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De l?usage du bon sens en politique

Tout le monde sera d?accord avec moi si j?affirme qu?il vaut mieux ?tre atteint d?une bronchite que d?une pneumonie. Simple question de bon sens. Transpos? sur le plan de l?offre politique, il se trouvera n?anmoins une partie de ces m?mes personnes pour renvoyer dos ? dos la banale bronchite et la redoutable pneumonie comme si ces deux maladies ?taient porteuses d?un danger ?quivalent. Irrationnel, n?est-ce pas??

C?est pourtant tr?s exactement l?attitude que d?fendent ici et l? sur les forums de discussion ou les blogs citoyens une part non n?gligeable des ?lecteurs de gauche dont le poil se h?risse au seul nom de… Dominique Strauss-Kahn. Comme si le patron du FMI et possible candidat du Parti Socialiste ? la pr?sidentielle de 2012 ?tait porteur de toutes les tares de l?ultralib?ralisme et de toutes les tentations de destruction du lien social et du droit du travail ? l?instar de Nicolas Sarkozy, champion de la droite la plus cynique et la plus d?vou?e aux int?r?ts des grandes fortunes* et des patrons du CAC 40. ? entendre certains discours, ? lire certains commentaires, ces deux l? devraient ?tre mis dans le m?me sac, rejet?s dos ? dos, voire clou?s au m?me pilori d?infamie.

Diable?! Voil? des gens qui, faute de pouvoir d?guster leur plat favori lorsque la table sera dress?e, pr?f?reront ne pas s?alimenter plut?t que d?avoir ? choisir entre un plat aux saveurs certes am?res mais malgr? tout consommable, fut-ce au prix de quelques grimaces bien compr?hensibles, et une ragougnasse carr?ment immangeable pour ne pas dire toxique. Car c?est bien de cela qu?il s?agit, et ce n?est pas un strauss-kahnien qui ?crit ces lignes ni m?me un encart? du Parti Socialiste, mais un homme ind?pendant que ses id?es portent plut?t ? la gauche du PS, bien loin des d?rives d?une social-d?mocratie qui a trop longtemps tourn? le dos aux l?gitimes revendications des classes populaires en pr?cipitant une partie de son ?lectorat naturel dans l?abstention ou dans les bras tendus des sir?nes du Front National.

Strauss-Kahn est-il de droite comme l?affirment, parfois avec v?h?mence, les tenants de la gauche radicale?? Est-il de gauche comme le soutiennent avec fougue ses fid?les lieutenants?? Probablement ni l?un ni l?autre, et ? vrai dire cela n?a qu?une importance relative dans le contexte socio-?conomique actuel et la perspective de la pr?sidentielle. Car la seule question qui se pose, relativement ? l?actuel patron du FMI, est la suivante?: faut-il reconduire Sarkozy dans ses fonctions en 2012 et lui permettre de poursuivre le travail de casse d?lib?r?e des acquis sociaux qu?il a engag?, au m?pris des classes populaires et moyennes directement impact?es par ses calamiteux choix politiques, au prix d?une paup?risation croissante des ouvriers et des employ?s, toujours plus mal pay?s, toujours plus pr?caris?s, au prix d?une augmentation sans pr?c?dent du nombre des sans-abri et des mal-log?s??

Un redoutable poison

La question est non seulement d?importance mais centrale car elle se trouvera au c?ur du d?bat politique bien en amont des primaires, en r?alit? d?s que Dominique Strauss-Kahn aura annonc? sa candidature si, comme le pensent la plupart des observateurs, il fait le choix de briguer la pr?sidence. D?s lors la tentation sera grande, chez ses contempteurs de gauche, de noircir le portrait de DSK, de le pr?senter comme un ultralib?ral pur et dur au service des multinationales, comme un alli? consanguin des gros patrimoines, comme un sioniste de la pure esp?ce, totalement sourd aux malheurs du peuple palestinien, et, cerise sur le g?teau, comme un ?rotomane compulsif.

Oui, Dominique Strauss-Kahn est probablement un peu tout cela. Pour autant, ni comme ministre, ni comme d?put?, ni comme maire de Sarcelles il n?a mis en avant, et a fortiori mis en ?uvre, des actions aussi n?gatives que celles que lui pr?tent, ou que lui pr?teront en intention dans les semaines ? venir, tous ceux qui, ? gauche, veulent co?te que co?te lui barrer la route de l??lys?e. Quitte, le cas ?ch?ant, ? pr?cipiter leur camp vers un nouvel et cinglant ?chec, d?sesp?rant pour les millions de travailleurs qui n?en peuvent plus du saccage social orchestr? par la droite.

En l??tat actuel du d?mant?lement des acquis sociaux, les travailleurs fran?ais n?ont pas les moyens de laisser, pour un nouveau quinquennat d?vastateur, le pouvoir ? un Nicolas Sarkozy rendu totalement libre de ses choix socio-?conomiques et de ses d?cisions politiques par l?interdiction constitutionnelle d?exercer un troisi?me mandat. Un Sarkozy qui, r??lu en 2012, se trouverait en situation d?offrir aux grands patrons de l?industrie et de la finance ? moyennant de juteux renvois d?ascenseur ult?rieurs?? les cadres juridiques et r?glementaires dont ils r?vent pour mieux asservir leurs salari?s et g?n?rer les plus gros profits pour eux-m?mes et leurs actionnaires.

Il est hors de question que je vote pour le Parti Socialiste au 1er tour de la pr?sidentielle, faute?d?un candidat de r?el progr?s social, et cela quel que soit le nom qui sera tir? du chapeau des primaires. Mon choix se portera donc probablement sur celui qui, en l??tat actuel de l?offre politique, tient le discours le plus proche des attentes et des int?r?ts des classes populaires?: Jean-Luc M?lenchon. Pour autant, je crois qu?il serait suicidaire de concentrer sur le candidat du PS, quand bien m?me s?appellerait-il Dominique Strauss-Kahn, des attaques par trop virulentes et porteuses d?un redoutable poison de d?faite. En cela, M?lenchon ne doit pas se tromper de combat?: l?adversaire ? abattre en 2012 sera Nicolas Sarkozy ou, si ce n?est lui, le candidat d?sign? par la droite pour poursuivre et amplifier les contre-r?formes voulues par le Medef et les Commissaires europ?ens.

Cela ne signifie pas pour autant qu?il conviendra de rester passif vis-?-vis des socialistes. Bien au contraire il faudra ?videmment faire pression sur les caciques du PS pour qu?ils s?engagent dans une voie de progr?s en rupture avec les d?rives lib?rales de la social-d?mocratie. Mais sans aller jusqu?? hypoth?quer l?issue de l??lection par une agressivit? susceptible de braquer les ?lecteurs du 2e tour. Y compris si le champion d?sign? du PS se nomme Strauss-Kahn.

Le secr?taire national du Parti Communiste, Pierre Laurent, ou le tr?s m?diatique St?phane Hessel, cor?dacteur en leur temps des textes issus des travaux du Conseil National de la R?sistance (CNR), l?ont bien compris?: ils soutiendront le candidat Strauss-Kahn s?il est oppos? ? Sarkozy au 2e tour de la pr?sidentielle. Et tant pis si cela les fait tousser (et nous avec?!) car si l?on peut se relever d?une bronchite, l?issue d?une pneumonie est infiniment plus al?atoire et p?rilleuse. Simple question de bon sens?!

*?Lire le livre des sociologues Michel Pin?on et Monique Pin?on-Charlot ??Le pr?sident des riches??

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