme : il n’y aura pas de chinois pour construire des trains pour les américains : « XpressWest a indiqué que son «plus grand défi» était une exigence du gouvernement fédéral selon laquelle les trains à grande vitesse doivent être fabriqués aux États-Unis pour obtenir les approbations réglementaires ». « Comme tout le monde le sait, il n’y a pas de train à grande vitesse fabriqué aux États-Unis », a déclaré la société dans un communiqué. «Cette exigence inflexible a été un obstacle fondamental au financement du train à grande vitesse dans notre pays. Au cours des 10 dernières années, nous avons patiemment attendu que les décideurs politiques reconnaissent que le train à grande vitesse aux États-Unis soient une nouvelle entreprise et qu’il est nécessaire d’autoriser les trains de pays avec des décennies d’expérience ferroviaire à grande vitesse sûre pour relier la région du Sud-Ouest, pour démarrer cette nouvelle industrie ». L’inflexible protectionnisme US avait encore joué !!!

Pirouette à billets

Mais certains continuent à y croire. Sans trop de surprise, quatre ans après, on retrouve donc les mêmes, et leurs trains (un peu moins) poussifs, vu que les américains ne savent toujours pas en faire, de train rapides : c’est encore Brightline, basé à Edens en Floride, qui rafle la mise en recevant même 200 millions de la part du Nevada pour le projet. Avec les 600 millions californiens de départ, on est alors à 80o millions. La pirouette financière, autorisée par le gouvernement Trump, est impressionnante : « XpressWest peut vendre quatre fois la valeur des dons sous forme d’obligations exonérées d’impôt à des investisseurs privés, ce qui signifie qu’il dispose désormais de 3,2 milliards de dollars de financement de la part des deux États. En incluant une allocation de 1 milliard de dollars du Département américain des transports en mars, XpressWest aligne 4,2 milliards de dollars sur le coût total de construction de 5 milliards de dollars de la ligne ferroviaire de 170 miles ». « Ce plan crée des emplois sans utiliser l’argent des contribuables et sans affecter la capacité de notre État à financer des projets futurs, et permettra un nouveau mode de transport pratique entre le Nevada et la Californie», a déclaré le gouverneur du Nevada, Steve Sisolak ». Sisolak étant… un démocrate, qui a remporté son siège en 2018 lors des élections -catastrophiques pour Trump – des mid-terms ! C’était la première fois en 20 ans que l’Etat basculait ! Vers le ferroviaire, en même temps !

Au point de vue vitesse, le train prévu (ci-dessus à gauche) est annoncé pour 200 mph maxi : 321 km/h : c’est plutôt une amélioration, et le but des 90 minutes de trajet prévu peut donc être atteint.

Au Texas, une entreprise privée, après 4 ans de bataille juridique, envisage un projet beaucoup plus gros, un  système à 10 milliards de dollars entre Dallas et Houston sur la base de machines japonaises, celles réputées pour leur ponctualité – 1 minute d’écart maxi, depuis de décennies – du Tokaido Shinkansen (un engin « historique » depuis 1964 !, cf ici à droite), annoncées pour 205 mph (329 km:h).  Comme c’est un projet privé, sans aucune subvention nationale, il a le droit lui d’utiliser des locomotives étrangères. La mise en service devrait débuter en 2026 (il était prévu pour 2020).

Un train peut en cacher un autre… ou plutôt un hôtel-casino
Il y a en fait derrière ce soutien étonnant à un TGV américain, une espèce rare comme on l’a vu (et encore une particularisme de Trump), une histoire d’argent sous-jacent, on s’en doute. Et comme on est chez Donald, elle est gratinée. Cette histoire de train dissimule une énorme magouille en fait, comme on va le voir, et c’est en quelque sorte un cadeau en forme de récompense à un vieil ami. Revenons quatre ans en arrière : au printemps 2016, Donald est complètement essoré en fait nous raconte le NYT : « sa campagne présidentielle «autofinancée» manquait de fonds et il avait du mal à convaincre les donateurs républicains méfiants. Ses terrains de golf et l’hôtel qu’il ouvrirait bientôt dans l’ancien bureau de poste de Washington rongeaient l’argent qu’il lui restait, d’après ses dossiers fiscaux. Et au début de 2016, Deutsche Bank, le dernier grand prêteur encore en affaires avec lui, a refusé de manière inattendue sa demande de prêt. Les fonds, avait dit M. Trump à ses banquiers, aideraient à consolider son complexe de golf Turnberry en Écosse. Certains banquiers craignaient que l’argent ne soit plutôt détourné vers sa campagne ».  Lessivé et coincé à son propre jeu avec des républicains qui le détestent et refusent de l’aider financièrement (ils l’ont oublié, mais pas lui !) , Trump est alors aux abois : à s’être vanté d’autofinancer sa campagne, lui qui n’a que des dettes, en fait, il court à la catastrophe, que ses faux amis républicains souhaitent, tant il est détesté et tant il les a injuriés.  Il dilapide donc ses actions, faute de mieux : « en janvier, M. Trump a vendu beaucoup d’actions – pour une valeur de 11,1 millions de dollars. Il a vendu 11,8 millions de dollars supplémentaires en février et 7,5 millions de dollars en mars. En avril, il a vendu 8,1 millions de dollars de plus ». Bref, le matelas d’argent de Trump fondait à vue d’œil… son bas de laine, percé, commençait à s’effilocher un peu trop vite. Pas sûr qu’il puisse tenir jusqu’en novembre ! L’espoir des républicains opposés à lui : certains étaient venus le voir pour lui demander de ne pas se lancer,… On ne donne pas cher de ses chances, dans les sondages, en tout cas, Hillary le devançait toujours. De façon trop sûre d’elle, à l’évidence ! Puis viendra dans les dernières coudées l’annonce de Comey, qui fera tout basculer. Mais on le sait tout ça.
Trump en Moïse sauvé des eaux 
Et puis soudain,  miracle, 21 millions de dollars … en billets (!!!) lui tombent du ciel, provenant d’une société appelée Trump Las Vegas Sales and Marketing créée en 2004, qui n’avait jusqu’ici rien rapporté, n’avait « aucun objectif commercial clair et aucun employé » explique le NYT. La pratique des paiements en billets, assez surprenante, est en fait chère à Donald : en 2012, il avait hypothéqué « 100 millions de dollars de l’espace commercial de la Trump Tower » et « avait reçu la quasi-totalité du montant en espèces » . 100 millions en billets cette fois-là !!! Imaginez la scène ! Ce coup-ci, c’est présenté comme un obscur remboursement de « frais de licence« , une sorte de vieille dette oubliée, en quelque sorte signée par… Phil Ruffin, le co-propriétaire avec Donald de l’établissement concerné. Enfin c’est comme ça qu’on le présente, et il vaut mieux, car sinon c’est simple : c’est clairement une contribution illégale à la campagne présidentielle de Trump !!! Et ça en est une en fait !!
Ça tombait à pic, en tout cas  : en juin, sa campagne ne disposait plus que de 1,3 million de dollars en banque !!! Il était bientôt à sec ! Son vieil ami Phil Ruffin avait déjà donné plus de 2,5 millions de dollars pour la campagne à ce moment-là, et il paiera aussi pour l’inauguration ou versera de l’argent à sa fondation (1 million de dollars). Un bon ami, ça ne compte pas. Ou ça espère un jour voir revenir en boomerang les fruits de la sollicitude passée !
Les sommes, importantes, s’expliquent : jadis adversaires, il ont appris à s’apprécier et sont devenus amis il y a plusieurs années de cela. Les liens entre les deux hommes sont particuliers, disons et forts : la femme de Ruffin, le mannequin Oleksandra Nikolayenko, amie de Melania Knavsa (devenue Trump) a représenté l’Ukraine (ça ne s’invente pas en effet) au concours de Miss Univers de 2004 (concours dans lequel Donald était payé 2,3 millions de dollars !), ils sont devenus très proches et le couple s’est marié en 2008 à Mar-a-Lago, Trump étant même ce jour-là le témoin du marié. L’autre contributeur tardif sera Sheldon Adelson, avec 20 millions de dollars, plus 5 millions de dollars lors de l’inauguration. Steve Wynn, a lui offert 729 217 dollars pour l’inauguration. Trump a été porté sur les fonts baptismaux présidentiels par des casinotiers (ici à droite avec Sheldon Adelson et sa femme). Adelson est le responsable de la terrible et ignoble campagne anti-islam distribuée en DVD dans les journaux US sponsorisée par des juifs orthodoxes extrémistes comprenant le scénariste de Docteur House (???) et appelée Opération Obsession, faisant de tous les musulmans de la planète des terroristes potentiels, indifféremment !)  !
Derrière la façade : une dette abyssale
Comme procédés pour abonder les comptes de Donald et éviter les impôts, Ruffin et lui ont mis en place ce que Trump vient d’avouer lors d’une interview récente, sur ses dettes (« peanuts » selon lui) à savoir de glisser les sommes dans la catégorie « frais de fonctionnement » (dans un autre dossier immobilier, il a inclus ainsi le salaire de sa fille Ivanka, qui travaillait dans sa fondation !). Ainsi une somme de 2 685 000 dollars, répartie entre les deux sociétés qui détiennent l’hôtel de Trump « lui a été versée directement », selon le NYT. Aux impôts ça a été déclaré comme «frais de prêt»et comme «frais de parrainage », d’un flou absolu.  « La société hôtelière Trump-Ruffin a inscrit une autre dépense ponctuelle importante dans sa déclaration de revenus de 2016 : des «frais de développement» de 4,8 millions de dollars. Bien que le New-York Times n’ait pas été en mesure de tracer le chemin de tout cet argent à travers les dossiers fiscaux de M. Trump, ses révélations publiques indiquent qu’une société appelée Trump Las Vegas Development avait également conclu un accord pour recevoir des frais de développement d’une filiale de la coentreprise. (Cette société, selon les documents déposés, a en fait réalisé un chiffre d’affaires de 8,2 millions de dollars de janvier 2016 à avril 2017. On ne sait pas d’où viennent les 3,4 millions de dollars supplémentaires.). » Or détail intéressant, les 21 millions dépassaient de très loin les revenus du fameux casino, qui n’a de doré que la façade: il est déficitaire depuis toujours, sauf ces dernières années, sans être pour autant à revenus mirobolants : à la banque, il n’affichait que 6,3 millions de trésorerie !
D’où venaient alors ces millions ? D’un prêt, pardi, comme tout ce qu’a entrepris Trump, sans toujours le rembourser : il doit toujours plus de 280 millions de dollars à ses emprunteurs. Et bien plus encore, avec tous les prêts contractés inclus : « plus d’un milliard de dollars. C’est ce que Trump doit actuellement, avec des centaines de millions de dollars de prêts dûs au cours des deux prochaines années, ce qui pourrait mettre les prêteurs dans la position de devoir saisir le président des États-Unis ou engager d’autres poursuites judiciaires contre le président des États-Unis si Trump est réélu. »
Trump, élu à crédit 
Les 21 (ou 28 millions) proviennent en effet d’un prêt contracté au nom du casino, alors qu’il dépasse de loin ses revenus et bénéfices annuels. « Puis, sept semaines avant les élections, quelque chose d’inhabituel s’est produit. Le partenariat Trump-Ruffin a emprunté 30 millions de dollars à la City National Bank de Los Angeles. M. Trump a signé les documents de prêt à New York, mais les dossiers fiscaux montrent que M. Ruffin a personnellement garanti la quasi-totalité du montant, si la société était incapable de payer. La société personnelle n’était pas tenue de divulguer dans ses déclarations de revenus comment l’argent emprunté serait dépensé. Mais le moment du prêt, combiné au manque de liquidités disponibles du partenariat cette année-là, suggère fortement que le prêt a financé les millions de dollars en paiements à M. Trump » : en gros, Trump a fait campagne à crédit !!!
Donald, président illégitime 
Le lièvre soulevé par le NYT est énorme : il explique en effet que Donald évoluait alors en toute illégalité. « Les experts consultés par le Times ont déclaré que pour évaluer la légitimité des paiements, la question centrale était de savoir s’il s’agissait d’une compensation pour le travail réellement effectué. À cette fin, M. Shaviro, professeur de droit fiscal à NYU, a déclaré qu’il serait particulièrement important d’examiner les accords cités par les divulgations financières du président pour justifier certains des paiements. Nathaniel Persily, un expert en droit électoral à la Stanford Law School, a déclaré que si les paiements n’étaient pas légitimes et étaient ensuite dirigés vers la campagne de M. Trump, ils seraient probablement considérés comme des contributions de campagne illégales. «S’il s’avère qu’une entreprise a donné de l’argent à la campagne, c’est illégal», a-t-il déclaré. « Si un individu a contribué de l’argent dépassant les limites légales, c’est illégal. » Bref, quatre ans après son élection et la révélation (enfin) du contenu des feuilles de déclaration d’imposition de Donald, il faut se rendre à l’évidence : Trump a bien trompé tout le monde ! Y compris les législateurs, en détournant des lois à son seul profit ! En échangeant ici un train contre des billets !
C’est bien en effet Phil Ruffin qui réclamait à cor et à cris « son » train a grande vitesse pour relier deux  de ses casinos, le trajet devant amener ses clients juste devant le « Strip » (ci-dessous) du second dans le projet initial !!! Après avoir été renfloué au moment crucial de sa campagne (Ruffin parle même aujourd’hui de 28 millions), Donald lui devait bien ça ! A cette époque, l’argent tombé du ciel de Las Vegas n’a pas été considéré comme un don de campagne électorale, hélas. Si ça avait été le cas, l’élection de Donald aurait été invalidée (mais à l’époque, on ne savait rien des finances opaques de Donald découvertes par le NYT !). En 2016, il avait donc triché, tout simplement ! Et n’aurait donc jamais dû être reconnu président !
P.S : Comme un symbole de ces quatre années horribles, une photo : celle prise à Las Vegas par Mike Blake, de l’agence Reuters, le 4 octobre 2017, trois jours après la tuerie qui a fait 58 mors et plus de 500 blessés. Il montre l’avion de Trump, fervent partisan du deuxième amendement sur la détention des armes, y compris les plus meurtrières, venu sur place, décollant de l’aéroport McCarran, en train de passer derrière l’hôtel Mandalay Bay et ses vitres dorées elles aussi, restées brisées  par le tueur :

(1) je suggère « Boeing Less » ou « Boeing Minus » mais ce n’est pas sûr que ça se vende bien. Trump avait avoué en Tweet, fait rarissime chez lui, n’y rien connaître dans le domaine (ici à droite) !

(2) les trains sont avec les voitures les sujets les plus fréquents du Blues et du Rock américain. Les marques de voiture (Cadillac, Buick, Chevrolet ou Ford Mustang, et même Mercedes-Benz – et Porsche- ont eu leur titre de gloire et Robert Johnson a fait des fanaux arrière des wagons de train un des plus beaux titres sur l’amour brisé… repris par les Rolling Stones. Personnellement, j’ai une préférence pour des anglais sur le sujet !! Doublement, même.

(3) un peu dans la problématique des Grands Travaux Inutiles chers à nos amis belges, avec une longue liste de trucs foireux dispendieux jamais finis… une sacrée partie de plaisir télévisuel pendant des mois dans les années 80 !!!

(4) la première a été la ligne du Pennsylvania Railroad équipée de locos GG1 de 230 tonnes qui pouvait tirer entre 17 à 22 wagons de passagers (1600 tonnes) à 160 km/h. Dessinée en 1934 par Raymond Loewy, qui imposera pour sa construction une coque soudée et non rivetée, une première, elle était de couleur marron chocolat et jaune doré.  Quelle allure que ce monstre, de 24 mètres de long, 20 roues et 12 moteurs, qui abîmait les voies avec son poids trop important ! Etonnamment, en maquette, la firme française Jouef l’a distribuée un temps, reprenant le modèle IHC-Mehano (une production slovène qui produit aujourd’hui les TGV OuiGo  ou InOui). La production actuelle de Jouef provient entièrement de… Chine !!!

(5) chez nous c’est à gauche, sauf, en Alsace et en Moselle, qui jouent donc au saut de mouton… les trains américains de fret, eux, se mordant la queue… à Tehachapi (Californie).

(6) Ce n’est la pas la seule à en avoir profité : il semble que la distribution des fonds a été désastreuse. Une partie des 20 milliards est allée dans les poches d’escrocs il semble bien, mettant à mal la gestion de Jovita Carranza, selon une inspection de l’organisme de traçage et de vérification (« watchdog »). « Lors d’une conférence organisée mercredi par la Nationwide Affiliation of Authorities Assured Lenders l’Inspector General Hannibal “Mike” Ware a déclaré qu’il pensait que la fraude hypothécaire de la SBA était «supérieure à la normale» et que c’était «une pomme de concurrence chaque fois qu’il en discutait avec la société». » «Je continue de dire que c’est la toute petite pointe de l’iceberg», a-t-il déclaré« . Carranza était auparavant devenue la 44eme Treasurer of the United States, depuis le 28 avril 2017: bonjour les dégâts ! La SBA a aussi visiblement oublié la communauté noire ou les gens de couleur (or Carranza est « latino » ; une entreprise sur 10 seulement de ce type à reçu de l’aide  !!!! A Président raciste, administration similaire ! Des entreprises déclarées « small minority » ne l’étaient pas, elles étaient…blanches !!! De mauvais exemples encore abondent : « un candidat a indiqué 38 localisations qui avaient été signalées comme sans aucun doute problématiques, mais au moins deux se sont vues attribuer 384 600 dollars. Une adresse IP unique utilisée par des candidats a été utilisé pour 245 prêts autorisés. Une même adresse e-mail a obtenu 158 prêts autorisés. » L’inspecteur citant aussi Index Ventures, Foundation Capital et la société Bird, une « Scooter rental company » (un fabriquant de trotinnettes électriques en location !). Bird, qui a provoqué de nombreux accidents et des décès, lors de l’annonce du lockdown, avait viré 400 employés via un message par Zoom de deux minutes à peine !! La classe !

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(7) ça fait en fait 482 km/h, Trump calcule à la louche, comme à son habitude (c’est le « Président approximatif » en tout !) car le record du monde officiel sur rail est français, il est de 574,8 Km/h, il date du 3 avril 2007 (un maglev japonais en avril 2015, à atteint 603 kilomètres à l’heure – pendant 10 secondes, dans un tunnel – et c’est un prototype resté sans lendemain !).  

 

 

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