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Derrière le procès de Bouaké, l’ombre pesante des marchands d’armes en Afrique (3)

Mais avant de tracer la saga du marchand d’armes américain, revenons une dernière fois sur les français derrière le soutien à Laurent Gbagbo, qui s’accrochera jusqu’en avril 2011 au pouvoir, en divisant encore plus le pays alors qu’il avait mandaté par des accords pour le réunir. Ces supporters commettant des exactions un peu partout dans le pays et essentiellement à Abidjan même.  C’est un document paru à cette date qui va retenir aujourd’hui notre attention.  Il a été rédigé par une poignée d’inspecteurs dépêchés sur place par l’ONU.  Précis, documenté, il nous trace un portrait inquiétant de l’ex-président, à croire que ceux qui l‘ont acquitté à la Haye, après 7 ans d’emprisonnement, n’en avaient pas eu connaissance.  L’accumulation des armes dans son camp, approvisionnant Charles Blé Goudé, le leader des Jeunes patriotes, n’aurait pourtant pas dû les faire hésiter… elles n’étaient pas destinées à ne pas servir (1). A Yopougon, on en a eu la preuve, pourtant (2) !

Ils ont pour nom lhan Berkol, James Bevan (un anglais), Omayra Bermúdez-Lugo (des USA), Joel Salek (colombien), et Manuel Vazquez-Boidard (d’Espagne). Cela ne vous dit peut-être rien, mais ce sont les experts nommés par l’ONU pour faire la lumière sur les livraisons d’armes au régime de Laurent Gbagbo. Le dossier se lit ici. Le 27 avril 2011, ils ont remis leur rapport, paru au nom du paragraphe 11 de la résolution 1946 (2010) du Conseil de sécurité. Leur travail, ils l’expliquent ainsi : « Le Groupe a donné la priorité aux investigations sur le terrain dans l’ensemble de la Côte d’Ivoire et dans les États voisins, mais il a aussi examiné des éléments de preuve documentaires fournis par des États, des organisations nationales, régionales et internationales et des sociétés privées. Dans le cadre de chacune de ses enquêtes, le Groupe a recherché des preuves documentaires irréfutables pour étayer ses conclusions, notamment les preuves matérielles que constitue le marquage des armes et des munitions. En l’absence de telles preuves, le Groupe n’a tenu pour établis que les faits corroborés par au moins deux sources indépendantes et crédibles. »  Difficile de faire mieux ou plus impartial ! Et le résultat est… accablant pour le clan Ggagbo (3) !

D’abord parce que le même Gbagbo ne leur a pas vraiment facilité la tâche » (il a été démis de ses fonctions au 4 décembre 2010, on le rappelle, battu aux élections par son vieux rival Alassane Ouattara, après tout un vrai cirque médiatique autour du dépouillement des votes) : « L’Administration de l’ancien Président Laurent Gbagbo a pris toute une série de mesures de plus en plus radicales pour entraver les activités de l’ONUCI, notamment en bloquant la circulation des véhicules de l’ONU, en perturbant ses liaisons aériennes et en lui interdisant l’accès à des points d’entrée en territoire ivoirien. Durant l’exécution du mandat du Groupe, les activités de supervision de l’embargo de celui-ci ont fait l’objet d’entraves similaires, le Groupe se voyant constamment refuser l’accès à l’aéroport international d’Abidjan et à la base militaire qui y est située, au port d’Abidjan et à divers autres sites relevant des activités que le Groupe était chargé de mener. De plus, le 28 février 2011, des forces de sécurité loyales à l’ancien Président ont ouvert le feu alors que le Groupe et la Cellule intégrée embargo de l’ONUCI tentait d’inspecter l’aéroport de Yamoussoukro ». Remarquez en même temps, c’était montrer que l’enquête menée l’embarrassait au plus haut point ! Faire tirer sur des enquêteurs de l’ONU, cela semblait plutôt… suicidaire, diplomatiquement ! Mais qu’est ce qui pouvait autant gêner Gbagbo sur cet aéroport, précisément ? On va vite le comprendre aujourd’hui…

Vente d’armes et boîtes de nuit

Très vite en effet on met les pieds dans le plat dans ce rapport sidérant de précision : « l’administration de l’ancien Président Laurent Gbagbo a recruté et déployé des mercenaires étrangers dont le nombre est estimé à 4 500 en Côte d’Ivoire. Le Groupe considère que cette mesure contrevient clairement au paragraphe 7 de la résolution 1572 (2004) dans lequel le Conseil de sécurité a décidé que tous les États Membres empêcheraient la fourniture, la vente ou le transfert directs ou indirects de toute assistance, conseil ou formation se rapportant à des activités militaires ». Des mercenaires libériens, tout d’abord : « La majorité de ces mercenaires proviennent des districts de Nimba et de Grand Gedeh au Libéria et sont déployés principalement, mais non exclusivement » des « anglophones » aussi et … des français : « un certain nombre de sources auxquelles le Groupe a accès reconnaissent que des mercenaires sont arrivés par voie maritime dans les ports d’Abidjan et de San Pedro. Ainsi, le Groupe a reçu de multiples informations qui se recoupent selon lesquelles le 12 décembre 2010, de nombreux soldats anglophones ont débarqué de deux navires amarrés dans le port de pêche d’Abidjan. Ces hommes ont attendu au port jusqu’à ce que des véhicules de sécurité privés de couleur jaune, ainsi que des véhicules de la police, les emmènent trois jours plus tard ». Des français qui ont des noms : « Le Groupe a reçu aussi par deux fois des informations crédibles selon lesquelles une entreprise de services de sécurité basée en Côte d’Ivoire aidait à transporter des mercenaires depuis les ports d’Abidjan et de San Pedro. Les premières informations ont décrit l’entreprise de sécurité comme étant « l’entreprise d’un Français basé à Abidjan». Le second groupe d’informations a décrit l’entreprise comme étant « l’une des entreprises dirigées par Lafont », ce qui donne à penser que l’entreprise était soit Risk (ici à gauche à l’entraînement dans Enquête Exclusive) soit Vision, deux entreprises de sécurité détenues et dirigées par Frédéric Lafont, un entrepreneur basé à Abidjan qui dirige diverses opérations commerciales en Côte d’Ivoire, dont Sophia Airlines (dernièrement appelée Ivoire Airlines Business). A droite ici c’est le groupe de Lafont protégeant sur le port d’Abidjan un entrepôt de cacao appartenant à une société américaine. Une de ces deux entreprises, Risk, assure la sécurité dans le port d’Abidjan et exploite des véhicules jaunes. » Des mercenaires rondement payés : « quoi qu’il en soit, le Groupe considère que des mercenaires sont arrivés en Côte d’Ivoire sans armes et habillés en civil. Ils ont ensuite été transportés là où ils se trouvent actuellement, les anciennes forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire leur ont fourni des armes et des munitions et, dans certains cas, des uniformes (de la police, de la gendarmerie et de l’armée régulière). Ici à gauche ce sont les « véhicules jaunes » pointés par le rapport : ceux de la société Risk de Lafont ! Etrangement du même modèle que ceux portés par cargos au troupes de Gbagbo ! À plusieurs reprises, des informations ont indiqué qu’ils avaient été payés à l’avance en vue de mener des opérations spécifiques. Les estimations varient entre 500 000 FCFA et 1 million de FCFA (entre 1 000 et 2 000 dollars) par opération. Des témoins ont déclaré qu’ils avaient découvert de « grosses sommes en espèces » sur les cadavres de trois mercenaires tués lors des violences à Duékoué à la mi-janvier 2011. » Laurent Gbagbo s’était offert les services de mercenaires français qui eux aussi seront retrouvés peu de temps après : ils avaient pour nom Frédéric Lafont, un flambeur qui avait fait ses 15 ans de service au 43ème BIMA, à Port-Bouët, propriétaire d’une réserve de chasse de 1600 hectares, mais aussi sa compagne, Louise Esme Kado, qui elle, en tant que proche d’armateurs, faisait dans le transport maritime (accusée d’avoir violé l »embargo de l’ONU le 16 janvier 201, les deux faisant aussi… dans les boites de nuit : « Le Mont-Blanc », le « Stade de France »… etc. Ou encore le « Bar Blanc » comme ici le 9 juillet 2008 sur la photo où il est aux côtés de MC Solaar, et Basile Boli !!!). Il est aussi fan de boxe, on le voit ici avec Michel Acaries et Kelani Bayor ex-président de la Confédération Africaine de Boxe, exclu puis réintégré.

Le monde interlope des profiteurs de guerre

Lafont avait une autre carte sur lui que celle de barman : c’était aussi le représentant officiel de la société MAG Force, dirigée par Robert Franchitti et Catherine Delage, chez qui il était allé chercher des matériels interdits par l’embargo décrété par l’ONU en Côte D’Ivoire, notamment des Zodiacs gonflables pour commandos, aperçus le 21 mars 2013 sur un quai à Abidjan, avec un contrat signé le 23 novembre 2012. Précisément deux Sillinger model 470 UM et 8 Zodiac MK3 Grand Raid équipés de moteurs de 40-cv.  MagForce, on la retrouve en 2017 au Mali : « déjà fournisseur de l’armée malienne sous Amadou Toumani Touré (aujourd’hui en exil), Franchitti avait repris son business après le coup d’Etat d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) ». « En fait, l’Etat malien me devait quatre millions d’euros non réglés pour des parkas, des couvertures et des sacs à dos pour 10 000 hommes. J’ai donc commencé une négociation avec Boubeye Maïga, le nouveau ministre (de la Défense, Ndlr). Il m’a alors annoncé qu’il avait un budget pour rééquiper l’armée », explique le patron de MagForce aux policiers… Et Franchitti d’aussitôt préciser aux enquêteurs : « Pour acquérir mon matériel, je devais passer par la société Guo-Star, société malienne pilotée par (Sidi Mohamed) Kagnassi, le conseiller spécial du président IBK, comme je l’ai découvert lorsqu’un scandale de détournement de fonds a éclaté. Je vendais donc à Guo-Star, qui détenait le marché auprès de l’Etat malien, et qui refacturait une fortune. Par exemple, j’ai vendu des chaussettes à quatre euros qu’ils refacturaient à plus de 40 euros à l’Etat… ». Sans commentaire. » Et en effet ! Dans un autre article on en apprend d’autres, sur l’équipement des forces africaines par ces profiteurs de guerre…  En cause cette fois Soumeylou Boubèye Maïga, ancien Ministre des Affaires Etrangères (en 2011) puis de la Défense, au Mali.
En septembre 2016,  il devenait Secrétaire Général de la Présidence de la République… A droite c’est un extrait du site de MagForcen qui vend aussi des brosses à chaussures comme vous pouvez le constater. Pour cirer les brodequins des militaires. MagForce sachant aussi cirer les pompes d’autres militaires comme on va s’en apercevoir…

Car il y aussi le Cameroun, comme client, avec cet autre article sidérant….  et la responsable des ventes de la société MagForce surprise en train d’apporter une enveloppe à l‘hôtel de la Tremoille, avenue Montaigne, au colonel Mboutou“Les montants étaient d’environ 20 000 à 30 000 euros. Depuis des années, le colonel Mboutou est choyé. Robert Franchitti, officiellement à la tête de MagForce, truste en effet 80 % du marché de la fête nationale du Cameroun. Chaque année, le ministère passe pour huit à dix millions d’euros de commande d’uniformes et de vêtements en tout genre. Ne reste plus à Franchitti qu’à arroser les intermédiaires pour s’assurer de leur fidélité. Pour ne pas trop attirer l’attention et pour « simuler des mises en concurrence », selon un policier, les marchés sont parfois conclus aux noms de sociétés domiciliées à l’étranger comme « Join China », « T2M » ou « Vanko », toutes pilotées en sous-main par le patron de MagForce ». Confirmation un peu plus loin : « Joël Mboutou s’est vu remettre la somme de 704 000 euros, dont 400 000 euros en espèces. Cela concerne l’année 2014. Ces espèces lui ont été remises tout au long de l’année écoulée par des enveloppes d’argent données à l’occasion de ses voyages en France (…). Les montants étaient d’environ 20 000 à 30 000 euros ». Dans la confidence, on trouve un vieil ami de Mboutou, un chauffeur de bus raconte l’auteur : « Je me rappelle d’ailleurs que la dernière fois où je me suis rendu à la Trémoille, Joël Mboutou était en train de prendre son petit-déjeuner. J’ai été surpris car il n’a pas pris la peine de m’offrir un café. » Loin de s’arrêter à ces quelques émoluments, le colonel Mboutou sait aussi se faire plaisir. Tracfin, le gendarme de Bercy, a ainsi remonté la trace de flux financiers suspects émanant d’une société dénommée Cogitel, dirigée par un chauffeur de bus, embauché par la ville de Levallois-Perret ! Entre janvier et septembre 2015, Cogitel a ainsi perçu deux virements provenant de la Direction du trésor camerounais et de la Société nationale des hydrocarbures, à hauteur de 1,3 million d’euros, correspondant à des achats de 5 000 « tenues camouflées » et des vêtements pour l’état-major des sapeurs pompiers. Les recettes de la vente ont ensuite été ventilées vers les sociétés qui fournissaient le matériel, dont MagForce Belgique, une filiale du groupe français, dirigée par l’homme d’affaires François Gontier » (cité aussi ici dans un autre cas pendable d’immobilier). « Cogitel a gardé une commission d’intermédiaire de plus de 340 000 euros, qu’elle a instantanément virée sur un compte bancaire au Cameroun. Le chauffeur de Levallois-Perret, quant à lui, n’a touché que quelques milliers d’euros… ». Mboutou, qui était en liaison avec l’ancien ministre de la Défense, Edgard Alain Mebe Ngo’o, (l’homme aux 450 costumes) aurait donc été arrêté à Paris le 4 octobre 2016 avec sur lui, 2 millions d’euros, selon ce site. C’était exact. Pour réaliser « une transaction immobilière« , paraît-il… On y trouvait cette fois un virement à « une fleuriste à la mairie de Levallois » (tiens encore cette ville ?) d’un montant de 1 million d’euros, ce qui doit faire un beau tas de bouquets !!! Tout le monde aura sans doute remarqué le nom de la ville du copain de Mboutou : Levallois-Perret, ou sévissait encore il n’y a pas si longtemps un certain Patrick Balkany, bombardé MrAfrique par un autre drôlatique : Nicolas Sarkozy ! Avec lui, c’est le bouquet en effet !

Les copains des copains… suisses !

Revenons en Côte d’Ivoire  avec l’ami de Lafont, Jean-Grégoire Charaux (ici à droite) dont le CV bien tartiné parle pour lui (4) : « colonel, retraité de la gendarmerie,  parachutiste militaire, décathlonien, instructeur commando, ceinture noire de judo, amateur de piano classique, parlant couramment anglais et allemand, licencié en droit, diplômé de l’Institut d’études et de recherches pour la sécurité des entreprises (IERSE) de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, stagiaire du Collège européen de police (CEPOL), etc. Il a été directeur des études à l’école de gendarmerie d’Abidjan de 1996 à 1998 et a participé aux activités onusiennes en RCA et en Côte d’Ivoire (dans le cadre de l’ONUCI en 2004-2005) ». Plus deux autres lascars, Laurent Alvès, ex-sous-officier de la Légion, et Jean-Marie Fontaine, un ex-colonel de la gendarmerie… Quand Lafont sera en difficultés judiciaires, c’est maître Collard qui viendra le défendre : tout le groupe baigne dans l’extrême droite, celle qui a recruté les sbires de Bob Denard, décrits dans l’épisode précédent. Bien sûr, Lafont clame lui haut et clair que «  Je ne fais pas de politique. Je suis un businessman »… ce que les inspecteurs vont battre en brèche avec des preuves flagrantes, le prouvant… (voir plus loin ici).

Arrive ensuite la découverte des matériels militaires déployés, dont d’abord un surprenant hélicoptère venu de Suisse, un Puma : « le 18 décembre 2010 (vers 9 heures TU), deux sources ont informé le Groupe qu’un hélicoptère bleu et blanc de type IAR-330 avait acheminé des soldats et du matériel militaire entre l’aéroport international d’Abidjan et la ville de Dabou (à environ 45 km à l’ouest d’Abidjan).  L’appareil a peut-être aussi atterri dans la ville proche de Toupah. Le seul appareil que le Groupe sait opérer en Côte d’Ivoire et qui correspond à cette description est un hélicoptère bleu et blanc de type IAR-330 immatriculé D-HAXR, qui est exploité par une entreprise privée, Helog A.G., depuis des hangars situés près de la base aérienne militaire à Abidjan ». L’engin est surprenant, car avant de faire ce boulot-là, il avait été hélicoptère de la police allemande (d’où son immatriculation) avant de se retrouver en Suisse pour Helog, qui l’avait pas mal bariolé. Pire encore quand les inspecteurs effarés s’aperçoivent que repeint en blanc intégral, il était devenu hélicoptère pour l’ONU et ses fonctions de contrôle de la paix, comme par exemple ici son collègue D-HAXE à Pristina !!!

« À 15 h 30 TU, le 24 février 2011, un hélicoptère immatriculé D-HAXR et exploité par la société Helog A.G. est parti de l’aéroport international d’Abidjan. À 17 h 45 TU, la Cellule intégrée embargo de l’ONUCI a observé le même hélicoptère depuis le toit du quartier général de l’ONU à Abidjan. L’appareil est arrivé depuis la direction d’Abobo (en survolant le parc national de la Forêt de Banco) et a atterri à la base militaire du camp Gallieni, situé sur le district du plateau à Abidjan. L’hélicoptère a quitté la base à 18 heures TU. Le lendemain, le 25 février 2011, le même hélicoptère a atterri de nouveau au camp Gallieni et en est reparti vers 13 h 30 TU. Le Groupe note un certain nombre de points préoccupants :

a) L’hélicoptère correspond parfaitement à la description de l’appareil qui aurait été utilisé pour transporter des soldats et du matériel militaire le 18 janvier 20116;

b) L’appareil s’est rendu de façon répétée à la base militaire les 24 et 25 février 2011;

c) Le Groupe d’experts de 2010 a découvert des transactions financières entre le Ministère ivoirien de la défense et Helog A.G. qui remontent à 2009 (voir annexe II);

d) Helog A.G. n’a pas répondu à la lettre du Groupe d’experts de 2010, en date du 30 mars 2010, demandant des éclaircissements sur les transactions susmentionnées;

e) Le Groupe a reçu des informations fiables selon lesquelles un des pilotes de Helog A.G., tout en étant de nationalité étrangère, est détenteur d’une carte délivrée par la Direction de la surveillance du territoire de la Côte d’Ivoire. »

Sophia Airlines : « Mesdames et messieurs, bienvenue à bord, veuillez resserrer vos holsters » 

Voilà pour l’hélicoptère, passons à l’avion que vous connaissez bien depuis cet épisode de notre série sur le commerce des armes et de la coke (qui se voisinent souvent) : mais cette fois, j’ai des photos plus embarrassantes à vous montrer, celles prises justement par les experts de l’ONU, preuves flagrantes de l’immixtion des lignes aériennes civiles de Sophia Airlines dans le rôle de transporteur d’armes, ce que nie farouchement bien sûr son patron (la phrase d’introduction est bien sûr une invention de ma part) :

a) « Le 10 décembre 2010, un appareil de Sophia Airlines, immatriculé TU-TCV (ici à droite), a effectué deux vols entre Abidjan et Daloa. Dans chacun des cas, l’appareil a emporté des caisses en bois (dimensions estimées à 50 x 20 x 15 cm) en présence de soldats à Daloa. Sophia Airlines a indiqué que ces vols ont servi à transporter des espèces d’Abidjan à San Pedro. Le Groupe note que Sophia Airlines avait auparavant transporté des fonds de la BCEAO. La BCEAO a informé la Cellule intégrée embargo que durant ces transferts, les espèces étaient toujours dans des sacs et jamais dans des caisses. »

« b) Le 14 décembre 2010, les forces de sécurité ont interdit l’accès à la zone de manutention de cargaison de l’aéroport international d’Abidjan à une patrouille de routine de la Cellule intégrée embargo de l’ONUCI. À environ 11 heures TU, la patrouille a observé un appareil de Sophia Airlines gardé par les forces de sécurité et des véhicules blindés qui sont habituellement utilisés pour le transport de fonds et d’autres marchandises de valeur. La patrouille a noté que les véhicules blindés contenaient de grandes caisses en bois. »

« c) Au début de janvier 2011, des sources proches de la compagnie ont indiqué que durant la première semaine de janvier 2011, Sophia Airlines avait demandé à l’un de ses pilotes de transporter de petits groupes de soldats jusqu’à Lomo-Nord (à 10-15 km au nord-est de Toumodi). Le pilote a refusé de piloter l’avion et un autre pilote de Sophia Airlines a accepté d’accomplir la mission. Les registres du contrôle de la circulation aérienne n’ont pas enregistré ce vol durant la période concernée ».

d) « Les 10, 13, 14, 23 et 28 janvier 2011, deux appareils de la compagnie Sophia Airlines, immatriculés TU-TCV et TU-TCS, ont effectué des vols répétés entre Daloa et Abidjan. Malgré la présence d’un véhicule blindé de transport de fonds, les forces de sécurité ont ensuite supervisé le déchargement d’une trentaine de caisses en bois de chacun des appareils sur un camion à plate-forme (photos ci-contre à droite). Les caisses étaient en contreplaqué, avec des cornières de renfort métalliques clouées et entourées de bandes en plastique. Elles semblaient neuves et l’emballage paraissait professionnel (de très haute qualité) ou industriel. Les forces de sécurité ont empêché la police et le personnel de sécurité des Nations Unies de s’approcher. La Cellule intégrée embargo a contacté Sophia Airlines, demandant quel était le contenu des caisses.  Sophia Airlines a répondu à la Cellule intégrée embargo que les caisses contenaient de l’argent et que les vols étaient organisés pour transporter des espèces pour le compte de la BCEAO, mais elle n’a pas fourni de pièces justificatives. La BCEAO a une fois encore informé la Cellule intégrée embargo que Sophia Airlines transportait habituellement ses cargaisons d’espèces le 20 de chaque mois et que l’argent n’était jamais dans des caisses. » Bref , l’avion civil avait transporté des armes.. ou des munitions. Et pas des billets !!! A gauche Lafont à bord du Let. Lafont l’homme « qui ne vend pas des oranges » mais a gagné « beaucoup d’argent » (et se vante dans le reportage TV de pouvoir nourrir avec plusieurs générations !) possédait aussi un Beechchraft immatriculé en France F-GFIR. Le modèle LJ-434. Ancien Champagne Airlines et Charente Airlines, il était auparavant chez Air Chateaux… (son patron était chez Alizés Air Services – en Martinique, installé sur Aerodrome de Sarlat Domme avec MT Flying International.  Il fait dans le saxophone de collection).  Il a été exporté le 5 juillet 2011 seulement. Visblement, Lafont avait prévu un appareil pour s’exfiltrer au cas où…

Les biélorusses de l’affaire 

Et il n’y avait pas que cet hélicoptère ou cet avion civil de détourné. En mars 2011, « Récemment, la Mission a observé que le camp du président Gbagbo réparait un hélicoptère armé MI 24 à l`aide militaire de l’aéroport d`Abidjan, et qu’il apprêtait des BM 21 lance-roquettes multiples à Abidjan », poursuit le texte. « Les violences ayant suivi le scrutin présidentiel contesté du 28 novembre ont déjà fait près de 440 morts, principalement des civils, selon l`ONU. L`Onuci a accusé les forces pro-Gbagbo d’avoir pilonné le 17 mars le quartier d’Abobo, dans le nord d’Abidjan, faisant entre 25 et 30 morts parmi les « civils innocents ». L`ONU a évoqué un possible « crime contre l’humanité ».  Le camp Gbagbo a parlé d’un « complot ».  Les forces de Gbagbo n’ont pas tué que des soldats français, lors de leurs raids aériens !

Cet engin là, à lui tout seul, qui ne marchait plus et avait été réparé, explique les liens entre Gbagbo et ses mercenaires, dont les français déjà cités, mais aussi les biélorusses : « entre le 30 mars et le 1er septembre 2010, la Force aérienne ivoirienne a réalisé plusieurs essais de moteurs au sol sur l’hélicoptère Mi-24 immatriculé TU-VHO. Ces essais se sont terminés par un vol stationnaire (fc ici à droite), le 1er septembre 2010. Depuis, le Groupe n’a été informé d’aucun autre vol de l’appareil. Les vols précédemment effectués par le Mi-24 remontant à octobre 2006, la remise en état de l’hélicoptère a sans aucun doute nécessité le remplacement de certaines pièces, notamment celles qui ont une durée de vie limitée, comme les joints. Par conséquent, le Groupe est fermement convaincu que la Force aérienne ivoirienne a importé des pièces de rechange, en violation de l’embargo (…). En 2011, le Groupe a appris que les réparations de l’hélicoptère effectuées en 2010 avaient été supervisées par un ressortissant ukrainien, M.Feodosiy Karlovskyy/Karlovskiy. Celui-ci travaillerait pour le compte de M. Mikhaïl Kapilov, de l’entreprise bélarussienne BSVT, ou collaborerait avec lui. Comme les groupes d’experts précédents l’ont indiqué dans leurs rapports (voir par exemple le document S/2006/964, par. 22 à 31), M. Karlovskyy a dirigé, entre juin 2003 et août 2005, voire au-delà, un groupe de techniciens chargé de remettre l’hélicoptère Mi-24 en état, en violation du régime de sanctions. Ce groupe de techniciens semble avoir été engagé sous contrat par la BSVT, qui a été rémunérée par R. M. Holdings, l’entreprise de M. Robert Montoya (5), pour le compte du Gouvernement ivoirien de l’époque. Le Groupe note que la réapparition de M. Karlovskyy en 2010 ainsi que la participation présumée de MM. Montoya et Kapilov dans la possible livraison d’armes mentionnée aux paragraphes 77 à 79 ci-dessus semblent indiquer que le réseau d’assistance militaire composé de la BSVT, de R. M. Holdings et du Gouvernement ivoirien a peut-être été remis sur pied. Le Groupe observe à cet égard que M.Montoya s’est rendu à plusieurs reprises en Côte d’Ivoire en 2010, notamment à l’occasion d’une visite publique en février 2010, dans le cadre de laquelle il accompagnait une délégation de ministres bélarussiens.  En février 2011, le Groupe a reçu des informations non confirmées selon lesquelles sept personnes « parlant une langue ressemblant au russe » s’étaient installées dans le quartier de la Zone 4 d’Abidjan, avec l’aide de M. Frédéric Lafont. M. Lafont entretient d’étroites relations d’affaires avec M. Montoya, avec lequel il aurait notamment des intérêts financiers dans la compagnie aérienne Ivoire Airlines Business (anciennement Sophia Airlines) et dans la société privée de sécurité Vision, implantée à Abidjan. MM. Lafont et Montoya sont également copropriétaires de l’entreprise Vision Logistique et Conseil, au Togo, et anciens copropriétaires de la société privée de sécurité SAS, également au Togo (M. Montoya a vendu sa part à M. Lafont en 2008). » On ne peut être plus clair ! Un peu plus loin (page 29 du rapport) un autre avion de transport d’assistance technique se retrouve cité : « Le Groupe a appris de civils travaillant à la base aérienne d’Abidjan que, le 3 mars 2011, un avion de transport à quatre moteurs (décrit comme étant un Antonov ou un Ilyushin, mais dont l’immatriculation est inconnue) était stationné sur la base aérienne militaire d’Abidjan. Plus tard dans la journée, cinq Caucasiens sont entrés dans le hangar abritant le Mi-24 immatriculé TU-VHO. Ces personnes auraient par la suite quitté la Côte d’Ivoire ». Le fameux MI-24 à dents de tigre, tant vanté par le site des mercenaires fans de Bob Denard (« orbspatrianostra« ) … !!! Et aujourd’hui au rebut… prenant la poussière  dans un hangar. Pour les inspecteurs, les jeux étaient faits et la conclusion toute trouvée : « Le Groupe demande instamment à l’ONUCI et aux Forces impartiales de rester vigilantes face à toute activité entourant l’hélicoptère Mi-24 immatriculé TU-VHO. Il engage également les États Membres à rester vigilants face aux tentatives de MM. Frédéric Lafont, Mikhaïl Kapilov/Kapilou, Feodosiy Karlovskyy/Karlovskiy et Robert Montoya ou de la société Belspetsveshtechnika (BSVT) visant à violer le régime de sanctions en fournissant directement ou indirectement des moyens aériens militaires, du matériel connexe et une assistance technique à la Côte d’Ivoire ». Les techniciens de BSVT viennent désormais de la Orsha Aircraft Repair Plant, dans la région de Vitebsk… les deux photos du chapitre proviennent du site.

Un autre engin avait été détecté durant ces inspections, or il était jusqu’ici présenté comme défectueux :« Le 21 juin 2010, le Groupe a appris qu’un hélicoptère IAR-330, immatriculé TU-VHM et exploité par les anciennes Forces aériennes de Côte d’Ivoire, avait effectué un vol stationnaire d’une vingtaine de minutes. Par la suite, le 3 août 2010, il a été confirmé que l’appareil était en état de voler. En décembre 2010 et janvier 2011, l’hélicoptère a effectué de nombreux vols, notamment en provenance et à destination de la base militaire de Camp Gallieni, située dans le quartier du Plateau, à Abidjan.  Il est désormais immobilisé à Daloa (depuis février 2011), semble-t-il pour des raisons techniques. La sortie précédente de l’hélicoptère remontant au 14 octobre 2008, sa remise en état en 2010 a dû nécessiter l’acquisition de pièces de rechange et l’intervention de techniciens compétents. La Force aérienne ivoirienne dispose manifestement de techniciens pouvant en assurer l’entretien, mais a déclaré que l’embargo l’empêchait d’importer des pièces de rechange. Bien qu’il n’ait pu établir que la Force aérienne ivoirienne avait effectivement importé des pièces de rechange pour remettre l’hélicoptère en état, le Groupe ne peut exclure la possibilité qu’une telle violation de l’embargo ait eu lieu. » On le retrouve aujourd’hui abandonné, à Dalo effectivement (photo ici à droite). Dalo étant l’endroit où le premier poste militaire français s’était installé… 1905 ! C’est devenu aujourd’hui le point de départ de la jeunesse quittant le pays), son immatriculation donnée à un Mil-MI8, le TU-VHM donc, qui est parti lui aussi à la ferraille (avec un MI-24, le TU-VHR) après l’accident le plus ridicule qu’ait connu l’aviation de Côte d’Ivoire….  (ici à gauche et à droite). Les formateurs biélorusses auraient-il importé aussi l’habitude de voler après plusieurs verres de vodka derrière la cravate ?

Le gros porteur russe

Mais le petit Let de Sophia Airlines n’avait pu alimenter les hommes de Gbagbo aussi longtemps en armes et en munitions. Il fallait un plus gros transporteur pour obtenir les chiffres ahurissants exprimés en 2013 par Amnesty, que les enquêteurs ont retrouvé : un énorme  Ill-76, comme on en a l’habitude ici depuis que l’on parle de transferts d’armes : c’est l’Illiouchine-76 (RA-76843), vieux routier des transferts d’armes, montré dans le rapport, en train de stationner à l’aéroport international d’Abidjan, le 21 janvier 2012 :

L’engin remarque le Groupe s’était enregistré sous le « code ZZZZ » (neutre donc) en partant de la Fédération de Russie le 20 janvier 2011, en citant comme lieu d’arrivée d’atterrissage Oum El Bouaghi (en Algérie). Consultés, les algériens avaient répondu en effet. « Dans une lettre datée du 28 février 2011, les autorités algériennes ont déclaré que l’appareil avait livré du matériel militaire aux forces armées algériennes, qu’il n’avait pas embarqué de matériel à Oum El Bouaghi et qu’aucun manifeste de chargement ne leur avait été soumis. Elles ont aussi joint à la lettre le formulaire de demande de survol de l’appareil (voir annexe III), qui précise que celui-ci transportait 12 tonnes de pièces de rechange d’avion destinées au Ministère algérien de la défense et un équipage composé de 10 personnes (soit près du double de sa capacité normale). » Les enquêteurs ont vite fait le calcul : « L’aéronef transportait 12 tonnes de matériel militaire destiné à l’Algérie, ce qui laisse supposer que les 33 tonnes restantes (environ) de la charge utile maximale pourraient avoir consisté en du matériel militaire (il apparaît que l’équipage n’a pas soumis de manifeste de chargement aux autorités algériennes); » « Le fait que la cargaison contenait des pièces aéronautiques devrait retenir l’attention, compte tenu des efforts répétés déployés par les forces loyales à l’ancien Président de la Côte d’Ivoire pour obtenir des pièces détachées et une assistance technique aux fins de remettre en état les appareils militaires, depuis l’imposition de l’embargo sur les armes » . Des russes, repérés eux aussi : « vers la fin janvier 2011, des sources de Côte d’Ivoire ont informé le Groupe que des négociations étaient en cours entre l’ancien Conseiller du Président chargé des affaires économiques, M. Aubert Zohoré, et M. Mikhaïl Kapilov/Kapilou, de l’entreprise bélarussienne Belspetsveshtechnika (BSVT), qui a fourni des hélicoptères Mi-24 au Gouvernement ivoirien en 2003″. Ironie, le même avion avait aussi travaillé pour l’ONU et le World Food Program... chez Airstars cet Aviaenergo en 1995 ancien LAF110 de la Libya Air Force, ex Aviast, a été aussi Libo Air Cargo immatriculé 5A-DKS (TransAfrica Airlines).

Le retour de Robert et l’autre monstre volant 

Sans surprise, les experts de l’ONU sont retombés comme moi sur le même encombrant personnage : « d’après d’autres sources, un ressortissant français, M. Robert Montoya, de la société R. M. Holdings, qui réside habituellement au Togo, s’est rendu au Bélarus pour y négocier un accord concernant la fourniture de matériel aéronautique, voire de trois hélicoptères Mi-24. Il convient de noter que MM. Montoya et Kapilov/Kapilou ont conjointement organisé la livraison de moyens aériens à la Côte d’Ivoire en 2003 et s’y sont rendus de nombreuses fois dans le cadre de l’assistance technique étrangère en relation avec les hélicoptères Mi-24 . Le Groupe n’a pas pu établir avec certitude sur quel type de matériel les discussions ont porté, mais trois indices l’ont conduit à penser qu’il pourrait s’agir de moyens aériens militaires :
1) le fait que MM. Montoya et Kapilov/Kapilou ont déjà participé à une livraison de moyens aériens militaires à la Côte d’Ivoire; 2) la menace croissante d’une offensive des Forces nouvelles et l’utilité que présenterait alors l’acquisition de moyens aériens pour les forces fidèles à l’ancien Président; et 3) le rôle de l’entreprise BSVT, qui a déjà fourni des avions militaires à la Côte d’Ivoire ».  »
Jeune Afrique précise ici le nom :  « c’est lui (cf Montoya) qui joue l’intermédiaire entre la Côte d’Ivoire et la Biélorussie. Ses contacts se nomment Anatoli Damuivitch Kolesnikov, directeur général de Belspetsvneshtechnika, et Mikhaïl Kapilov, son représentant à Abidjan. Ce dernier, selon une source « habituellement fiable » des agents de renseignements français, est d’ailleurs hébergé, lors de ses séjours à Abidjan, par la présidence ivoirienne, dans une villa luxueuse du quartier des Deux-Plateaux, en plein Cocody » peut-on lire ici. Un article qui cite lui le RA-82042 comme avion transporteur : un plus gros puisqu’il s’agit d’un Antonov 124 (ex CCCP-82042) !
C’est lui qui apportera les deux hélicos Mi-24 et les deux Sukkhoi d’attaque mortels, vendus par BSVT (ici à droite le chargement en bombes d’un Su-25). Ici à gauche ce n’est pas lui, ni d’ailleurs le même pays; c’est la livraison en novembre 2017 de deux Mil-Mi24 à l’armée sénégalaise, après leur refurbishing en Pologne (à la Polish Military Aviation Work No 1 (WZL-1). On notera encore que dans le passé cet énorme engin a bossé dans les années 90 pour Heavy Lift (la preuve ici à droite), autre société douteuse dont je vous reparlerai dans quelques jours… Agé de 27 ans, il est aujourd’hui bien plus discret  côté décoration (ci-dessous il est photographié en décembre 2019 à Turin).

La preuve par… la grosse chargeuse :

Un tel engin cet Ill-76, qu’on ne peut facilement le décharger, s’il contient des éléments de fort tonnage. C’est exactement ce à quoi avant pensé les enquêteurs et l’avaient même découvert sur place : « le 17 février 2011, le Groupe a appris que les forces de sécurité fidèles à l’ancien Président avaient pris contact avec une entreprise privée à Abidjan en vue de la livraison d’une chargeuse « K-loader » de 7 tonnes à l’aéroport de Yamoussoukro. Il s’agit d’un appareil doté d’une plate-forme élévatrice plate spécialement conçue pour décharger des marchandises d’un avion. Les forces de sécurité ont tenu à ce que tous les logos apposés sur le K-loader et le véhicule qui le transportait soient effacés, et exigé que ces deux appareils restent dissimulés dans un garage pendant la nuit du 17 au 18 février 2011. Le 18 février 2011, le véhicule est parti en direction de Yamoussoukro, où il est arrivé dans le courant de la journée. Il aurait été garé « dans un hangar surveillé par des militaires » pendant la nuit du 18 au 19 février 2011″. Ici à gauche un modèle militaire, chez les cargos civils il est blanc; comme celui aperçu à Abidjan.

Tout avait été prévu pour que personne ne puisse assister au déchargement du gros porteur : « Cet événement a immédiatement éveillé les soupçons du Groupe, étant donné qu’en décembre 2010, l’Administration de l’ancien Président avait déclaré la fermeture de l’aéroport, expulsé le personnel au sol de l’ONUCI de la zone et, semble-t-il, bloqué la piste à l’aide de grands morceaux de béton et de pneus et déployé des forces de sécurité chargées d’en interdire l’accès au personnel de l’ONUCI. Après enquête, le Groupe a découvert que le personnel civil de l’aéroport, y compris le personnel de la tour de contrôle, avait reçu l’ordre de rester à son poste. Il a donc supposé que l’aéroport était soit opérationnel et sous le contrôle des forces de sécurité, soit susceptible de le devenir au pied levé. Il semble donc plausible que la demande de fourniture d’un K-loader soit le signe d’une livraison imminente de fret aérien militaire ».  « Les informations selon lesquelles une livraison était sur le point d’être effectuée à Yamoussoukro étaient erronées. Le Groupe note plusieurs éléments suggérant le contraire. Tout d’abord, la présence du K-loader à l’aéroport ainsi que les circonstances de son transport sur les lieux puis de son enlèvement semblent indiquer que les forces de sécurité attendaient l’arrivée d’une cargaison par voie aérienne entre le 18 février et le 3 mars 2011. Le 1er mars 2011, le K-loader se trouvait sur le tarmac, et non «dans un hangar», comme l’indiquaient les informations communiquées le 18 février 2011 (voir fig. III). En outre, le Groupe a constaté que la piste avait été bloquée non par des morceaux de béton et des pneus mais par des objets mobiles, notamment des escaliers d’embarquement roulants (voir annexe IV). Enfin, le fait que les forces de sécurité étaient parfaitement opérationnelles (et disposées à ouvrir immédiatement le feu sur un véhicule portant l’insigne des Nations Unies) laisse entendre qu’elles tentaient de dissimuler certaines activités menées à l’aéroport »… 

Les armes légères amenées : des chinoises ou des polonaises !

Les experts sont allés bien sûr jusqu’à retrouver les armes apportées. Parmi les légères, des Kalachnikov, on s’y serait attendu en effet . »Le Groupe d’experts a eu la chance de découvrir plusieurs armes dont les numéros de série étaient restés intacts (modèle de type-56 de fabrication chinoise : voir fig. V) ou d’un modèle (type AKMS de fabrication polonaise : voir fig. VI) qui n’était pas en service dans les forces de défense et de sécurité, ou présent en Côte d’Ivoire, avant l’imposition de l’embargo sur les armes en 2004.  Dans le premier cas, le Groupe s’est employé à déterminer l’origine de ces armes en consultant les livres des fabricants. Dans le deuxième cas, bien que les numéros de série n’étaient pas visibles, le Groupe a pris contact avec les fabricants afin de déterminer à quels pays de la région ils avaient vendu ou transféré des quantités importantes des modèles en question« . Et pour les cartouches idem : « en janvier 2010, le Groupe a découvert plusieurs milliers de cartouches 9 x 19 mm (Parabellum) fabriquées par la société serbe Prvi Partizan, que des civils utilisaient à Abidjan. Comme on le verra plus loin, ces munitions sont entrées en Côte d’Ivoire à partir du Burkina Faso (6). Le 25 janvier 2010, le Groupe a demandé à la société concernée de fournir des indications sur le destinataire des munitions. La demande précisait les numéros que les fabricants utilisent pour identifier les lots de cartouches et de leurs éléments. La société Prvi Partizan a répondu le 10 février 2010 que le lot en question avait été fabriqué en novembre 2005, ce qui donnait à penser que la fabrication et par conséquent le transfert à la Côte d’Ivoire avaient eu lieu après l’embargo sur les armes imposé par la résolution 1572 (2004). Elle a informé le Groupe qu’elle avait licitement transféré le lot (numéro PPU 0522) à deux parties : Yugoimport (Serbie) et TR&Z (États-Unis) en 2005 et 2006 respectivement, ce lot ayant été par conséquent divisé en deux (voir fig. VII). Après avoir pris contact avec toutes les sociétés énumérées dans la figure VII, le Groupe d’experts a appris que la société A.D. Consultants (en Israël, une société de de courtage de matériel militaire dirigée par Gaby Peretz, né au Maroc, repéré ici par Wikileaks, le jour où il avait listé ses clients : le Burkina Faso, le Burundi, le Cameroun la République Centrafricaine, le Tchad, le Gabon, le Niger, le Nigeria, le Ruanda, et le Sénégal) avait licitement transféré au Burkina Faso la partie du lot revenant à Yugoimport, soit au total 350 000 cartouches, le 13 décembre 2005. » TR&Z  distribue en fait aux USA « PPU » pour (Prvi Partizan), une des plus anciennes armureries d’Europe qui est installée à Uzice, au sud-ouest de la Serbie : les balles pseudo-américaines sont en fait serbes !!! A droite sa publicité aux USA. Les américains et la Bosnie, une vieille histoire aussi, tiens…

Le Burkina Faso, interrogé, répondra que le lot avait été perdu « lors de combats », ce qui ne satisfera pas bien sûr les experts de l’ONU.. ce qui sera confirmé juste après :  « D’après la réponse fournie par la Pologne, le Burkina Faso est le pays d’origine probable (mais non prouvé) des fusils d’assaut de type AKMS mentionnés plus haut (c’est la la version AKM en tôle emboutie de l’AK-47 par Fabryka Broni Radom), que l’on visite ici en vidéo. Le Groupe constate que les numéros de série de la plupart des fusils d’assaut chinois de calibre 56 en service dans les Forces nouvelles en 2009-2010 ont été effacés en utilisant la même méthode que pour les modèles de fabrication polonaise, ce qui laisse supposer qu’ils proviennent de la même source. Cependant, les réponses de la Chine aux lettres adressées par le Groupe étaient ambiguës (…) En 2009 et 2010, les groupes d’experts ont reçu des informations sporadiques mais crédibles faisant état de transferts d’armes et de munitions destinées aux Forces nouvelles depuis le territoire burkinabé ». L’enquête suivante montrera que des armes avaient transité aussi par le Sénégal « via un célèbre armurier » selon ici Exclusif.net, au profit de Montoya et Lafont pour un montant total de 16,3 millions de dollars !!! Selon Sen360, il s’agissait cette fois d’un lot bien plus petit : « selon les informations de Libération, les établissements Fakih basés à Dakar, rue Joseph Gomis, sont dans le collimateur de la justice française. Le journal détient des documents prouvant que les armes en cause ont transité dans les établissements Fakih avant d’être livrés, par voie aérienne, au régime de Gbagbo. Dans le détail, il s’agit de 97 armes à feu destinés à la gendarmerie nationale de la Côte d’Ivoire. Rabih Fakih, (ici à droite) qui dirige les établissements Fakih, a été entendu par l’ONU. Lors de son audition, il indique avoir agi dans le cadre de Gp International, une société qu’il détient à part égale avec Fréderic Lafont. » Un lot qui tient parfaitement dans un Let ou dans un Beech 90 (on aura noté le « par avion »)... Un assortiment d’armes anti-émeutes surtout, fournies « en août/septembre 2009 : (17 pistolets 9 mm Taurus, 22 revolvers magnum Taurus, 15 fusils à pompes Escorta…) ; 178 armes à feu et 15.500 cartouches de calibres 9 mm et 357 mag mais aussi 7500 grenades lacrymogènes propulsées, 19500 grenades lacrymogènes à main, 10000 grenades projectiles inertes et fusils à canon rayé et fusils de chasse de calibre 12 fabriqués par Hatsan (dont le siège est en Turquie). »

Et par bateaux aussi ?

Les partisans de Gbagbo ne manqueront pas d’air, jusqu’à sa chute (7). Ainsi le 19 janvier 2011, où l’un d’entre eux lamine le journal du jour tombé selon lui aux mains d’Ouattara, en affirmant que les ports ne fonctionnaient plus en raison de « l’interdiction de bateaux européens dans les ports de San Pedro et d’Abidjan ».  Selon notre journaliste bloggeur donc, « En réalité, cette information concernant les ports de San Pedro et d’Abidjan n’est qu’un tissu de mensonge cousu de fil blanc.  Le Port autonome d’Abidjan fonctionne normalement En dehors de ces deux navires, aucun cas majeur de contournement du port d’Abidjan n’a été signalé, comme veut le faire croire une certaine presse aux ordres de Ouattara. Du quai sud en passant par les quai ouest, est et sud, ces journalistes se sont rendu compte des activités des opérateurs maritimes. Ils ont pu visiter le quai de chargement de cacao, de riz…Ils se sont rendus effectivement compte de la présence de plusieurs navires. Ce lundi, il y avait une quinzaine de navires. Il s’agit entre autres de St Efrem, Heather C, Pelagos, Cavally, Letavia, Tradewinds, Thor Hawk, Phuons Dong 3, Ual Texas, Salfamarine Kwanza, Nord Atlantis, Torm Signe, Msc Santa, Green Wing et Lady Rosebud. Hier mardi, une dizaine de navires ont fait leur entrée dans le Port d’Abidjan. En atteste le document sur l’arrivée et le départ des navires de la direction générale du Port autonome d’Abidjan. Ces navires ont pour noms : Stad Flensburg, Ankergracht, Maersk Innoshima, Beijing Venture, Africa Coastal, Safamarine Nyassa, Onyx Arrow et Palovit. La quasi-totalité de ces navires est immatriculée dans l’espace de l’Union européenne ». Une longue tirade dont on ne retiendra qu’un détail fort gênant, soit le nom de l’avant dernier navire cité.  Manque de chance en effet pour l’auteur, Joseph Atoumgbré, d’Abidjan.net, ce Roll-on/roll-off ou RORO (un énorme roulier, numéro MMSI : 311918000) de 200 mètres de long, qui permet d’embarquer facilement par sa rame arrière des voitures, est lui aussi justement cité dans le rapport de l’ONU. Et lui aussi avait été interdit de visite par les partisans de Gbagbo : (…) « la Cellule d’analyse conjointe de la Mission a signalé à partir du port d’Abidjan que la gendarmerie ivoirienne avait bouclé la zone du port durant le déchargement de la cargaison d’un navire amarré au quai 17. Il s’agissait de l’Onyx Arrow, battant pavillon des Bahamas, dont l’origine déclarée était Terra (Ghana) et la destination déclarée Dakar. Ni le Groupe ni l’ONUCI n’ont pu entrer dans le port d’Abidjan, et il n’a donc pas été possible de déterminer ce que le navire transportait. »  Et cette autre découverte :  (…) à la fin du mois de janvier 2011, plusieurs sources au port d’Abidjan ont signalé au Groupe et à la Cellule intégrée embargo la présence de 11 conteneurs en bois, apparemment construits à des fins spécifiques, dans une zone relativement tranquille du port, entre le port de pêche et le port de conteneurs (voir image aérienne dans l’annexe VII) ».

Le second est le cargo Antilla (ci-dessus et à droite), un cargo de 4 487 tonnes et 100 mètres de long, capable d’emporter des cargaisons frigorifiques, enregistré aux Antillles Néerlandaises (Willemstad)  : « le 20 janvier 2011 par exemple, des sources du port d’Abidjan ont informé la Cellule intégrée embargo qu’un navire dénommé Antilla était arrivé au port. Ce navire, qui avait quitté le Ghana le 13 janvier 2011, ne figurait pas sur les registres du port d’Abidjan. Sa cargaison a été déchargée sous la surveillance étroite de la gendarmerie. Comme les forces de sécurité leur ont interdit l’accès au port, ni le Groupe d’experts, ni l’ONUCI, n’ont pu identifier ce que ce navire transportait. »  Pour info, Poutine aussi avait dissimulé des armes dans des containers frigorifiques … elles étaient destinées à ses mercenaires !

Le troisième bateau repéré est « un navire dénommé Explorer II (« Willemstad, Antilles néerlandaises », notent les inspecteurs.  En fait, c’est un long vraquier – ici à droite – qui est enregistré au Panama :  ils ont confondu avec l’Antilla !), « amarré au même endroit que le navire décrit dans le cas précédent. Ce navire a déchargé un certain nombre de caisses en bois sous la supervision des forces de sécurité. Le Groupe n’a pas eu accès au port et n’a pas pu confirmer le contenu de ces caisses. Une source confidentielle l’a informé que le navire n’était pas enregistré auprès des autorités portuaires (ce qui constitue une infraction à la réglementation maritime internationale) et que de ce fait, on ne savait rien sur son port d’origine et sur sa cargaison. »

« Ces conteneurs, assez larges pour transporter des véhicules militaires, étaient gardés 24 heures sur 24. En outre, comme le montre la figure VIII, ils sont rangés sous forme de « W », inhabituelle. Le Groupe a interrogé plusieurs de ses contacts dans le port d’Abidjan sur leur contenu et a été informé qu’ils étaient arrivés en septembre-octobre 2010 (navire non identifié) et étaient gardés depuis lors ». Et, quelque temps après, on pouvait prendre cette photo sur une route proche du port d’un genre de véhicule, de type pick-up, la nouvelle arme d’intervention rapide, chez les Cartels Mexicains comme chez les terroristes de Boko Haram (ou chez Lafont comme on l’a vu) !!! Commentaire des envoyés de l’ONU :  « Il ressort de l’analyse de ces documents que les sociétés ivoiriennes ont importé ces véhicules dans le but manifeste de les fournir aux anciennes Forces de défense et de sécurité, ce qui contredit leurs déclarations selon lesquelles elles importent les véhicules à des fins civiles et les vendent par la suite seulement aux anciennes Forces de défense et de sécurité. »

L’armée française et les Moldaves

Le 14 octobre 2017, à Abidjan, on va reparler d’avions porteurs étrangers. Un moldave, cette fois. Un vieil Antonov An-26-100 conçu par les soviétiques, fabriqué en 1975 sous le numéro de série 3204. Il est immatriculé ER-AVB et il est exploité par la compagnie Valan, fondée par  7 russes (8), avec deux autres exemplaires (et des An-32 comme ce ZS-PDV). Il n’est effectivement pas de première jeunesse (45 ans !). Venu de Ouagadougou, participant à l’opération Barkhane (par contrat de janvier 2017), il a tout simplement raté son atterrissage sur la piste de l’aéroport international d’Abidjan, tenté de remonter et ensuite a fini tout droit en mer ! Il s’est alors brisé en trois parties. Il y avait 10 personnes à bord.  On repêche six survivants, quatre de nationalité française (ils étaient debout à l’arrière, les sièges ayant été enlevés !) et deux citoyens moldaves. Les quatre autres, membres de l’équipage, sont morts. Ici le rapport d’enquête. On constate que l’altitude était mal indiquée, le calage barométrique affiché étant faussé. Les conditions météo n’ont pas aidé il est vrai. Il montre aussi que l’armée française manque de moyens de transports, ce que l’arrivée de l’AM400 ne colmate pas. Un manque qui avait fait appel aux avions de Viktor Bout en Afrique et notamment au Rwanda !!! L’armée française a fait livrer combien d’hélicoptères par Condor 124 ??? Selon le connaisseur en la matière (ruudleeuw.com), Valan faisait bien partie de la sphère Bout !!! En 2007,  la commission européenne avait interdit de vol toute une série de compagnies, dont huit transporteurs aériens moldaves opérant des vols de fret: le groupe Aeronord, Aeroportul International Marculesti, Grixona, Jet Line International, Jet Stream, Pecotox-Air, Tiramavia et Valan International Carge Charter… Interdit de vol en 2007 et utilisé par l’armée française 10 ans plus tard.  En 2015, deux ans seulement avant, Valan s’était fait remarquer en Afghanistan avec la capture d’un hélicoptère MI-8 et ses deux pilotes pris en otage. On avait alors rappelé son passé chez Viktor… Tout cela sans oublier les avions de Jacques Monsieur, qui ont servi aussi à tout le monde. Ou les noms de Raymond H.A. Carter François Lasnosky  alias « Lasnaud »,  décrits en détail ici-même… une autre histoire encore, ou plutôt la même : celle des profiteurs de guerre.

 

le document fondamental

https://undocs.org/pdf?symbol=fr/S/2011/272

(1) dans Le Monde du 13 février 2019, Laurent Hofbnung écrit ceci : « Fort de ses réseaux et de ses moyens de renseignement en Côte d’Ivoire, la France ne disposait-elle pas d’éléments importants, voire déterminants, à verser au dossier de l’accusation ? Mais a-t-elle vraiment joué le jeu ? On peut en douter, au vu du fiasco du procès Gbagbo ». Elle ne l’a pas, ou alors elle n’a pas lu ce rapport de l’ONU !

(2) selon l’Express publié le soixante-huit corps ont été découverts vendredi 6 mai dans dix fosses communes par une équipe du Haut commissariat des Nations unies aux droits de l’homme dans le quartier de Yopougon à Abidjan, ont annoncé deux responsables de l’ONU lundi. Les 3 et 4 mai, déjà plus de 60 cadavres avaient été retrouvés dans ce quartier.  Ces personnes « ont été tuées le 12 avril par des miliciens pro-Gbagbo et enterrés le jour même par des habitants », a indiqué Guillaume Ngefa, directeur adjoint de la division des droits de l’homme de l’ONU en Côte d’Ivoire ».

(3) voici à quoi elles ont servi ces armes selon Human Rights Watch : « Les exactions commises par les forces pro-Gbagbo contre des partisans de Ouattara réels et supposés se sont multipliées depuis la mi-février. Depuis que la campagne de violence a commencé au début de décembre, les témoins et les victimes interrogés par Human Rights Watch ont régulièrement mis en cause les mêmes groupes pro-Gbagbo comme les principaux coupables : la Garde Républicaine et le Centre de Commandement des opérations de Sécurité (CECOS), deux forces de sécurité d’élite sous le contrôle de Gbagbo, ainsi que les Jeunes Patriotes et la FESCI, deux groupes de milices violents liés depuis longtemps à Gbagbo, notamment par Charles Blé Goudé. La chaîne de télévision d’État de Gbagbo, Radiodiffusion Télévision Ivoirienne (RTI), a contribué à encourager les exactions par de fréquentes incitations à la violence contre les casques bleus de l’ONU, les ressortissants ouest africains et les partisans de Ouattara – par exemple l’appel de Blé Goudé du 25 février. Human Rights Watch estime que Gbagbo et plusieurs de ses proches alliés sont désormais impliqués dans des crimes contre l’humanité tels que définis par le Statut de Rome, qui a créé la Cour pénale internationale. Le rôle de Blé Goudé et de RTI démontre une politique gouvernementale d’encouragement à la violence, d’autant plus soutenue par le refus de Gbagbo et de ses chefs militaires d’arrêter ou de dénoncer les exactions récurrentes commises par les forces de sécurité placées sous leur contrôle. Les assassinats ciblés, les disparitions forcées, les viols à motivation politique, et la persécution des ressortissants ouest africains sur une période de trois mois démontrent une politique de violence systématique par les forces de sécurité sous le contrôle de Gbagbo et les milices qui lui sont fidèles depuis longtemps ».

(4) on l’a retrouvé depuis et devinez où, selon sa fiche Linked’in  : « Bonjour actuellement au BÉNIN, Cotonou, en recherche active tous azimuth AFRIQUE, FIELD SECURITY ADVISOR, chef de projet, ou coordonateur missions intéressé par la sûreté maritime et ISPS…  » . Non vous avez bien lu: il est au Bénin, là où s’est réfugié Eric Vernet.. rappelez-vous : c’est l’un des organisateurs avec un ancien policier devenu tueur espagnol de l’arrivée du Boeing du Désert au Mali… en 2009 !

(5) « Il utilise alors trois sociétés : Gypaele, Darkwood Logistics et Darkwood Limited, toutes liées ensuite à RM Holdings, enregistrée à Riga, en Lettonie, le 18 juillet 2003, et dont l’épouse de Montoya assurait officiellement la présidence. Il s’est également associé à un autre Français, Daniel Taburiaux. Conseiller en sécurité du président Gbagbo, ce colonel à la retraite de la marine française dirige à l’époque la société française Sofrecap, qui dispose d’une représentation à Abidjan dénommée Stonedbury. Montoya parvient à se rapprocher du chef de l’État, mais aussi de son épouse, Simone, et du pasteur Moïse Koré, conseiller spirituel du couple. Il bénéficie en outre du soutien de Kadet Bertin Gahié, à l’époque ministre de la Défense par intérim et considéré comme le principal acteur ivoirien dans l’achat d’armes. Entre eux, une connaissance commune : Christian Garnier, ancien officier de l’armée et ancien de la DGSE passé dans la vente d’armes. Garnier aurait, selon la DGSE, travaillé avec Kadet Bertin Gahié. Enfin, Robert Montoya entretient également des relations avec le capitaine Anselme Séka Yapo, aide de camp de Simone Gbagbo. Ce dernier a d’ailleurs reçu à plusieurs reprises des virements de la part de Darkwood Limited. En janvier 2003, Robert Montoya se retrouve donc détenteur d’un passeport diplomatique ivoirien en qualité de conseiller spécial du président de la République chargé des affaires militaires et diplomatiques« .

(6) En 2003 le soutien existait bien, mais c’était pour le MPCI confirment ici Richard Banégas et René Otaye  dans « Politique africaine « : « outre cet appui politique, l’implication du Burkina se mesure aussi à son soutien militaire. Même si elles sont ténues, il semble que les services de renseignements disposent des preuves de cet appui, qui ne se limite pas à une action de facilitation ou de transit mais à un important soutien logistique et à de la fourniture d’armements. De nombreux témoignages mentionnent l’arrivée nocturne de gros porteurs sans qu’il ait été possible, dans le cadre de nos enquêtes, de vérifier ces mouvements. Le fait que l’armée burkinabè ait été déployée à la frontière ivoirienne – officiellement pour éviter les incursions et prévenir l’insécurité – facilite sans aucun doute cet appui militaire et le contact avec les troupes rebelles qui ont fait du sud du Burkina leur base arrière. Certains de nos informateurs assuraient même que des membres de la garde présidentielle du Faso étaient impliqués dans l’attaque du 19 septembre à Abidjan et seraient encore présents aux côtés du MPCI à Bouaké. »  Le MPCI de Guillaume Soro étant alors soutenu par… De Villepin. « Le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, était ponctuel au rendez-vous avec les rebelles du Mouvement populaire de Côte-d’Ivoire (MPCI). En chemise et cravate, il s’est extrait de l’aéronef pour se diriger au pas de charge vers l’entrée de la mission. Le convoi du MPCI, composé de pick-up et de 4×4 rutilants frappés du sigle du mouvement, est arrivé peu après. Dans la fournaise, il s’est frayé un chemin parmi une centaine de personnes, surtout des femmes et des enfants. » Les accords de Marcousis devaient tout régler selon  De Villepin…(et Chirac)  ils laissaient au pouvoir de Laurent Gbagbo !  Il ne faudra pas longtemps pour le mettre à terre.

(7) Parmi les exactions commises par les mercenaires de Gbagbo, celle du patron d’entreprise Yves Lambelin, dirigeant le groupe privé Sifca (qui faisait dans la culture et la commercialisation d’oléagineux, de sucre de canne et de caoutchouc). L’homme de 68 ans avait été kidnappé avec le directeur directeur du Novotel, Stéphane Frantz di Rippel, plus deux autres employés, à Abidjan, alors encore aux mains des partisans vindicatifs et incontrôlables du chef de l’Etat sortant. Selon Paris-Match , »Moïse Metchro Harolde Metch, dit «commandant Hôtel ou Colonel H», «chef du Groupement des patriotes pour la paix (GPP)», une des nombreuses milices qui sévissaient en Côte d’Ivoire sous l’ex-président Laurent Gbagbo de 2000 à 2011, reconnaît avoir participé à l’enlèvement de Français qui avait été tué à la fin de la crise post-électorale en 2011. Et met en cause par la même occasion les forces pro-Gbagbo. «Ce sont des militaires ivoiriens et des mercenaires libériens qui l’ont enlevé et tué», a-t-il affirmé à la barre ». Pour le second de Lambelin, Belem Salif c’est une autre version des faits, mais elle paraît beaucoup moins crédible, une fois Ouattara arrivé au pouvoir…. le comble étant que Lambelin était de plus un proche de Gbagbo !

(8) Alexandru, Evghenii, Serghei and Igor Zagrebelnii, Nina Gritcan, Tamara Suvorova et Inna Mikheeva.

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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  1. avatar

    Article passionnant
    JB Lasnaud est-il sorti de prison en Espagne ?
    Chose étonnante , l’épouse de Lafond se disait fille d’un ministre Togolais, ce qui expliquait l’ancienne proximité de Lafont et de Montoya.
    Il s’emblerait que Gbagbo voulait acquérir un avion , en passant par Mustapha Aziz pour gérer l’acquisition et la création de la compagnie aérienne. Il ne revit plus la couleur de son argent .

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