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De « Noblesse oblige » à « Tueurs de dames »

Alors que le Festival de Cannes vient, comme chaque année, de placer le 7e art sous les feux de l’actualité culturelle, retour sur des petits bijoux d’humour britannique quelque peu oubliés. À leur manière, ces films, produits dans les années d’après-guerre par les Studios Ealing, ont marqué l’histoire du cinéma d’outre-Manche pour notre plus grand plaisir…

C’est un fait avéré : dans une société marquée par l’austérité sous la gouvernance du Prime minister travailliste Clement Attlee, la période qui a suivi la fin de la 2e guerre mondiale n’a pas été facile pour la population britannique. Confrontés aux privations et aux tickets de rationnement – certains d’entre eux ont perduré jusqu’en 1953 ! – les citoyens de Sa Majesté George VI aspiraient, et c’est bien compréhensible, à se divertir. Les « music-halls », les théâtres populaires et les salles de cinéma connaissaient alors une fréquentation sans précédent.

Côté cinéma, malgré tout l’intérêt que les Britanniques portaient aux drames ou aux thrillers, et notamment aux œuvres angoissantes d’Alfred Hitchcock, les comédies avaient incontestablement la cote. Hélas ! les grands films du genre, signés par les Américains Frank Capra (Arsenic et vieilles dentelles) ou Ernst Lubitsch (Jeux dangereux) commençaient à dater. C’est dans ce contexte, et pour répondre à la demande du public, que les Studios Ealing – passés depuis 1944 sous le contrôle de la Rank Organisation – se sont mis à produire des comédies d’humour typiquement british.

Tous les films sortis des mythiques studios de l’ouest londonien n’ont pas, loin s’en faut, été des chefs d’œuvre, mais quelques-uns, particulièrement réussis, n’en sont pas moins devenus des classiques du cinéma britannique. Aujourd’hui encore, ces films continuent de régaler les amateurs d’humour anglais dans les séances de ciné-club. Voici un petit florilège des meilleurs d’entre eux :

Noblesse oblige (Kind hearts and coronets). Sorti en 1949, cet opus réalisé par Robert Hamer met en scène un personnage, Louis Mazzini d’Ascoyne, dont la mère a été reniée par sa famille pour cause de mésalliance avec un roturier. Relégué au 9e rang de la succession au titre de duc de Chalfont, l’ambitieux mais frustré Louis n’entend pas rester dans l’ombre, persuadé d’avoir été spolié d’un duché qui lui revenait. Calculateur et machiavélique, il entreprend de supprimer l’un après l’autre tous ceux qui le séparent de la couronne ducale (tous les rôles étant tenus par l’excellent Alec Guinness). Louis devient à son tour duc de Chalfont et membre de la prestigieuse Chambre des Lords. Mais le crime ne paie pas. Quoique… Si, peut-être. Ou peut-être pas… (Bande annonce)

 

Passeport pour Pimlico (Passport to Pimlico). Également sorti en 1949, ce film d’Henry Cornelius est basé sur une astucieuse idée : peu après la fin de la 2e guerre mondiale, un obus allemand explose dans le quartier londonien de Pimlico. Au fond du cratère, l’on découvre un coffre qui contient un trésor mais également un très vieux parchemin rédigé en français médiéval. Authentifié et traduit par un historien, le document est formel : cédé par le roi Edouard IV à Charles le Téméraire, Pimlico est un territoire… bourguignon. Un lointain héritier du Téméraire s’étant fait connaître, les habitants de Pimlico déclarent leur indépendance. Dès lors, un blocus est organisé par le gouvernement britannique. Mais les néo-Bourguignons résistent… (Bande annonce)

Whisky à gogo (Whisky galore !). Cette comédie signée Alexander Mackendrick est également datée de 1949, année décidément faste pour le cinéma britannique. L’action se déroule pendant la guerre sur une petite île du très rude archipel des Hébrides. Du fait des privations liées au conflit, le whisky manque cruellement à la petite communauté, ce qui, pour des Écossais, confine au supplice. Or, voilà qu’un navire marchand vient s’échouer sur une côte rocheuse hérissée de récifs en mettant en péril la vie des marins. La solidarité des habitants de Todday s’organise. Mais sous le prétexte louable de sauver les matelots en danger, tout est fait par les autochtones pour les détourner du bateau et de la cargaison. Et pour cause : de source sûre, ils ont appris que les cales recèlent des milliers de caisse de whisky… (Bande annonce)

De l’or en barres (The Lavender Hill Mob). Réalisée par Charles Crichton, cette comédie policière sort en1951. Difficile de résister à la tentation lorsqu’on est chargé de convoyer de l’or entre une fonderie et la Banque d’Angleterre. Modeste employé de la prestigieuse institution, Mr Holland (cette fois encore interprété par Alec Guinness) met sur pied un braquage qui lui permet de faire main basse sur les lingots. Encore faut-il sortir le magot du territoire. Avec la complicité d’un artisan nommé Pendleburry, l’or est transformé en petites tours Eiffel qui, censées être en plomb, sont expédiées sans problème à Paris en trompant la vigilance des douaniers. Par mégarde, quelques tours Eiffel sont vendues à des écolières anglaises en visite dans la capitale française, et tout part en vrille… (Bande annonce)

L’homme au complet blanc (The Man in the White Suit). C’est encore à Alexander Mackendrick que les Studios Ealing font appel pour réaliser ce nouvel opus qui sort en 1951. Il y est question d’un ingénieur chimiste, Sydney Stratton, qui met au point dans l’entreprise qui l’emploie un vêtement aux remarquables propriétés : il est tout à la fois inusable et insalissable. Comble de félicité, la fille du patron s’intéresse à lui. Mais cette invention menace les profits et l’emploi. Dès lors, le patronat et les syndicats ouvriers se liguent contre Stratton. L’inventeur n’entend pourtant pas céder aux pressions et alerte la presse. Le ton monte. Stratton est même séquestré… Dès les années 50, c’est déjà de l’obsolescence programmée des produits de consommation qu’il est question dans ce film… (Bande annonce)

Tueurs de dames (Ladykillers). C’est en 1955 qu’est sorti ce bijou d’humour. Mrs Wilberforce, une délicieuse vieille dame, veuve d’un officier de marine et mythomane, vit dans une maison d’aspect baroque. Pour arrondir ses fins de mois, elle y accueille un locataire, le professeur Marcus (Alec Guinness), un homme bien sous tous rapports qui joue du violon et invite ses partenaires de quintette à répéter dans la maison. En réalité, les cinq hommes couvrent l’attaque d’un fourgon blindé qui transporte un important pactole. Pour tromper la vigilance de la vieille dame, ils diffusent sur un phonographe le fameux menuet de Boccherini. Sur fond de rivalité entre les malfrats, les péripéties s’enchaînent et les truands disparaissent l’un après l’autre : le quintette devient un quatuor, puis un trio… (Bande annonce)

De l’humour, une très belle photographie à l’ancienne, des « têtes de l’emploi » savoureuses, des trouvailles scénaristiques, que demander de plus ? Bref, une sélection de films britanniques à voir ou à revoir sans la moindre hésitation !

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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