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De JFK ? Obama – Les « faiseurs de pr?sidents » de Chicago

Photo : BL1961 Flickr

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L’?lection du s?nateur de l’Illinois Barack Obama ? la pr?sidence des ?tats-Unis d’Am?rique aura confondu bien des sceptiques. Lors de son discours de victoire, Obama ne manqua d’ailleurs pas de pr?senter les ?tats-Unis comme ?tant « une place o? tout est possible », comme s’il cherchait ? clouer le bec ? ceux qui avaient cess? de croire dans le « r?ve am?ricain ». ?videmment, il est probablement encore trop t?t pour dire si l’administration d’Obama se montrera ? la hauteur des ?normes attentes que suscita sa campagne ?lectorale centr?e sur les th?mes de l’espoir et du changement.

Par contre, il n’y a aucune raison d’attendre davantage pour porter un regard critique sur la machine politique qui se cache derri?re l’homme politique. Malgr? toutes les qualit?s que l’on peut accorder au prochain pr?sident am?ricain, il faut aussi reconna?tre qu’Obama ne serait jamais arriv? l? o? il en est rendu aujourd’hui s’il n’avait pas b?n?fici? du soutien de la puissante machine politique d?mocrate de Chicago. Cette machine d?mocrate formidablement bien huil?e et notoirement corrompue r?gne en ma?tre sur la ville de Chicago depuis plus de trois-quart de si?cle.

Bien que l’emprise de la machine d?mocrate sur cette vaste m?tropole am?ricaine est indiscutable, il reste que la mairie de Chicago est en partie l’affaire d’une seule famille. En effet, au cours de quarante des cinquante-trois derni?res ann?es, le maire de Chicago provenait des rangs de la famille Daley. Richard Joseph Daley, dit « The Boss », dirigea Chicago d’une main de fer pendant pr?s de vingt-et-un ans jusqu’? sa mort, en 1976. Depuis 1989, c’est l’un des fils du « Boss », Richard Michael Daley, qui est aux commandes de Chicago.

C’est donc dire que Richard J. Daley a donn? naissance ? une dynastie politique qui est aujourd’hui plus puissante que jamais. L’app?tit de Daley senior pour le pouvoir ?tait tel qu’il parvint m?me ? se mettre en position d’influer sur le choix du pr?sident des ?tats-Unis lors de plusieurs primaires et campagnes pr?sidentielles. C’est durant les ann?es soixante que le maire Daley a acquis le titre de « king-maker », ou de « faiseur de pr?sident », en raison du r?le controvers? qu’il joua lors des ?lections pr?sidentielles de 1960, qui aboutirent ? la victoire de John F. Kennedy. Un demi si?cle plus tard, le clan de l’actuel maire de Chicago, Richard M. Daley, mit tout son poids derri?re la candidature d’Obama, qui a lui-m?me souvent ?t? compar? au pr?sident Kennedy.

En effet, celui-l? m?me qui ?crivait les discours du d?funt pr?sident, Ted Sorenson, affirmait reconna?tre chez Obama la magie oratoire de JFK. (1) Mais ce n’est pas l? la seule caract?ristique qu’Obama a en commun avec JFK. Il y a aussi l’?ge. JFK avait seulement 43 ans lorsqu’il devint le 35e pr?sident des ?tats-Unis, alors qu’Obama est aujourd’hui ?g? de 46 ans. Le facteur identitaire est ?galement digne de mention. En 2008, Obama devint le premier politicien afro-am?ricain ? occuper la Maison Blanche, alors qu’en 1960, Kennedy ?tait devenu le premier catholique ? acc?der ? la pr?sidence des ?tats-Unis. ? l’?poque, ce n’?tait pas rien dans un pays o? tous les pr?sidents pr?c?dents avaient ?t? des WASP (White Anglo-Saxon Protestant).

Comme JFK en 1960, les d?tracteurs d’Obama ne manqu?rent jamais une occasion de lui reprocher son « inexp?rience » politique. En effet, ? l’instar de JFK, le seul poste de responsabilit? politique qu’avait occup? Obama avant de se pr?senter ? la pr?sidence am?ricaine avait ?t? celui de s?nateur. Mais le point commun le plus important entre les deux hommes politiques est peut-?tre bien l’effet d?cisif qu’ont eu Chicago et sa machine politique d?mocrate sur leur ascension politique respective.

Il est vrai que Obama ne doit pas n?cessairement toute sa carri?re politique ? la machine d?mocrate de Chicago. Toutefois, Obama n’a pas h?sit? ? se servir de ses influents appuis au sein de cette m?me machine d?mocrate comme d’un tremplin pour assouvir ses propres ambitions politiques. C’est d’ailleurs pr?cis?ment ? partir de ce tremplin qu’Obama prit son ?lan pour plonger t?te la premi?re dans la campagne pr?sidentielle de 2008.

Au-del? de la machine d?mocrate, la ville de Chicago en tant que telle joua un r?le d?terminant dans le cheminement de vie d’Obama puisque c’est ? cet endroit que prit forme la vocation politique du prochain pr?sident am?ricain. Surnomm?e « Windy city », ou la « ville des vents », Chicago est une m?tropole du Mid-West bas?e dans l’?tat de l’Illinois. Chicago compte une population de pr?s de 3 millions de personnes, ce qui fait d’elle la troisi?me ville en importance des ?tats-Unis. Si l’on inclut la population vivant dans la r?gion m?tropolitaine commun?ment appel?e « Chicagoland », ce chiffre s’?l?ve alors ? 9,5 millions de personnes.

Il y a quelque chose de profond?ment ironique dans le fait que Chicago fut le berceau politique du premier pr?sident afro-am?ricain de l’histoire des ?tats-Unis. Bien que Chicago jouisse d’une stature de calibre internationale, sa g?ographie urbaine est encore aujourd’hui caract?ris?e par une s?gr?gation raciale que l’on aurait cru r?volue, de sorte que Blancs et Noirs vivent toujours dans des quartiers s?par?s. Et, comble de l’ironie, cette m?me machine d?mocrate qui rendit possible la victoire d’Obama ? l’?lection pr?sidentielle de novembre 2008 fut la gardienne du statu quo s?gr?gationniste durant la majeure partie de son histoire.

« Chicago est une ville s?gr?gationniste. On l’a construite expr?s comme ?a », expliquait Bruce Dold, du quotidien The Chicago Tribune. (2) « Il y a seulement une chance sur vingt-cinq que dans son quartier un Blanc croise un Noir, et vice-versa », ?crivait une correspondante du journal Le Monde dans un article publi? vers la fin des ann?es ’80. Une d?cennie plus tard, on estimait que pas moins de 90% des r?sidents Afro-am?ricains devraient d?m?nag?s pour ?tre int?gr?s au sein des autres quartiers multi-ethniques de Chicago. (3)

Les tentatives r?p?t?es de venir ? bout de ce v?ritable « apartheid urbain » ne furent qu’une suite d’?checs, avec pour r?sultat que Chicago n’a jamais v?ritablement rompu avec ses racines s?gr?gationnistes. Durant les ann?es ’50, l’agence responsable du logement social, la Chicago Housing Authority (CHA), avait bien tent? de promouvoir l’int?gration raciale en logeant des m?nages afro-am?ricains dans des quartiers blancs. Mais chacune de ces initiatives provoqu?rent une r?action violente chez les Blancs racistes, et la CHA finissa par renoncer ? sa politique int?grationniste. Durant les ann?es ’60, le mouvement des droits civils du r?v?rend Martin Luther King tenta de rem?dier ? cette situation mais connut une d?faite cuisante.

Avec la victoire de Harnold Washington aux ?lections municipales de 1983, Chicago se retrouva avec un maire afro-am?ricain pour premi?re fois en 146 ans d’histoire. Or, la vieille garde de politiciens blancs de la machine d?mocrate se servirent de leur majorit? au conseil de ville pour mener une politique d’obstruction syst?matique, for?ant ainsi Washington ? gouverner par veto. Le maire Washington parvint ? obtenir une majorit? lors des ?lections de 1987… mais il mourra quelques mois plus tard !

Avant d’?tre une ville s?gr?gationniste, Chicago est surtout synonyme de corruption et de banditisme dans l’imaginaire populaire. Pour comprendre comment Chicago est devenue la ville par excellence de la corruption, il faudrait remonter jusqu’? la fin du 18e si?cle, ? l’?poque o? la ville des vents tomba sous le contr?le d’un propri?taire d’une maison de jeu ill?gale, Michael Cassius McDonald. Fondateur de la premi?re v?ritable machine politique de Chicago, Mike McDonald travaillait main dans la main avec les truands de tout acabits qui peuplait la ville. (4) On attribue ?galement ? McDonald la cr?ation du premier syndicat du crime de l’histoire de Chicago. (5)

Apr?s la mort de McDonald, en 1907, le crime organis? et la corruption politiques continu?rent ? prosp?rer harmonieusement ? Chicago. Ce n’est d’ailleurs probablement pas un hasard si Chicago devint un des principaux centres du pouvoir de la Cosa Nostra, la mafia italo-am?ricaine. C’est ainsi qu’on retrouve ? Chicago un puissant syndicat du crime appel? « The Outfit » (« L’?quipe ») qui tient le haut du pav? du monde criminel depuis l’?poque d’Al Capone, ce l?gendaire gangster qui fit la pluie et le beau temps durant l’?re de la prohibition.

Bien que l’Outfit est aujourd’hui en perte de vitesse, son influence d?passe n?anmoins largement les fronti?res de l’Illinois, notamment gr?ce au contr?le qu’il exerce sur les activit?s de jeu de Las Vegas. (6) Selon la structure organisationnelle de la mafia italo-am?ricaine, l’Outfit repr?sente les familles suivantes ? la Commission, instance supr?me de la Cosa Nostra : la famille de Los Angeles (Californie), la famille de Tampa (Floride), la famille de La Nouvelle-Orl?ans (Louisianne), la famille de Kansas City (Missouri), la famille de St. Louis (Missouri) et la famille de Milwaukee (Wisconsin). (7)

L’histoire de Chicago est marqu?e par une suite interminable de scandales de corruption les plus retentissants les uns que les autres. C’est une ?quipe de baseball de Chicago, les White Sox, qui fut ?clabouss?e par l’un des pires scandales de toute l’histoire du sport professionnel. Lors de la s?rie mondiale de 1919, les White Sox avaient ?t? d?sign?s comme les grands favoris. Or, ? New York, de myst?rieux parieurs mis?rent une v?ritable fortune sur les adversaires des White Sox, les Reds de Cincinnati. Contre toute attente, ce furent les Reds qui l’emport?rent. On appris ensuite que plusieurs joueurs des White Sox avaient ?t? pay?s pour entra?ner leur ?quipe vers la d?faite. Huit joueurs des White Sox furent bannis ? vie des Ligues majeures du baseball ? la suite de ce scandale.

Au d?but des ann?es ’80, le Federal Bureau of Investigation (FBI), l’?quivalent am?ricain de la GRC, lan?a une enqu?te d’envergure baptis?e Operation Greylord sur la corruption s?vissant au sein du syst?me judiciaire de Chicago. L’enqu?te Greylord r?v?la l’existence d’un r?seau de corruption dans lequel des juges acquittaient des accus?s en ?change de pots-de-vin. Au total, quatre-vingt-douze personnes furent inculp?es, incluant dix-sept juges, quarante-huit avocats et huit policiers. La plupart des accus?s plaid?rent coupables et plusieurs juges furent envoy?s en prison.

Les affaires de corruption continuent d’occuper une place pr?pond?rante dans l’actualit? r?cente de la ville des vents. On a qu’? penser ? Antoin « Tony » Rezko, un promoteur immobilier de Chicago et un ami personnel de longue date d’Obama qui a ?t? trouv? coupable de seize accusations fraude, de tentative de corruption et de blanchiment d’argent, au mois de juin 2008. Au cours des dix derni?res ann?es, Rezko versa des sommes totalisant 150 000 $ ? la caisse ?lectorale d’Obama. Ce dernier d?cida d’ailleurs de restituer une partie des contributions financi?res de Rezko ? des oeuvres de charit?.

Obama a m?me tremp? dans une transaction louche avec son ami Rezko, en juin 2005. Le m?me jour o? le couple Obama fit l’acquisition d’une maison d’une valeur de plus d’un million $ dans un quartier chic de Chicago, Rezko acheta un terrain adjacent, d’une valeur de 625 000 $. Or, ? ce moment-l? Rezko s’?tait d?clar? insolvable pour ?viter d’avoir ? rembourser des cr?anciers qui le poursuivaient devant les tribunaux. Tony Rezko s’?tait servit de sa femme Rita comme pr?te-nom pour proc?der ? l’achat du terrain. Celle-ci a ensuite revendu au couple Obama une partie du terrain ? un prix inf?rieur ? celui du march?. Lorsque l’affaire refit surface au beau milieu des primaires d?mocrates, Obama qualifia cette transaction de « stupidit?. » (8)

Pensons aussi ? Aiham Alsammarae, un homme d’affaires de Chicago qui est un bon ami de Tony Rezko. Originaire d’Irak, Alsammarae revint dans son pays natal apr?s la chute de Saddam Hussein, en 2003, et fut nomm? ministre de l’?lectricit?. Puis, en 2006, Alsammarae devint le premier membre du gouvernement irakien de l’?re post-Saddam ? ?tre emprisonn? sous des accusations de corruption. Quelques mois plus tard, il s’?vada de la prison de Bagdad o? il ?tait d?tenu. Lorsqu’un journaliste am?ricain lui demanda comment il s’y ?tait pris pour fausser compagnie ? ses geoliers, Alsammarae r?pondit, en ricanant : « ? la mani?re de Chicago ». (9)

Pensons ?galement ? Milorad « Rod » Blagojevich, politicien de Chicago et gouverneur d?mocrate de l’Illinois depuis 2003 qui a ?t? arr?t? par le FBI, avec son directeur de cabinet John Haris, sous des accusations de corruption, le 8 d?cembre dernier. L’?coute ?lectronique des conversations de Blagojevich r?v?la notamment que le gouverneur avait litt?ralement mit aux ench?res le si?ge vacant d’Obama au s?nat am?ricain.

Notons que Obama entretient des liens politiques avec Rod Blagojevich depuis la campagne ?lectorale qui mena ? l’?lection de ce dernier au poste de gouverneur de l’Illinois, en novembre 2002. ? l’?poque, Obama avait alors ?t? l’un des plus importants conseillers de Blagojevich. (10) Quatre ans plus tard, Obama se pronon?a en faveur de la r??lection de Blagojevich, et ce, m?me si son administration ?tait d?j? sous enqu?te f?d?rale relativement ? des affaires d’embauches frauduleuses. (11) C’est ce qui fit dire ? l’?ditorialiste de La Presse, Andr? Pratte, que l’affaire Blagojevich ?tait « une premi?re ?gratignure sur la brillante armure de M. Obama. » (12)

Bien entendu, les propos injurieux qu’a tenu Blagojevich ? l’?gard des membres de la future administration pr?sidentielle laissent croire que Obama et son entourage refus?rent de prendre part aux combines du gouverneur cupide. Toutefois, la version contradictoire d’Obama au sujet des communications qu’il a eu avec Blagojevich relativement au choix de son successeur au s?nat ne sont pas de tr?s bonne augure. Ainsi, le lendemain de l’arrestation de Blagojevich, Obama d?clara qu’il n’avait pas ?t? en contact avec le gouverneur. Or, son principal strat?ge, David Axelrod, avait pourtant affirm? le contraire sur les ondes de Fox news, deux semaines plus t?t. (13) Aussi, le fait que Obama ait lui-m?me ?t? interrog? par le FBI dans cette affaire n’est pas n?cessairement ce qu’il y a de plus rassurant. (14)

Chose certaine, l’affaire Blagojevich n’a pas finit de faire de couler de l’encre ne serait-ce qu’en raison du fait que le gouverneur a d?cid? de s’accrocher ? son poste malgr? les appels ? sa d?mission qui ont ?t? lanc?s de toutes parts, incluant par Obama lui-m?me. S’il ?tait trouv? coupable, Blagojevich pourrait ?tre condamn? ? une peine maximale de dix ans d’emprisonnement. Le cas ?ch?ant, il deviendrait le quatri?me des sept derniers gouverneurs de l’Illinois ? se retrouver derri?re les barreaux.

En effet, son pr?d?cesseur, Georges H. Ryan, gouverneur r?publicain de 1999 ? 2003, purge actuellement une peine de 6 ann?es et demi d’emprisonnement apr?s avoir ?t? trouv? coupable de dix-huit accusation criminelles, incluant extorsion, fraude postale, ?vasion fiscale et fausses d?clarations. L’?l?ment d?clencheur de cette affaire de corruption fut un accident de camion au Wisconsin qui avait entra?n? la mort de six enfants. Ce tte trag?die routi?re r?v?la l’existence d’un r?seau de pots-de-vin qui incluait la vente de permis de conduire de poids-lourds ? personnes non qualifi?es.

En 1987, Daniel Walker, gouverneur d?mocrate de 1973 ? 1977, ?copa d’une peine de sept ann?es d’emprisonnement apr?s avoir ?t? d?clar? coupable d’avoir d?tourn? plus d’un million $ provenant d’une institution d’?pargne et de cr?dit qui sera plus tard d?clar?e insolvable, soit la First American Savings & Loan Association de la ville d’Oak Brook, en banlieue de Chicago. La juge qui pr?sida le proc?s estima que Walker s’?tait servi de la banque comme s’il s’agissait de sa « tirelire personnelle. »

Enfin, Otto Kerner Jr, politicien de Chicago et gouverneur d?mocrate de 1962 ? 1968, fut trouv? coupable de dix-sept accusations de pots-de-vin, de complot, de parjure. Notons que Kerner avait ?t? ?lu juge ? la cour d’appel de l’Illinois au moment o? il fut condamn? ? purger une peine de 3 ans de prison et ? verser une amende de 50 000 $. Le scandale ?clata apr?s que la propri?taire d’une piste de course de chevaux, Marge Lindheimer Everett, d?duisit de ses imp?ts les pots-de-vin qu’elle avait vers?s au gouverneur Kerner. Ironiquement, Everett avait agit ainsi parce qu’elle s’imaginait que les pots-de-vin ?taient une d?pense ordinaire et n?cessaire pour faire des affaires dans l’Illinois.

Et il ne s’agit-l? que de la pointe de l’iceberg. Il y a deux ans, le quotidien The Chicago Sun-Times r?v?la qu’au moins soixante-dix-neuf ?lus de Chicago et du reste de l’Illinois avaient ?t? trouv?s coupable d’avoir commis un acte criminel depuis 1972. (15) C’est une moyenne de deux ?lus par ann?e et on ne parle que de ceux qui se sont fait prendre. En plus des trois gouverneurs cit?s ci-haut, la liste du Sun-Times incluait vingt-sept conseillers municipaux, quinze membres de la Chambre de repr?sentants de l’Illinois, dix-neuf juges et deux membres du Congr?s am?ricain. Le Sun-Times rappela qu’? une ?poque le nombre de conseillers municipaux emprisonn?s ?tait si ?lev? qu’au tournant de l’ann?e 1991 le journal avait m?me prit la peine de souligner ? la une qu’aucun ?lu n’avait ?t? inculp? ou condamn? au cours des douze derniers mois !

La corruption politique aurait-elle prit des proportions ?pid?miques dans l’Illinois ? Parlez-en au FBI. Les politiciens et fonctionnaires corrompus donnent tellement de pain sur la planche aux enqu?teurs f?d?raux que le FBI d?cida de former une troisi?me escouade anti-corruption ? Chicago. (16) Cette d?cision est d’autant plus significative quand on sait qu’aucune autre ville am?ricaine ne compte autant d’unit?s polici?res sp?cifiquement assign?es ? lutte anti-corruption, pas m?me Los Angeles ou New York, les deux plus grandes villes des ?tats-Unis.

Bien entendu, la corruption politique n’est pas un ph?nom?ne propre ? Chicago. Toutefois, contrairement ? certaines autres grandes villes am?ricaines qui ont connues leur part de scandales, aucune des r?formes visant ? limiter l’ampleur du patronage et de la corruption qui se sont enracin?es dans les moeurs politiques de Chicago depuis plus d’un si?cle ne purent ?tre men?es ? terme. L’?chec des r?formes peut notamment s’expliquer par le fait que la machine d?mocrate gouverne sans partage Chicago depuis si longtemps qu’on pourrait facilement la confondre avec un parti unique. En fait, le dernier r?publicain ? avoir occup? la mairie de Chicago perdit le pouvoir en 1931. Avec l’arriv?e au pouvoir de Richard J. Daley, l’emprise de la machine d?mocrate ne cessa de s’accentuer.

Dans cette premi?re de deux parties sur les faiseurs de pr?sident de Chicago, le BUREAU DES AFFAIRES LOUCHES reviens sur les moments marquants du r?gne du maire Richard Daley senior, notamment sur ses relations troubles avec l’Outfit, son r?le lors de l’?lection de JFK, son bras de fer avec Martin Luther King, sa gestion d?sastreuse des manifestations en marge de la convention nationale d?mocrate de 1968 et plus encore.

Le Chicago du « Boss »

Avocat de profession, Richard J. Daley se fit ?lire pour la premi?re fois ? la Chambre des repr?sentants de l’Illinois, en novembre 1936. Ironiquement, Daley s’?tait alors pr?sent? sous la banni?re du parti r?publicain, rempla?ant ? la derni?re minute le repr?sentant David Shanahan qui venait de rendre l’?me. Peu de temps apr?s son ?lection, Daley rejoignit le caucus d?mocrate ? la l?gislature. Deux ans plus tard, il fit son entr?e au s?nat de l’Illinois.

En 1946, alors qu’il si?geait toujours au s?nat, Daley se porta candidat au poste de sh?rif de l’immense comt? de Cook, qui englobe Chicago et sa banlieue. Il subissa la d?faite, ce qui n’eut toutefois aucun impact sur le reste de sa carri?re. En fait, il s’agissait l? fut de la premi?re et de la derni?re fois que Daley perdit une ?lection. Devenu leader de la minorit? d?mocrate au s?nat, Daley voyait son influence grandir sans cesse ? l’int?rieur de la machine d?mocrate. En d?cembre 1948, le gouverneur de l’Illinois, Adlai Stevenson, le fit entrer dans son cabinet ? titre de directeur du revenu.

Gravissant un ? un les ?chelons du pouvoir, Daley aspirait ? assouvir ses ambitions politiques sur la sc?ne municipale de Chicago. Une opportunit? s’offrit ? lui lorsqu’il fut nomm? greffier int?rimaire du comt? du Cook, en janvier 1950. Cette fonction essentiellement mondaine repr?sentait un bon tremplin politique puisqu’il s’agissait d’une position permettant d’avoir la main haute sur des centaines de postes au sein de l’administration municipale. Quelques mois plus tard, Daley se pr?senta ? sa propre succession au poste de greffier, ce qui lui donna une visibilit? significative aupr?s de l’?lectorat de Chicago. Il l’emporta haut la main.

En juillet 1952, Chicago fut l’h?te de la convention nationale du parti d?mocrate, lors de laquelle les d?l?gu?s devaient d?signer le candidat ? la pr?sidence des ?tats-Unis. Le s?nateur du Tennessee Estes Kefauver ?tait celui que l’on donnait gagnant. Kefauver s’?tait rendu populaire aupr?s du public am?ricain en pr?sidant le Comit? d’enqu?te sp?cial du s?nat sur le crime dans le commerce entre les ?tats. Les travaux du comit? Kefauver furent diffus?s ? la t?l?vision et eurent un impact retentissant. Pour la premi?re fois, des ca?ds de la Cosa Nostra furent contraints de t?moigner en public. Le directeur du FBI, John Edgar Hoover, fut oblig? de reconna?tre l’existence de la mafia aux ?tats-Unis. Les carri?res de politiciens importants, comme le leader de la majorit? d?mocrate au s?nat am?ricain, Scott Lucas, furent ruin?es.

De son c?t?, le s?nateur Kefauver apparu comme une sorte de h?ros populaire incorruptible aux yeux du grand public am?ricain. Lors de la course ? l’investiture d?mocrate, Kefauver remporta douze des quinze primaires qui avaient ?t? tenues cette ann?e-l?. Il r?alisa m?me un pr?c?dent historique en parvenant ? battre le pr?sident d?mocrate sortant, Harry Truman, lors de la primaire du New Hampshire. Ce faisant, Kefauver se fit de puissants ennemis au sein de son propre parti, incluant certaines grosses huiles de la machine d?mocrate qui ne voyait pas d’un tr?s bon oeil son z?le anti-corruption. Les d?mocrates anti-Kefauver mirent tout en oeuvre pour faire barrage ? la nomination du s?nateur du Tennessee.

C’est ? Chicago que fut stopp?e l’ascension fulgurante de Kefauver. Contre toute attente, l’investiture d?mocrate fut remport?e au troisi?me tour par le gouverneur de l’Illinois, Stevenson. Ce d?nouement inattendu surprenait d’autant plus quand on savait que non seulement Stevenson n’avait pas fait campagne lors des primaires, mais qu’en plus il n’avait m?me pas annonc? sa candidature avant le d?but de la convention. En fait, ce fut l’insistance de ses partisans, parmi lesquels figurait Daley, qui eut raison des r?ticences de Stevenson ? se pr?senter. ? l’?lection pr?sidentielle de novembre 1952, Stevenson dut affronter un adversaire de taille en la personne de Dwight Eseinhower, un g?n?ral ? cinq ?toiles que les d?mocrates avaient eux-m?mes cherch?s ? recruter, en vain. Stevenson fut donc battu, ne recevant que 44 % des suffrages, et Eseinhower devint le 34e pr?sident des ?tats-Unis.

En juillet 1953, Daley devint le pr?sident du Cook County Democratic Central Committee. Il se trouvait d?sormais ? la t?te de la puissante machine d?mocrate de Chicago. Entre-temps, le maire d?mocrate de Chicago, Martin Kennelly, s’?tait rendu impopulaire au sein de son propre parti en instaurant des r?formes visant ? freiner les pratiques de patronage. S’il ?tait encore au pouvoir pour accomplir un second mandat, cela s’expliquait uniquement par l’incapacit? de ses rivaux d?mocrates ? s’entendre sur une solution de rechange. (17) Mais, en d?cembre 1954, ? quelques mois du prochain scrutin municipal, les diverses factions de la machine d?mocrate de Chicago r?ussirent ? s’unir derri?re un candidat. Son nom: Richard J. Daley.

Durant sa campagne pour l’investiture d?mocrate, Daley consacra peu de temps aux bains de foule. Il ne prit pas la peine non plus d’?laborer sa vision des politiques qu’il entendait mettre en place une fois ?lu, ni m?me de prendre position sur les grands sujets de l’heure. Daley concentra plut?t ses ?nergies ? tisser des liens aupr?s des travailleurs d’?lection de la machine d?mocrate. (18) Quant au financement de sa campagne, la machine d?mocrate eut recours aux proc?d?s habituels. Les employ?s municipaux qui devaient leur poste gr?ce au patronage durent verser un ou deux pour cent de leur salaire ? la caisse ?lectorale de Daley. Les entreprises d?sireuses d’obtenir un changement de zonage furent ?galement mise ? contribution, sans oublier toute la gamme d’activit?s ill?gales dont l’existence m?me reposaient sur l’aveuglement volontaire des autorit?s. (19)

? cela s’ajoutait les syndicats, qui, aux yeux des politiciens, repr?sentaient un ?norme potentiel ?lectoral qui pouvait ?tre mobilis? sur demande. Daley b?n?ficia de l’appui des appareils syndicaux comme le Congress of Industrial Organizations et la Chicago Federation of Labor, qui ?tait alors dirig?e par un de ses vieux amis. (20) Pr?cisions qu’? l’?poque, plus d’une centaine d’organisations syndicales ?taient sous le contr?le de la mafia, ? qui elles rapportaient plusieurs millions$ par ann?e. ? l’apog?e de l’empire d’Al Capone, Murray Humphreys, dit « le Chameau », contr?lait ? lui seul plus d’une soixantaine de syndicats. (21)

Certains consid?rait que Humphreys ?tait le v?ritable cerveau de l’Outfit durant les ann?es ’50, et ce, jusqu’? sa mort, en 1965. N’?tant pas italien, « le Chameau » ne pouvait toutefois aspirer ? diriger la mafia de Chicago. Selon une biographie d’Humpreys r?dig?e par le FBI, « le Chameau » ?tait charg? « du maintien des contacts avec les hommes politiques, les avocats, les fonctionnaires et les responsables syndicaux, afin de convaincre ces gens d’agir en faveur des int?r?ts de la p?gre. » (22) Sandy Smith, journaliste du Chicago Sun-Times qui interviewa Humphreys ? plusieurs reprises, confia que le fut? gangster « avait ses entr?es chez les juges, au minist?re de la Justice, aux imp?ts. »

C’est donc parmi les ca?ds de la mafia de Chicago que Daley trouva certains de ses plus fervents partisans. Selon le FBI, Thomas Muzzino, un ami d’enfance de Daley, collecta des fonds aupr?s de la p?gre et servit d’interm?diaire entre le candidat ? l’investiture d?mocrate et le monde interlope. Les liens entre Daley et l’Outfit ?taient si notoires que le quotidien The Chicago Tribune s’?tait m?me permis de pr?dire, peu avant les ?lections, qu’en cas de victoire de Daley, les gens peu fr?quentables « auront assur?ment une puissante influence sur ses d?cisions », s’ils ne dominent pas carr?ment l’h?tel de ville. (23)

Les fa?ons de faire de Daley suscitait donc d?j? des critiques de part et d’autres. Mais Daley pu jouir de l’appui d’une personnalit? politique respect?e, soit le gouverneur Stevenson. Ce dernier n’avait ?videmment pas oubli? le travail que Daley avait accomplit pour lui lors de la convention d?mocrate. C’est ainsi que Stevenson d?fendit publiquement Daley contre les attaques « injustes et trompeuses » de ses adversaires. (24) Le 22 f?vrier 1955, Daley remporta les primaires d?mocrates avec 100 064 votes de plus que son plus proche adversaire, le maire sortant Kennelly.

Apr?s une victoire si ?crasante, remporter l’?lection g?n?rale pr?vue pour le 5 avril suivant n’?tait qu’une pure formalit?. Et ce, d’autant plus que l’adversaire r?publicain, Robert Merriam, ?tait un ancien d?mocrate per?ut par plusieurs comme un imposteur au sein de son propre parti. ? cela s’ajoute le fait que la caisse ?lectorale de Daley s’?levait ? un million $, soit trois fois plus que celle de Merriam. (25) L’?quipe de Daley d?pensa d’ailleurs des centaines de milliers de dollars pour faire sortir le vote. Une partie de cet argent se rendit directement dans la poche d’?lecteurs, ou servit ? financer l’achat de bouteilles de whisky. C’est ainsi que Daley devint maire de Chicago, avec 55 % des suffrages, soit 708 222 votes.

La pr?diction du Chicago Tribune quant ? l’influence du crime organis? ? la mairie ne tarda pas ? se concr?tiser. Comme on dit, un service en attire un autre. En juin 1956, Daley d?mantela l’unit? de renseignement de la police de Chicago qui enqu?tait et infiltrait la mafia locale depuis des ann?es. (26) Surnomm?e « Scotland Yard », l’unit? avait accumul?e des dossiers sur six cents t?tes dirigeantes de l’Outfit et des milliers de subalternes. Mais ce n’?tait pas l? la seule faveur que fit Daley au milieu. Dans le 1er district, qui ?tait repr?sent? par John D’Arco, un conseiller municipal r?put? pour ?tre le porte-parole officieux de la mafia, on ne comptait plus le nombre d’hommes de main du milieu qui trouv?rent du boulot pour la ville. « Ce maire a ?t? bon pour nous », disait Humphreys ? D’Arco lors d’une conversation enregistr?e secr?tement par le FBI, avant d’ajouter: « Et nous avons ?t? bons avec lui. » (27)

Lorsqu’on demanda au maire Daley pourquoi se montrait-t-il si tol?rant envers le syndicat du crime, il r?pondit: « H? bien, ?a existe et on sait qu’on ne peut pas s’en d?barrasser alors il faut vivre avec. Mais il ne faut jamais le laisser devenir si puissant ? un point o? il en vienne ? prendre le contr?le. » (28) Apr?s tout, « le boss » de Chicago, c’?tait Daley et personne d’autre. Il faudra cependant attendre jusqu’au milieu des ann?es soixante pour que le maire Daley commence ? prendre certaines distances avec le crime organis?. (29)

Une fois aux commandes de la ville, Daley ne tarda pas s’imposer en tant que ma?tre absolu de Chicago. D?s son arriv?e ? la mairie, il s’employa ? r?duire les pouvoirs du conseil de ville. D?sormais, toutes les demandes de faveur devaient passer directement par lui. ? chaque jour, Daley pouvait passer des heures ? acceuillir personnellement des visiteurs ? son bureau. « ? cette ?poque, il ?tait impossible de faire des affaires ? Chicago sans passer par le maire Daley », affirma John Johnson, qui ?tait ? la t?te d’un empire m?diatique portant son nom. (30)

?videmment, cette centralisation extr?me des pouvoirs ne fit pas que des heureux parmi les ?lus municipaux. Toutefois, les conseillers municipaux durent y penser ? deux fois avant de tenir t?te au maire Daley. Ainsi, en demeurant le grand patron de la machine d?mocrate, Daley d?tenait un pouvoir de vie ou de mort sur la carri?re politique de la plupart des conseillers municipaux. (31) C’est ainsi que Daley r?gna sans partage sur Chicago pendant plus de vingt-et-un ans.

Malgr? les scandales de corruption qui ternirent de temps ? autre son administration, le maire Daley fut r??lu ? cinq reprises cons?cutives. Son succ?s s’expliquait notamment par l’appui enthousiaste du milieu des affaires, qui appr?ciait le penchant de son administration envers les projets de construction ambitieux, comme la place McCormick, l’a?roport O’Hare et l’Universit? de l’Illinois. Sous le r?gne de Daley, les gratte-ciels se mirent ? pousser comme des champignons au centre-ville de Chicago, incluant le Sears Tower, qui est le plus haut ?difice des ?tats-Unis depuis 1973.

Surtout, les victoires ?lectorales de Daley s’appuyait sur une machine de patronage particuli?rement bien huil?e. ? son plus fort, la machine d?mocrate contr?lait jusqu’? 40 000 postes dans la fonction publique municipale. (32) Il s’agissait-l? d’une vaste arm?e politique pr?te ? travailler d’arrache-pied pour les candidats d?mocrates ? chaque ?lection. Comme une bonne partie de ces emplois ?taient temporaires et renouvelables ? chaque deux ou quatre mois, ceux qui ne faisaient pas de travail ?lectoral pour la machine courraient le risque de se retrouver au ch?mage. (33)

Selon certaines estimations, chaque employ? qui devait son poste au patronage pouvait rapporter en moyenne dix votes ? la machine d?mocrate : le sien, ceux des membres de sa famille et ceux de ses amis. Ainsi, ces 40 000 postes pouvaient se traduire par 400 000 votes lors d’une ?lection g?n?rale municipale, ce qui est ?videmment ?norme. (34)

Bien que l’?lectorat noir vota massivement en faveur de Daley en 1955, celui-ci ne nomma aucun politicien afro-am?ricain ? des postes d’une importance quelconque. La communaut? afro-am?ricaine, qui repr?sentait alors pour 19 % de la population de Chicago, demeura nettement sous-repr?sent?e au sein des institutions publiques et resta confin?e aux quartiers pauvres de la ville. Il faudra attendre cinq ans apr?s son accession au pouvoir avant que Daley ne daigne accueillir un Afro-am?ricain au sein de son cabinet. Les intimes de Daley, incluant ceux qui l’affectionnait, reconnaissent aujourd’hui que le racisme ?tait fort r?pandu parmi ses plus proches collaborateurs.

L’establishment politique de Chicago s’opposait depuis toujours ? l’int?gration raciale, et Daley lui-m?me ne faisait pas exception. Dans ses d?clarations publiques, Daley soutenait officiellement le droit des r?sidents Noirs de s’installer dans n’importe quel quartier de la ville. En m?me temps, Daley ne voulait pas donner l’impression qu’il favorisait l’int?gration raciale, de crainte de perdre des appuis au sein de l’?lectorat Blanc. (36)

Derri?re ses palabres contre la violence et pour l’harmonie raciale, « le boss » ne cherchait qu’? gagner du temps tout en ?vitant de se positionner clairement sur cette question explosive. Durant l’?t? 1957, lorsque Chicago fut ? nouveau le th??tre de violences raciales, les partisans de l’int?gration critiqu?rent le silence du maire Daley. (37)

Le c?t? obscur de l’ascension de JFK

1956 ?tait une ann?e ?lectorale. En plus de la campagne pr?sidentielle, le poste de gouverneur de l’Illinois et un si?ge au s?nat am?ricain ?taient aussi en jeu ainsi que plusieurs autres fonctions ?lectives. En tant que grand patron de la machine d?mocrate du comt? de Cook, le maire Richard J. Daley pesa de toute son influence dans le choix des candidats d?mocrates ? tous les ?chelons du gouvernement. (38) Cette ann?e-l?, l’?lection pr?sidentielle avait cependant des airs de d?j? vu. Eseinhower sollicita un second mandat, Adlai Stevenson ?tait de nouveau candidat ? l’investiture d?mocrate et Chicago accueillit encore une fois la convention nationale d?mocrate.

Daley fit activement campagne pour Stevenson, allant m?me jusqu’? le qualifier publiquement de « plus grand homme d’?tat de notre ?re. » (39) Stevenson remporta l’investiture par une ?crasante majorit?, en receuillant l’appui de 905 d?l?gu?s contre seulement 210 pour son plus proche adversaire, le gouverneur de New York Averell Harriman. Rompant avec la tradition, Stevenson soumis le choix de son colistier aux d?l?gu?s de la convention. La d?l?guation de l’Illinois, qui ?tait sous le contr?le quasi-exclusif de Daley, se rangea dans le camp d’un jeune s?nateur du Massachussetts relativement peu connu ? l’?poque. Son nom ? John F. Kennedy… (40)

? l’instar de Daley, le s?nateur Kennedy ?tait un catholique de descendance irlandaise. ? cette affinit? confessionnelle s’ajoutait d’autres liens. Daley ?tait en bons termes avec le p?re de JFK, Joseph P. Kennedy, qui ?tait le propri?taire du Merchandise Mart, le plus gros magasin de tout le Chicago m?tropolitain. Les liens entre Joe Kennedy et le maire de Chicago remontaient ? l’?poque o? Daley si?geait encore ? la l?gislature de l’Illinois. (41)

Enfin, le beau-fr?re de JFK, Sargent Shriver, ?tait ? la fois le directeur du Merchandise Mart et le pr?sident du Chicago Board of Education, une instance relevant de l’administration Daley. JFK passa ? deux doigts de remporter la nomination, mais ce fut finalement le s?nateur Kefauver qui eut le dessus. N?anmoins, cet ?pisode permit ? JFK de se faire conna?tre aupr?s d’un public plus large. Un avenir politique prometteur semblait s’annoncer ? lui.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la machine d?mocrate fit pi?tre figure cette ann?e-l?. Non seulement Eseinhower a-t-il encore une fois battu Stevenson, en lui infligant une d?faite encore plus cinglante qu’en 1952, mais les r?publicains de l’Illinois conserv?rent ? la fois le poste de gouverneur et leur si?ge au s?nat am?ricain. Compte-tenu du r?le pr?pond?rant jou? par Daley durant ces campagnes, certains d?mocrates m?contents remirent en question son leadership ? la t?te de la machine du parti. Bien qu’il rejetta ces critiques, Daley n’?tait pas sans ignorer le sort r?serv? aux perdants en politique. Il s’attela donc ? la t?che de r?organiser la machine d?mocrate en vue du prochain grand rendez-vous ?lectoral. Ce qui nous am?ne ? 1960…

Cette ann?e-l?, le s?nateur Kennedy et son clan se donn?rent ? fond pour conqu?rir l’investiture d?mocrate, puis la pr?sidence des ?tats-Unis. Dans son livre de souvenirs publi? en 1965, Ted Sorenson, l’un des plus fid?les collaborateurs de JFK, donna un aper?u de la campagne essouflante men?e par l’aspirant ? la pr?sidence am?ricaine : « Rien qu’en 1960, il avait parcouru plus de 100 000 kilom?tres en avion, dans plus de douze ?tats, souvent ? l’occasion de primaires cruciales, et presque toujours avec sa femme. Il avait prononc? 550 discours sur tous les sujets imaginables. Il avait vot? ou pr?sent? des lois, s’?tait exprim? sur toutes les questions de l’actualit? sans jamais se r?tracter. » (42)

Mais JFK ne devait pas sa victoire qu’? son travail ?lectoral acharn?. Les gros bonnets de la politique et de la p?gre de Chicago jou?rent ?galement un r?le crucial. Si Sargent Shriver ?tait le directeur de la campagne de JFK dans l’Illinois, il reste que dans les faits, le vrai patron c’?tait Daley. (43) Un vieil ami de Shriver, James B. McCahey, joua un r?le significatif lors des primaires d?mocrates. McCahey ?tait pr?sident d’une compagnie de charbon de Chicago et un important collecteur de fonds du maire Daley. Lors des primaires, McCahey fut charg? de diriger la campagne du s?nateur Kennedy dans le sud du Wisconsin. (44)

JFK b?n?ficia ?galement de l’aide du parrain de la mafia de Chicago, Sam Giancana, dit « Mooney ». Giancana avait ?t? un tueur ? gages d’Al Capone dans le quartier de la Petite Italie de Chicago. ? l’?ge de vingt ans, on disait qu’il avait d?j? des dizaines de meurtres ? son actif. Criminel de carri?re, Giancana fut arr?t? ? une soixantaine de reprise au cours de sa vie. ? la fin des ann?es ’50, les casinos de Las Vegas et de La Havane, ? Cuba, l’avaient rendu millionnaire. Son organisation contr?lait au moins six des quartiers les plus peupl?s de Chicago. L’influence de Giancana s’?tendait aussi aux milieux du show business, notamment aux gens du spectacle qui devaient verser d’importantes sommes d’argent pour se produire dans les casinos contr?l?s par l’Oufit. (45) Giancana entretint ?galement une longue relation avec la chanteuse Phyllis McGuire, du populaire trio The McGuire Sisters.

L’implication d’un personnage comme Giancana dans la campagne de Kennedy n’avait rien de particuli?rement ?tonnant. Apr?s tout, le patriarche de la famille, Joe Kennedy, avait d?velopp? ses propres entr?es dans le monde interlope durant les ann?es ’20 et au d?but des ann?es ’30, lorsqu’il trempait dans la contrebande d’alcool. (46) D’ailleurs, les t?moignages sur la collusion entre l’Outfit et la campagne de JFK sont abondants, notamment dans le livre choc, « La face cach?e du clan Kennedy », du journaliste Seymour Hersh, qui fut laur?at du prix Pulitzer en 1970.

Dans son livre, Hersh interviewa Tina Sinatra, la fille du c?l?bre chanteur de charme am?ricain du m?me nom dont les liens avec la p?gre avaient ?t? document?s par le FBI. (47) Celle-ci r?v?la ? Hersh que Frank Sinatra sollicita personnellement Giancana, ? Hyannis Port, ? la fin de 1959, pour qu’il use de son influence afin de donner un coup de pouce ? Kennedy. « Je crois en cet homme et je crois qu’il fera un bon pr?sident. Avec votre aide, je pense que nous pouvons y arriver », plaida le roi des crooners au ca?d mafieux. (48)

Hersh interviewa ?galement Jeanne Humphreys, la deuxi?me ?pouse de Murray Humphreys. « Je sais tout sur les Kennedy et les ?lections. ?a a ?t? au centre de notre vie pendant toute l’ann?e 1960 », confia Mme Humphreys. (49) Selon elle, son mari s’?tait oppos? ? l’id?e de soutenir JFK. Humphreys gardait un souvenir amer de sa collaboration avec Joe Kennedy ? l’?poque de la prohibition. « Murray disait que c’?tait un bluffeur et un tricheur », se rappellait-elle.

Les t?tes dirigeantes de l’Outfit tranch?rent la question lors d’un vote, mais Humphreys fut le seul ? se prononcer contre. « Il lui a ?t? tr?s p?nible de devoir soutenir Kennedy comme les autres. ?a lui restait sur l’estomac », expliqua Jeanne Humphreys. « Mais il a ob?i. La garantie donn?e par Joe Kennedy ?tait que les enqu?teurs laisseraient l’organisation tranquille. Moi, j’?tais tr?s na?ve. Je ne savais pas qu’un pr?sident pouvait ?tre ?lu gr?ce ? la p?gre de Chicago. Dans mon ignorance, je croyais que la majorit? d?cidait. » (50)

Hersh ?crivit aussi que Robert J. McDonnell, avocat sp?cialis? dans la d?fense des chefs mafieux, lui affirma avoir contribu? ? organiser une rencontre entre Joe Kennedy et Giancana. (51) ? l’?poque, McDonnell connaissait d’importants probl?mes financiers en raison de son alcoolisme et de sa passion du jeu, ce qui l’amena ? offrir ses services ? la p?gre. Il ?pousa la fille de Giancana durant les ann?es ’80.

« Je ne sais pas quels accords ont ?t? conclu ni quelles promesses ont ?t? faites ; mais je peux vous dire que Mooney avait beaucoup d’atouts dans son jeu », expliqua McDonnell en faisait r?f?rence ? Giancana. « Il pouvait placer des hommes dans chaque circonscription pour assister les responsables des bureaux de vote, de m?me qu’il pouvait ordonner aux syndicats de faire campagne pour Kennedy. Je sais bien qu’aujourd’hui, ils ne votent plus comme on le leur dit, mais c’?tait diff?rent en 1960. Mooney savait se faire ob?ir. » (52)

C’est en janvier 1960 que le s?nateur Kennedy donna officiellement le coup d’envoi ? sa campagne en annon?ant sa candidature ? l’investiture d?mocrate. JFK d?sirait participer ? des primaires dans plusieurs r?gions du pays. Faire bonne figure aux primaires, c’?tait encore la meilleure fa?on d’impressionner les bonzes du parti. Kennedy avait d’autant plus int?r?t ? mettre les bouch?es doubles qu’il devait aussi faire la preuve que son catholicisme ne constituait pas un handicap insurmontable ? ses ambitions pr?sidentielles. ? l’?poque, de nombreux protestants craignaient qu’un catholique ? la Maison Blanche ne devienne une marionette du pape recevant ses ordres du Vatican.

Afin d’?viter d’avoir ? mener une campagne intensive ? travers l’ensemble des ?tats-Unis, JFK scella des alliances avec des politiciens locaux dans certains ?tats cl?s, comme la Californie et l’Ohio. Par contre, une victoire aux primaires du Wisconsin, en avril, aurait une signification r?elle, car il se pr?sentait contre le populaire s?nateur Hubert Humphrey de l’?tat voisin du Minnesota. (53) Malgr? la sup?riorit? ?crasante de sa machine ?lectorale et de ses moyens financiers, les r?sultats obtenus au Wisconsin furent bien en-dessous des attentes du clan Kennedy.

JFK ne parvint qu’? arracher qu’une victoire modeste qui avait des allures de d?faite aux yeux de plusieurs observateurs. Certes, Kennedy ?tait arriv? en t?te en obtenant 40 % de l’ensemble des suffrages, et 56 % des voix d?mocrates (les primaires du Wisconsin ?tant « ouvertes », de nombreux r?publicains avaient accord? leur vote ? Kennedy). Mais JFK devait une bonne partie de son score ? l’appui qu’il re?ut dans trois circonscriptions du Wisconsin ? forte majorit? catholique. Dans les quatre circonscriptions domin?es par les protestants, il mordit la poussi?re. Kennedy ?tait conscient que ce n’?tait pas avec ce genre de r?sultats qu’il convaincera les dirigeants du parti qu’il est le meilleur espoir des d?mocrates pour la pr?sidence.

Pour sa part, son adversaire Humphrey, qui disposait de moyens bien plus modiques, affirma avoir remport? une victoire morale sur la « grande surface » de Kennedy. Gonfl? ? bloc, Humphrey d?fia publiquement JFK de l’affronter lors des primaires pr?vues pour le mois de mai en Virginie occidentale. Les responsables de la campagne de JFK r?alis?rent bien vite que le catholicisme du candidat ? l’investiture repr?sentait un obstacle majeur dans cet ?tat o? la population ?tait protestante ? 95 %. Craignant que le travail d’arrache-pied qui ?tait entrepris encore une fois par les membres du clan Kennedy pourrait se r?v?ler insuffisant pour venir ? bout de l’anti-catholicisme s?vissant en Virginie occidentale, les strat?ges de la campagne d?cid?rent d’innonder d’argent cet ?tat en proie ? des difficult?s ?conomiques. (55)

Dans son autobiographie, « The Education of a Public Man », Hubert Humphrey r?v?la que l’archev?que de Boston, Richard Cardinal Cushing, lui avait avou? le r?le qu’il joua lors des primaires en Virginie occidentale. « Je lis les livres ?crits par tous ces jeunes loups proches de John Kennedy, et qui se flattent de l’avoir fait ?lire », lui dit le pr?lat, ajoutant: « Mais je vais vous dire la v?rit? : c’est son p?re Joe et moi qui avons construit son succ?s, ici m?me dans cette pi?ce. » Ainsi, l’archev?que de Boston et le patriarche de la famille Kennedy d?cid?rent de verser de l’argent ? diverses ?glises protestantes. « Nous avons d?cid? quelle ?glise, quel pr?dicateur et quelle somme leur donner: cent, deux cents, cinq cents dollars », confessa Cushing. (56)

Mais ce n’est pas tout. McCahey, le collecteur de fonds du maire Daley, r?v?la ? Hersh que le versement de pots-de-vin en Virginie occidentale avait commenc? d?s octobre 1959. Les responsables d?mocrates de chaque comt? re?urent en moyenne 5000 $ chacun, soit environ 275 000 $ en tout. (57) « Mais ?a n’avait pas march?. On ne se pr?sente pas ? la primaire comme ?a », expliqua McCahey. C’est d’ailleurs lui qui conseilla aux Kennedy « de tout oublier et de recommencer ? z?ro » en adoptant une nouvelle strat?gie.

« C’est le sh?rif qui compte, c’est son nom qu’on voit sur les banderoles politiques quand on arrive en ville. C’est ? lui qu’il faut graisser la patte », affirma-t-il. (58) C’est ?galement le sh?rif ? qui revenait la responsabilit? d’embaucher des scrutateurs pour le scrutin ainsi que de dresser les listes de candidats officiellement d?sign?s par leur parti. Dans cet ?tat, il ?tait courant que certains candidats paient la totalit? ou une partie des co?ts engendr?s par les ?lections afin d’avoir le privil?ge d’?tre plac? en haut des listes. (59)

Hersh a ?galement parl? avec un des organisateurs de la campagne de Humphrey, Rein Vander Zee, lequel fut ? m?me de constater les ravages de la nouvelle strat?gie du clan Kennedy. Ex-agent du FBI, Vander Zee ?tait charg? plus pr?cis?ment de traiter avec les sh?rifs de Virginie occidentale ? lesquels avaient accept? de soutenir son candidat moyennant certaines contreparties mon?taires. « Quatre ou cinq jours avant les primaires, voil? que je n’arrive plus ? joindre certains de mes gars », raconta Vander Zee. « Flairant le sale coup, je monte dans ma voiture et commence ? patrouiller en ville. Comme par hasard, les sh?rifs ?taient eux aussi introuvables, et toutes les pancartes avaient ?t? remplac?es par celles de Kennedy ! » (60)

Enfin, Hersh rapporta que des journalistes de l’influent quotidien The Wall Street Journal pass?rent cinq semaines en Virginie occidentale pour y ?crire un article au sujet des primaires. Selon Hersh, ceux-ci « d?couvrirent que les Kennedy avaient transform? ce qui n’?tait qu’une fraude ?lectorale traditionnelle somme toute limit?e en une v?ritable machine de corruption s’?tendant ? tout l’?tat. Ils parvinrent ? la conclusion que le clan avait investi une fortune ? dont une bonne part provenait de Chicago, o? R. Sargent Shriver, beau-fr?re de JFK, repr?sentait les int?r?ts commerciaux de la famille. » (61)

Les journalistes apprirent aussi que l’essentiel de l’argent fut remis ? McCahey. Celui-ci se d?fendit de ces all?gations en affirmant ? Hersh que son r?le s’?tait limit? ? pr?cher les m?rites de JFK aupr?s des enseignants de chaque comt?. (62) Toujours est-il que le Wall Street ne publia jamais cette enqu?te journalistique explosive, la direction du prestigieux quotidien ayant exig? que certaines des sources soient nomm?es, ce qu’aucune n’accepta.

? cela s’ajoutait l’argent de la mafia. Le responsable de cette lev?e de fonds particuli?re fut Paul D’Amato, dit « Skinny », qui ?tait propri?taire d’une bo?te de nuit dans le New Jersey et devint, en 1960, directeur d’une maison de jeu du Nevada dans laquelle Sinatra et Giancana poss?daient des parts. D’Amato avait pos? une condition : si JFK ?tait ?lu, son administration devait annuler l’ordre d’expulsion ?mis ? l’encontre d’un chef de gang du New Jersey, Joey Adonis. (63)

Apr?s avoir re?u des garanties de la part Joe Kennedy, D’Amato passa le chapeau et collecta la somme de 50 000 $ aupr?s de divers ca?ds du monde interlope. Des conversations t?l?phoniques intercept?es par le FBI confirm?rent par la suite l’existence de contributions financi?res de la p?gre ? la campagne de JFK en Virginie occidentale. Les fonds recueillis par D’Amato se rendirent ensuite dans les poches des sh?rifs de comt?. (64)

Fort de tout ces appuis, JFK remporta la primaire de Virginie occidentale haut la main. Il fut majoritaire dans quarante-huit des cinquante-cinq comt?s que compte l’?tat et re?ut 84 000 voix de plus que Humphrey. Le clan Kennedy devait son succ?s autant ? sa pers?v?rance qu’? la fortune investie par le patriarche en Virginie occidentale, qui s’?leverait ? 2 millions $, une somme qui ?tait alors sans pr?c?dent dans l’histoire des ?tats-Unis. (65) « Avec l’argent que John Kennedy et son p?re ont distribu? de tous c?t?s, la Virginie occidentale pourra se passer d’aide publique pendant une quinzaine d’ann?es?, ironisa le s?nateur d?fait Humphrey avant de se retirer de la course ? l’investiture. (66)

Salu? par le New York Times comme un « grand chambardement », le triomphe de Kennedy en Virginie occidentale repr?senta un incontestable point tournant dans les primaires d?mocrates. (67) Cette victoire fit en effet une forte impression aupr?s des d?mocrates de tout les ?tats-Unis. Kennedy se servira de ses r?sultats en Virginie occidentale pour souligner sa capacit? ? rallier le vote protestant. ? partir de ce moment, son catholicisme cessa d’?tre per?u comme un s?rieux handicap aux yeux d’un nombre grandissant de dignitaires du parti. (68) Avant la fin du mois de mai, JFK avait gagn? sept primaires, en partie gr?ce au soutien de ceux qui s’empressaient d’embo?ter le pas ? celui que l’on d?signait d?sormais comme le meneur.

Quand JFK en doit une
? la machine de Chicago

La convention nationale d?mocrate se tint ? Los Angeles, en juillet 1960. Dans les jours pr?c?dent la convention, Murray Humphreys s’installa avec son ?pouse ? l’h?tel Hilton sans jamais le quitter. Jeanne Humphreys raconta ? Hersh ce qui s’y passait. « Nous n’y s?journions pas : nous y ?tions quasiment prisonniers. Je n’avais pas le droit de sortir car nous ?tions certains d’?tre surveill?s. Tout ?tait tr?s secret. Murray recevait beaucoup de coups de fil de politiciens et de responsables des Teamsters. » (69) Les syndicalistes li?s ? l’Outfit d?barquaient ? l’h?tel afin de « recevoir leurs intructions de Murray », se rappellait-elle. « Tout le pays ?tait l? : les Teamsters d?barquant ? l’h?tel arrivaient des quatre coins des ?tats-Unis. L’organisation de Chicago coordonnait tout : le Kansas, St. Louis, Cleveland. »

JFK remporta ais?ment la convention d?mocrate au premier tour, avec les voix de 806 d?l?gu?s sur 1520. Il s’agissait de la deuxi?me fois dans l’histoire du parti qu’un catholique remporta l’investiture. Apr?s sa victoire, Kennedy invita certains d?mocrates influents ? sa suite au Biltmore Hotel pour discuter du choix de son colistier. Parmis eux se trouvait le maire Richard Daley, qui avait contribu? ? la victoire de JFK. En effet, Daley contr?lait cinquante des soixante-neuf d?l?gu?s de l’Illinois et seuls dix d?l?gu?s de cet ?tat attribu?rent leur support ? un autre candidat que Kennedy. (70) Pour cette raison, Daley s’imaginait qu’il pouvait exercer une influence d?cisive sur JFK dans le choix de son collistier. Le « boss » de Chicago voulait un candidat qui aiderait l’ensemble des d?mocrates ? faire bonne figure dans l’Illinois, qui ?tait encore loin d’?tre gagn? pour Kennedy.

Daley arr?ta son choix sur le s?nateur du Missouri, Stuart Symington, qui avait obtenu l’appui de six d?l?gu?s de l’Illinois. Le maire de Chicago se montra plut?t ti?de envers le candidat que privil?giait Kennedy, soit le leader de la majorit? d?mocrate au s?nat am?ricain, le texan Lyndon B. Johnson, qui ?tait arriv? deuxi?me derri?re JFK ? la convention. Daley craignait notamment que ce Blanc du sud suscite peu d’enthousiasme aupr?s de l’?lectorat noir de l’Illinois. Lorsqu’il vit le peu d’effet qu’a eut cet argument sur Kennedy, le « boss » de Chicago insista sur l’importance de l’appui qu’il lui avait offert lors de la convention. Ce ? quoi JFK r?pliqua s?chement : « Ni vous, ni personne d’autre ne nous a permis de d?crocher cette nomination. Nous l’avons fait nous-m?mes. » C’est ainsi que Johnson devint le collistier de Kennedy. (71)

De son c?t?, le parti r?publicain tint sa convention nationale ?… Chicago. L’investiture revint sans surprise ? Richard Nixon, qui avait ?t? vice-pr?sident des ?tats-Unis durant les huit ann?es que dura l’administration Eseinhower. ? quelques jours du scrutin pr?sidentiel de novembre 1960, le couple Humphreys s’enferma ? nouveau dans une chambre d’h?tel. « Quand nous sommes revenus en octobre, c’?tait surtout pour veiller ? ce que tout se passe comme pr?vu », relata Jeanne Humphreys. (72) ? ce moment-l?, de plus en plus de gens flairait qu’il y avait anguille sous roche. En effet, quelques jours avant la tenue du vote, Chicago fut envahie par une rumeur voulant que Daley s’appr?tait ? voler l’?lection pour le compte de Kennedy.

Ainsi, une enqu?te du Chicago Daily News r?v?la que la table ?tait mise pour une fraude ?lectorale massive. Sur les 180 employ?s du Bureau des commissaires ?lectoraux, soit l’organisme mandat? pour veiller ? l’int?grit? du processus ?lectoral, seulement quatre n’?taient pas li?s ? la machine d?mocrate. Le Daily News rapporta ?galement que le nom de milliers d’?lecteurs non-?ligibles ?tait inscrit sur les listes ?lectorales. Le pr?sident du Comit? pour des ?lections honn?tes, David Brill, demanda ? ce que des observateurs neutres soient post?s dans les bureaux de scrutin. Brill voulut rencontrer Daley pour en discuter, mais ce dernier refusa, en l’accusant d’?tre un r?publicain. (73)

Les efforts r?publicains furent aussi la cible de sabotage. Les employ?s de la ville enlevaient uniquement les affiches ?lectorales du camp r?publicain. Des propri?taires de maison qui avaient pos?s des affiches ?lectorales pro-r?publicaines dans leurs fen?tres re?urent m?me des menaces de la part d’employ?s municipaux. D?cid?ment, la machine d?mocrate ne voulait rien laisser au hasard. De leur c?t?, les organisateurs ?lectoraux et les employ?s municipaux subissaient une pression intense pour qu’une parade populaire qui devaient se tenir ? Chicago, le 4 novembre, avec ? sa t?te JFK et Daley, soit couronn?e de succ?s. Si l’estimation d’un million de participants ? la parade mise de l’avant par l’administration Daley ?tait sans doute exag?e, il reste que la foule ?tait massive. (74)

Le 8 novembre, soit la journ?e du scrutin, le clan Kennedy passa toute la nuit ? attendre la tomb?e des r?sultats, qui ?taient rendus ?tat par ?tat. Il faut savoir qu’aux ?tats-Unis, le peuple n’?lit pas directement le pr?sident, ce r?le revenant plut?t aux grands ?lecteurs du coll?ge ?lectoral. Chacun des cinquante ?tats re?oit autant de grands ?lecteurs qu’il poss?de de repr?sentants et de s?nateurs au Congr?s am?ricain. Lorsqu’un candidat arrive en t?te dans un ?tat, les votes des grands ?lecteurs de cet ?tat vont tous ? ce candidat, et ce, peu importe si son avance fut mince ou ?crasante. Au petit matin, le score final demeurait incertain dans une poign?e d’?tats, dont celui de l’Illinois. Avant d’aller se coucher, JFK t?l?phona au maire Daley, qui le rassura, en lui disant: « M. le pr?sident, avec un peu de chance et l’aide de quelques bons amis, nous allons emporter l’Illinois. » (75) Et ce fut effectivement ce qui finissa par arriver.

Le r?sultat de l’?lection pr?sidentielle de novembre 1960 fut l’un des plus serr? de toute l’histoire des ?tats-Unis. JFK l’emporta avec 49,7 % des suffrages, contre 49,5 % pour Nixon, soit une diff?rence de seulement 112 803 votes. Certains r?publicains ne tard?rent pas ? crier ? la fraude ?lectorale. Il y avait d’ailleurs plusieurs trucs qui ne tournait pas rond avec les r?sultats dans plusieurs ?tats. Il ?tait effectivement ind?niable qu’il y eut des irr?gularit?s, et ce, dans les deux camps. Mais ce fut le cas de l’Illinois qui retint le plus l’attention. Nixon perdit l’Illinois par une mince diff?rence de seulement de 8858 voix, alors que les chiffres officiels indiquaient que 4 657 394 ?lecteurs de cet ?tat s’?taient pr?valus de leur droit de vote. Nixon avait pourtant ?t? majoritaire dans quatre-vingt treize des 102 comt?s de l’Illinois. En fait, la victoire de Kennedy s’expliquait par une forte majorit? d?mocrate dans le comt? de Cook. Que s’?tait-il pass? au juste ?

Le 8 novembre ?tait l’une de ces journ?es o? Chicago portait bien son surnom de la ville des vents. Ce jour-l?, le vent et le froid balayait les rues de la m?tropole. Malgr? cela, le taux de participation de l’?lectorat atteignit 89,3 % ? Chicago, comparativement ? 65 % dans le reste du pays. (76) C’?tait plus que lors des deux scrutins pr?sidentiels pr?c?dents, o? le taux de participation s’?tait ?tablit ? 80 %. L’?norme majorit? que l’?lectorat de Chicago accorda ? Kennedy ?tait beaucoup plus surprenante : 456 312 voix, soit un ?cart de pr?s de quatre fois sup?rieur ? la majorit? qu’il b?n?ficia ? l’?chelle nationale. (77)

Plus ?tonnant encore ?tait le fait que JFK avait obtenu de meilleurs r?sultats que Daley lui-m?me lors des ?lections municipales qui l’avait port? ? la mairie de Chicago, cinq ans plus t?t. Ainsi, JFK re?ut 168 611 votes dans les onze circonscriptions ?lectorales qui sont traditionnellement acquises ? la machine d?mocrate, soit 35 % de plus que Daley en 1955. ? en croire les r?sultats officiels, l’?lectorat de Chicago aurait donc brav? une temp?rature peu cl?mente pour se rendre massivement aux urnes afin de voter tout aussi massivement en faveur de Kennedy.

Mais le « miracle » ne s’arr?tait pas l?. Tous les candidats soutenus par Daley furent ?lus ? travers l’Illinois : le poste de gouverneur, le si?ge au s?nat am?ricain et le bureau du procureur g?n?ral tomb?rent tous aux mains de la machine d?mocrate. Pour le « boss » de Chicago, le triomphe ?tait total. Bien entendu, de tels r?sultats semblaient trop beaux pour ?tre vrais et avaient effectivement de quoi laisser songeur. D’autant plus lorsque l’on tient compte des d?lais dans la divulgation des r?sultats de Chicago, qui pouvait s’expliquer par le recours ? un vieux stratag?me frauduleux : attendre de conna?tre les r?sultats dans les circonscriptions ?chappant au contr?le du parti pour savoir combien de votes la machine devra « produire » dans les circonscriptions sous influence d?mocrate afin de combler l’?cart.

Plusieurs ann?es plus tard, Andre Foster, le fils d’un garde du corps d’un conseiller municipal, raconta qu’un type ?tait all? voir son p?re apr?s la fermeture des bureaux de scrutin. « On a besoin de trente votes de plus », avait-il dit ? son p?re. (78) « S’ils lui ont donn? l’ordre d’aller chercher trente votes de plus, alors ils ont donn? cet ordre ? beaucoup de gens », pensa Foster. Comme de fait, Kennedy remporta 92 % des voix dans cette circonscription ?lectorale en particulier. Par contre, McDonnell, l’avocat qui avait organis? la rencontre entre Giancana et Joe Kennedy, rejeta la th?se du bourrage d’urnes, et vit plut?t la main de la mafia dans la victoire du candidat d?mocrate. « Il a gagn? sans appel, mais uniquement gr?ce ? ce que Giancana avait fait. Je suis profond?ment convaincu que c’est lui qui a permis ? JFK de l’emporter », d?clara l’avocat. (79)

Le 11 novembre, Nixon annon?a officiellement qu’il se r?signait ? accepter sa d?faite. Toutefois, du c?t? du Comit? national r?publicain, la pillule fut beaucoup plus difficile ? avaler. Des repr?sentants du parti furent envoy?s dans huit ?tats, incluant l’Illinois, pour enqu?ter sur les all?gations de fraude ?lectorale. Apr?s s’?tre rendu ? Chicago, le s?nateur r?publicain Thurston Morton annon?a la cr?ation du National Recount and Fair Elections Committee. L’influent s?nateur Barry Goldwater alla jusqu’? d?clarer que Chicago avait « la machine ?lectorale la plus pourrie des ?tats-Unis ». Nullement ?branl?s par ces all?gations, Daley r?agissa en disant que les d?mocrates approuvaient un recomptage des voix dans tout l’Illinois et s’offraient m?me d’en d?bourser une partie des frais. Daley pr?tendit qu’un tel exercise r?v?lerait que les irr?gularit?s furent au moins aussi r?pandues dans les bastions r?publicains du sud de l’?tat qu’elles ne l’ont ?t? ? Chicago. (80)

Le recomptage officiel men? par le Bureau des commissaires ?lectoraux, ? Chicago, r?v?la que les bulletins de vote en faveur des r?publicains ?taient rejet?s de mani?re disproportionn?e, tandis que les erreurs se faisait plus souvent qu’autrement au profit des d?mocrates. Une fois le recomptage termin?, Nixon avait gagn? 943 voix de plus. L’administration Daley bloqua toutefois un nouveau recomptage. (81)

De leur c?t?, les r?publicains affirm?rent qu’un recomptage effectu? dans moins d’un tiers des circonscriptions ?lectorales du comt? de Cook attribua 4539 votes additionnels ? Nixon. Cela repr?sentait la moiti? de nombre de voix qu’avait obtenu Kennedy pour remporter l’Illinois. Les r?publicains contest?rent les r?sultats ?lectoraux devant les tribunaux. Le juge qui entendit la cause, Thomas Kluczynski, ?tait un sympathisant de la machine d?mocrate qui sera nomm? ? la cour f?d?rale sur la recommandation de Daley, un an plus tard. Kluczynski rejeta le recours des r?publicains le 13 d?cembre suivant. (82)

Par la suite, un procureur sp?cial du nom de Morris J. Wexler fut mandat? pour enqu?ter sur des all?gations sp?cifiques concernant l’achat de votes, les d?comptes erron?s et d’autres formes d’irr?gularit?s. Dans son rapport rendu public en avril 1961, Wexler conclua qu’il y avait d?finitivement quelque chose qui clochait dans cette ?lection. Le rapport Wexler souligna notamment que les « erreurs importantes » qui fut commises dans certaines circonscriptions favorisaient syst?matiquement les candidats d?mocrates.

Puis, dans un geste qui pris par surprise le tout-Chicago, le procureur Wexler d?cida de porter des accusations criminelles contre 650 personnes, ? qui il reprochait de s’?tre tromp?s volontairement dans le d?compte des voix. Encore une fois, la machine d?mocrate fit en sorte que l’affaire ne se rendit pas tr?s loin. La cause fut confi?e au juge John Marshall Karns, un vieil ami du greffier d?mocrate du comt?, Edward Barrett. C’est donc sans surprise que tous les accus?s furent acquitt?s, en juillet 1961. (83)

Le dernier chapitre de la saga s’?crivit au printemps 1962, alors que trois employ?s d’une circonscription ?lectorale durent r?pondre d’accusations criminelles apr?s qu’une responsable de scrutin confessa ? un pr?tre avoir ?t? t?moin de falsifications de bulletins de vote. Plusieurs responsables de circonscription t?moign?rent en soutien ? l’accusation tandis que le FBI produisa une preuve scientifique d?montrant que les all?gations de falsification ?taient fond?es. Face ? une preuve aussi accablante, les trois accus?s modifi?rent leur plaidoyer en cours de proc?s et reconnurent leur culpabilit?. Ils furent subs?quement condamn?s ? purger une br?ve peine d’emprisonnement. (84)

La question ici n’est pas tant de savoir s’il y a eue une fraude ?lectorale monumentale ? Chicago, ce qui appara?t incontestable ? la lumi?re de ce qui pr?c?de. L’int?r?t ici est plut?t de d?terminer si cette fraude joua un r?le d?cisif dans l’?lection de JFK ? la pr?sidence des ?tats-Unis. Dans son livre, Hersh expliqua de quelle fa?on l’Illinois fit pencher la balance : « Sans les 27 grands ?lecteurs de cet ?tat, Kennedy n’aurait eu sur Nixon qu’une majorit? de 7 voix dans le Coll?ge, alors que 26 ?lecteurs d?mocrates du Mississipi, de la Georgie et de l’Alabama mena?aient de lui faire faux bond (sauf si le parti d?mocrate leur consentait d’importantes concessions sur les droits civiques). La perte de l’Illinois leur aurait donn? un pouvoir de nuisance ?norme (14 d’entre eux finirent d’ailleurs par voter pour Harry F. Byrd, s?nateur d?mocrate de Virginie), y compris celui de renvoyer l’?lection devant la Chambre des repr?sentants, ce qui est un fait sans pr?c?dent au XXe si?cle. » (85)

Le nouveau pr?sident am?ricain savait qu’il devait une fi?re chandelle ? la machine politique du maire Richard Daley et s’arrangea pour que toute la nation soit t?moin de sa gratitude. Ainsi, lors de son inauguration, en janvier 1961, John F. Kennedy invita Daley et son ?pouse ? le joindre ? dans la loge pr?sidentielle. (86) Le lendemain, le « boss » de Chicago eut le privil?ge d’?tre le premier invit? ? rendre visite ? JFK ? la Maison Blanche apr?s l’ancien pr?sident d?mocrate Harry Truman.

Daley chercha par la suite ? tirer le maximum de son influence aupr?s de la nouvelle administration d?mocrate. Il parvint ainsi ? obtenir du financement f?d?ral pour la construction de gratte-ciel au centre-ville de Chicago. (87) Lors des ?lections municipales de 1962, JFK vint pr?ter main forte ? Daley en faisant une apparition publique ? une semaine du vote. (88) La campagne n’avait pas ?t? facile pour Daley, qui fut r??lu avec le score fut le plus serr? de toute de sa carri?re. L’ann?e suivante, le pr?sident Kennedy fit nommer un vieil ami de Daley, Abraham Lincoln Marovitz, ? la cour f?d?rale.

Le pr?sident Kennedy se montra ?galement reconnaissant envers Sinatra, qui joua un r?le cl? en plaidant la cause du candidat d?mocrate aupr?s de Sam Giancana. Lors d’un gala ultra-s?lect qui pr?c?da son inauguration, JFK consacra une partie de son discours ? remercier le charismatique chanteur de vari?t? : « Je sais que nous avons tous une dette envers un grand ami: Frank Sinatra. Longtemps avant de savoir chanter, il avait l’habitude de r?unir des suffrages dans une circonscription d?mocrate du New Jersey. Cette circonscription a aujourd’hui gagn? tout un pays. » (89)

Dans le milieu interlope, le r?le de Sinatra n’?tait un secret pour personne. « Frank a fait gagner Kennedy. Tous les types le savaient », disait « Skinny » D’Amato. De son c?t?, Giancana n’h?sitait pas ? se donner le cr?dit de la victoire de JFK. « ?coute, mon chou, si je n’avais pas ?t? l?, ton petit ami ne serait m?me pas ? la Maison-Blanche », se plaisait-il ? dire ? Judith Campbell Exner, qui fut l’amante de Kennedy de mars 1960 jusqu’en ao?t 1962.

Cela ?tant, il reste que les relations entre l’administration Kennedy et la mafia de Chicago restent un sujet complexe. Alors que son fr?re, Robert (Bobby) Kennedy, voulait partir en guerre contre le syndicat du crime, JFK, lui, entretint des contacts secrets avec Giancana, et ce, avant et apr?s son ?lection. L’existence de cette relation fut confirm?e par Exner, qui ?tait bien plac?e pour le savoir car c’est elle qui h?rita de la tache d’arranger une dizaine de rencontres entre JFK et Giancana, dont l’une d’elle ? la Maison Blanche, en plus de servir de messag?re secr?te entre les deux hommes. (90)

La premi?re phase de ces contacts ?tait li?e ? la campagne ?lectorale. Apr?s l’?lection, le motif des contacts entre JFK et Giancana fut tout autre : ils concernaient d?sormais le projet de la CIA de faire assassiner le leader cubain Fidel Castro. (91) Giancana avait ?t? recrut? par la CIA pour mener ? bien ce complot meurtrier, et son r?le consistait ? trouver quelqu’un d’assez proche du « l?der m?ximo » cubain pour pouvoir mettre fin ? ses jours. (92)

La relation entre la p?gre et JFK se complexifia encore du fait que l’administration Kennedy ne se montra pas ? la hauteur des attentes des gros bonnets de la p?gre, loin de l?. Apr?s l’?lection, D’Amato rappella ? Joe Kennedy sa promesse qu’il lui avait faite d’annuler l’ordre d’expulsion ?mis contre Joey Anodis. Le patriarche r?pondit que JFK aurait volontiers accept?, mais que son fr?re, Robert, d?sormais ministre de la Justice, se montrait farouchement oppos? ? l’id?e. (93)

Quant ? Giancana, les informateurs du FBI l’entendirent plus d’une fois se plaindre que JFK l’avait dup? apr?s qu’il l’eut aid? ? se faire ?lire. Ainsi, Kennedy n’avait pas respect? la parole qu’il avait donn? ? des ca?ds mafieux, lesquels avaient d?j? envoy?s des types au cimeti?re pour bien moins que ?a. Mais JFK fit pire encore : il laissa son fr?re Robert partir en croisade contre le crime organis?.

Puis, le 22 novembre, le pr?sident Kennedy fut abattu en pleine rue ? Dallas, au Texas. Giancana devint imm?diatement un suspect tout d?sign? aux yeux de Robert Kennedy. En effet, dans les heures qui suivirent l’assassinat, il t?l?phona ? Julius Draznin sur une ligne ? l’abri des ?coutes. Sp?cialiste du racket dans le monde syndical, Draznin ?tait superviseur du Bureau national des relations de travail ? Chicago et responsable des liaisons avec le minist?re de la Justice. Bobby lui d?clara: « Nous avons besoin d’aide. Peut-?tre pourriez-vous nous ouvrir quelques portes aupr?s de la mafia. Faites-moi savoir directement tout ce que vous apprendrez. » Selon Draznin, le fr?re de JFK « voulait parler de Sam Giancana. » (94)

Deux jours plus tard, un nouvel assassinat spectaculaire rendit la piste de Chicago encore plus plausible. Jack Ruby, propri?taire d’un bar de Dallas appel? le Vegas Club, abattit Lee Harvey Oswald, l’homme qui avait ?t? arr?t? pour le meurtre du pr?sident Kennedy. Ruby ?tait n? et avait grandit ? Chicago. En 1949, Rudolph Halley, le principal avocat du comit? Kefauver, avait d?peint Ruby comme un lieutenant du crime organis? qui avait ?t? envoy? ? Dallas pour servir de liaison ? la mafia de Chicago. Peu de temps avant la mort de JFK, Ruby avait eu une s?rie de conversations t?l?phoniques avec Irwin Weiner, un des hommes de paille pr?f?r? de l’Outfit. Lorsque Weiner sera convoqu? par la commission Warren sur l’assassinat du pr?sident Kennedy, il refusera d’offrir des d?tails sur la nature de ses entretiens avec Ruby. (95)

Au bout d’une ann?e d’enqu?te, Draznin fut incapable de lier de fa?on certaine la mafia de Chicago au meurtre du pr?sident Kennedy. Bien entendu, la possible implication de la p?gre de Chicago n’est que l’une des nombreuses th?ories de la conspiration circulant relativement ? l’assassinat de JFK. Mais si l’Outfit prit part ? ce meurtre, cela voudrait dire que la m?me organisation qui contribua ? installer Kennedy ? la Maison Blanche aurait ensuite particip? ? son ?limination, ce qui ne serait pas banal, c’est le moins que l’on puisse dire.

Si l’assassinat de JFK secoua les milieux politiques partout aux ?tats-Unis, son impact se fit particuli?rement ressentir ? la mairie de Chicago. Daley venait en effet de perdre son alli? politique le plus puissant et poss?dait bien moins d’affinit?s avec son successeur, Lyndon B. Johnson (LBJ). Le nouveau pr?sident ne pouvait ignorer que Daley avait cherch? ? dissuader Kennedy de faire de lui son collistier lors de la convention nationale d?mocrate de 1960.

Mais Johnson ?tait un vieux routier de la politique. Il savait qu’il aurait besoin de la redoutable machine d?mocrate de Chicago lors de la prochaine ?lection pr?sidentielle, qui ?tait pr?vue l’ann?e suivante. Il ne tarda donc pas ? donner un coup de fil ? Daley, et les deux hommes politiques rest?rent en contact par la suite. Lors du premier discours de LBJ durant une session conjointe du Congr?s am?ricain, le maire de Chicago fut l’un des quatre invit?s ? ?tre assis aux c?t?s des membres de la famille du nouveau pr?sident. (96)

Lors de l’?lection de novembre 1964, Daley mobilisa ? nouveau sa machine politique. « Le maire Daley est le plus grand politicien du pays », d?clara LBJ lors d’un rassemblement au stade de Chicago tenu la veille du vote. (97) Johnson d?fit son adversaire, le s?nateur de l’Arizona Barry Goldwater, en remportant l’?lection avec 61 % des voix, soit la plus importante majorit? de toute l’histoire des ?tats-Unis. Dans l’Illinois, LBJ obtint pr?s de 900 000 voix de plus que Goldwater. Durant la c?r?monie d’inauguration du pr?sident Johnson, en janvier 1965, Daley ?tait positionn? bien en ?vidence. (98) Lors de cette c?r?monie Hubert Humphrey, qui avait ?t? battu par JFK lors des primaires de 1960, h?rita de la vice-pr?sidence des ?tats-Unis.

Martin Luther King d?barque dans la ville du « Boss »

C’est avec un certain int?r?t que la communaut? afro-am?ricaine de Chicago suivit le mouvement des droits de civil qui ?mergeait dans le sud des ?tats-Unis. La premi?re campagne des militants anti-s?gr?gationnistes de Chicago concerna les ?coles. Et pour cause : une ?tude r?alis?e en 1958 par la National association for the advancement of colored people (NAACP) avait r?v?l?e que la s?gr?gation raciale ?tait en vigueur dans 91 % des ?coles ?l?mentaires de Chicago. (99)

L’?tude permit aussi d’apprendre que les ?coles ?l?mentaires ? majorit? noires et porto-ricaines acceuillaient deux fois plus d’?l?ves que les ?coles ? client?le blanches. La r?ponse du directeur du r?seau scolaire, Benjamin Willis, au probl?me de surpopulation fut de couper la journ?e scolaire en deux : un groupe d’?l?ves fr?quentant l’?cole l’avant-midi et un autre groupe l’apr?s-midi. Ce qui irritait sans doute le plus les parents d’?l?ves noirs ?tait dans cette approche boiteuse le fait qu’il existait des salles de classe vides dans certaines ?coles des quartiers blancs.

Form?e en 1962, la Coordinating council of community organizations (CCCO) devint la plus importante organisation de d?fense des droits civils de Chicago. La CCCO fit de la s?gr?gation raciale en milieu scolaire son principal cheval de bataille. Les militants des droits civils critiqu?rent de plus en plus Benjamin Willis pour son intransigeance, au point o? celui annon?a qu’il d?missionnait de son poste, le 4 octobre 1963.

Mais les organisations communautaires des quartiers blancs et le milieu des affaires de Chicago se mirent alors ? faire pression pour que Willis reviennent sur sa d?cision, ce qu’il fit quelques jours apr?s que le maire Daley lui exprima son support. Pour protester contre le retour de Willis, une journ?e de boycott fut organis?e, le 22 octobre. Ce jour-l?, pas moins de 225 000 ?l?ves rest?rent ? la maison. (100)

? Washington, l’administration de Lyndon B. Johnson fut caract?ris?e par d’importantes avanc?es l?gislatives sur le plan de l’?galit? raciale. L’adoption de la loi sur les droits civils de 1964, qui avait d’abord ?t? introduite sous Kennedy, rendit ill?gale la discrimination raciale dans les r?seaux scolaires, les espaces publics, le logement, et eut pour effet d’?liminer les derniers obstacles ? l’exercice du droit de vote qui subsistaient encore dans certains ?tats du sud.

Cependant, la loi n’eut pas d’impact imm?diat sur les difficiles conditions de vie des habitants des ghettos noirs des grandes villes am?ricaines. C’est d’ailleurs ? cette m?me ?poque que les quartiers noirs connurent des soul?vements urbains qui prirent la forme d’?meutes. En ao?t 1965, l’?meute du quartier de Watts, ? Los Angeles, dura six jours, entra?nant la mort de trente-quatre personnes et des dommages ? la propri?t? de l’ordre de 30 millions $.

C’est en vertu de la loi sur les droits civils que la CCCO d?posa une plainte aupr?s du bureau f?d?ral de l’?ducation pour d?noncer la s?gr?gation dans les ?coles de Chicago, en juillet 1965. Le d?partement f?d?ral responsable de l’?ducation d?p?cha une ?quipe d’enqu?teurs ? Chicago. Trois mois plus tard, devant l’absence compl?te de coop?ration de la part de Willis, le commissaire ? l’?ducation Francis Kepper informa ce dernier par ?crit que le r?seau scolaire de Chicago ?tait « probablement non-conforme » ? la loi et que les subventions f?d?rales seraient retenues tant que la situation ne sera pas tir?e au clair. (101)

Daley d?cida alors que le moment ?tait venu d’user de son influence aupr?s du pr?sident Johnson, avec qui il obtint une rencontre seulement deux jours plus tard apr?s la d?cision du commissaire Keeper. Lors de sa discussion avec LBJ, Daley ?tait si furieux qu’il postillinait en s’exprimant. (102) Le lendemain, Johnson t?l?phona ? Kepper, qu’il engueula comme du poisson pourri. Le financement f?d?ral fut rapidement r?tabli, l’enqu?te sur la plainte du CCCO fut abandonn?e et Keeper fut ?cart? de son poste.

La question raciale revint hant? l’administration Daley lorsque le r?v?rend Martin Luther King et son organisation, le Southern Christian Leadership Conference (SCLC), d?cid?rent de s’installer dans le West Side, ? Chicago, en janvier 1966. L’alliance entre le SCLC et le CCCO donna lieu ? la cr?ation du Chicago Freedom Movement. Apr?s les victoires du mouvement des droits civils dans les ?tats du sud, le SCLC voulut ouvrir un nouveau front en s’attaquant ? la discrimination s?vissant contre la communaut? noire dans les grands centres urbains du nord des ?tats-Unis.

Si le South Side ?tait le plus grand ghetto noir de Chicago, c’?tait toutefois dans le West Side que les conditions de vie ?taient les plus dures. De nombreux Afro-am?ricains qui avaient ?migr?s du sud pour s’y installer trouv?rent souvent que la situation ?tait pire que tout ce qu’ils avaient connus auparavant : les opportunit?s sur le march? du travail se faisaient beaucoup plus rares, les appartements ?taient g?n?ralement dans un ?tat de d?labrement avanc? et les gangs de rue se montraient fort actives. (103)

Chicago fut choisit par le SCLC non seulement en raison du militantisme dont fit preuve CCCO, mais aussi ? cause de la mainmise que Daley exer?ait sur la ville. « King d?cida d’aller ? Chicago parce que… Chicago ?tait unique dans le sens o? il y avait un homme, une seule source de pouvoir », expliqua le r?v?rend Arthur Brazier. (104) « Ce n’?tait pas le cas ? New York city ou dans n’importe quelle autre ville. Il pensait que des choses pourraient ?tre faites si Daley pouvait ?tre convaincu d’ouvrir les logements et les ?coles ? l’int?gration. »

Une analyse que partagea l’attach? de presse de Daley, Earl Bush. « King croyait que si Daley d?clarait ‘Il ne doit plus y avoir de discrimination’, alors il n’y en aura plus », opina Bush. Compte tenu de l’aura dont jouissait King, Daley adopta un ton conciliant ? son ?gard. « Personne n’a besoin de tenir une marche pour rencontrer le maire de Chicago », affirma-t-il. « La porte est toujours ouverte et je suis ici de dix ? douze heures par jour ». (105)

Malgr? tout leur bon vouloir, les militants du SCLC ?taient mal pr?par?s pour les surprises qui les attendaient. Chicago fut la seule ville am?ricaine o? des pasteurs noirs et des politiciens afro-am?ricains rejet?rent les militants du SCLC, en leur disant de retourner d’o? ils venaient. L’hostilit? dont fit preuve une partie de l’?lite noire locale s’expliquait notamment par les largesses dont elle b?n?ficiait de la part du syst?me de patronage contr?l? par la machine d?mocrate.

Les pasteurs qui sympathisaient avec le mouvement du r?v?rend King pr?f?rent quant ? eux rester silencieux par crainte de repr?sailles administratives de la part de fonctionnaires fid?les ? la machine. Le SCLC fut ? ce point marginalis? qu’il d? installer son quartier g?n?ral dans l’?glise d’un pasteur blanc. (106) ? ces difficult?s s’ajouta le fait que Daley se montra bien plus rus? que les politiciens s?gr?gationnistes du sud rural auxquels le SCLC avait ?t? habitu?. Par exemple, lorsque King d?clara la guerre aux taudis du West Side, Daley d?cida de le concurrencer directement sur son propre terrain, en faisant notamment pression sur certains propri?taires n?gligents. (107)

En juin 1966, le mouvement d?cida de r?orienter sa lutte vers une toute autre probl?matique : le droit des m?nages afro-am?ricains d’emm?nager dans n’importe quelle partie de la ville. L’objectif ?tait ambitieux puisque les quartiers r?sidentiels blancs de Chicago avaient toujours ?t? interdits aux Noirs. Par le pass?, toute tentative, aussi timide soit-elle, de remettre en question le statu quo s?gr?gationniste avait ?t? accueillit par un d?chainement de violence haineuse qui entra?na m?me parfois des pertes en vies humaines.

Le m?me sc?nario se r?p?ta lorsque le Chicago Freedom Movement organisa des marches pacifiques dans certains quartiers blancs durant l’?t?. Des contre-manifestants blancs ouvertement racistes attaqu?rent physiquement les militants anti-s?gr?gationnistes. Le r?v?rend King, qui passa ? deux doigts d’?tre poignard? lors d’une de ces marches, affirma n’avoir jamais vu une telle violence, m?me lors des manifestations mouvement?es qu’il avait v?cu dans les ?tats du sud quelques ann?es plus t?t. « Je pense que les gens du Mississipi devraient venir ? Chicago pour apprendre comment ha?r », lan?a-t-il ironiquement. (108)

Apr?s quelques incidents du genre, Daley appella ? la n?gociation pour mettre un terme aux marches. Un sommet fut organis? avec les responsables de l’administration municipale, l’association des agents immobiliers, des repr?sentants du milieu des affaires, des leaders religieux et les dirigeants du Chicago Freedom Movement. Le 26 ao?t, les diff?rents participants au sommet en arriv?rent ? un accord, lequel fut d?nonc? de toutes parts.

Le caract?re vague des engagements pris par Daley et par l’association des agents immobiliers provoqua le scepticisme dans les rangs du mouvement anti-s?gr?gationniste, tandis que des associations de r?sidents blancs accus?rent Daley d’avoir capitul?. Les divisions s’intensifi?rent ? l’int?rieur du Chicago Freedom Movement lorsque le r?v?rend King fit annuler une marche ? haut risque qui ?tait pr?vue dans le quartier de Cicero, le 28 ao?t suivant. (109)

? l’automne, le Chicago Freedom Movement n’?tait gu?re plus que l’ombre de lui-m?me. Le r?v?rend King espa?a ses visites ? Chicago au rythme d’une fois par semaine. (110) L’accord du 26 ao?t demeura essentiellement un ramassis de voeux pieux qui rest?rent lettre morte. Par exemple, le Chicago Housing Autority ne fit aucun effort pour tenter d’int?grer des r?sidents afro-am?ricains dans ses nouveaux lotissements qu’elle ?tablissa dans des quartiers blancs. (111)

Au d?but de l’ann?e suivante, le no. 2 de l’administration Daley, Thomas Keane, confirma ce que de nombreux militants anti-s?gr?gationnistes soup?onnaient d?j? en affirmant publiquement qu’il n’y avait jamais eu d’accord formel comme tel, seulement « certaines suggestions » et des « buts ? atteindre ». Daley abonda dans le m?me sens, en d?peignant l’accord du 26 ao?t comme un « gentleman’s agreement », ce qui revenait ? dire qu’il ne s’agissait-l? que d’un accord d’intention d?nu? de toute obligation de mise en oeuvre. (112) En parvenant ? avoir le dernier mot sur le r?v?rend King, Daley avait r?ussit l? o? le sud s?gr?gationniste avait ?chou?.

L’ann?e de tous les dangers

En 1967, le maire Daley avait fait du lobbying pour que Chicago soit ? nouveau l’h?te de la convention nationale du parti d?mocrate. Pour faire pencher la balance en sa faveur, Daley n’h?sita pas ? pr?tendre au pr?sident Lyndon B. Johnson qu’il risquait de perdre les votes des vingt-six grands ?lecteurs de l’Illinois si le parti choisissait une autre ville que Chicago. (113) Le « boss » assura aussi que la loi & l’ordre r?gneront dans les rues de la ville lors de la convention. L’argument avait d’autant plus de poids qu’? ce moment-l? les ?tats-Unis se remettaient encore difficilement d’une vague d’?meutes qui avaient enflamm?s les ghettos noirs de 128 villes am?ricaines durant l’?t? 1967. (114) Les dirigeants d?mocrates opt?rent donc pour Chicago.

Au d?but de 1968, la cote de popularit? de LBJ ?tait en chute libre en raison du co?t humain grandissant de l’enlisement am?ricain au Vietnam. Les r?sultats des premi?res primaires, qui eurent lieu au New Hampshire, montr?rent que le pr?sident Johnson ne pouvait plus prendre sa nomination ? l’investiture d?mocrate pour acquise. En effet, le s?nateur du Minnesota Eugene McCarthy, qui faisait campagne contre la guerre au Vietnam, parvint presque ? devancer le pr?sident sortant. M?me Daley, qui n’avait jamais montr? grand int?r?t pour la politique internationale, s’inqui?tait plus en plus de la tournure que prenait la guerre du Vietnam. (115) ? la fin de janvier, la victoire am?ricaine semblait plus ?loign?e que jamais lorsque 80 000 soldats communistes lanc?rent l’offensive du T?t, qui se traduisit par des attaques dans 100 villes vietnamiennes.

Le s?nateur de New York Robert F. Kennedy, ou RFK, songeait d?sormais ? se lancer ? son tour dans la course et ?tait ? la recherche d’appuis. En f?vrier, il eut un t?te ? t?te avec Daley. (116) La rencontre fut cordiale, mais le maire de Chicago n’?tait pas pr?t ? tourner le dos ? LBJ. Daley ?prouvait ?galement certaines r?serves ? l’?gard du fr?re de JFK. Il avait toujours du mal ? dig?rer le fait que Robert Kennedy avait mis sur pied une organisation ?lectorale ind?pendante de la machine d?mocrate dans l’Illinois lors de la campagne de 1960. (117) RFK ?tait ?galement trop pr?s des militants afro-am?ricains au go?t de Daley. Kennedy annon?a officiellement sa candidature ? la mi-mars, un geste qui fut qualifi? d’opportuniste par les partisans du s?nateur McCarthy.

LBJ demanda ? Daley quelles ?taient ses chances de l’emporter dans l’Illinois. Le maire Daley r?pondit qu’il y a de bonnes ann?es et de mauvaises ann?es et ajouta qu’il ne pensait pas que 1968 sera une bonne ann?e pour le ticket d?mocrate ? Chicago, tout en l’assurant de son support. Peu de temps apr?s, le pr?sident Johnson cause toute une surprise en annon?ant, le 31 mars, qu’il ne sollicitera pas de second mandat. LBJ avait d’ailleurs t?l?phon? personnellement ? Daley avant d’annoncer la nouvelle ? la t?l?vision. Daley chercha ensuite de le faire revenir sur sa d?cision, sans succ?s. (118) Le vice-pr?sident Hubert Humphrey d?cida alors de pr?senter sa candidature ? l’investiture d?mocrate.

Le 4 avril, Martin Luther King fut assassin? ? Memphis, au Tennessee. Lorsqu’il apprit la nouvelle, Robert Kennedy se trouvait ? Indianapolis, o? il devait inaugurer ses bureaux de campagne. Contre l’avis du chef de police, RFK se rendit comme pr?vu dans le ghetto noir de la ville, o? il pronon?a un discours bien senti lors duquel il ?voqua pour la premi?re fois en public le meurtre de son fr?re survenu cinq ans plus t?t. (119) L’assassinat du Dr. King ne provoqua pas d’?meute ? Indianapolis, comme ce fut le cas dans 168 autres villes am?ricaines qui furent en proie aux incendies et au pillage. Au total, 2600 incendies furent allum?s ? travers les ?tats-Unis lors de troubles au cours desquels 21 270 personnes furent bless?es.

Chicago ne fut pas ?pargn?, m?me si Daley tenta d’apaiser la population noire de la ville en demandant ? ce que les drapeaux de l’h?tel de ville soient mis en berne. (120) Le lendemain, les ?l?ves afro-am?ricains de Chicago se mirent ? d?serter les bancs d’?cole t?t dans la journ?e. Le vandalisme et le pillage de magasins commenc?rent d?s l’apr?s-midi. Apr?s le d?but des ?meutes, le maire Daley sollicita l’intervention de la Garde nationale et s’adressa ? la population pour lui demander de l’aider ? prot?ger la ville. Mais les b?timents continu?rent ? br?ler et des tireurs post?s sur les toit ouvrirent m?me le feu sur les pompiers qui ?taient d?p?ch?s sur les lieux.

Le ghetto du West Side fut ensuite priv? d’?lectricit? et un couvre-feu fut impos? ? toutes les personnes ?g?es de moins 21 ans. (121) Onze personnes perdirent la vie lors de l’?meute, qui se solda par 300 arrestations tandis que les incendies laiss?rent des milliers de personnes sans-abri. (122) Par la suite, Daley critiqua publiquement la police, en disant qu’elle avait fait preuve d’une trop grande retenue. Il d?clara m?me qu’il avait donn? l’ordre aux policiers de tirer pour tuer les pyromanes et de tirer pour blesser les pilleurs. (123)

Durant ce printemps, les campus am?ricains ?taient aussi en ?bullition. Occupations et manifestations se succ?d?rent ? un rythme ?tourdissant, que ce soit contre la guerre du Vietnam ou autour d’enjeux locaux. C’?tait souvent ces m?mes groupes qui mobilisaient en vue de la convention d?mocrate que Chicago devait acceuillir. Le Youth International Party (YIP), dont les membres se faisaient appeler yippies, ?tait le groupe radical qui recevait la plus grande visibilit? m?diatique.

Les yippies adoraient se payer la t?te de ceux qui se prenaient un peu trop au s?rieux ? leur go?t. ? l’approche de la convention, ils multipli?rent les d?clarations d?lirantes, en proclamant notamment leur intention de contaminer l’eau potable de Chicago avec du LSD. L’un des fondateurs du YIP, Abbie Hoffman, affirma qu’il complotait en vue de d’abaisser les pantalons de Hubert Humphrey lorsque celui-ci trouvera sur le podium. L’administration Daley n’?tait pas particuli?rement amus?e. Question de donner un avant-go?t ce qui attendrait les contestataires lors de la convention, la police de Chicago r?prima violemment une manifestation pacifique contre la guerre du Vietnam, le 27 avril. (124)

Pendant ce temps, la course ? l’investiture d?mocrate commen?ait ? se corser. Robert Kennedy remporta les primaires du Dakota du sud, de l’Indiana et du Nebraska, mais perdit en Oregon. Le 4 juin, les chances de RFK d’obtenir l’investiture d?mocrate se pr?cis?rent lorsqu’il remporta les primaires de Californie. Ce soir-l?, le t?l?phone ne cessa de sonner dans sa chambre d’h?tel. Des personnalit?s d?mocrates d’un peu partout aux ?tats-Unis l’appel?rent pour lui signifier leur support.

L’appel le plus important provint du maire Daley, qui lui confirma qu’il se rangeait dans son camp. Pierre Salinger, le directeur de campagne de RFK, ?tait assis ? c?t? du candidat lors de ce t?l?phone. « Bobby et moi nous nous sommes ?chang?s un regard et nous savions que cela voulait dire une seule chose ? il aurait la nomination », raconta plus tard Salinger. (125) Le lendemain, Robert Kennedy fut abattu d’une balle dans la t?te dans son hall d’h?tel.

Ce contexte politique particuli?rement volatile n’augurait rien de bon pour la convention d?mocrate qui approchait ? grands pas. Daley s’impliqua personnellement dans les pr?paratifs, qui prirent de plus en plus l’allure d’un v?ritable branle-bas de combat. L’amphith??tre qui devait accueillir la convention fut reconverti en forteresse, surnomm?e « Fort Daley » par la presse. Les 11 900 policiers de Chicago furent assign?s ? des quarts de travail de douze heures. Cinq ?coles furent r?quisitionn?es pour loger des milliers de membres de la Garde nationale de l’Illinois. Environ 7500 soldats form?s au contr?le de foule furent ?galement mobilis?s. (126)

Le 25 ao?t, soit la veille de l’ouverture de la convention, les policiers envahirent le Lincoln Park, o? campaient des milliers de manifestants provenant de l’ext?rieur de la ville, et le vid?rent ? coups de matraque. (127) Les journalistes pr?sents ne furent pas ?pargn?s, ce qui fit en sorte que l’administration Daley re?ut une mauvaise presse d?s le d?but. Des manifestations eurent lieu chaque jour, et elles furent toutes syst?matiquement attaqu?es par des policiers frappant sur tout ce qui bougeait, autant les manifestants que les passants et les journalistes.

Apr?s le retrait de Johnson et la mort de RFK, le choix du candidat ? endosser devint moins ?vident pour de nombreux d?mocrates, incluant Daley. Le « boss » de Chicago n’avait aucune intention d’appuyer le s?nateur McCarthy et se montrait peu enthousiaste face ? la candidature de Humphrey. Daley tenta de persuader le s?nateur Ted Kennedy de faire le saut, mais ne vint pas ? bout de ses r?ticences. Il continuait aussi ? entretenir l’espoir que Johnson reviendrait sur sa d?cision. (128)

? la troisi?me journ?e de la convention, 112 des 118 d?l?gu?s de l’Illinois se d?cid?rent ? offrir leur appui ? Humphrey. Plusieurs alli?s de la machine d?mocrate demand?rent m?me ? Humphrey de consid?rer le choix de Daley comme collistier, bien que le maire de Chicago n’avait jamais exprim? de l’int?r?t pour une telle nomination. (129)

Ce soir-l?, c’est l’orgie de violence polici?re qui d?ferla sur la Michigan Avenue qui vola la vedette. Des sc?nes de tabassage furent diffus?es presque simultann?ment par les r?seaux de t?l?vision nationaux devant des millions de t?l?spectateurs. Ces images soulev?rent un toll? ? l’int?rieur des murs de la convention. Lorsque le s?nateur du Connecticut Abraham Ribicoff prit la parole devant la convention, il compara la conduite de la police de Chicago « aux tactiques de la gestapo ».

Hors de lui, Daley hurla des insultes au s?nateur Ribicoff sous l’oeil des cam?ras. (130) La convention ?tait en train de virer en foire d’empoigne devant le pays tout entier. La machine d?mocrate de Chicago fut rapidement mobilis?e pour contenir les d?g?ts. Des manifestations d’appui envers le « boss » de Chicago furent organis?es et des affiches « We love Daley » apparurent autour du site de la convention. Mais sur le plan national, le mal ?tait d?j? fait.

Les d?l?gu?s d?mocrates anti-guerre n’arriv?rent pas ? s’entendre sur un candidat, avec pour r?sultat que Humphrey remporta l’investiture au premier tour. Mais cette victoire laissa plusieurs observateurs perplexes et ceux-ci se demand?rent quelle ?tait la valeur r?elle de cette nomination.

Lors des ?lections pr?sidentielles de novembre, Humphrey affronta le r?publicain Richard Nixon, qui r?ussissa son retour dans la vie politique. ? Chicago, Humphrey arriva en t?te avec 370 000 votes de plus que son adversaire, ce qui fut toutefois insuffisant pour emp?cher Nixon de rafler l’Illinois avec une avance de 135 000 votes. C’est ainsi que Nixon devint le 37e pr?sident des ?tats-Unis en remportant l’?lection avec une diff?rence de 500 000 votes ? l’?chelle nationale.

La d?sastreuse convention de Chicago passa ? l’histoire et eut plusieurs cons?quences. Il y eut d’abord le rapport de la commission d’enqu?te dirig?e par l’avocat Daniel Walker, qui fut rendu public en d?cembre. Dans l’avant-propos du rapport, Walker n’h?sita pas ? employer l’expression « ?meute polici?re » (« police riot ») pour d?crire le brutalit? dont avait fait preuve la police lors de la convention. (131)

Le rapport critiqua ?galement Daley, en affirmant que sa d?claration publique au sujet de l’ordre qu’il avait donn? aux policiers tirer pour tuer lors des ?meutes d’avril 1968 avait influenc?e sur l’attitude g?n?rale de la force constabullaire. L’autre cons?quence fut que Daley perdit beaucoup de son influence au sein du parti, mais il faudra attendre jusqu’? l’ann?e ?lectorale de 1972 pour en mesurer l’?tendu du recul de son pouvoir.

Lors de la convention de Chicago, une commission pr?sid?e par le s?nateur du Dakota du sud George McGovern avait propos? de nouvelles r?gles visant ? d?mocratiser le processus de s?lection des d?l?gu?s. Lorsque ces r?gles furent adopt?es, la s?lection des d?l?gu?s devaient d?sormais se faire publiquement et ceux-ci devaient repr?senter proportionnellement les minorit?s (afro-am?ricains, femmes, hispanophones) composant leur circonscription ?lectorale. (132)

Daley refusa de se plier ? ces exigences tandis qu’un autre groupe de d?l?gu?s fut s?lectionn? parall?lement au sien en conformit? avec nouvelles r?gles. Une bataille judiciaire s’ensuivit pour d?terminer lequel de ces deux groupes pourra repr?senter Chicago lors de la convention nationale de 1972, pr?vue ? Miami. En bout de ligne, le parti refusa de reconna?tre les d?l?gu?s de Daley. Pour le « boss » de Chicago, il s’agissait-l? d’une gifle monumentale.

Lorsque George McGovern remporta l’investiture, Daley rompit avec la tradition en refusant de se rallier au candidat choisit par la convention. Tout n’?tait cependant pas perdu puisque le collistier de McGovern, l’ex-beau-fr?re de JFK, Sargent Shriver, connaissait bien Daley. Une rencontre fut organis?e entre les deux hommes et ceux-ci parvinrent ? trouver un terrain d’entente. Lors d’un rassemblement tenu le 12 septembre, Daley pr?senta McGovern comme le prochain pr?sident des ?tats-Unis.

En novembre, McGovern remporta Chicago avec une avance de plus de 170 000 voix, mais mordit la poussi?re dans le reste de l’Illinois de m?me que les quarante-huit autres ?tats de l’union. Nixon fut r??lu avec 60 % des suffrages. Mais ce n’?tait pas l? la seule mauvaise nouvelle pour Daley. Dan Walker, celui-l? m?me qui avait tant critiqu? les agissements de la police de Chicago lors de la convention de 1968, fut ?lu gouverneur de l’Illinois au terme d’un ecampagne au cours de laquelle il n’avait cess? de d?noncer la corruption de la machine d?mocrate. Le « boss » de Chicago pu toutefois se consoler en voyant son fils a?n?, Richard Michael Daley, se faire ?lire au s?nat de l’Illinois.

Apr?s la d?faite de 1972, Daley revint dans les bonnes gr?ces du parti. En ao?t 1973, Chicago fut choisit pour donner le coup d’envoi ? un t?l?thon national destin? ? renflouer les caisse ?lectorale des d?mocrates. De son c?t?, le gouverneur d?mocrate de la Georgie et aspirant ? la Maison Blanche, Jimmy Carter, rendit hommage ? Daley, en disant de lui qu’il avait fait de Chicago « la ville la mieux g?r?e et la mieux gouvern?e de toute la nation ». (133)

Lors de la course ? l’investiture d?mocrate de 1976, Carter menait d?j? depuis quelques temps lorsque Daley se d?cida ? endosser sa candidature. Daley fut ensuite acceuillit ? bras ouvert ? la convention nationale qui se tint ? New York cette ann?e-l?. (134) En novembre, Carter remporta l’?lection avec 50 % des suffrages contre 48 % pour son adversaire r?publicain, le pr?sident sortant Gerald Ford. Le 19 d?cembre 1976, Richard J. Daley s’?teignit en mourrant d’une crise cardiaque. Il ?tait ?g? de 74 ans.

sources:

(1) Toronto Star, « Obama is not JFK. But then again, neither was JFK », Thomas Walkom, January 13 2008.
(2) Le Monde, « ? Chicago – Une vilaine ‘querelle de famille’ entre juifs et Noirs », Marie-Claude Decamps, 8 septembre 1988, p. 4.
(3) COHEN Adam, TAYLOR Elizabeth, « American Pharaoh ? Mayor Richard J. Daley: His Battle for Chicago and the Nation », Little, Brown and Company (2000), p.11.
(4) Journal of Criminal Law and Criminology (1931-1951), Vol. 35, No. 1 (May – Jun., 1945), « Chicago’s Crime Problem », Virgil W. Peterson. http://www.jstor.org/stable/1138132?seq=1
(5) « The Genesis of Organized Crime in Chicago », Robert M. Lombardo. http://www.ipsn.org/genesis.htm
(6) DE CHAMPLAIN Pierre, « Gangsters et hommes d’honneur », Les ?ditions de l’homme (2005), p. 152.
(7) De Champlain, p. 33-34.
(8) Lib?ration, « Toni Rezko, la casserole d’Obama », Philippe Grangereau, 5 mars 2008.
(9) The New York Times, « Escaped Minister Says He Fled Iraqi Jail ‘the Chicago Way' », James Glanz, December 20 2006.
(10) http://blogs.abcnews.com/politicalpunch/2008/12/questions-arise.html
(11) Associated Press, « Obama and the Illinois Political Machine », Deanna Bellandi, February 26 2007.
(12) La Presse, « L’?gratignure », Andr? Pratte, 19 d?cembre 2008.
(13) http://blogues.cyberpresse.ca/hetu/?p=70423045
(14) The Chicago Sun-Times, « Feds, Obama talked », Chris Fusco and Natasha Korecki, December 24 2008, p. 2.
(15) The Chicago Sun-Times, « Ryan just the latest in a long list of guilty politicians », Scott Fornek, September 7 2006, p. 17.
(16) The Chicago Sun-Times, « Third corruption squad added here », Natash Korecki, August 28 2005.
(17) Cohen, Taylor, p. 117.
(18) Id., p. 119.
(19) Id., p. 122.
(20) Id., p. 125.
(21) HERSH Seymour, ?La face cach?e du clan Kenney?, l’Archipel (1997), p. 138-139.
(22) Id., p. 147-148.
(23) Cohen, Taylor, p. 191.
(24) MARTIN John Bartlow « Adlai Stevenson and the World », Doubleday (1977), p. 163-164.
(25) Cohen, Taylor, p. 139.
(26) Id., p. 190.
(27) Id., p. 193.
(28) Id., p. 192.
(29) Id., p. 325.
(30) Id., p. 147.
(31) Id., p. 144.
(32) Id., p. 157.
(33) Id., p. 159.
(34) Id., p. 160.
(35) Id., p. 149.
(36) Id., p. 171.
(37) Id., p. 204.
(38) Id., p. 179.
(39) Id., p. 193.
(40) Id., p. 194.
(41) Id., p. 250.
(42) Hersh, p. 98.
(43) Cohen, Taylor, p. 262.
(44) Hersh, p. 104.
(45) Id., p. 146-147.
(46) REEVES C. Thomas, « LE SCANDALE KENNEDY ? La fin d’un mythe », Plon (1992), p. 40.
(47) LA Times, « FBI Files on Sinatra Detail Links to JFK, Mob Figures », Lisa Getter and Ronald J. Ostrow, December 9 1998, p. A1.
(48) Hersh, p. 142-143.
(49) Id., p. 147.
(50) Id., p. 148.
(51) Id., p. 140.
(52) Id., p. 141.
(53) Reeves, p. 176.
(54) Id., p. 179.
(55) Id., p. 180.
(56) Hersh, p. 107-108.
(57) Id., p. 104.
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(60) Id., p. 107.
(61) Id., p. 101-102.
(62) Id., p. 104.
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(64) Reeves, p. 184.
(65) Hersh, p. 99.
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(67) Id., p. 185.
(68) Id., p. 195.
(69) Hersh, p. 149.
(70) Cohen, Taylor, p. 258-259.
(71) Cohen, Taylor, p. 260.
(72) Hersh, p. 149.
(73) Cohen, Taylor, p. 263.
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(75) Reeves, p. 230.
(76) Cohen, Taylor, p. 265.
(77) Hersh, p. 136.
(78) Cohen, Taylor, p. 270.
(79) Hersh, p. 141.
(80) Cohen, Taylor, p. 268.
(81) Reeves, p. 230.
(82) Cohen, Taylor, p. 269.
(83) Id., p. 277.
(84) Id., p. 278.
(85) Hersh, p.138.
(86) Cohen, Taylor, p. 279.
(87) Id., p. 292.
(88) Id., p. 310.
(89) Reeves, p. 222.
(90) Id., p. 231.
(91) Hersh, p. 308-309.
(92) Id., p. 169.
(93) Id., p. 108.
(94) Id., p. 443.
(95) http://www.americanmafia.com/feature_articles_201.html
(96) Cohen, Taylor, p. 310.
(97) Id., p. 323.
(98) Id., p. 326.
(99) Id., p. 283-284.
(100) Id., p. 308-309.
(101) Id., p. 350.
(102) Id., p. 352.
(103) Id., p. 357.
(104) Id., p.337-338.
(105) Id., p. 353.
(106) Id., p. 358-360
(107) Id., p.363.
(108) Id., p.396.
(109) Id., p.420-421.
(110) Id., p. 426.
(111) Id., p. 423.
(112), Id. p. 427-428.
(113) Id. p. 447.
(114) Id., p. 441.
(115) Id., p. 445.
(116) Id., p. 450.
(117) Id., p.449.
(118) Id., p. 450-451.
(119) TALBOT David, ?Brothers ? The Hidden History of the Kennedy Years?, Free Press (2007), p. 355-356.
(120) Cohen, Taylor, p. 452.
(121) Id., p. 453.
(122) Id., p. 454.
(123) Id., p. 455.
(124) Id., p. 457.
(125) Talbot, p. 364-365.
(126) Cohen, Taylor, p. 462-463.
(127) Id., p.472.
(128) Id., p. 470.
(129) Id., p. 475-476.
(130) Id., p. 478.
(131) http://www.geocities.com/Athens/Delphi/1553/c68bibli.html
(132) Cohen, Taylor, p. 521.
(133) Id., p. 540.
(134) Id., p. 552.

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    Bravo !

    J’ai corrigé et imprimé ce texte sur 20 pages.
    134 ref. de pages c’est un peu abusé mais j’apprecie l’éffort.

  2. avatar
    Bureau des affaires louches

    Merci Paul.

    Ce dossier sera d’une seconde partie qui s’attardera au rôle de la machine démocrate de Chicago dans l’élection de Bill Clinton en 1992 et Barack Oabama en 2008.

  3. avatar
    Bureau des affaires louches

    Merci Paul.

    Ce dossier sera suivi d’une seconde partie qui se penchera plus particulièrement sur le rôle de la machine démocrate de Chicago dans l’élection de Bill Clinton en 1992 et de Barack Oabama en 2008.