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Derrière le procès de Bouaké, l’ombre pesante des marchands d’armes en Afrique (13)

Qui donc a armé les belligérants ? On le sait aujourd’hui avec cette saga des vendeurs d’armes, ceux qui ont vendu les Sukkhoi Su-25 tueurs de Bouaké, notamment (et les mêmes qui ont fourni les pilotes, restés introuvables depuis alors que leurs noms sont connus depuis le lendemain de l’événement et leur arrestation par le général Poncet). D’autres n’ont cessé d’alimenter le conflit, les iraniens fournissant des armes via des pays de l’Est, comme on le sait aussi.  Autre exemple avec le Nigeria qui, souhaitant lui aussi s’équiper pour combattre Boko Haram, se retrouvera lui aussi avec un dossier inextricable, la majeure partie de l’argent destiné aux achats d’hélicoptères disparaissant dans les poches des politiques. C’est cela aussi le second fléau en Afrique : la corruption de ses dirigeants, dont profitent aussi largement les marchands d’armes…. qui l’entretiennent, surtout !

 

Car le circuit des armes pour l’Iran démarre en fait en Roumanie également, où on retrouve un dénommé Valentin Vasilescu, l’assistant du commandant de l’aéroport principal du pays, le Bucharest-Otopeni International Airport, venu raconter un jour à la presse sidérée les vols des avions bourrés d’armes à partir de son propre aéroport. Après, il s’est retrouvé au chômage (mais il a répercuté depuis mes textes sur Viktor Bout, traduits en roumain !). « Tout d’abord « un premier le 21 février 1998 des Uzbekistan Airways (UZB-3509/3510) avec un AN-12 numéroté UK-11639, avec à bord des missiles sortis de l’arsenal roumain. Le deuxième vol ayant lieu en Mars 1998 avec le Boeing 707 ex-Santa Lucia de « l’Oliver North Airways » enregistré comme J6-SLF, et re-enregistré au Libéria EL-JNS, exploité par Sky Air (ici à Malte) de concert avec Air Atlantic Cargo (ici à…Ostende ! et là à Miami !), la propriété du magnat de l’aviation américano-iranienne et trafiquant d’armes Farhad Azima, membre du conseil d’administration de la « Chambre Américaine de Commerce de l’Azerbaïdjan » et un partenaire d’affaires en liaison avec Victor Bout dans Heavy Lift. » (1)  La seule compagnie de ce genre ayant des Il-76 (ici le RA-76401) à avoir aussi utilisé un Short Belfast.… ici avec son DC-8 A6-HLB à Sharjah… près des Il-76… et de l’autre côté un Antonov 12... très souvent vu à Budapest Ferihegy. Le RA-76401, devenu Atlant-Soyouz sera photographié en Chine en janvier 2008… et le 25 janvier 2010 à Sharjah, décoré de l’énorme « UN » des Nations Unies…. Sans le savoir, l’un des anciens responsables du Bucharest-Otopeni International Airport venait de nous citer le pivot principal autour duquel s’organise tout le trafic. La « Chambre Américaine de Commerce de l’Azerbaïdjan »…

Ça continue encore

Les envois d’armes via Burgas ne sont pas une vue de l’esprit. C’est encore le cas, plus de 15 ans après comme l’a révélé cet excellent article d’investigation d’Asen Yordanov (prix Leipzig Media Award en 2010, également appelé Prix Pulitzer européen) qui est paru en Bulgarie.

« Une importante cargaison d’armes destinée au ministère ougandais de la Défense partira ce week-end de l’aéroport de Bourgas, la ville bulgare de la mer Noire, à destination de la capitale ougandaise, a appris Bivol auprès de sources proches de l’affaire ». Un chargement portant sur 31 tonnes de Kalashnikovs et 12 tonnes de munitions. « Du côté bulgare, la société de livraison est BIEM (Bulgarian Industrial Engineering and Management) ou l’actionnaire majoritaire est Petar Mandzhukov, un marchand d’armes bien connu. Au nom de l’Ouganda, la société importatrice est Bosagy Logistics LTD.  L’envoi doit être livré par avion russe de la compagnie « Volga-Dnepr ». À cet égard, l’ambassade de Russie en Ouganda a demandé à l’ambassade du Soudan du Sud en Ouganda la permission de survoler son territoire le 29 août 2017, en décrivant les paramètres de cargaison exacts. » Les violations sur ces envois d’armes sont répertoriées dans un rapport d’experts de l’ONU envoyé au Conseil de sécurité en novembre 2016. Le paragraphe 53 du rapport décrit l’envoi en juillet 2014 de munitions d’armes légères et de fusils d’assaut en vertu d’un contrat entre le BIEM et le ministère ougandais de la Défense avec la même société Bosasy agissant en tant qu’intermédiaire et dont le président est le russe Valerii Copeichin. Hier soir, l’avion IL76 (code RA-76503, un appareil bien connu des spotters !) ».

Sans surprise, on redécouvrait les mêmes que dans les années 90 :« Mandzhukov lui-même est un ancien employé de la société d’importation et d’exportation du régime communiste Kintex et est actuellement proche du Parti socialiste bulgare (BSP), héritier du Parti communiste. L’ancien président Georgi Parvanov lui a décerné l’ordre le plus élevé du pays, Stara Planina, qui a été dénoncé comme un ancien agent des services secrets communistes connu sous le nom de code Gotse. Mandzhukov était un propriétaire de longue date du journal socialiste quotidien « Duma » (…) Dans un autre article sur le crime organisé bulgare, Mandzhukov et sa société Machinexport sont mentionnés dans le rapport Duelfer pour les liens avec le régime de Saddam Hussein en Irak. » En photo à droite ici le même Valerii Copeichin, présenté parfois comme « ressortissant moldave » montrant au président ougandais Yoweri Museveni des uniformes qu’il lui a vendus. Car Valerii Copeichin vend de tout ! Selon un rapport de l’ONU, ce même Copeichin avait déjà fourni une cargaison de 4 000 fusils d’assaut bulgares en juillet 2014 au ministère ougandais de la Défense… des armes qui seraient alors passées par le Sénégal pour être ensuite être transférées au Soudan du Sud, destinées au partisans du vice-président Riek Machar en conflit avec le président Salva Kiir. Des avions moldaves on va devoir en reparler en effet… un jour prochain sans doute !

Retour au Nigeria.. et en Afrique du Sud, en même temps

Au Nigeria, la lutte contre Boko Haram est devenue la priorité et elle emplit les premières pages des journaux.  Mais c’est une autre histoire, assez invraisemblable, qui fait leur une le 23 novembre 2014… en Afrique du Sud, mais qui va nous ramener au Nigéria. Celle d’un jet privé, un Challenger appartenant à un pasteur fortuné (ils sont légion dans le pays, lui étant aussi un chef religieux, il s’appelle Ayo Oritsejafor. Le pasteur est assis sur un confortable matelas de dons : il détient depuis peu le Challenger N431CB, visible ici-dessous à gauche la version agrandie de la série 194, un engin à 18 millions d’euros (sa fortune étant estimée à 233 millions !). Acheté pour son anniversaire ! Drôle de gâteau !

L’avion concerné est le N808HG (2) N°541953, un engin alors inscrit chez Project Eagle Airqui a plutôt fière allure malgré qu’il ait débuté sa carrière en 1994. Auparavant, il avait appartenu au roi des rouleaux de papier toilette  et y était indirectement resté lors de la fusion de ce dernier avec son concurrent direct  (à droite le pasteur et sa femme, l’intérieur de son jet est visitable et ce n’est pas non plus le meilleur goût qui le caractérise). En tout cas, ce n’est pas l’avion venant d’Abuja, arrivé le 5 septembre à Lanseria qui intéresse alors les douaniers sud-africains, mais plutôt son contenu : dans trois valises fermées à clé, passées au scanner, il y avait en effet des billets, des dollars américains non déclarés et il y en avait… beaucoup : pour 9,3 millions de dollars exactement !!!

Si l’équipage (3 personnes) est vite écarté des suspicions, les douaniers s’intéressent aux trois passagers à bord. Deux nigérians et un israélien, du nom d’Eyal Mesika, un personnage plutôt imposant, pas décidé du tout à se laisser faire (ici à gauche). L’homme est vite sur la défensive, en effet. Voici ce que dit le journal de son arrestation : « le ressortissant israélien, Eyal Mesika, a eu la combinaison pour ouvrir les serrures. Les enquêtes menées par les autorités sud-africaines ont révélé une facture de Tier One Services, une filiale de Tier One Services Group Limited, à la société chypriote ESD International Group Ltd.  Une déclaration sur le site Web de l’entreprise indique que Tier One Services Group «fournit des services d’aviation, de logistique, de sécurité, de gestion des risques et de formation spécialisée aux organisations et aux particuliers opérant dans des environnements austères et difficiles.» Ses bureaux sont répartis au Moyen-Orient et en Afrique. D’après M. Mncube, la facture de Tier One à l’ESD concernait les armements et les hélicoptères ». Ah tiens, voici un nouveau broker en armement, se dit-on !!!  Un énième profiteur de guerre ! Un broker qui, hélas, selon les autorités sud-africaines, n’avait visiblement pas tous les bons papiers pour le faire : « dans les documents de la cour, la NPA a soumis la preuve que Tier One n’est pas enregistré auprès du Comité national de contrôle des armes conventionnelles et n’est donc pas autorisé à conclure des accords concernant la vente et / ou la location de matériel militaire. »  Ce à quoi notre broker a répondu tout de go :  « Nous sommes une société de sécurité israélienne de classe mondiale avec des compétences de base dans la conception, l’installation et la maintenance de diverses solutions de sécurité clés en main » full options « . Nous avons notre siège social en Israël et des succursales à Abuja, Lagos et Port Harcourt d’où nous desservons les villes à travers le Nigeria. Nous avons également notre usine à Lagos, au Nigeria. Nous sommes l’un des plus importants organismes de sécurité privés au Nigéria, nous avons plus de seize (16) ans de travail au Nigeria, et nous sommes des acteurs clés dans l’arène internationale et nationale. Notre clientèle comprend des organisations internationales, des agences gouvernementales et la plupart des ambassades du pays »... En fait de société hyper mondialement connue… on va vite comprendre à quoi on a affaire exactement.

Un vendeur de caméras de surveillance ayant vendu des hélicoptères ?

Le pasteur, lui, pendant l’enquête a déjà fait repeindre par précaution son jet devenu en deux coups de peinture au pistolet le 5N-JBJ !!! (ici en deux photos). Se prenant alors un vent supplémentaire par l’avocat des droits de l’homme Femi Falana (SAN), accusant directement celui qui était toujours le  » President of the Christian Association of Nigeria » ! Il avait fait remarquer  finement « qu’un jet enregistré pour faciliter l’évangélisation ne pouvait être loué à une autre société à des fins commerciales, car les églises sont enregistrées en vertu de la partie C du texte  de lois sur les sociétés et les questions connexes et les organisations à but non lucratif. «  Et bing ! L’avion étant en fait toujours la propriété de la Bank Of Trustee of Utah, en réalité, le pasteur lui le louant comme Afflelou avec le sien (et son équipage emmenant bien plus de valises…).

Entre-temps on avait eu droit à la diffusion d’une scène ou Eyal Mesika danse en préparant le mikvé (ou mikveh), « bain rituel utilisé pour l’ablution nécessaire aux rites de pureté familiale dans le judaïsme » selon Wikipédia. De quoi enflammer le web d’antisémitisme bien sûr. Or celui qui l’a mise en ligne le 29 novembre 2016 est justement Mesika qui, sur son compte, faisait davantage représentant de commerce… en armes (ici à droite). Une provocation bien inutile, il semble bien. L’homme se présente sur le net comme le patron de EMI systems Ltd, à savoir un simple vendeur de caméras de surveillance (3). Et ses bureaux sont des bureaux de location.

Le remake de War Dogs ?

Voilà qui fait plus penser aux deux loustics de Floride, David Packouz et Efraim Diveroli et leur boîte AEY, devenus héros malgré eux du film… War Dogs dont il semble être le remake (ou le double de l’acteur Miles Teller, absolument hilarant dans le film). J’ai assez consacré de temps à ce deux phénomènes pour vous l’assurer : c’était une arnaque, de grande ampleur, elle aussi, au Nigéria. Trop de choses ne collent pas dans la découverte de la somme d’argent. L’accord de vente d’ESD a été rédigé trois jours APRES la saisie d’argent, par exemple !

Un journal posant ici une autre question fondamentale sur l’organisation même du vol : « si le Nigeria a cherché à acheter à Tier One (nota un nom plus que ronflant) en Afrique du Sud, qui allait acheter ensuite à ESD à Chypre;  pourquoi donc le jet d’Oritsejafor n’a-il pas volé vers  Chypre ? » Comment ce broker en herbe avait-il réussi à promettre des armes pour un tel montant faramineux dont des hélicoptères (6 exemplaires avaient été promis !)… Et promis à qui exactement ? Aux « services spéciaux du Nigeria »  ? Mais sous la responsabilité de qui ? Un autre bad trip encore ? Bref, tout le monde pouvait se poser  la question : comment a-t-on pu arriver à ça, avec toute cette légèreté et ce manque d’organisation évident ? Le temps d’essayer de comprendre et le président du Nigeria a changé, il s’appelle désormais Muhammadu Buhari et avec lui on commence à découvrir le précédent, Goodluck Jonathan, ou plus exactement les accords qu’il avait pu passer avec un autre phénomène du genre appelé Jacob Zuma (l’homme préoccupé au premier chef par sa luxueuse villa) ou même avec… ce bon passeur Oritsejafor.

Ce dernier, dans un sermon resté célèbre fait le dimanche 25 octobre 2015, avait en effet prophétisé la victoire de son poulain et non celle de Buhari!!! « Cest Le choix de Dieu »  avait-il même dit !!!  S’attirant les foudres d’un autre révérend, Chris Okotie (plus jeune et tout aussi controversé : un ancien musicien pop qui lui préfère les voitures de luxe, une sorte de « Sweet Micky » devenu pasteur et non président) !!! On découvre alors avec effarement chez Goodluck l’usage d’avions de luxe, tel ce Falcon 7X présidentiel versé à l’armée comme couverture (le 5N-FGV), et bien d’autres choses encore. Le pays n’a plus le sou, mais il est truffé de jets privés !!! Ici une page dédiée à la liste des jets privés nigérians : quel scandale ! Il n’y a pas que le président à en posséder : les pasteurs aussi, qu’ils appellent des « dons de Dieu » bien sûr !

Juridiquement on allait au bras de fer donc entre le Nigéria et l’Afrique du Sud : « Les responsables de l’AFU ont déclaré que le certificat d’utilisateur final et le vendeur à l’aéroport avec une facture prouvaient un accord d’armement planifié en Afrique du Sud; le certificat différait de la facture; l’utilisation de l’argent était suspecte; le contrat de vente n’a été signé qu’après la saisie de l’argent; et le Nigéria n’a pas d’abord essayé de réclamer l’argent«. Le Nigeria s’accordera bien à parler d’« erreurs d’approvisionnements », en réclamant son argent bien sûr. En janvier 2015, l’Afrique du Sud le gardait donc toujours au chaud sous la protection du The South African Revenue Service (SARS). Il faudra attendre le 18 juillet 2015 pour que l’argent soit enfin rendu au Nigéria. On parlait alors de 15 millions de dollars. Au delà de ça, ce pays semble avoir une dent contre les hélicos, c’est à croire : en juillet 2017 il a perdu un Augusta 109, « tombé dans un lac » de moins d’un mètre d’eau… un autre very bad trip ! Le 27 octobre 2017, l’ex président Goodluck sera convoqué par la justice de son pays pour 2 milliards de dollars de préjudice… de l’argent détourné par Sambo Dasuki et destiné à équiper… l’armée nigériane, notamment pour lutter contre les jihadistes de Boko Haram, et qui a fini dans les poches (larges) des membres du Parti démocratique populaire (PDP) alors au pouvoir, selon l’enquête d’une commission anti-corruption… En 2019, on a rajouté une couche au dossier corruption de Goodluck (4) avec cette fois l’annonce de détournements effectués par ministre du Pétrole de l’époque, Diezani Alison-Madueke, lors de l’attribution de concessions pétrolières à la Royal Dutch Shell : 1,3 milliard de dollars de pot-de-vin, pas moins ! Le même jour on avait appris que « Le gouvernement nigérian a également engagé une procédure à Londres contre la banque américaine JP Morgan pour son rôle dans le transfert de fonds publics de plus de 800 millions de dollars à la société de l’ancien ministre Dan Etete, qui a été reconnue coupable de blanchiment d’argent, bien que la banque d’affaires nie tout acte répréhensible dans cette opération ». Dès qu’il y a de l’argent, il y a une banque, c’est bien connu ! Mais pourquoi donc sont-ce souvent les mêmes ? Boko Haram peut toujours courir, durant ce temps !!! Le résultat d’une présidence pareille ? « Selon un récent rapport de la Banque mondiale, sur 190 millions d’habitants, le Nigeria en compte 87 millions vivant sous le seuil de l’extrême pauvreté, dont l’immense majorité (près de 90 %) vit dans le nord » nous apprend un article récent. » L’exode a commencé, déjà, vers le sud… et cela promet : « la division culturelle et économique entre le nord musulman et le sud chrétien du géant de l’Afrique de l’Ouest est héritée de l’époque coloniale, lorsque la Couronne britannique avait réuni, en 1914, deux territoires radicalement opposés pour constituer le Nigeria. » Plus de cent ans après, on va subir je pense de façon terrible cette division toute artificielle décidée par des colonisateurs. La guerre civile annoncée… est imminente au Nigéria.

S’adresser au camp adverse 

En début 2015, les nigérians n’avaient donc toujours pas d’hélicos (et 9 millions de dollars en moins) pour lutter contre la secte infernale dirigée par un illuminé  (Abubakar Shekau.) et déguisée en islamistes. Pour ne rien arranger, le porte-parole du département d’Etat US, Jen Psaki , venait alors de lui refuser la demande d’acheter des hélicoptères d’attaque Cobra, pourtant souhaités. C’était même une proposition du Pentagone désireux de se passer de ses « Vipers » des anciens Cobras dorés aux stéroïdes : « Ce type pourrait également être utile dans des endroits comme les Philippines, où le soutien aérien de précision dans les zones urbaines devient un facteur majeur dans la capacité du pays à repousser les forces alignées de l’EIIL. l’AH-1Ws pourrait même trouver une place en Afrique. Le Nigeria, en particulier, s’est montré intéressé par l’acquisition d’hélicoptères d’attaque excédentaires en provenance des États-Unis, mais qui a été refusé par le passé. Cela pourrait changer sous l’administration Trump. La Tunisie est un autre preneur possible » écrivait War Zone le 19 janvier 2018. Encore fallait-il que le même Trump sache ce qu’est un hélicoptère comme on va le voir un peu plus loin. Les USA sous-entendant dans leur refus la «  corruption » détectée chez Goodluck et les exécutions sommaires commises par ses soldats (une formation de ces derniers par des américains étant également interrompue en représailles) !!!

Ni une ni deux, le Nigeria se tourne alors vers la Biélorussie, toujours prête à refiler ses vieux Mil Mi-35 repeints à neuf (en 2011 la Biélorussie avait ouvert une nouvelle ambassade à Abuja, histoire de préparer le terrain et, en même temps, elle avait annoncé l’ouverture d’une prochaine entreprise de « réparations d’hélicoptères, au cas où !). Résultat lors du 54 eme anniversaire de la NAF, le 4 mai 2018  (où l’on avait pu voir des  vieux Migs 21 !),  Muhammadu Buhari dévoile les deux bêtes (deux autres arrivant fin avril). En moyenne, un Mi MI-35 s’achète 12,5 millions de dollars neuf. Comment notre broker avait-il pu proposer 6 hélicoptères pour moins encore qu’un seul exemplaire ? Quant à savoir pourquoi ces engins-là, laissons le spécialiste d’Avions Légendaires nous l’expliquer :   « Certes les Nigérians auraient voulu plus mais les finances publiques n’étant pas au beau fixe dans ce pays africain ils devront se contenter de ce lot. La Nigerian Air Force va recevoir courant 2017 les premiers exemplaires de sa commande de douze hélicoptères de combat et de d’assaut Mil Mi-35 commandés auprès de la Russie. Ces appareils sont bien entendu directement destinés à la lutte antiterroriste, principalement liée au risque de la tristement célèbre secte islamiste Boko-Haram. Ces douze Mi-35M permettront de renforcer l’arsenal actuel d’hélicoptères de combat que possède le Nigeria, sous la forme d’une demi-douzaine de vieux Mi-24 datant de la guerre froide et cédés de seconde main à bon prix par la Russie alors post-soviétique. Beaucoup d’observateurs se demandent si malgré les richesses naturelles du pays, la Nigerian Air Force n’a pas bénéficié d’avantages de la part de l’état russe ? En effet très récemment des journalistes locaux insistaient sur le fait que les budgets militaires ne permettaient pas un tel achat (…) Malgré sa rusticité générale le Mi-35M dispose d’une avionique dernier cri et d’un armement puissant. Ce qui explique aussi pourquoi la Russie continue d’en vendre autant ». Le Nigeria n’ayant pas eu la chance de la Libye : « Il n’est pas étonnant que le 10 juin, le quotidien français Le Figaro ait cité un document du Conseil de sécurité de l’ONU disant que les hélicoptères d’attaque Mi-24 récemment vus sur les aérodromes contrôlés par le gouvernement libyen de Tobrouk avaient été achetés en Biélorussie. Les EAU les avaient achetés pour ses alliés libyens. Le gouvernement émirati achète du matériel militaire pour ses amis libyens depuis quelques années: en 2014, il a acheté quatre hélicoptères d’attaque Mi-24V de Biélorussie pour la Libye. Le rapport du Figaro pourrait indiquer qu’il y a eu d’autres transactions similaires ». Les américains en tout cas avaient raté le coche et Vladimir avait fait signer intelligemment le contrat à la Biélorussie juste avant l’élection de Trump…

Quand Trump s’emmêle… les pinceaux

Mais le pompon reste à venir, encore. Et c’est bien sûr l’impayable Donald qui va nous l’offrir en direct, comme il a l’art de le faire depuis son arrivée au pouvoir. En visite à la même date de l’arrivée du deuxième lot à New-York, le nouveau président nigérian se fera proposer par Donald Trump pour 600 millions de dollars pour des « hélicoptères A-29 » ce dernier confondant ce jour-là avec des avions Tucanos !!! Toujours aussi crétin, Trump ira même de son laïus surréaliste avec le président nigérian resté impassible (ou abattu), juste à ses côtés (on notera le vocabulaire fort restreint de Trump);  « nous aimons les hélicoptères. Il les aime plus que moi «, a déclaré Trump de Buhari, qui se tenait à côté de lui sur un podium séparé. « Il aime acheter des hélicoptères, et ils achètent beaucoup d’hélicoptères. Le journaliste, affirmant que le Nigeria avait « un besoin urgent » du Super Tucano pour « résoudre les problèmes dans son pays », a demandé à Trump s’il serait « assez aimable » pour en libérer au moins deux d’ici 2020. « Très bientôt, » lui dit Trump. « Une partie du problème est que vous n’étiez pas autorisé à acheter des hélicoptères dans notre pays et maintenant vous l’êtes. J’ai travaillé là-dessus pour que vous puissiez acheter les hélicoptères que vous voulez ». « Ils n’étaient pas autorisés à acheter les hélicoptères pour diverses raisons, ce qui n’était franchement pas une bonne raison. Maintenant, ils les obtiennent, et ils les obtiennent très rapidement, et ce sont les meilleurs hélicoptères du monde «, a déclaré Trump ». Il faut suivre le propos confus de l’occupant de la Maison Blanche, ou ses termes empruntés à un raisonnement de gamin de 6 ans !!! Comment donc lui expliquer qu’il venait d’en acheter des hélicos, ce président nigérian, et à la concurrence (et assez perdu d’argent pour ça) ? Ou comment lui expliquer la différence entre un hélicoptère et un avion, à ce « moron »  ? Surréaliste !!! La crétinerie devenue parole présidentielle !

Pas de chance avec les hélicos

Le Nigeria est un pays fédéral, ce qui a posé un autre problème d’hélicoptères inattendu: en 2009, Babatunde Fashola, alors Gouverneur de l’Etat de Lagos, souhaite acheter deux hélicoptères de type  Bell 412 « pour la surveillance de la sécurité dans l’Etat ». Il se tourne alors vers la compagnie spécialisée Africair Inc basée en Floride (décrite par mes soins ici, c’est celle qui a vendu un gros Cessna 208 aux amis de Vernet, le français impliqué dans l’affaire du Boeing de la coke au Mali en 2009 : comme on se retrouve !)). Les deux engins 5N-LAG et le 5N-LSG sont donc achetés en 2009 sur les fonds du Lagos State Security Trust Fund par le gouvernement local dirigé par Fashola. Or les deux engins ont atterri peu de temps après chez la société Caverton, détenue par un homme d’affaires, Remi Makanjuola, qui était comme par hasard le président du conseil d’administration du Lagos Trust Fund. Problème en novembre 2015, le nouveau gouverneur de l’État, Akinwumi Ambode, commande cette fois trois nouveaux hélicoptères, 15 véhicules blindés de transport de troupes, deux canonnières, des véhicules divers pour un coût de 4,765 milliards de nairas (11 millions d’euros).

Or il s’aperçoit que l’un des hélicoptères proposé est le Bell 412 EP 5N-LAG (numéro de série 36495), identique à celui commandé par Fashola en 2009 et alors en possession de Caverton, une société qui travaille dans l’offshore… !!! Les deux autres hélicos arrivés resteront saisis des mois dans leurs caisses  avant de pouvoir être livrés… (ici à gauche et à droite) ils seront néanmoins présentés en grande pompe au public une fois le litige résolu (photo en haut du chapitre à droite).

Le président Muhammadu Buhari choisit plus tard Babatunde Fashola pour être ministre de l’Énergie, des Travaux et du Logement du pays. Mais pas comme ministre des hélicoptères. Qui a parlé de pays corrompu ? Et qui en a le plus profité ?

(1) Voir l’épisode concerné.

(2) Difficile d’y voir l’appareil cité, et pourtant ça semble bien lui. La première présentation de l’avion en duo était certes faussée, bien que l’avion montré était bien lui aussi un ex du pasteur  : on avait ensuite choisi le voisin du N633WM dans un hangar à l’extérieur comme étant donc le N808HG. Lui faire changer de nom n’aura pas suffit ! Le N633WM étant un appareil inscrit dans un Trustee du Delaware mais appartenant bien au Pasteur, qui venait juste de le vendre et non le N808HG qu’il avait déjà fait remiser.

Un pasteur compulsif, question jets. Un article énumérant ses achats, débutés dès 1996 avec le Hawker Siddeley 125  immatriculé 5N-WMA. n African Airlines Nigeria Ltd. Puis il avait choisi un HS 800A immatriculé 5N-PTL (pour « Praise The Lord », il peut, mon neveu !), dont on ne retrouve pas trace (pour peu qu’il ait été revendu à des trafiquants; en fait c’est un Beech 1900 qui porte désormais l’immatriculation) et après il s’était offert un Challenger, 604 le N664D.

Et encore en plus avec un hélico, le 5N-BQY (pas vérifiable) un Agusta 109 semble-t-il puis le Challenger 605 N633WM, déjà cité. Le précurseur du Dieu à réaction ?

 

(3)*http://www.eyalmesika.com/emi/

(4) « La présidence a confirmé la mise en vente de deux jets privés appartenant au gouvernement nigérian, dans un contexte de crise économique et de restriction budgétaire mise en place par le président Muhammadu Buhari. « La petite annonce publiée dans les journaux pour la vente de deux avions, un jet privé Falcon 7x et un Hawker 4000, avait été autorisées par la présidence », a fait savoir le porte-parole de M. Buhari, dans un communiqué diffusé mardi soir. Le mois dernier, une enquête du journal nigérian The Punch, avait crée la polémique, révélant que le gouvernement actuel a dépensé 5 milliards de Nairas (14 millions d’euros) pour l’entretien de ses 10 avions privés, « malgré la récession ». Les comptes de l’Etat nigérian sont au plus bas, en raison des nombreuses attaques de militants sur les infrastructures pétrolières qui ont fait chuter la production d’hydrocarbures, et avec la chute du prix du baril, qui représente 70% des revenus de l’Etat. »

Goodluck a fait acheter deux Falcon 7X jets et un Gulfstream G550. Au total on en retient donc onze !!! « La PAF possède déjà deux avions Falcon 7X, deux avions Falcon 900, un Gulfstream 550, un Boeing 737 BBJ (Nigerian Air Force 001 ou Eagle One) et un Gulfstream IVSP. Les autres sont un Gulfstream V, un Cessna Citation 2 et un Hawker Siddley 125-800. La valeur estimée combinée du PAF est d’environ 390,5 millions de dollars. Selon les experts de l’industrie, il en coûte au moins 20% de ce chiffre pour les entretenir chaque année. Nous envisageons donc environ 58,57 millions de dollars par an pour la maintenance. Les jets privés sont des voleurs d’argent dans les airs ou sur terre ».

L’étude sur les coûts de la présidence est ici:

*https://www.arabianjbmr.com/pdfs/OM_VOL_3_(2)/1.pdf

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

 

 

 

 

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