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Des cadavres chinois dans le placard ?

Flickr: infomatique
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Pas vraiment, on les expose ? Qu?bec et les gens affluent

Les organisateurs de l’exposition Bodies ??n’ont pas de garantie ? 100 %?? que les corps ne sont pas des prisonniers chinois ex?cut?s

Autant les organisateurs que les visiteurs de l’exposition Bodies, qui a ouvert ses portes ? Qu?bec le 6 juin dernier, ne semblent pr?occup?s par la provenance des corps morts expos?s.

L’exposition, qui se veut scientifique et p?dagogique et qui est pr?sent?e au Pavillon d’Espace 400e, met en vedette des corps d?pec?s et inject?s d’une substance plastique.

Ce qui soul?ve l’indignation et la controverse est le fait que les ?objets? pr?sent?s proviennent de Chine, un pays r?put? pour pratiquer le trafic d’organes et ex?cuter des prisonniers pour r?pondre aux demandes de ce march?.

Jusqu’? maintenant, les diff?rents responsables de la tenue de l’?v?nement ? Qu?bec ont balay? la critique et indiqu? avoir re?u des garanties suffisantes que les corps exhib?s ont ?t? donn?s ? la science ou qu’ils sont non r?clam?s.

?On nous a certifi? que tous les corps pr?sent?s ici sont des corps qui ont ?t? donn?s ? la science ou qui n’ont pas ?t? r?clam?s?, indique Daniel G?linas du Festival d’?t? de Qu?bec, cit? par Radio-Canada.

Luci Tremblay, porte-parole de l’exposition rejointe au t?l?phone, refuse pour sa part de commenter sur le sujet et renvoie plut?t les questions aux promoteurs, Premier Exhibitions. ?Premier Exhibitions est cot? en bourse? et ?l’exposition a d?j? re?u des millions de visiteurs dans le monde?, assure-t-elle.

Catherine Morgenson de Premier Exhibitions, interview?e par Radio-Canada, affirme avoir obtenu certaines garanties des fournisseurs de corps qu’aucune torture ou traumatisme aurait pr?c?d? la mort des individus expos?s. ?On n’a pas de garantie ? 100 %, mais nous sommes ? l’aise avec le contenu de l’exposition?, affirme-t-elle.

Du c?t? des personnes concern?es par l’?thique et des organisations des droits de l’homme, la question ne peut ?tre trait?e avec autant de d?sinvolture.

Selon Anne Ste-Marie, porte-parole d’Amnistie Internationale, les responsables de l’exposition Bodies font preuve d’une ?telle ignorance? de la r?alit? du syst?me judiciaire chinois, qui n’est pas ind?pendant et qui d?tient le record des peines de mort d?cern?es annuellement.

Interrog?e sur sa connaissance du syst?me chinois, Mme Tremblay, qui refuse de prendre quelconque responsabilit? pour la provenance des corps, a r?pondu : ?Je sais c’est quoi la Chine, j’y suis d?j? all?e.?

?Ce sont des vendeurs d’?v?nements culturels. Ils n’ont aucune esp?ce de compr?hension de ce que ?a peut repr?senter comme ph?nom?ne?, souligne pour sa part Mme Ste-Marie.

En avril dernier, une exposition similaire pr?sent?e ? Paris a re?u l’ordre de la justice fran?aise de fermer ses portes. Les ONG Ensemble Contre la Peine de Mort (ECPM) et Solidarit? Chine ont fait valoir en cour, avec succ?s, que l’exposition porte atteinte ? certains droits fondamentaux.

ECPM indique sur son site Internet que la justice ?a consid?r? que la Soci?t? Encore Events, organisatrice de l?exposition, ne rapportait pas la preuve ?de l?origine licite et non frauduleuse des corps litigieux et de l?existence de consentements autoris?s??.

Confront?e ? la r?alit? de la fermeture de cette exposition ? Paris, Mme Tremblay a fait valoir, avec raison, que celle de Qu?bec est produite par une autre entreprise, soit Premier Exhibitions. Sauf qu’il appara?t que ce promoteur a eu ses propres d?m?l?s avec la justice, n’?tant pas non plus en mesure de garantir que les corps expos?s ne proviennent pas de condamn?s ? mort.

En mai 2008, le procureur g?n?ral de l’?tat de New York, Andrew M. Cuomo, a jug? que Premier ?tait ?incapable de r?futer les all?gations selon lesquelles les corps expos?s proviennent de prisonniers chinois.? Il a forc? Premier Exhibitions ? : rembourser les personnes d?sireuses ayant visit? l’exposition Bodies de la ville de New York; obtenir des preuves de la provenance des corps; engager un moniteur ind?pendant pour s’assurer que les termes de l’entente sont respect?s; et indiquer clairement dans l’exposition qu’il n’est pas en mesure de garantir que les corps ne proviennent pas de prisonniers tortur?s et ex?cut?s.

?La triste r?alit? est que Premier Exhibitions a profit? de l’exposition des restes d’individus qui ont peut-?tre ?t? tortur?s et ex?cut?s en Chine?, indique le procureur g?n?ral. ?Malgr? les d?mentis r?currents, nous savons maintenant que Premier lui-m?me ne peut d?montrer les circonstances qui ont men? ? la mort des individus. Premier ne peut pas non plus d?montrer que ces gens consentaient ? ce que leurs restes soient utilis?s de cette mani?re. Le respect des d?funts et le respect du public requi?rent que Premier fasse plus que simplement nous assurer qu’il n’y a pas de raison de nous inqui?ter.?

En 2006, le responsable de l’exposition Bodies, Roy Glover, affirmait d?j? candidement que ses cadavres ne provenaient pas de donneurs volontaires, rapporte la National Public Radio (NPR).

?Ils [les cadavres] sont non r?clam?s?, mentionne-t-il. ?On ne s’en cache pas, nous sommes ouverts ? ce sujet.?

?Pour cette raison, plusieurs endroits refusent d’accueillir Bodies?, indique NPR.

?Les corps et les membres actuellement expos?s ? New York sont accr?dit?s ? la Dalian Hoffen Bio Technique Company Limited (DHBTC). DHBTC obtient les corps indirectement du Bureau de la s?curit? publique chinois…?, affirme le communiqu? du Bureau du procureur g?n?ral de l’?tat de New York.

Selon Ensemble Contre la Peine de Mort, se pronon?ant sur l’exposition Our body ? Paris, une s?rie d’indices renforcent l’hypoth?se selon laquelle les cadavres utilis?s proviennent de prisonniers ex?cut?s : ?les morts expos?s sont jeunes, sans pathologie apparente et leurs tissus sont parfaitement conserv?s, ce qui laisse ? penser que leur mort a ?t? programm?e afin de les plastiner dans les meilleurs d?lais, avant la d?gradation cellulaire; tous les morts expos?s sont chinois; or, la Chine est le pays au monde qui ex?cute le plus (6000 ? 8000 ex?cutions par an); les corps sont en majorit? masculins; les corps des condamn?s ? mort chinois sont rarement r?clam?s par les familles?.

Aux ?tats-Unis, outre ? New York, diverses d?marches ont ?t? entreprises pour emp?cher l’exposition de cadavres avec but lucratif. L’?tat de la Californie a adopt? une loi r?gissant ce genre de chose en 2007, mise de l’avant par la repr?sentante d?mocrate Fiona Ma.

?Alors nous parlons potentiellement de milliers de gens, qui ont ?t? drain?s, inject?s de plastique, tranch?s en morceaux comme de la viande et servis ? travers l’?tat pour des raisons commerciales?, plaidait-elle ? l’?poque. ?En tant que Sino-Am?ricaine, je sais que peu de gens en Chine feraient un don volontaire de leurs organes ou de leur corps en raison des pr?f?rences culturelles et traditionnelles de conserver le corps intact pour l’enterrement apr?s la mort.?

Naissance d’une industrie de la mort

Le concept de ces expositions cadav?riques aurait ?t? invent? par l’anatomiste allemand Gunther von Hagens (son exposition Body Worlds ?tait ? Montr?al derni?rement) et depuis, de nombreux promoteurs l’ont repris alors que ?a rapporte des gros sous.

Pour r?pondre ? cette demande croissante de corps plastin?s, toute une industrie s’est d?velopp?e en Chine et comme mentionn? plus haut, la mati?re premi?re est obtenue gr?ce ? des connexions avec les autorit?s.

Un reportage du New York Times dat? de 20061 indique qu’? l’?poque une dizaine d’usines de corps voyaient le jour un peu partout en Chine.

?? l’int?rieur d’une s?rie d’?difices non identifi?s, des centaines de travailleurs chinois, certains assis dans des formations de cha?ne d’assemblage, coupent, diss?quent, pr?servent et r?arrangent des cadavres humains, les pr?parant pour le march? international des expositions de mus?e?, ?crit le journaliste du Times.

Trafic d’organes

La controverse soulev?e par les diff?rentes expositions de cadavres fait appel au probl?me du trafic d’organes en Chine. Dans les deux cas, la mati?re premi?re de l’industrie est la m?me, soit des corps. Dans les deux cas, il y a avantage ? obtenir un corps sans pathologie, en bon ?tat, etc. La diff?rence semble ?tre au niveau des sommes impliqu?es, alors qu’on rapporte qu’une d?pouille peut valoir 300 $ tandis qu’un rein, plusieurs dizaines de milliers de dollars.

Qu’est-ce qui pourrait pousser une prison ? alimenter une industrie plut?t qu’une autre? La question se pose. Une chose est certaine, personne ne conteste le fait que les prisonniers ex?cut?s sont la banque quasi in?puisable d’organes servant ? la transplantation.

La fondation Laogai, du dissident Harry Wu, se consacre ? exposer les camps de travaux forc?s en Chine, de m?me qu’? d?noncer la peine de mort et le trafic d’organes.

?En 2006, le vice-ministre chinois de la Sant?, Huang Jiefu, a reconnu publiquement que la majorit? des organes transplant?s en Chine proviennent des prisonniers ex?cut?s?, est-il ?crit sur le site de Laogai.

?Bien que les autorit?s chinoises affirment que les organes ne sont pas pr?lev?s sur les prisonniers ex?cut?s sans leur consentement ou celui de leurs familles, il y a un consensus parmi les ?thiciens et les d?fenseurs des droits de l’homme que les personnes incarc?r?es ne sont pas en position de consentir, alors qu’ils sont particuli?rement vuln?rables ? la coercition?, poursuit le texte.

?En effet, en raison de la corruption omnipr?sente dans le syst?me judiciaire chinois, combin?e aux profits faramineux que peuvent faire les prisons avec la vente d’organes, toute preuve de consentement est au mieux douteuse [?] les pr?l?vements d’organes sont devenus chose commune dans les prisons chinoises, fournissant ? l’?tat encore un autre moyen d’exploiter les prisonniers, m?me apr?s leur mort?, conclut la fondation Laogai.

D’apr?s le rapport Pr?l?vements meurtriers, co?crit par David Kilgour, ex-secr?taire d’?tat canadien pour l’Asie-Pacifique, et David Matas, avocat international des droits de l’homme, les pratiquants de la m?ditation Falun Gong seraient tu?s pour alimenter le march? des transplantations.

Selon eux, au moment de publier leur rapport, plus de 40 000 transplantations n’avaient pas de source d’organes ?tablie. Ils auraient eu plusieurs confirmations de personnel hospitalier que les organes utilis?s ?taient ceux de pratiquants de Falun Gong et des statistiques d?montrent que le nombre de transplantations a augment? dramatiquement en Chine au moment o? la pers?cution du Falun Gong a d?but? en 1999.

Il y a donc des inqui?tudes au sein de la communaut? Falun Gong que de leurs membres, tortur?s et tu?s par la police chinoise pour avoir refus? de renoncer ? leurs croyances, pourraient se retrouver d?pec?s et expos?s ? travers le monde.

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3 Commentaire

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    Très intéressant toutes ces infos. Je crois qu’on ne peut vraiment pas se fier aux garanties de la Chine et qu’on ne devrait pas accepter ce genre d’exposition pour ne pas alimenter le trafic d’organes et de corps.

  2. avatar

    Ça y est ! Les livres de l’auteur Robin Cook que je lisais durant mon adolescence, sont-ils en train de se réaliser….depuis longtemps peut-être ?

    Patricia Turcotte

  3. avatar
    Stéphanie LeBlanc

    Aux arguments éthiques contre cette exposition, j’ajouterai un argument sanitaire: le cerveau, les yeux et le système nerveux, parties du corps largement « à l’air » dans l’exposition, sont des parties où se concentrent les prions (protéines sanguines) anormaux chez les gens atteints de maladies comme la maladie de Creutzfeldt-Jacob familiale ou sa version « vache folle », des maladies mortelles à 100% et qu’on ne peut diagnostiquer tant que les symptômes n’apparaissent pas (une analyse de liquide céphalorachidien sur un cadavre « récent » peut être faite par contre mais j’ignore si tel a été le cas ici).

    Un prion étant une protéine et non pas un agent pathogène vivant comme une bactérie, il ne peut pas « mourir ». Il demeure donc pathogène des années durant hors de son hôte et résiste à toutes les méthodes de stérilisation, à l’exception du nettoyant aux ensymes PrionZyme, un produit qui n’est pas utilisé au Canada.

    Le prion de la MCJ agit un peu comme un vampire dans le cerveau: il ne se reproduit pas mais « converti » les prions normaux qui ne sont alors plus éliminés par l’organisme infecté.

    La manipulation des parties du corps à risque devrait donc normalement s’accompagner selon moi des plus grandes précautions et les employés de musées se contentent peut-être de porter des gants de coton qu’ils réutilisent ensuite, comme dans beaucoup de musées. Lors de l’exposition « Le monde du corps 2 », j’avais envoyé un courriel au Cetre des Scieces de Montréal mais on ne m’avais pas répondu.

    Bien sûr, les maladies à prion sont rares (quoique nous en avons eu quelques cas au Québec, notamment au Saguenay) et ça ne saute pas sur les gens comme un rhume mais personne n’aurait l’idée manipuler des éléments biomédicaux avec aussi peu de précaution.

    Normalement les corps de personnes mortes de la MCJ doivent être incinérés et les instruments chirurgicaux ayant servi sur des personnes à qui on a plus tard diagostiqué la maladie, doivent être détruits.

    Même si je ne trouvais pas cette exposition macabre et non-éthique, je ne me sentirais pas à l’aise à l’idée de respirer des particules de nerf ou de cerveau en suspension dans l’air même si d’après ce que je sais une contamination par contact de poussières avec les yeux est peu probable. On ne connait pas la dose infectieuse nécessaire à une contamination par l’estomac ou les intestins.

    Enfin, pour en revenir à l’éthique, on ne peut effectivement pas être certain que les corps ne sont pas ceux de prisonniers exécutés (dont des prisonniers politiques, des tibétains, etc). Pour ce qui est des corps non réclamés, ce n’est pas parce qu’une personne est morte dans la solitude que cela signifie qu’on peut manquer de respect à sa dépouille et même une personne qui accepte de « donner son corps à la science » pense sûrement davantage à un examen d’autopsie ou tout autre acte scientifique qu’à une exposition de ce type!