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Dénoncer les «tactiques de peur budgétaires»

Les États ont quasiment perdu tout pouvoir sur leur politique économique car ils ont renoncé à peser sur les variables financières. C’est donc dans un environnement où les produits financiers structurés, où les dérivés et autres instruments dits «exotiques» ont confisqué aux États – même les plus puissants comme les États-Unis d’Amérique – la substance même de leur pouvoir économique et financier que les marchés exigent de leur part une consolidation fiscale qu’ils n’ont plus les moyens de mener à bien. La puissance de nos États a ainsi été insidieusement diluée par la mondialisation libérale dans un contexte où nos entreprises sont totalement dépendantes de la globalisation. Le résultat consiste aujourd’hui en une ruine où le politique ne peut pratiquement plus rien car il a été dépouillé de quasiment tous ses leviers.

N’est-il pas aberrant de considérer le déficit d’un État sous le même angle et avec les mêmes lunettes que le budget d’un ménage ou le bilan d’une entreprise? Ce type de comparaison ne peut en aucun cas s’appliquer à la dette publique d’une nation souveraine pour la simple et unique raison qu’un État a le devoir de stabiliser les conditions économiques et financières de la zone dont il a la charge. Il est intolérable de se complaire dans des raisonnements fallacieux et dans des démonstrations à la rationalité suspecte qui confondent la nécessaire rigueur budgétaire d’un ménage ou d’une entreprise aux obligations d’un État, dernier recours pour relancer – quand ce n’est pas pour sauver – son activité et son tissu économiques. Qui prendra le relais et qui s’emploiera à combler les lacunes si le secteur privé est paralysé dans ses dépenses, dans sa production et dans ses investissements ? En l’absence de l’intervention régulatrice de l’État, le chômage est condamné à s’aggraver et l’économie à se rétracter, accompagnés d’une détérioration inéluctable des comptes publics.

Accepter les économies budgétaires ne revient pas seulement à rentrer dans les clous d’une orthodoxie financière et comptable tout aussi injustifiée que contre-productive en période de crise. C’est se résigner à rogner encore et toujours plus les prérogatives de l’État, donc les nôtres. C’est se soumettre au verdict des marchés et c’est laisser l’écrasante majorité de nos concitoyens sans défense. Une véritable guerre des tranchées est livrée à cet effet par les tenants de cette stricte orthodoxie, qui n’hésitent pas à déployer des « tactiques de peur budgétaires » (expression de Paul Krugman) afin de parvenir à leur fin ultime consistant en une éclipse quasi totale des pouvoirs publics. Pour ce faire, une argumentation spécieuse est développée tous azimuts, qui confond sciemment et allègrement solvabilité individuelle et solvabilité de l’État face à un public bombardé d’images cataclysmiques dont le seul but est de le persuader de faire pression sur son gouvernement pour l’adoption de mesures d’amaigrissement.

Le sérieux budgétaire a-t-il pour objectif de résorber les déficits ou n’est-il qu’un prétexte pour faire encore reculer l’État et démanteler au passage ce qui reste de programmes sociaux ? Comment ne pas être troublé par ces appels incessants à une rigueur qui n’est en fait qu’un rideau de fumée destiné à brouiller les pistes? Souvenons-nous des paroles prémonitoires d’Aldous Huxley dans « Le Meilleur des mondes » : « Soixante-deux mille quatre cents répétitions font une vérité. »

Michel Santi

 

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