Debriefing essentialiste

De retour apr?s la premi?re universit? d??t? du revenu de base ? P?rigueux.

? Le revenu de base comme levier ?mancipateur?: critique du point de vue f?ministe ? YouTube.

La premi?re chose que j?en rapporte, c?est cette vid?o de notre intervention, avec Carole Fabre, lors de la premi?re pl?ni?re de la premi?re universit? d??t?. Des d?fricheuses. Des pionni?res. Les hasards de la programmation, bien s?r. Mais aussi une constante de notre histoire sociale?: les femmes sont souvent aux avant-postes des r?volutions, des revendications. Et puis, elles se font piquer le crachoir par les hommes et se retrouvent, comme toujours, dans l?angle mort de la construction historique et sociale.

C?est une constante. Notre intervention a ?t? jug?e de bonne qualit?, mais d?s qu?il s?est agi de parler des choses s?rieuses, de d?battre de la convergence des id?es, ce n?est pas m?me pas que les femmes ont ?t? renvoy?es aux coulisses, non, nous sommes juste redevenues un impens?? as usual.

Parce que, quand m?me, il y a des tas d?autres combats plus urgents que celui de l??mancipation des femmes, non?? Et c?est finalement votre victimisation permanente qui fait que vous ?tes opprim?es, non??

Grand classique des discussions de couloirs, une fois qu?il a ?t? act? que nous ?tions les f?ministes de service, le quota nichons de cette docte assembl?e. Un peu comme un festival de musique, o? les meilleures partitions s?ex?cutent en off. Confusion r?ductrice qui consiste ? inverser les causes et les effets et ? rendre les domin?s responsables de leur sort, effa?ant de facto l?image m?me et les int?r?ts concrets des dominants.
Dommage que Denis Colombi n?avait pas encore publi? son papier ? ce moment-l?.

Les enqu?tes ethnographiques sur les mondes de la finance montrent ?galement que la place des r?f?rences viriles y est courante?: non seulement l?exploitation des femmes (boite de striptease, prostitution?) peut ?tre un moyen d?entretenir de bonnes relations commerciales, mais encore l?usage d?un vocabulaire viriliste (on ??baise??, ??encule??, ??habille la mari?e??, etc.) y est courant. Ces ?l?ments ne font pas que tenir ? l??cart les femmes qui ne parviendraient pas ? supporter une ambiance peu accueillante pour elles (on pourrait analyser la fa?on dont celles qui y parviennent doivent se ??masculiniser??)?: elles p?sent aussi sur les d?cisions? ? commencer par la prise de risque? Une fois de plus, ce n?est pas le comportement naturel des hommes qui est en jeu, mais bien la fa?on dont celui-ci est d?fini?: pour ?tre un homme, il faut prendre des risques? et cela a quelque influence sur la fa?on dont on d?finit et per?oit la valeur d?un actif?

Ce qui importe ici, c?est bien de pouvoir genrer le capitalisme. Celui-ci a tendance a ?tre pr?sent? comme une force naturelle et impersonnelle ? il en va tr?s largement de m?me pour la mondialisation. On voit pourtant ici qu?il s?agit en fait d?une force masculine, c?est-?-dire travaill?e par la d?finition d?une certaine masculinit?. Les institutions du capitalisme, jusqu?aux plus basiques, ne sont pas simplement le produit de rapports d?exploitation entre classes sociales, mais aussi de rapports entre les genres, et entre les diff?rentes d?finitions de chaque genre.

Genrer le capitalisme, Denis Colombi, Une heure de peine, 25 aout 2015

Bien s?r, toutes les interactions informelles que j?ai pu nouer en marge de mon intervention premi?re ? l?universit? d??t? ne consistaient pas toutes ? r?futer le n?gationnisme masculiniste, puisqu?il faut bien donner un nom ? cette fa?on un peu ais?e de non seulement balayer d?un revers de la main la question de la place des femmes dans notre soci?t?, mais souvent m?me de les accuser d??uvrer volontairement et consciemment ? leur propre domination, dans une sorte de dictature du faible. Il y a eu la remarquable conf?rence gesticul?e d?Alexis Lecointe qui pointe r?guli?rement la r?alit? rapeuse de la domination des femmes que ce soit dans les t?tes ou dans les faits, tout en ?tant terriblement didactique pour comprendre ce qu?est le revenu de base sans oublier d??tre vraiment tr?s dr?le. Mais comme me le faisait remarquer Simon Le Roulley, je me suis retrouv?e r?guli?rement essentialis?e comme femme, f?ministe de service, enferm?e dans la n?gation de tous les autres axes r?flexifs que je pouvais porter.

J?aurais aim? creuser plus avant la question du travail, de l?exploitation laborieuse et de sa disparition programm?e par l?automatisation, ce qui pose imm?diatement la question de la survie des surnum?raires, ceux dont la soci?t? productiviste n?a plus besoin. Mais en fait, il n?y a qu?une seule question d??mancipation, comme le d?montre Denis Colombi dans la suite de son brillant article.

Pour prendre un exemple tr?s simple, ce que nous appelons ??travail?? laisse encore largement de c?t? tout un ensemble d?activit?s productives domestiques r?alis?es majoritairement par des femmes? Derri?re la force impersonnelle se cachent en fait des enjeux et des int?r?ts tout ? fait situ?s. Faire un sort ? l?id?e que le capitalisme est naturel et neutre, c?est aussi prendre en compte la fa?on dont il est l?expression d?int?r?ts de genre? Et on pourrait aller plus loin en notant que les grands dirigeants du capitalisme mondial sont aussi majoritairement des Occidentaux blancs?

Il n?est pas rare que les f?ministes se voient opposer l?argument selon lequel les in?galit?s qui frappent les femmes sont le produit du capitalisme et sont donc destin?es ? disparaitre avec celui-ci. Proposition d?o? l?on tire g?n?ralement qu?il est n?cessaire de se concentrer sur la lutte contre le capitalisme et la lutte des classes et de laisser de c?t? la lutte contre le patriarcat. En s?appuyant sur l?analyse de Acker, on peut comprendre qu?il y a une autre fa?on, bien plus riche, d?articuler ces ?l?ments?: faire la critique du capitalisme comme force masculine, c?est bien ouvrir une br?che dans une celui-ci, le restituer comme une construction historique, situ?e et non-universelle. C?est aussi se donner les moyens de penser des relations ?conomiques nouvelles, diff?rentes, non-capitalistes ? et ce d?autant plus que, dans la lutte des classes, les bellig?rants peuvent avoir, selon une lecture simmelienne, certains int?r?ts communs ? amender le syst?me plut?t que de le transformer. Plut?t que d?attendre le grand soir qui abattra d?une m?me pierre capitalisme et patriarcat, c?est prendre conscience que la critique f?ministe est une critique anticapitalisme. Si ses alli?s se voilent parfois la face, ses adversaires, eux, l?ont bien compris?

idem

C?est un peu comme si, il y a 200 ans, on avait r?pondu aux esclaves que leur ?mancipation n??tait pas une priorit?, que l?on allait d?abord s?attacher ? d?boulonner le capitalisme qui se nourrissait de leur sueur et que de son effondrement ?mergerait spontan?ment leur lib?ration.
Je pense qu?ils attendraient encore et qu?ils en seraient ? n?gocier le poids de leurs chaines avec leurs syndicats.

 

Commentaires

commentaires

A propos de

avatar

Check Also

Les zombies du capitalisme

La politique des taux d’intérêt nuls fut cruciale dans l’évitement de la catastrophe financière suite ...