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De la violence à la barbarie

Je ne sais trop si, de l’une à l’autre il n’y a qu’un pas, mais j’observe qu’on est passé de l’une à l’autre dans presque toutes les sociétés du monde. Les causes sont multiples et des sociologues ou des ethnologues auraient beaucoup plus à dire que moi.

 

Dans la violence, il y a l’idée de force, de contrainte, d’intimidation, de brutalité. La barbarie, c’est tout à fait autre chose. Pour les Grecs, étaient barbares ceux qui étaient incapables de parler leur langue. Il en est resté cette notion de manque de civilisation, et aussi de cruauté, lorsque plus rien ne retient l’individu qui agit de manière inhumaine.

 

Pendant longtemps, il n’y eut guère que Montaigne pour dénoncer l’usage pervers du mot barbarie : « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ». Pour Balzac, la barbarie commençait dans les plaines du Danube. Pour la France colonisatrice, barbare avait à voir avec berbère, donc était synonyme d’Africain.

 

Autant la force, la brutalité peuvent se concevoir dans certaines circonstances, autant la cruauté, donc l’humiliation, sont indéfendables. Or nous en sommes désormais là. Nous vivons actuellement dans un monde complètement éclaté, sans frontières physiques ou mentales, dans l’instantanéité d’un village global. Un président de la République se fait papouiller par deux éphèbes braqueurs, le monde entier en a connaissance dans les cinq minutes qui suivent. Comment une telle image peut-elle contribuer à civiliser des masses au bord de la rupture ? Une haute responsable allemande ouvre totalement les frontières de son pays, deux ans plus tard les prisons comptent près de cent nationalités. Donc des humains perdus, décivilisés, sans repères, des hommes sans femmes, loin de leur culture, lâchés dans l’univers carcéral, c’est-à-dire dans l’univers le plus individualiste qui soit.

 

Selon Jérôme Fourquet, un des responsables de l’IFOP, nous vivons dans une « société d’archipels ». L’hétérogénéité des sociétés européennes, pour ne parler que de celles-là, est non seulement économique (avec des écarts de plus en plus vertigineux entre une petite minorité et la majorité), mais aussi culturelle et ethnique.

 

La France républicaine a longtemps résisté au modèle ethnique anglo-saxon qui a fini par s’imposer dans les faits et dans les têtes. On n’emménage plus dans un quartier en fonction de sa situation ou de sa joliesse mais en se posant la question de savoir quelle ethnie y est majoritaire, avec quelles règles, explicites ou implicites.

 

Le capitalisme financier veut tout cela : des communautés éclatées au-delà de toute solidarité, la compétition dans tous les domaines, une société sans acquis ni conquis, un monde où le seul critère est la valeur marchande d’individus qui ne se pensent plus qu’en opposition aux autres.

 

Nos sociétés ont toujours connus leurs lots de marlous. Aujourd’hui, ils sont désormais beaucoup plus nombreux, systématiquement armés – d’un couteau de cuisine ou d’une Kalachnikov – et ils avancent sans peur d’un lendemain impensé par eux, en bandes ou en loups solitaires (au Royaume-Uni, une attaque à l’arme blanche a lieu toutes les 14 minutes, 250 affrontements de bandes rivales à Paris en deux ans). Ajoutons qu’ils sont souvent armés d’un téléphone portable, la barbarie étant d’autant plus terrorisante qu’elle est filmée.

 

Les médias ne relatent pas tous les actes de barbarie, ce qui peut se comprendre. Y a-t-il des critères de tri de ces informations qui font froid dans le dos ? Difficile de se prononcer. Quelques exemples d’une barbarie normalisée très révélateurs de l’état de décivilisation où nous sommes. Des faits ayant eu lieu ces deux derniers mois.

 

Récemment, en Isère, un garçon de 18 ans, handicapé, malheureusement en rupture d’avec sa famille, a été violé par cinq jeunes de son âge, dont l’un était son ami. Avant cela, ils l’avaient jeté tout nu dans une piscine, lui avaient écrasé des cigarettes sur le corps et l’avaient frappé à coups de chaise.

 

En septembre dernier, de jeunes Havrais se battent à 200 mètres d’un commissariat. Des spectateurs aux anges filment pour Snapchat.

 

Après avoir accouché à la maternité du CHU de Reims, une jeune femme est menacée de mort par un groupe de huit adeptes du vaudou. Dans sa chambre d’hôpital. La voisine de chambre parvient à prévenir son ami. Qui a toutes les peines du monde à entrer dans la chambre. L’un des vaudouistes frappe la voisine d’un coup de coude à la tempe et projette contre un mur le bébé dans son berceau. On sait que, tout comme les écoles, les hôpitaux ne sont plus des espaces sanctuarisés. En Allemagne, des employés d’hôpital dénoncent régulièrement les agressions et les menaces de mort dont ils sont victimes. Ils sont insultés, traités de nazis par des patients armés de couteaux. Des ambulanciers demandent des interrupteurs d’urgence pour alerter la police.

 

Dans ce même pays, un homme âgé de 36 ans, en fauteuil roulant, a été sauvagement agressée, par derrière, dans un bus. Sans aucun motif apparent. La victime a tenté de se défendre. Elle a alors reçu plusieurs coups de poing au visage. L’assaillant est parti sans autre forme de procès. Toujours en Allemagne, un homme de 36 ans a été sauvagement attaqués par quatre adolescents originaires d’Afghanistan et d’Iran. Frappé au visage après un différend verbal avec l’un de ces ados, puis piétiné.

 

Selon France 2, les agents de la RATP, qui sont parmi les rares liens entre le centre des villes et les “ quartiers ”, ont fait l’objet de 24% d’atteintes physiques (insultes, coups de poing, crachat) de plus en 2017 qu’en 2016. Simplement parce qu’ils demandent que les billets soient validés.

 

Á Tours, un quadragénaire handicapé monte dans le tram. Il reçoit sans raison des gifles, des coups de poing, des coups de pied au visage, sur le corps. Son nez est cassé. Une caméra vidéo témoigne d’une violence « inouïe », selon le rapport de police. L’agresseur avait déjà été condamné à neuf reprises.

 

Dans le Val-d’Oise, un ado de 17 ans subit un assaut à coups de béquilles et de boules de pétanque. Les agresseurs, au nombre d’une dizaine, sont mis en examen pour tentative d’homicide.

 

Á Privas, en Ardèche, un handicapé est passé à tabac par trois agresseurs. Á Metz, un homme de 20 ans est tabassé jusqu’à ce que mort s’ensuive. Á Toulouse, dans le quartier Arnaud-Bernard, haut lieu de la vente de drogue, des policiers sont agressés au couteau, au révolver et à l’eau bouillante.

 

Dans le Gard, un homme de 22 ans prend en  stop une femme de 39 ans. Ils passent cinq heures ensemble, à dîner et se promener. De retour de la balade, il se saisit d’une dague de chasse qu’il garde dans la portière de sa voiture. Il poignarde la femme à mort. Il explique aux policiers qu’il n’avait rien contre cette personne : “ Je lui ai dit que c’était juste pour ma découverte personnelle. Je l’ai frappée plusieurs fois, à la carotide, à la tête, puis au cœur. Quand j’ai pensé qu’elle était morte, je suis reparti. Je l’ai fait pour l’expérience, pour savoir ce que cela fait d’ôter la vie. Il y a plusieurs années que j’avais envie de savoir. ” Il n’a pas pu dire aux policiers quel était le prénom de la victime.

 

Dans le Nord, une mère en fauteuil roulant et son fils, également handicapé, sont agressés verbalement par un homme d’une vingtaine d’années. Il insulte le gamin, se moque de lui et tente de le frapper. Le mère tente de le repousser, il l’extirpe de son fauteuil roulant et la jette au sol avant de lui donner des coups de pied dans le dos et de s’enfuir.

 

Á Neuilly, deux gosses de 14 ans se jettent sur une nonagénaire et lui arrachent son collier après l’avoir plaquée contre un grillage. Ce type d’agression de personne très âgée est de plus en plus fréquent.

 

Bernard Gensane

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