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De la fin d’un monde…

Entre ceux qui pensent que « c’est foutu  ! », qu’il aurait fallu réagir il y a 50 ans, et ceux qui pensent « qu’on s’en sortira », et qu’un monde fini peut s’accoutumer de la croissance infinie, en passant par ceux qui veulent ignorer le danger, qualifiant de catastrophistes ceux qui croient à la fin de la présence humaine sur cette planète, ou même de ceux qui acceptent la « politique des petits pas », accablant le citoyen, et ignorant les plus gros responsables, il y a de la marge.

Aurélien Barrau, fait partie des premiers.

Invité de « l’heure bleue », sur l’antenne de France Inter, le 17 janvier, cet astrophysicien, sortant de son domaine de compétences, décrivait sa vision du monde à venir, de quoi faire gonfler les rangs des collapsologues, déjà pourtant nombreux.

Se défendant d’être un pessimiste anxiogène, il veut seulement partager un constat scientifique : « la vie, sur Terre est en train de mourir. L’ampleur du désastre est à la démesure de notre responsabilité. Plus qu’une transition, je pense qu’il faut une révolution. Et c’est presque une bonne nouvelle ». lien

Si l’on essaye d’analyser froidement sa réflexion, les arguments qu’il a déployés ne manquent pas de pertinence.

Les espèces animales disparaissent les unes après les autres, les glaciers et les banquises fondent à vitesse grand V,

Les pollinisateurs sont de moins en moins nombreux, laissant présager un monde sans fruits, ni légumes, les océans, et fleuves sont envahis par des micro-plastiques, que l’on retrouve déjà dans la chair des poissons,

la pollution nucléaire et chimique s’est installée pour longtemps dans nos vies, à coup de cancers ou leucémies.

Alors les politiques s’engagent, mais la plupart du temps, seulement en parole, Chirac en tête, dénonçant « la maison brûle, et nous regardons ailleurs  », en regardant ailleurs à son tour.

Le romancier Pierre Lemaitre, est en phase avec Aurélien Barrau.

Ce prix Goncourt 2013, s’exprimant dans l’émission « boomerang », brosse un tableau plutôt sombre de ce qui nous attend, avec une montée des eaux atteignant 1, voire 2 mètres...lien

Il est difficile d’imaginer toutes les conséquences d’une telle montée, mais quand l’on songe que les grandes métropoles du monde ont déjà les pieds dans l’eau, on devine aisément que la solution « digues » ne sera jamais que provisoire, et qu’un jour ou l’autre, il faudra bien se résigner à envisager l’accueil de ces millions d’humains obligés de chercher refuge ailleurs.

Selon l’étude de 22 experts, publiée le 21 mai 2019, ce ne sont pas moins de 187 millions d’humains qui seront bientôt rangés dans la catégorie « déplacés climatiques ».

De Shanghai, à Tokyo, en passant par New-York, Miami, Los Angeles, San Francisco, Abidjan, Le Cap, Lagos (avec ses 15 millions d’habitants), Alexandrie (8 millions de personnes)mais aussi Londres, Amsterdam, Bordeaux, Saint Malo, Calais, Dunkerque…nombreuses sont ces grandes villes qui sont menacées à terme. lien

Le chiffre officiel pointe 2050… d’autres plus optimistes repoussent le danger à 2100… mais quid des modèles utilisés ?

On se souvient que, par le passé, les optimistes envisageaient la montée des eaux un maximum de quelques centimètres.

De son côté, Yannick Jadot serait plutôt à classer dans la catégorie de ceux qui, tout en réalisant le danger extrême de la situation, se refuse à envisager le pire, estimant qu’il est encore temps d’agir.

Jadot a le droit d’y croire mais quels sont ses arguments ?

Répondant aux questions d’Ali Baddou, sur l’antenne de France Inter, le leader écologiste s’en prenait à l’état, et à celui qui est à sa tête, lui reprochant de ne pas agir, et d’en rester à la pratique du discours, sans pour autant passer aux actes. lien

Dans le camp des optimistes « raisonnables » on envisage des solutions étranges…comme celle de la voiture électrique par exemple.

Oubliant que cette voiture sera majoritairement nucléaire, avec les conséquences que l’on sait : prolifération des déchets ingérables, qu’il serait irresponsables d’enterrer… l’autre problème étant la batterie, que l’on sait très polluante, et dont le recyclage coute la « peau des fesses », raison pour laquelle, en Europe, les batteries au Lithium ne sont recyclées que dans 10% des cas… et les batteries stockées continuent de polluer l’atmosphère… en attendant un improbable et très cher recyclage. lien

D’autres solutions prônées par « ces optimistes raisonnables » est de montrer du doigt ceux qui se chauffent au bois, ou qui roulent en diésel, baissant pudiquement les yeux sur les gros industriels, le trafic aérien, les paquebots et autres tankers.

Pourtant les gros responsables ne sont pas ceux que l’on croit…un porte-conteneurs produit autant d’oxydes de soufre qu’un million de voitureslien

Quant aux pesticides, comme on l’a vu, les lobbys ont gagné, et repoussé à plus tard leur interdiction…et la piètre mesure prise par le gouvernement démontre le manque d’un engagement efficace et sincère.

La catastrophe « lubrizol » montre aussi le peu d’importance que l’état donne à de telles situations, alors que des quantités d’agents chimiques ont été dispersés des dizaines de kilomètres à la ronde.

Sur le chapitre nucléaire, bien loin d’être une industrie dé carbonée, la volonté de Macron de construire de nouveaux EPR, démontre à quel point il ignore les conséquences mortifères de l’industrie nucléaire, malgré Tchernobyl, et Fukushimalien

Passons maintenant dans le camp des « climato sceptiques ».

Bolsonaro, Trump, ou Scott Morrison, le premier ministre australien, qualifient tout ça de « bull-shit », de fake-news, alors que les incendies à répétition dans leurs propres pays, sont la preuve évidente qu’il y a un problème. lien

Alors où se trouve la vérité ?

Nietzsche ne disait-il pas : « le goût du vrai va disparaitre à mesure qu’il procurera moins de plaisir  »… lien

Qu’elle que sera la vérité, et chacun choisira son camp, faut-il pour autant devenir collapsologue, et se préparer à vivre dans un monde de violence, où, à l’abri dans leurs blockhaus, équipés de purificateur d’eau et d’air, avec des réserves considérables d’aliments en tout genre, des survivalistes tenteront de rester en vie ? lien

Et ça ce n’est pas une fake news, c’est déjà une réalité.

La société américaine Vivos a mis en chantier 600 maisons bunker pour le prix de 25 000 $ l’unité.

Chaque bâtiment peut abriter entre 50 et 100 personnes, garantissant aux occupants une autonomie de 365 jours…et après ? lien

D’autres vont beaucoup plus loin.

Pablo Servigne et Raphaël Stevens, les inventeurs de la collapsologie, cette science de l’effondrement, ont publié la dessus à plusieurs reprises, et le dernier ouvrage paru le 18 octobre 2018, explique comment on pourrait survivre après l’effondrement de notre civilisation.

Sur l’air de « une autre fin du monde est possible  », (le Seuil éditeur-2019) ils imaginent la suite, dans une société désorganisée face à la violence des cataclysmes à venir. lien

On doit à l’ingénieur russo-américain Dmitry Orlov la description des 5 phases de l’effondrement : financier, économique, politique, social et culturel.

Servigne, Stevens, auxquels s’est ajouté Gautier-Chapelle, précisent qu’ils ne prédisent rien, n’ayant aucun moyen d’avoir la preuve de ce qui va arriver, portés simplement par une intuition.

Dérèglement climatique, mais aussi destruction des êtres vivants, fragilité du système financier, sont autant de faits qui ne laissent présager rien de bon, et ils pensent que c’est un leurre d’imaginer que la transition écologique pourra mettre un terme à l’utilisation des énergies fossiles, tant il faudra de sources minérales pour les développer.

Ils ajoutent que l’effondrement économique global passera par une perte de confiance généralisée, à laquelle s’ajouteront d’autres effondrements, comme celui de la disparition massive des oiseaux et des insectes, la catastrophes climatiques aggraveront tout ça dans un immense effet boule de neige. lien

L’avenir nous dira si leur vision était bonne… ou pas.

Comme dit mon vieil ami africain : «  quand on a un marteau dans la tête, on voit tous les problèmes sous la forme d’un clou ».

L’image illustrant l’article vient de bernard-gensane

Merci aux internautes pour leur aide précieuse.

Olivier Cabanel

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11 Commentaire

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    Bonjour Olivier,

    Chaque hiver, quelques coccinelles élisent domicile dans le rideau de bambou de ma salle de bain. Je ne sais d’où elles proviennent (comment elles entrent dans la maison l’automne arrivé, retrouvent leur lieu de prédilection et s’enfuient le printemps venu sans que j’aie pu assister à leur migration) mais cela m’importe peu. Je constate qu’elles prennent grand soin de leur habitat, puisqu’ayant installé pour elles une plante grimpante à la fenêtre, elles s’en nourrissent à raison d’une seule feuille à la fois, préservant ainsi la vie de la plante, laquelle, d’année en année, ne cesse de profiter.

    Et chaque hiver, lorsque je retrouve des coccinelles au même endroit, je me dis que si comme elles les humains avaient porté en eux ce respect pour tout ce qui assure leur survie, le monde ne serait pas devenu un lieu de plus en plus hostile à la vie.

    Bonne journée et merci pour cet article très intéressant!

    • avatar

      bonjour Eylan
      j’ai une affection particulière pour les coccinelles
      on les dit « bêtes à bon dieu »
      je me demande pourquoi?
      et je me demande pourquoi aussi elles ont tant de couleurs différentes?
      rouge noir, jaune noir, etc
      en tout cas, ce sont de terribles prédateurs des pucerons.
      elles m’ont sauvé une sauge attaquée par ceux là, et rien que pour ça, je les en remercie encore.
      bonne journée à toi aussi, et bonne année, puisqu’il n’est pas trop tard?
      🙂

  2. avatar

    Bonne année à vous aussi:)

  3. avatar

    https://www.lapresse.ca/international/europe/202001/21/01-5257639-climat-trump-fustige-les-prophetes-de-malheur-devant-greta-thunberg.php

    Trump fustige les prophètes de malheur…
    Ce qui est à craindre, c’est la vitesse à laquelle peut se détériorer la planète… et le système.
    Tout roule à une vitesse inouïe. On vend de plus en plus de voitures et il est impossible d’arrêter une chaîne de montage (pertes d’emploi), la fragilisation étant le résultat d’une multitude de facteurs et de nécessités économiques.
    2100, c’est loin, en un sens. Mais avec la population qui augmente, on fera face à des problèmes encore plus sérieux et plus rapidement.
    À quoi peut servir la réserve de graines de semences de Svalbard s’il n’y a pas de terre pour les planter ou un climat favorable à leur pousse?

    Merci Olivier.

    • avatar

      il est probable que 2100 soit une date très optimiste…la question restant est-il temps d’agir? ou bien est-ce trop tard?
      merci de ton commentaire

  4. avatar

    Je pense qu’il est trop tard. Le nombre d’interventions requises pour « renverser la vapeur » est impossible à réaliser. Il adviendra que nous serons dans l’obligation de… Et que nous perdrons notre mainmise sur le développement et s’ensuivra un émiettage incontrôlable mais lent.
    Il faudrait arrêter tout en une décennie. Or, le marchandeur n’y tient pas…
    Il y a une planète mais bien des divisions en « pays ». Et en politique au sens d’agissement.
    2050 me semble un passage dangereux. C’est dans 30 ans. On a le temps de faire encore davantage de dégâts que de réparations.
    Bonne journée, ou soirée 🙂

    • avatar

      comme toi, je pense qu’il est bien trop tard
      ce sera pas faute d’avoir alerté comme je l’ai fais, avec tant d’autres, mais sans être pris au sérieux…il y a déjà 50 ans… :-/
      bonne soirée!

  5. avatar

    J’ai également, comme vous, l’impression qu’il est trop tard; mais un petit quelque chose me tarabiscote après avoir avoué cela.

    Lorsque je me dis: « Il est trop tard », je me rend compte que je donne beaucoup trop de « pouvoir » aux hommes.

    Justement ce même pouvoir qu’il se donne lui-même devant tout ce qui existe. Et aussitôt, je regarde l’entropie de la nature et je me rend compte que chaque « bibitte » existante se doit de se manifester à l’intérieur de limites acceptables sinon, la nature la « corrige ».

    Donc, je redéfinis plus spécifiquement mon opinion et je me dis: « Il est trop tard pour la « bibitte » humaine ». Mais je ne sais vraiment pas ce que sera la « correction ».

    • avatar

      vous écrivez « la nature le corrige »…
      oui, évidemment, mais elle le fera réellement lorsque nous aurons disparu de la surface de la planète.
      pour l’instant, la nature subit..puisque notre pouvoir de prédation est immense.
      non?
      merci de votre commentaire.

    • avatar

      Le problème, André, c’est que si la Terre est capable de se réguler elle-même, ça va. C’est depuis que l’homme, cette bibitte intelligente ( sic) a pris le pouvoir sur celle-ci, on sabote SON pouvoir.
      https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/202001/24/01-5258097-les-balkans-etouffent-sous-une-epaisse-brume-toxique.php

      ALLER RESPIRER DE L’AIR … PLUS HAUT

      L’hiver, c’est pire, mais certains n’ont pas le choix. « Se chauffer au charbon au XXIe siècle, c’est préhistorique », constate, amer, Arben Bytyci, ouvrier de 40 ans.

      « C’est affreux. Il n’y a rien de pire, mais que peut-on faire ? », renchérit Sali Ademi, retraité de 78 ans.

      Sarajevo, comme Skopje, est cernée par les montagnes empêchant la pollution de se disperser. La capitale bosnienne est une cuvette où les cheminées fument par dizaines de milliers, prenant au piège ses 340 000 habitants, pour qui la seule solution reste souvent la fuite.

      Sakiba Sahman, 60 ans, emprunte dès qu’elle peut le téléphérique pour grimper à 1160 mètres d’altitude sur le mont Trebevic, au-dessus de la chape de pollution, profitant d’une réduction de 50 % du prix du billet, décidée par les autorités jusqu’à fin janvier.

      _______________
      Qui sait, si par une chaleur extrême nous ne devrons pas aller sous terre pour un peu de fraîcheur?

      Oui, la Terre pourrait s’en tirer, mais il lui faudra se débarrasser d’une tique et je crois que nous en serons la cible.
      Bonne journée!

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