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Djibouti : le président Guelleh fait faux bond à la justice du Royaume-Uni

 

Le président de Djibouti, Ismail Omar Guelleh (IOG), vient d’annoncer qu’il ne se présenterait pas devant la Haute Cour de justice du Royaume-Uni, où il était invité à comparaître comme témoin dans une affaire de corruption. Nouveau chapitre dans la lutte sans merci qui oppose le gouvernement du président Guelleh à l’homme d’affaires djiboutien Abdourahman Boreh, cette convocation faisait suite à un arrêt de la justice britannique très virulent faisant état de la « conduite répréhensible » de l’Etat de Djibouti, « indigne d’un Etat souverain », et d’une « manipulation des preuves afin de fausser le délibéré de la justice. » IOG devient ainsi le premier dirigeant africain à être convoqué devant un tribunal en qualité de témoin. Tout un symbole, qui en dit long sur la gestion de ce petit pays de la Corne de l’Afrique.

Le président Guelleh dans de beaux draps

Guelleh

L’histoire n’est pas neuve. En 2009, Abdourahman Boreh a été condamné à 15 ans de prison par contumace par la justice du régime djiboutien, sur la base d’accusations fallacieuses l’impliquant dans une attaque à la grenade à Djibouti. Le gouvernement avait exploité une réelle attaque pour accuser le multimillionnaire et demander à la Haute Cour du Royaume-Uni, où il a trouvé refuge, de geler ses avoirs. Outre la falsification d’une écoute téléphonique par la police politique du régime, la magistrature britannique avait dénoncé l’emploi de stratagèmes « ne pouvant être décrits autrement que l’application de pressions commerciales illégales » sur M. Boreh et avait conclu à la nullité du jugement incriminant à l’égard de ce dernier, dont les actifs ont été immédiatement dégelés.

Le Juge Flaux, qui était en charge du dossier d’accusation de terrorisme, a insisté sur la nécessité d’une comparution de président Guelleh devant le tribunal lors de la deuxième manche de ce procès. Il s’agit de la première invitation à comparaître comme témoin d’un président africain. Dans la plupart des cas en effet, lorsqu’un témoin occupe une position reconnue comme très prenante dans un autre pays, la méthode de l’entretien vidéo est privilégiée. Mauvais présage donc pour l’homme fort de Djibouti, ce type de procédure n’étant retenu que dans des cas très sérieux.

L’intimidation judiciaire comme stratégie politique ?

M. Boreh est un ancien proche de M. Guelleh. Ce dernier aurait-il estimé que sa réussite lui faisait de l’ombre, et décidé d’avoir sa tête en montant une affaire de terrorisme de toute pièce ? C’est la question que la justice britannique aura à trancher. Boreh affirme par ailleurs avoir fait l’objet de menaces de la part des autorités depuis 2007, ce qui l’a contraint à fuir le pays à l’automne 2008. Son neveu a été retrouvé pendu à son domicile en février 2009, et son cousin est mort après avoir été détenu et torturé à la prison de Gabode à Djibouti. Un autre de ses cousins est actuellement retenu sans charge dans le même centre de détention.

Les observateurs considèrent très largement le différend entre les deux hommes comme une lutte sous-jacente pour la présidence du pays. M. Boreh pourrait représenter un concurrent de taille pour le président Guelleh. Ce dernier s’apprête à briguer un quatrième mandat consécutif, arguant qu’il n’existe pas d’alternative crédible pour le remplacer à la tête de l’Etat. Une analyse qui ne surprend pas lorsqu’on voit le traitement réservé aux hommes qui pourraient lui faire concurrence. Dans un câble diplomatique de l’ambassade américaine révélée par Wikileaks, le Département d’Etat américain disait d’ailleurs du pays : « Djibouti est moins un pays qu’une cité-Etat sous la coupe d’un dirigeant unique, Ismail Omar Guelleh. » Seulement, en tentant de tromper la justice britannique, IOG pourrait bien avoir commis l’abus de trop.

Djibouti a en effet une longue tradition d’abus judiciaires, dont le plus controversé concerne un certain Bernard Borrel. Ce juge français avait disparu sur le territoire djiboutien en 1995. Peu après, son corps avait été retrouvé à moitié carbonisé dans un ravin. La justice djiboutienne avait conclu au suicide. Cette thèse d’abord retenue par la justice française a laissé place à celle de l’assassinat, ce qui a empoissonné les rapports entre les deux pays depuis lors. A l’époque, néanmoins, le pouvoir n’avait pas sérieusement été inquiété. Ce nouveau scandale pourrait bien coûter plus cher à IOG.

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