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Devons-nous nous opposer aux sweatshops?

Les ??sweatshops?? sont des ateliers de manufactures g?n?ralement situ?s dans les pays en voie de d?veloppement, dans lesquels les salaires sont tr?s faibles (relativement aux pays industrialis?s), les semaines de travail tr?s longues et les conditions de travail inf?rieures ? ce que nous observons dans les pays industrialis?s.

Au niveau des salaires, ceux-ci sont souvent en-de?? d?un dollar de l?heure, pouvant aller aussi bas que $0.28 de l?heure. Dans certains cas, les quarts de travail atteignent 11 heures et plus par jour, 6 jours par semaine. Les employ?s sont parfois victimes d?abus et d?intimidation de la part de l?employeur. Les employ?s ne sont parfois pas suffisamment prot?g?s contre les produits toxiques qu?ils manipulent, ce qui rend leur travail dangereux pour leur sant?. [1]

Que pouvons-nous faire pour aider ces gens? Certains proposent de boycotter les biens qu?ils produisent. D?autres proposent de rendre ill?gales les importations de biens produits dans ces conditions. D?autres proposent d?exiger de ces pays qu?ils adoptent des normes de travail similaires aux n?tres. Ce sont malheureusement de bien mauvaises id?es.

Il ne fait aucun doute que les conditions de travail de ces gens sont mis?rables et inacceptables. Je n?accepterais pas de travailler dans ces manufactures et si vous avez pu vous payer un ordinateur pour visionner cet article, c?est probablement que vous non plus n?accepteriez pas de le faire. La raison est que nous avons des comp?tences plus d?velopp?es et que notre ?conomie nous offre des alternatives viables que ces pays n?ont pas. Ces conditions de travail ne doivent pas ?tre compar?es aux n?tres, mais ? celles qui pr?valent dans ces pays.

En fait, aussi triste que cela puisse l??tre, ces emplois sont les meilleurs que ces gens puissent trouver (autrement ils feraient autre chose). Les salaires offerts, m?me s?ils sont tr?s bas, sont quand m?me de 3 ? 10 fois plus ?lev?s que ce qu?ils pourraient obtenir autrement. L?une des alternative consiste ? travailler dans l?agriculture, au soleil crevant, les pieds dans la terre humide, vuln?rable aux morsures d?animaux et d?insectes, et ce pendant 12 heures par jour ? un salaire inf?rieur. Les autres options consistent ? fouiller dans les d?potoirs, mendier et se prostituer.

En 1993, le s?nateur am?ricain Tom Harkin a propos? de bannir les importations de pays qui emploient des enfants dans des sweatshops. Cons?quemment, une manufacture du Bangladesh a d? mettre ? la porte 50,000 enfants. Selon l?organisme britannique Oxfam, la plupart ont par la suite joint les rangs de la prostitution. Le m?me ph?nom?ne a ?t? observ? au Pakistan et au N?pal.

En 1996, un organisme a accus? l?actrice am?ricaine Kathy Lee Gifford d?exploiter des enfants travaillant dans des sweatshops pour produire sa ligne de v?tement vendue chez Wal-Mart. Cet organisme a fait venir une jeune fille de 15 ans du Honduras pour en t?moigner. Cette jeune fille gagnait $0.31 de l?heure et travaillait 10 heures par jour, ce qui lui procurait un salaire de $3.10 par jour. C?est peut-?tre peu, mais c?est plus que la moiti? des habitants de ce pays qui gagnent moins de $2 par jour et le quart gagnent moins de $1 par jour. [2] Une ?tude de l??conomiste Benjamin Powell a d?montr? que les sweatshops du Cambodge, de l?Ha?ti et du Honduras versent des salaires plus de deux fois plus ?lev?s que le salaire moyen de ces pays. La professeure Linda Lim de l?Universit? du Michigan a visit? des usines de Nike au Vietnam et en Indon?sie et a trouv? que les travailleurs y gagnaient en moyenne cinq fois le salaire minimum de chacun de ces pays.

Que se passerait-il si nous cesserions d?acheter les biens produits par les sweatshops? Ces gens perdraient leur emploi. Est-ce que ce serait vraiment une bonne chose pour eux? ?videmment que non!

Et si nous exigions de ces sweatshops qu?ils paient des salaires similaires ? ceux des pays d?velopp?s? Cela ferait augmenter les co?ts de production de ces biens, et par cons?quent cela ferait augmenter leurs prix. Quand les prix montent, la demande diminue; c?est-?-dire que nous diminuerions notre consommation de ces biens. Devant la baisse de la demande, les sweatshops devraient mettre des gens ? la porte. Est-ce que ces gens seraient dans une meilleure posture? ?videmment que non!

En fait, ces pays sont en voie de d?veloppement; il est donc normal qu?ils n?aient pas encore atteint notre niveau de vie. Les ?tats-Unis et le Canada sont aussi pass?s par l?; il y avait encore beaucoup de sweatshops en Am?rique au d?but du 20e si?cle. Plusieurs pays asiatiques tels que la Cor?e du Sud et Taiwan se sont ouverts aux sweatshops dans la seconde moiti? du 20e si?cle. Aujourd?hui, plusieurs d?entre eux sont devenus industrialis?s et fabriquent maintenant des appareils ?lectroniques et des ordinateurs. Un pays comme Hong Kong est devenu l?un des plus riches de la terre alors qu?il y a un peu plus de 25 ans c??tait encore un pays en voie de d?veloppement o? florissaient les sweatshops. Le graphique suivant montre d?ailleurs que ces pays ont vu leur taux de pauvret? nettement chuter comparativement ? l?Afrique sub-saharienne o? il n?y a pas de sweatshops.

Un pays comme l?Indon?sie est encore si pauvre que des progr?s peuvent ?tre mesur?s en termes de combien la personne moyenne re?oit ? manger. Depuis 1970, l?apport calorique moyen d?un habitant est pass? de moins de 2,100 ? plus de 2,800 calories par jour. [3] Des am?liorations similaires peuvent ?tre observ?es en Asie et m?me dans des endroits comme le Bangladesh. Ces am?liorations n?ont pas eu lieu parce que les gens bien intentionn?s dans l?Ouest ont fait quoi que ce soit pour aider; l?aide ?trang?re est peu importante. Elles ne sont pas le r?sultat des politiques des gouvernements nationaux, qui sont aussi impitoyables et corrompus que jamais. Elles ne d?coulent que de la recherche du profit des m?chantes multinationales.

La seule fa?on par laquelle ces travailleurs peuvent concurrencer les travailleurs des pays industrialis?s est en se faisant payer de bas salaires. Si nous leur refusons cela, nous leur bloquons la voie du d?veloppement que nous avons nous-m?mes emprunt?e il y a plus de cent ans.

Il est illogique que des gens soient choqu?s ? la vue d?une jeune fille qui produit des espadrilles pour $0.60 de l?heure alors que sa voisine gagne moins d?un dollar par jour en fouillant dans les ordures ou en amassant de maigres r?coltes sur sont petit lopin de terre.

Comme nous l?avons vu dans?mon article?sur le Bangladesh, les pays en voie de d?veloppement ont des syst?mes politiques et ?conomiques d?ficients et il n?y a rien que l?on puisse faire pour changer cette situation. Le mieux que nous pouvions faire pour aider ces gens est de consommer ce qu?ils produisent.


[1] http://www.globalexchange.org/campaigns/sweatshops/sweatshopsfaq.html

[2] ??In defense of sweatshops??, Benjamin Powell, Library of Economics and Liberty,

[3] ??In praise of cheap labor??, Paul Krugman, Slate Magazine, 21 mars 1997,

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    En faisant des recherches généalogique, j’ai découvert que mon grand-père, à l’âge de 20 ans, travaillait 10 heure/jour et 6 jrs/semaine pour un salaire annuel de $400,00 dollars.

    Lorsque je regarde ses photos de cette époque je le vois extrêmement bien habillé, je sais qu’il se nourrissait de façon remarquable et qu’il faisait du sport hebdomadairement.(Il ne lui restait que le dimanche pour ce faire).

    Son père a fait un salaire de $1000.00 dollars cette année-là. Ils vivaient tous à Montréal.

    Il est donc clair que le montant total du salaire n’a rien à voir avec la qualité de vie. Tout dépend du prix des denrées indispensables. L’économie des pays en voie de développement, s’améliorera comme celle de nos pays d’avant la guerre, avec l’amélioration de l’industrie du pays en question.

    Je connais des pays où les gens vivent à l’aise avec $1.00 par jour. Ils ont des télé, video et autre gadgets. On les dit pauvres et quant on les fait venir ici pour gagner $9.50 l’heure, il vienne crever de faim.

    La qualité de vie est relative au salaire versus le prix des denrées nécessaires. Si le beurre coûte 33 cents/livre, avec un dollar tu en achètes trois livres et il te reste un cent. Si le beurre coûte $4.50/livre, avec un dollar tu bouffe ton pain sec.

    Amicalement

    André Lefebvre