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Dîner de cons à Noël

L’autre matin vers sept heures j’écoutais France Inter. En ce moment, les journalistes parlent des fêtes, offrant de multiples conseils. L’occasion d’expliquer comment bien passer le réveillon surtout quand ça risque de virer au dîner de cons. Car parfois, dans ces grandes familles réunies à tables, recomposées, décomposées ou de mauvaise compositions, la soirée risque de virer à l’affrontement. Heureusement qu’une psychiatre nous a livré quelques conseils sur les ondes pour éviter que le réveillon ne tourne au vinaigre. Eh oui, même pour une chose aussi banale qu’un soir de Noël en famille, il faut tout maîtriser et calculer, pas seulement la matière mais aussi les mouvements de l’âme, avec les conseils des psys qui se sont invités dans tous les secteurs de l’existence. Finalement, c’est un véritable calvaire que ces fêtes.

Et les cadeaux ? Comment faire ? Eh bien France Inter nous a livré quelques conseils ce même matin un peu avant le journal de sept heures. Des conseils qu’il est conseillé de suivre puisqu’ils sont administrés par une lecture philosophique. Eh oui, la philosophie est de la fête et s’intéresse de près à l’existence pour livrer elle aussi des conseils pour bien conduire sa vie, comme au temps de Sénèque, pour qui néanmoins la pensée se devait d’affronter la mort et non pas expliquer comment se faire des cadeaux un soir de fête. L’époque était plus sérieuse. Maintenant, la futilité devient matière à méditer sur les intentions transcendantales investies dans la métaphysique de l’emballage et le sapin de Noël. Un cadeau, ça se pense, ça ne consiste pas à zoner dans les magasins et acheter le premier gadget venu. Il paraît qu’un milliard d’euros sont dépensés en pure perte pour des cadeaux qui finissent dans un grenier ou le lendemain de Noël dans une annonce sur le bon coin.

Pour éviter ce gaspillage, suivez les conseils philosophiques de France Inter. L’essentiel c’est l’intention. Il faut marquer son intention avec le choix d’un cadeau nous dit le spécialiste en philo de France Inter. Le cadeau, c’est une manière de dire à une personne qu’on la connaît et donc, il faut savoir quels sont ses goûts et lui offrir ce qui lui fera plaisir en livrant un signe de reconnaissance. Celui qui reçoit un cadeau aime être reconnu. S’il se débarrasse du cadeau le lendemain, c’est une manière de dire à l’offrant, je me fous de ta reconnaissance ! C’est tellement bien expliqué qu’on finit par croire que les philosophes des médias sont d’authentiques guides de vie et maîtres de sagesse pour l’univers consumériste. Néanmoins, il se trouvera un trouble-fêtes pour gâcher la démonstration et dire le contraire. Je vais m’y coller.

Offrir un cadeau correspondant à la personne, n’est-ce pas aussi prendre de risque de se soumettre au désir narcissique de l’autre ? Un trait de société bien présent. Un cadeau peut aussi être l’occasion de partager une différence. Je te fais connaître Opeth et toi Sibelius. En acceptant un cadeau qui ne me correspond pas tout à fait, je reconnais l’autre comme différence et réciproquement. Finalement, qui est le plus proche de la vérité, le gars de France Inter ou bien la version contradictoire que propose ? En élargissant, je dirais que la différence sert à briser la spirale du même et du désir narcissique et que c’est plus proche des Evangiles interprétées par René Girard. Ce désir qui conduit les gens à marcher comme des zombies dans les rues commerçantes avant les fêtes, samedi, dimanche, lundi, mardi, la rue Sainte-Catherine envahie par les consommateurs.

Cela dit, le réveillon rime avec dîner de cons lorsque les médias en parlent. Après les conseils pour ne pas se battre à la fin du repas et se faire plaisir de cadeaux, on aura les conseils pour décorer le sapin, farcir le chapon, choisir son foie gras, présenter son saumon dans l’assiette et bien entendu, se préparer à la digestion. Aura-t-on droit à la classique cuillère d’huile l’olive à ingérer avant le dîner ? Bon, je vous laisse… Non ! J’ai oublié l’essentiel. Il est absolument indispensable d’expliquer aux fêtards comment ouvrir les l’huîtres sans s’ouvrir la main. C’est d’autant plus indispensable que cette année, les urgentistes sont en grève.

Finalement, le réveillon est une soirée improbable qui prend diverses saveurs selon le menu et la composition des familles et si c’est un dîner de con, c’est à travers l’image qu’en donnent les médias, bien que dans la réalité, ça puisse se produire mais ça, c’est vous qui voyez.

Une mention toute spéciale pour le message du pape François à l’encontre de la curie. Ces griefs oh combien légitimes s’adressent tout autant aux cadres et dirigeants de nos sociétés, ces démoniaques narcissiques prêts à tout pour faire vaciller les concurrents et dorer leur image. François nous rappelle aussi que nous finissons sous terre.

Je vous offre ces paroles d’une chanson de Martin Circus extraites du morceau « poussières » paru sur l’album acte II. Un antidote à la frénésie des zombies consuméristes de notre siècle :

Voyez ces gens, qui courent sur la terre Il finiront tous, une fois au cim’tierre Leurs illusions, réduites en poussières Poussièèèèèèèèèèèèèèèèères !

Bonne fêtes à tous. Que la lumière vous accompagne !

Bernard Dugué

Source:  Agoravox et Bernard Dugué

 

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