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Un lien ?troit existe entre la transformation de notre soci?t? et le mal v?cu subjectivement par les hommes et les femmes de notre soci?t?. Trop souvent, on fait ?tat d?un mal individuel qui ? mon avis, d?coule davantage des failles de notre syst?me capitaliste. Voici mon point?: Si nous reculons de quelques d?cennies, nous pouvons constater [...]

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De la pathologie individuelle, ? la pathologie sociale.

De la pathologie individuelle, ? la pathologie sociale.

Un lien ?troit existe entre la transformation de notre soci?t? et le mal v?cu subjectivement par les hommes et les femmes de notre soci?t?. Trop souvent, on fait ?tat d?un mal individuel qui ? mon avis, d?coule davantage des failles de notre syst?me capitaliste. Voici mon point?:

Si nous reculons de quelques d?cennies, nous pouvons constater que l??tau des interdits ?tait contr?l? par l??glise par l?explication id?alis?e des probl?mes collectifs et individuels. Or, si l?individu se croit lib?r? des interdits, ce qui permet un d?veloppement sans entraves, il vit dans la crainte de ne pas ?tre ? la hauteur de cet imp?ratif de libert?. L?obsession du p?ch? est remplac?e par la peur de la panne, la peur de l?impuissance, d?o? le tableau clinique que nous retrouvons souvent en s?ance de th?rapie?: d?pression, sentiment de vide int?rieur, indiff?rence, etc. L??re de l?individualisation des malaises. Pour reprendre la formule de Robert Elias?: nous sommes de plus en plus une soci?t? des individus et non une soci?t? pr?nant une vision globale et commune.

Toutefois, rappelons-nous d?un principe ?l?mentaire?: chacune des conceptions subjectives d?un probl?me individuel est construite dans un contexte social particulier. L?individu na?t du social et le social est l?individu. Cette liaison d?pend donc de la sp?cificit? d?un peuple, de son histoire, de son ?volution? bref, de son continuum et ses configurations structurelles. Impossible de penser la soci?t? en dehors d?un ph?nom?ne de mouvement continu et de changement.

Si nous nous fions ? l?individualisme am?ricain ?tudi? par Alan Enrhenberg, nous comprenons que pour lui, l?individu est par lui-m?me une institution?: il s?autogouverne, se d?termine et agit par lui-m?me. Il doit ?tre libre de ses choix pour son accomplissement personnel. Si nous nous appuyons sur un fond puritain en analysant le rapport de l?homme en lien avec une vision id?aliste, certes nous pouvons mentionner qu?il s?agit d?un agent moral ind?pendant vou? ? la qu?te de la libert?. Cependant, cette conception de l?autonomie est d?pass?e et devient de plus en plus difficile ? pr?server dans une soci?t? qui se complexifie et dans laquelle les rapports sociaux se d?personnalisent. Nous pouvons donc comprendre dans ce contexte d??volution, l?importance qu?a jou?e le d?veloppement de la psychologie. Elle peut ?tre consid?r?e comme un apport ou comme un support permettant ? l?individu de conserver ou de retrouver une apparence d?autonomie dans une soci?t? qui se modifie. Cette fa?on de traiter les probl?mes s?est impos?e par une psychologie du Moi. Toutefois, je questionne?: ?tre soi-m?me, c?est d?avoir la capacit? ? exercer son autonomie dans le monde social. Non? Nous recherchons alors ? travers les traitements, ? favoriser l?adaptation sociale d?un individu, mais sans jamais re-questionner l??volution de cette m?me soci?t?. Comme si cette ?volution ?tait en dehors de nous, en dehors de notre contr?le. Depuis 20 ans, il y a pourtant ?closion de diagnostics, tels que?: d?pression, personnalit? borderline, personnalit? antisociale, etc.

Selon moi, ces pathologies dites individuelles sont aussi des pathologies sociales, parce que l?autonomie repose sur la capacit? ? l?individu de se r?aliser dans la soci?t?. Comment se r?aliser dans une soci?t? malade?

En effet, l?autonomie est le produit de l?Histoire et elle se retrouve souvent prise entre les conflits politiques et sociaux. Elle est l?expression de l?ind?pendance ? l?int?rieur des int?r?ts g?n?raux ? prot?ger, ce qui est suppos? ?tre le r?le de l??tat, mais les pressions du march? mondialis? nous m?nent vers une d?sinstitutionnalisation, d?-protection, d?-r?gularisation, privatisation et j?en passe?

L?abandon progressif de la soci?t? par l??tat laisse les individus ? eux-m?mes et? aux faiblesses de la soci?t? civile. C?est d?sormais un individualisme de d?-liaison, ce qui d?pouille l?individu des protections publiques n?cessaires ? l?exercice de son autonomie. Nous sommes actuellement comme soci?t? fix?e sur une conception de l?autonomie li?e ? un ?tat id?aliste qui soumet la protection de l?individu ? l?individu sans ?gards aux in?galit?s et ? sa capacit? de d?ploiement de ses ressources personnelles. Le probl?me est remis entre leurs mains et ces m?mes personnes arrivent dans notre bureau d?molies et coupables? mais, coupables de quoi?

Nous sommes davantage une clinique de la perte, perte de confiance en soi li?e, entre autres, ? la perte de son travail ou de son logement, en un mot, ? la pr?carit?? Je l?appelle la clinique de la souffrance sociale. Ces pertes sont toutes en lien direct avec l??volution d?une soci?t? capitaliste qui se refuse de voir ses failles. L?histoire sociale nous montre que pour vivre pleinement sur le plan de notre autonomie et pour chercher ? atteindre un ?quilibre entre l?homme et la soci?t? qu?il cr?e, l?homme doit reposer sur l?existence d?institutions et la pr?sence d?un ?tat favorisant un bien commun. Tout n?est pas affaire de mobilisation personnelle.

Genevi?ve Vadeboncoeur

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  1. avatar

    Si je comprends bien le point ici, les gens sont «malades» parce qu’ils sont de plus en plus libre. C’est cela ?

    Et comme solution, vous demander quoi ? Essentiellement moins de liberté. Ce n’est pas exprimé noir sur blanc mais lorsque l’on fait appel à un équilibre entre l’individu et l’existence d’institutions favorisant le bien commun.

    C’est à ce demander si ce n’est pas la liberté que nous n’aimez pas.

    «Le problème est remis entre leurs mains [ces malades] et ces mêmes personnes arrivent dans notre bureau démolies et coupables… mais, coupables de quoi?»

    C’est la bonne question à ce poser mais je ne suis pas d’accord avec vos réponses.

    «L’abandon progressif de la société par l’État laisse les individus à eux-mêmes et aux faiblesses de la société civile. C’est désormais un individualisme de dé-liaison, ce qui dépouille l’individu des protections publiques nécessaires à l’exercice de son autonomie.»
    Cette affirmation démontre que vous ne considérer pas l’humain comme étant capable d’autonomie. Que sa réalisation doit passer par l’état.
    Et que fera cet état ? Le conforter, le nourrir, le conforter dans ses non-valeurs….

    Et c’est bien là que je penses qu’est le problème.
    Oui, les problèmes de ces gens proviennent de leur environnement social. Mais jamais l’état ne sera en mesure de corriger ceci, il ne peut que mieux soigner les plus malades.

    Le source du problème n’est pas étatique, ni psychologique mais plutôt philosophique. Il est vrai comme vous le dite qu’un individu sans système de valeur, sans philosophie de vie personnelle laissé à lui même sera abandonné.(L’église leur offraient un code moral permettant de contrer ce vide, mais l’église n’est plus là ).

    Personne n’aide les jeunes à se bâtir un tel code moral, système de valeurs. Plus personne ne fait la promotion à nos jeunes de la réussite personnelle, l’importance de l’estime de soi. De l’importance d’accepter la réalité. Que pour vivre moralement, il faut le faire en visant l’indépendance financière autrement c’est refiler notre responsabilité aux autres. L’importance de produire, d’agir, de réussir. L’importance que pour être heureux, il faut avant tout être pleinement.
    Et il faut tout expliquer cela aux enfant bien avant qu’ils n’arrivent tout vides dans votre cabinet car à ce moment, il est vraiment trop tard !

    «Tout n’est pas affaire de mobilisation personnelle.»
    Si vous voulez… Mais dans ce cas, ( si l’on exclus les pathologies physiques), tout est affaire de valeurs, de code moral, de vertu.

    Accuser le capitalisme et la liberté, c’est regarder le monde avec des ornières.
    Ce n’est pas la liberté qui est le problème de notre société mais bien que personne ne montre aux autres comme l’être (libre).