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Derrière le procès de Bouaké, l’ombre pesante des marchands d’armes en Afrique (2)

Hier nous avons évoqué ce qui n’est que le début d’une longue histoire qui perdure. Aujourd’hui nous allons plonger un peu plus loin dans ce dossier. Nous avons effleuré le cas d’un vendeur d’armes français dont nous allons aujourd’hui parler encore. Comme nous allons évoquer le rôle de la DGSE, mouillée jusqu’au cou dans l’affaire, ou parler aussi de l’Opération Turquoise, jugée ici « troublante », ne serait-ce que par l’appel fait aux avions gros porteurs d’un dénommé Viktor Bout, qui croupit toujours en prison aux USA, après avoir transporté les armes de tout le monde, durant plusieurs conflits … Nous trouverons aussi sur notre chemin des mercenaires, comme on pouvait s’y attendre en Afrique. A part que ceux-là étaient… français ! On découvrira aussi un autre marchand d’armes, américain celui-là, qui va beaucoup nous intéresser dans les jours à venir, en fait…

Comment étaient arrivés les avions

Il fallait bien fallu les acheminer au Togo, ces avions et ses hélicos. Et Amnesty International en expose une petite idée dans son rapport du 30 novembre 2008. « Un contrat de 2 millions de dollars a été signé avec une adresse dans les Antilles Néerlandaises, et une adresse administrative belge, et le ministre de la défense de Guinée-Bissau. Le revendeur a été identifié comme étant un ivoirien proche du président (Gbagbo) et qu’il est recherché en France pour diverses fraudes et usage de faux ». C’est bien entendu Robert Montoya qui est visé, et l’adresse belge intrigue (il est ici à droite). Mais Montoya ne fera pas appel à Viktor Bout : c’est la bien connue Volga-Dniepr, avec sa division anglaise, qui acheminera le matériel à Abidjan, à bord d’un Antonov 124, déjà cité ici. Plusieurs rotations seront nécessaires. Pourquoi Montoya n’a-t-il pas songé à Bout ? Pour une raison simple : c’est lui qui a acheminé tout le matériel des français lors de l’opération turquoise de 1994 ! Et Montoya ne veut rien à voir avec les français… qui sont censés toujours le rechercher ! Et pourtant : on découvrira que le même Montoya avait établi sa société grâce à l’entremise d’autres anciens militaires français, dont Maurice Guy Pouzou, ancien chef d’escadron de la gendarmerie nationale, Georges Nieto, ancien colonel des services spéciaux, ou encore Lionel Ganne, ancien militaire ayant participé à l’opération Barracuda (celle ayant eu comme objectif Jean-Bedel Bokassa). Ceux-là ne pouvaient ignorer qu’il était recherché !!! « Il utilise alors trois sociétés « précise Jeune Afrique : « Gypaele, Darkwood Logistics et Darkwood Limited, toutes liées ensuite à RM Holdings, enregistrée à Riga, en Lettonie, le 18 juillet 2003, et dont l’épouse de Montoya assurait officiellement la présidence. » Lors de l’enquête, on découvrira aussi que Simone Gbagbo avait reçu directement des virements provenant de Darkwood Limited. Bref tout ce petit monde savait. Dont certains militaires ou ex-militaires français. Je reviendrai en détail demain sur ces livraisons…

Comment étaient sortis les pilotes

Dans un article de Laurent Léger, « Côte d’Ivoire : Les mystères de la traque des mercenaires de Gbagbo qui ont bombardé Licorne », dans Paris Match, le 16 février 2006) puis dans son ouvrage, on apprend comment étaient arrivés les pilotes, cette fois-là : « Les investigations des services de renseignements, en particulier de la DGSE qui suit habituellement les activités sulfureuses des mercenaires, rebondissent quelques jours après le bombardement des Français. Le 16 novembre 2004, un nouveau groupe de Biélorusses est interpellé au poste frontière d’Aflao, sur la route qui relie la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Togo. Arrivant cahin-caha, le minibus est stoppé pour contrôle à la frontière entre le Ghana et le Togo, à l’entrée de la capitale togolaise. Les huit hommes, accompagnés de deux Ivoiriens, sont de bien méchante humeur et se présentent du bout des lèvres comme « mécaniciens agricoles », « ingénieurs » ou « planteurs », employés dans l’Ouest ivoirien. À l’ambassade de France au Togo, c’est le branle-bas de combat. À lire les notes « très urgent » transmises à Paris, les attachés de police et de défense remuent le ban et l’arrière-ban : l’ambassadeur, les responsables de Licorne, les services de renseignements, l’État-major des armées, le ministère de l’Intérieur, le cabinet de Michèle Alliot-Marie, la ministre de la Défense, tous sont alertés dans les heures qui suivent ». On vient d’arrêter presque par hasard les pilotes responsables du massacre !!! Et le gouvernement de Jacques Chirac a été mis au courant !

Exfiltrés par Gallina !

« Ces huit Biélorusses sont retenus par les autorités togolaises aux fins de vérification d’identité et, il convient de le souligner, pour permettre aux autorités françaises de se prononcer sur leur éventuelle arrestation s’il s’avérait que ces derniers étaient impliqués dans l’affaire de Bouaké», signale l’attaché de police de l’ambassade à Lomé, le 16 janvier, dans un fax à la place Beauvau. En clair : on met les hommes à disposition des autorités françaises. La mission s’avère aisée : interroger ces Biélorusses, tenter de leur arracher les noms des pilotes qui étaient à bord des deux avions meurtriers et, surtout, l’identité et le mobile des commanditaires… Est-ce le président Gbagbo en personne, un ministre ivoirien, des conseillers à la présidence d’Abidjan, de hauts responsables de l’année ivoirienne qui ont donné l’ordre d’attaquer la caserne française ? Quelle en est la raison  ? Mais rien ne se passe ; Paris ne réagit pas. Pourtant les Biélorusses vont être gardés deux longues semaines, dans le plus grand secret, à la disposition de la France. Le temps qu’un neuvième mercenaire leur rende même visite et soit interpellé à son tour. Evgueni Omelgavko, un Ukrainien, « semblait bien connaître les huit autres et a déclaré être employé par M. Robert Montoya ». C’est ce que révèlent des documents de la DGSE remis à la juge. Le Togo finit donc par renvoyer dans la nature l’équipe de Biélorusses. Simple ratage ? Impossible. Visiblement, les Français ne veulent toujours pas en savoir plus. Ni permettre à la justice, pourtant saisie par le ministère de la Défense, de faire toute la lumière. On le comprend en lisant l’audition d’un patron d’un service de renseignements, le général Michel Masson, à la tête de la Direction du renseignement militaire (DRM), entendu le 17 janvier 2006 par la juge chargée de l’enquête. « À ma connaissance, parmi les mercenaires qui ont passé la frontière du Togo, un Blanc était présumé être l’un des pilotes des avions Sukhoï. De mémoire ce renseignement venait de la DGSE », raconte le haut responsable de la DRM. La DGSE en sait même beaucoup plus. Dans ce groupe de mercenaires se cachaient les deux pilotes, et non pas un seul… Selon les documents des services, qui évoquent néanmoins des informations « non recoupées », Yury S. et Barys S. étaient aux commandes des deux Sukhoï ivoiriens qui ont bombardé les soldats de Licorne. Quoi qu’il en soit, eux et les autres ont été relâchés, sans même avoir été photographiés, encore moins interrogés par les Français. Reste seulement la copie des passeports des uns et des autres. Ainsi qu’une photo, prise par une main anonyme dans un vague jardin non identifié, sur laquelle figure un groupe de Slaves et de militaires ivoiriens, remise par les services secrets à la juge. Une fois relâchés, les fameux mercenaires ont été pris en charge par une jeune femme qui les a conduits à Lomé, au Novela Star, un hôtel en bord de mer. Il s’agit de la secrétaire de Robert Montoya, le Français qui a livré les avions Sukhoi à l’armée ivoirienne ». La dame s’appelle en fait Gallyna Nesterenko, elle est d’origine biélorusse, mais est mariée à un Togolais et elle a servi donc aussi d’interprète à tout ce beau monde !!!

La troublante opération Turquoise, ou les français et Viktor

Des français présents en Afrique, militairement ?  Cela fait un bout de temps que l’on s’en doute. L’Opération Turquoise, au départ humanitaire, a bien été une vraie expédition militaire, comme le note le Gérard Prunier, conseiller au Ministère de la Défense : « la puissance de feu semble disproportionnée pour une opération humanitaire ». Les Etats-Unis vont refuser d’apporter leur aide en transport, et le gouvernement français, qui tablait un peu sur lui, pris de cours, va se tourner vers le privé : et le seul à pouvoir projeter une force armée pareille aussi loin est le seul qui possède de gros porteurs ayant une autonomie suffisante : ce sera Viktor Bout. La France met, il y a 16 ans, le doigt dans un engrenage dangereux, en offrant au marchand d’armes une carte de visite qu’il va utiliser après à outrance, mêlant humanitaire et armes comme aucun autre ne l’a fait. Celui qui a fait appel à lui s’appelle Michel Victor-Thomas. « C’est grâce à Michel Victor-Thomas que celui à qui un ministre britannique a un jour collé l’étiquette de « Bill Gates du trafic », a transporté les troupes françaises en 1994. « Le 21 juin, j’ai reçu un coup de fil d’un commissionnaire de transport mandaté par l’Etat-major des armées », raconte-t-il. « On a des urgences sur Turquoise. Est-ce que tu peux passer nous voir », me dit-on. J’y vais, et on me donne carte blanche. Après cela, j’ai travaillé en ligne directe avec l’Etat-major pour toutes les questions logistiques. » Patron de la société Spairops, une entreprise d’affrètement d’avions, Victor-Thomas se charge de trouver les Antonov, les énormes avions-cargos qui transportent les matériels les plus gros qui soient. La « faiblesse » et l’état de délabrement du transport aérien militaire français », selon un expert, sont tels que l’armée, avec ses Transall et ses C-160 insuffisants, doit sous-traiter au privé le transport de ses troupes et de ses équipements. Dans l’urgence, il faut se débrouiller. « Quand on demande à Bout un avion en urgence, il répond « OK, à quelle heure ? » et accepte de faire décoller ses appareils sans paiement d’avance, ce qui est rarissime dans le métier, se souvient Michel Victor-Thomas. Il ne faut pas perdre de vue que l’armée française paie au mieux à échéance de 90 jours… » (extrait de « Trafic d’armes » -Flammarion- de Laurent Léger, 2006). En fait, Victor-Thomas vient de nous donner la clé du succès de Viktor Bout, qui reposait sur la confiance mutuelle, trahie à Bangkok par ceux qui ont le plus bénéficié ces dernières années de ses capacités de réaction et de la taille imposante de sa flotte de transport. Une dernière question se pose, celle des liens réels de Michel Victor-Thomas avec Viktor Bout : elle est très, très simple et je l’avais aussi déjà indiqué : la société Seagreen, de Bout et des frères Tokoph, la toute première, était tout simplement gérée à Ostende par un dénommé Michel Victor-Thomas… (c’est écrit noir su blanc en effet dans « Great Lakes Holocaust: First Congo War, 1996-1997″ de Tom Cooper). En ce sens, l’armée française, s’est fait bernée si elle a imaginé qu’il avait décoché le nom de Bout… par hasard ! Que ce monde qui paraît si grand est donc si petit ! Mais vous allez voir, c’est encore plus petit qu’on ne pense !

Les avions de Viktor, alliés effectifs de l’armée française

Viktor Bout transporteur de l’armée française ? Il n’en reste aucun document officiel. Ça, ce n’est pas la méthode Bout, c’est la méthode d’un Etat qui apprend après coup qui il est. Si bien qu’on ne le verra jamais apparaître officiellement dans les comptes-rendus. Les avions de Bout étaient le plus souvent maquillés, le voilà lui-même invisible pour l’administration française. « Au plus fort du transport – de la « projection » sur le terrain, disent les militaires -, douze avions voleront en même temps. À entendre ce baroudeur des airs, le ministère de la Défense ne savait même pas que Bout, déjà surveillé par les services secrets, était en fin de chaîne. Ils l’ont appris après. Lors de la lecture des auditions de la mission d’information sur le Rwanda, on ne trouve nulle part trace de Bout. À la Défense, on préfère rester dans le vague sur l’origine des avions loués. « Pour la mise en place des forces de Turquoise, il a été fait appel à une centaine de rotations d’Antonov qui, à partir de cinq plates-formes en France, notamment Roissy, Nantes, Istres et Lyon, ont amené les personnels, les matériels et les ressources. »  ajoute Laurent Léger. Une centaine de rotations, à plusieurs dizaines de milliers d’euros chacune. La France, en définitive à permis à Viktor Bout de se moderniser et de passer aux très gros porteurs Ill-76 (ici le TL-ACU, alias UN-76497) juste après les opérations au Rwanda. L’armée l’avouera au magazine Bakchich : « pour la mise en place des forces de Turquoise, il a été fait appel à une centaine de rotations d’Antonov qui, à partir de cinq plates-formes en France, notamment Roissy, Nantes, Istres et Lyon, ont amené les personnels, les matériels et les ressources » . A droite l’Antonov An-12 9L-LEC de Skylink (ici à Sharjah en février 2004 il deviendra congolais sous 9Q-CIH  (il s’est écrasé à Bukalaza en Ouganda en décollant d’Entebbe ).« Ah, ces ingrats de Français. Les diplomates du Quai d’Orsay ont plaidé pour que l’empereur du trafic d’armes soit inscrit sur la liste noire des Nations unies. Et pourtant: l’une des opérations militaires françaises les plus importantes de ces dernières années s’est en partie déroulée grâce à lui. Peu de spécialistes le savent mais c’est Victor Bout qui a fait démarrer Turquoise, l’intervention française au Rwanda, sur les chapeaux de roues. Car quel qu’en fût le bilan, surtout au vu des relations incestueuses entre la France et le pouvoir Hutu maître de ce Rwanda déchiré par une terrible guerre civile, Turquoise sera opérationnelle en quelques jours seulement : il a fallu organiser un véritable pont aérien au départ de la France, une formidable projection de forces, hommes et matériels vers le coeur de l’Afrique, à Goma. C’est cette ville située dans l’est de l’ancien Zaïre qui va servir de base logistique à toute l’intervention militaro- humanitaire au Rwanda. Mais l’histoire officielle, telle qu’elle a été racontée par une brochette de généraux devant la mission d’information de l’Assemblée nationale en 1998, omet certains détails de ce formidable transport de troupes. Pour expédier au plus vite sur le théâtre des opérations soldats, armes, hélicos et véhicules de toutes sortes, sans oublier de gigantesques volumes de carburant, on ne s’est pas trop renseigné sur celui qui avait pu fournir les énormes cargos seuls capables de ce tour de force. Et oui, c’était un trafiquant d’armes… »  Comme «  associé » français à Ostende, Bout s’est en effet trouvé Michel Victor-Thomas (mort en septembre 2015) actionnaire d’une compagnie, Transaviation Network Group (TAN, bannie ici en 2015 par l’ONU) après avoir été affréteur avec la société Spairops. En créant Dakota Air Service avec Philippe Van Montagu, il deviendra le transporteur du rallye Paris-Dakar (ici en 2000 le pont aérien entre Niamey et la Libye avec les Antonov 124) et sera également directeur commercial d’Africatours.  « Le premier coup de fil que j’ai reçu, c’était à 4 heures du matin, se souvient parfaitement Michel Victor-Thomas, lorsque nous l’interrogeons sur le sujet. C’était le patron du BTMAS (le Bureau de transport aérien maritime et de surface), le colonel Reyrat, qui dépend du COIA, le Centre opérationnel interarmées. Il me dit : “Prends un café, je te rappelle dans dix minutes ». A  la demande de l’armée française, Michel Victor-Thomas affrète donc des norias d’Antonov 124 et d’Iliouchine 78 appartenant au sulfureux marchand d’armes Victor Bout, que l’intermédiaire français connaît bien ». (cité dans  » Au nom de la France : Guerres secrètes au Rwanda »  de Benoît Collombat et David Servenay). Interviewé en 2012, son fils, Guillaume Victor-Tomas, fondateur d’Ecotour (qui se plantera en 2014) affirmera « « j’ai eu ma part de baroudeur; j’ai parcouru l’Afrique dans des avions cargos entre des caisses d’armes et des militaires (français) » Parmi les multiples sociétés de V.Bout, il y avait aussi Badr Airlines qui avait ses bureaux au même endroit qu’Azza Air Transport, qui sera pris en flagrant délit de déchargement d’armes en 2007 en RDC (photo ici à droite)… avec son Ill-76 ST-APS. Un exemple criant, photographié à la sauvette, cité dans le rapport implacable de la SIPRI signé Hughes Griffiths (le fondateur de Ethical Cargo). Une photo saisissante de l’aéroport de Khartoum montre le ST-APS au milieu des avions de l’armée soudanaise.

Des mercenaires français pour aider Gbagbo ?

Laurent Gbagbo avait reçu l’aide technique des appareils achetés par Montoya. Mais quels hommes se dissimulaient derrière ces livraisons ? Les deux photos de Mil-24 montrées un peu plus haut, dont celui aux dents de requins similaires à celles peintes sur le nez des Sukkhoi, proviennent d’un site particulier et révélateur, puisque je les ai empruntées à celui glorifiant… le mercenaire Bob Denard (1) !!! On y explique que c’est bien l’intervention de son groupe en 2003 en Côte d’Ivoire, photos à l’appui, qui aurait sauvé le pouvoir de Laurent Gbagbo face aux rebelles. On peut y entrevoir d’autres engins, dont un Mil MI-8 tout aussi particulier, car c’est un appareil Bulgare, immatriculé LZ-CAF et photographié aussi ici à Dakar.

Un autre appareil LZ-CAM a été photographié au même endroit et semble-t-il à la même date. Tous deux sont aux couleurs des Nations-Unies. Or dans le site des aficionados de Bob Denard, ils semblent bien apporter un soutien logistique aux mercenaires et apporter des caisses d’armes. Un autre Mil venu apporter la même aide est extérieurement tricolore, rouge blanc et bleu, en partant du bas, c’est le LZ-CAE, bulgare lui aussi, donc, celui de Heli Air Services de Zahari Alexiev, installé à Sofia ! Comme l’est le LZ-CAR décoré de la même façon)Tout aussi gênante est la photo des Mil-24 de Gbagbo pris avec derrière lui un Transall de l’armée de l’Air, une photo prise à Abidjan mais à une date non précisée. Un autre cliché tout aussi gênant montre le même Mil-24 ( TU-VHO (2) ) avec sur sa droite un Puma de l’armée de Terre dont un distingue parfaitement les trois lettres d’identification à savoir ici les CZP (c’est le Puma N° 1036, photographié ici à Phalsbourg-Bourscheid avec les mêmes lettres mais en noir).

 

Les hommes de Bob

Un reportage étonnant de la série « Appels d’Urgence », signé Jean-Louis Tremblais, sur les mercenaires en Côte d’Ivoire, montrait qui ils étaient en effet. Le reportage commence par l’envoi des militaires français et des légionnaires chargés d’aller faire respecter l’ordre dans le pays pour protéger les ressortissants français. La vision donnée de l’entraînement des troupes de Gbagbo est assez folklorique tout d’abord, tant les militaires ivoiriens sont indolents et tout sauf concernés par le conflit. Mais très vite on passe aux mercenaires car on est à bord du Mil Bulgare tricolore repéré plus haut, avec « 2 tonnes de munitions à bord » nous indique le commentaire. Le reportage s’attarde ensuite sur un anglais appelé « Jim », un australien, « Gary », amoureux des chats, et le français appelé « Gilles » dont les visages sont floutés. L’anglais évoquera le salaire de 6 000 euros par mois comme tarif de son mercenariat. Le reportage se termine sur la visite de Dominique de Villepin qui a alors exigé le départ des hommes de Bob Denard, alias « Bernard Robert Martin » au Rwanda où il a bel et bien sévi, toujours au temps de Mitterrand (il est mort en 2007). C’est l’accord de Linas-Marcoussis  avec Pierre Mazeaud qui signera la fin de leur aventure. Gbagbo reste en place, mais harcelé par les rebelles toujours pas matés et ensuite battu à l’élection présidentielle de 2010.  Face à son vieux rival Alassane Ouattara, il s’accroche au pouvoir mais il est débarqué par les forces de Ouattara, secondées par des soldats français de l’opération Licorne (Sarkozy soutenant ouvertement Ouattara, ce même Sarkozy ayant promis que la France n’enverrait plus jamais de troupes sur le sol africain !). Epilogue, le 8 janvier 2018, Laurent Gbagbo et trois de ses ministres sont condamnés par la cour d’assises d’Abidjan à vingt ans de prison et une amende de 329 milliards de francs CFA. Au tribunal de la CPI où il a été emmené, une énième crise apparaît avec une révélation assez sidérante et la description d’une arrestation rondement menée ainsi qu’une enquête plus qu’approximative au sujet de Gbagbo et des crimes qu’on lui avait imputés. Le procès était en cours, en 2018, mais Laurent Gbagbo a marqué des points plus tard… au point d’être passé en procès à La Haye pour y être… acquitté par les juges de première instance en  !!!

Entrée en jeu des américains, avec les frères Tokoph

Mais nous n’en n’avons pas fini pour autant avec la Côte d’Ivoire. Laurent Gbagbo d’un côté et de l’autre Alassane Ouattarah, donc, pour s’affronter politiquement, jusqu’en 2011 et au milieu l’armée française… ou des mercenaires. Gbagbo soutenu par les socialistes (les derniers ?) chassé, c’est Ouattara, qui a pris sa place, soutenu par Sarkozy. L’homme avait axé sa campagne présidentielle sur le retour à la paix, et même sur une amnistie générale. Il se heurte toujours aujourd’hui à tenter de récupérer les dizaines de milliers d’armes légères apportées durant le conflit : pas un jour sans qu’on ne découvre un entrepôt bourré de Kakachnikov, tous disséminés dans le pays. Or un blog qui n’était pas vraiment un de ses supporters avait alors découvert quelque chose à son sujet. Et c’était plutôt… renversant ce qu’il racontait. Et ce qui aussi à l’époque n’avait pas du tout été apprécié par le nouvel homme fort du pays, qui s’était beaucoup activé pour que cela ne paraisse nul part.

« Dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es”, dit ladage, qui, dans le cas spécifique de Ouattara, le mentor du Rdr et du Rhdp, semble chaque jour se vérifier un peu plus. En effet, nous l’écrivions il y a environ trois semaines que l’avion immatriculé N436JW qu’utilise Ouattara pour sa campagne électorale (arborant le slogan «  Solutions pour la côte d’Ivoire ») est la propriété d`une compagnie aérienne sud africaine dénommée Interair dirigée par David Tokoph. »

« Ce David Tokoph est un Américain d`origine juive qui co-dirige une autre société Seagreen avec son ami Viktor Anatolievitch Bout, grand trafiquant d`armes russo-israélien, surnommé “le marchand de la mort”. Renseignements pris, le bloggeur ne mentait pas ! Le Gulfstream était bien celui de Tokoph et il avait bien été photographié à Ostende (en 2006). C’est même avec ce modèle G-1159B, qu’il a battu en 2009 son record mondial certifié par la NAA, lors d’un vol vers la Russie (Anadyr-El Paso) en 8h 7 minutes et 6 secondes (ici à gauche). Le premier à avoir fait Sibérie-Texas d’une seule traite ! Sidérante découverte ! Et c’est bien celui duquel été descendu Alassane Ouattarah le 15 novembre 2010 pour une rencontre « avec 200 chefs coutumiers » ! Le président élu démocratiquement de la Côte d’Ivoire a fait toute sa campagne électorale grâce à un appareil appartenant à un vendeur d’armes, liée directement à Viktor Bout ! « Le propriétaire d’Aero Zambia, David Tokoph, serait un ancien associé de l’homme de droite américain Oliver North, qui a joué un rôle clé dans la scandale Iran-Contra et a été l’homme vers qui pointe le soutien des Etats-Unis lorsqu’ils ont clandestinement parrainé l’Unita. Au début des années 1980, Oliver North était, selon le journal belge De Morgen du 2 Octobre 1995, un visiteur régulier de l’aéroport d’Ostende. Pendant la guerre Iran-Irak, David Tokoph a été connecté à l’affaire Iran-Contra par sa compagnie au Texas, « Aviation Consultants International » (ici à Kaboul !), et sa société enregistrée au Mexique, « Greco Air « , qui ont tous deux loué des avions à une autre société, appelée Santa Lucia Airways » avais-je déjà écrit ici-même ! Sidérant ! Voilà qui augurait plutôt mal du pays ! Son président élu volait sur un avion de faiseur de guerres ! Pour un scoop, c’était un scoop !

Un scoop qui nous incite naturellement à aller scruter plus en détail les activités de David Tokoph, brusquement  interrompues par sa mort accidentelle aux Etats-Unis à bord d’un avion de collection (un T-28A Trojan immatriculé N14124, qui venait d’être repeint aux couleurs du Viet-Nam après avoir porté celles de la Navy).  Un accident survenu le 14 août 2015, à proximité du Las Cruces International Airport au Nouveau Mexique photo ici à droite). David Tokoph, en dehors d’être marchand d’armes peu regardant sur leur usage, était aussi un passionné d’aviation en général. Sa société d’aviation, Interair South Africa avec son B-737 ZS-SIM (MSN 22828) s’arrêtant juste après sa disparition ses activités en Afrique. L’appareil cité a été depuis scrappé.

 

(1) je comprends un peu mieux aujourd’hui pourquoi tant de haine chez Agoravox : l’un de ceux qui m’avait le plus harcelé est belge, (il m’a accusé pendant des mois d’être … islamiste !) et il avait commis un texte, mis en ligne dans le site, tout emprunt d’admiration sinon amouraché pour un des recrutés par le mercenaire Bob Denard (ils étaient 50, tous d’extrême droite !), lors de la disparition de ce dernier !!! Il a lui-même remis en ligne le lien webarchives dans un site d’exclus… c’est dire combien il y tenait… Sur Bob Denard on peut regarder ce documentaire assez bien fichu, diffusé en 2012, où l’on aperçoit son fameux « « bateau océanographique », l’Antinéa, ici à droite en fait un ancien chalutier (le Cap Fagnet, à gauche), avec lequel il était parti aux Comores. Le contrôle par Paris de ses actes reste flou. L’apport de l’argent venu de l’Afrique du Sud (alors blanc, celui de l’Apartheid) est en revanche bien traité. On y voit François-Xavier Sidos, un extrème droitiste (de L’Œuvre française: et 40 ans proche du FN); lui aussi un ex mercenaire de Bob et le petit monde fermé créé par Bob et ses hommes sur place, ainsi que leur rejet progressif par la population. L’assassinat d’Abdallah demeure trouble, on le sait, même si ici son fils est convaincu que c’est l’œuvre de Denard. Roccard les appelle à la fin une « bande d’énervés ». A noter que les soldats français venus le chercher – une première fois- l’avaient réexpédié en C-130 ZS-JIY (Sud-Africain donc) de la Safair…  Revenu plus tard, Denard sera à nouveau réembarqué… par des troupes envoyées de Paris.

(2) l’hélicoptère, récupéré, est visible ici dans un hangar de l’armée de la Côte d’Ivoire à Abidjan, c’est le Mi-24, toujours enregistré TU-VHO, photographié ici le 15 décembre 2013. Pas vraiment en bon état… et désarmé comme on peut s’en rendre compte.

 

 

Nota : Les indispensables vidéos qui condamnent et nous préviennent de faire davantage le tri : ce sont souvent les mêmes avions qui servent à l’humanitaire qui également servent aussi à transporter des armes. C’était le cas de Viktor Bout qui a aussi travaillé pour l’ONU ! Regardez bien ici dans le reportage le Beechcraft de Bluebird Aviation 5Y-HHE (BB-547) venir déposer ses paquets de Khat pour « doper » les troupes. La drogue est véhiculée ouvertement depuis des années par la société aérienne. Le 23 mai 2004, un Let L-410UVP-E3 immatriculé 5Y-VVD s’était écrasé après avoir touché en plein vol son collègue, un 410 5Y-VVA (qui se posera sans problèmes, il est ici à droite). A bord, on avait découvert 1,5 tonne de Khat. L’avion appartenait aussi à Blue Bird Aviation. La compagnie kenyane existe toujours.

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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