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Dommages Collat?raux : la face cach?e d’un terrorisme d’?tat

Lors des guerres men?es par les ?tats-Unis depuis la chute du mur de Berlin au nom d’une certaine id?e de leur puissance, est apparue une notion, celle de ??dommages collat?raux??, qui a ?t? utilis?e par les organes des relations publiques du Pentagone pour justifier et faire accepter aux opinions occidentales des actes de guerre provocant des victimes civiles. Ces dommages collat?raux ne seraient pas souhait?s par la puissance militaire qui d?plore ces tragiques erreurs, fruits de renseignements erron?s ou d’une technologie d?faillante.

Or, a y regarder de plus pr?s, on s’aper?oit que la plupart de ces actes de guerre ayant d?truit la vie de milliers de civils en Afghanistan, en Irak, en Libye ces derni?res ann?es?1, ne sont pas des erreurs, des dommages collat?raux d’une entreprise militaire qui ne prendrait pour cible que des soldats en uniforme appartenant ? la partie adverse, mais bien?des actes d?lib?r?s visant ? tuer des femmes, des enfants et des hommes sans d?fense.

On pourrait se demander dans quels buts de telles horreurs seraient entreprises. La doctrine militaire r?pond?: pour imposer la terreur source de toute ob?issance.

La doctrine militaire d?ment ici brutalement la propagande politique?: faire souffrir les populations civiles est un des moyens de gagner la guerre?; torturer leur corps est un des moyens de courber leur ?chine?; atteindre leur conscience est un des moyens de gagner leur ?me?(les bombardements des Alli?s ? la fin de la seconde guerre mondiale l’attestent amplement – la question de savoir si la fin justifie les moyens est un autre d?bat).

Vous doutez encore et pensez que de tels moyens ne feraient qu’inciter des non-combattants ? prendre les armes et ? renforcer l’arm?e des ombres?2. Les soldats du monde entier le savent bien et r?pondent impun?ment?: les victimes de la terreur humaine ne se vengent pas?; elles souffrent en silence et ne r?vent que de paix pour pouvoir enterrer leurs morts et faire leur deuil. Cela va m?me plus loin?: les innocentes victimes finissent souvent par r?clamer protection ? leurs bourreaux. ? bout, d?moralis?es par tant de souffrance et de violence, elles saisissent la main que leur tend leur ennemi ? l’autre bout du fusil.

C’est au cours de la guerre d’Alg?rie que les militaires fran?ais (principalement les Colonels Trinquier et Lacheroy) ont ?labor??une doctrine mettant au centre des conflits arm?s les populations civiles?3?(les Anglais avaient d?j? appliqu? cette d?marche au Kenya au d?but des ann?es 50, massacrant volontairement des villages entiers de non-combattants, mais ils n’avaient pas eu l’id?e d’en faire une doctrine digne d’?tre enseign?e dans les ?coles militaires).

Non plus cibles involontaires d’une guerre inhumaine, les populations civiles deviennent l’objectif militaire ? conqu?rir et ? d?truire au nom d’objectifs humains, trop humains. La torture, les ex?cutions sommaires, les bombardements de civils ne sont plus seulement des crimes de guerre, mais des moyens militaires au service d’une cause politique. Les Colonels Trinquier et Lacheroy exporteront cette doctrine dans les ?coles militaires am?ricaines qui sauront en faire bon usage dans les pays d’Am?rique Latine, et tout particuli?rement en Am?rique Centrale, dans les cinquante ann?es suivant la guerre d’Alg?rie4.

Les l?gions atlantistes parties, sous l’?gide de l’Otan, ? l’assaut de l’ex-Yougoslavie, de l’Afghanistan et de la Libye ont ?galement appliqu? cette doctrine pour tenter d’imposer l’American Way of Life?et le lib?ralisme triomphant aux populations r?fractaires. La doctrine militaire du?shock and awe?(choc et effroi) appliqu?e par les ?tats-Unis lors de l’invasion de l’Irak en 2003 n’est que la r?activation de cette doctrine par des th?oriciens soucieux de rafra?chir le corpus doctrinaire militaire am?ricain. Les auteurs de cette resuc?e, Harlan Ullman et James Wade?5, prennent pour exemple les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki par les ?tats-Unis en ao?t 1945 et d?crivent sans ambigu?t? l’effet recherch??: il s’agit d’infliger des destructions massives, de nature humaine ou mat?rielle, afin d’influencer une soci?t? donn?e dans le sens recherch? par celui qui met en ?uvre?le choc et l’effroi, plut?t que s’attaquer directement ? des objectifs purement militaires?6.

On le voit,?cette notion de ??dommages collat?raux?? cache en r?alit? un terrorisme d’?tat?7, un terrorisme de masse, un terrorisme occidental?dont les m?dias occidentaux s’accommodent ais?ment puisqu’il est l’?uvre de leurs ma?tres atlantistes. Ils font plus que s’en accommoder ? vrai dire?: ils commettent un crime m?diatique lorsqu’ils utilisent le terme de ??dommages collat?raux?? pour masquer les actions terroristes de leurs dirigeants aux mains sales.

Il est int?ressant de constater que ce terrorisme d’?tat occidental est, pris globalement, plus meurtrier que le terrorisme islamique (qui n’a pas plus de justification ? nos yeux), terrorisme islamique qui peut ?tre, par ailleurs, comme en Libye et en Syrie, le pr?cieux relais des objectifs g?ostrat?giques des Occidentaux et de leurs ?lites.

Ainsi,?le terrorisme semble ?tre au c?ur de la doctrine et des strat?gies militaires des d?mocraties occidentales. Pour lutter efficacement contre le terrorisme, ce que nos dirigeants pr?tendent s’acharner ? faire, il faudrait oser engager toute notre ardeur combattante contre nous-m?mes. ? d?faut de quoi, la mort de la d?mocratie sera (si ce n’est pas d?j? le cas) le dommage collat?ral de notre cynisme et de notre tartuferie.

Guillaume de Rouville, auteur de?La D?mocratie ambigu?, ?ditions Cheap, juillet 2012.

1?Tout comme au Vietnam, au Cambodge, en Am?rique Centrale et en ex-Yougoslavie, pour ne prendre que quelques exemples suppl?mentaires.

 

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