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12 août 2009 |
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Photo : Flickr Richard.Fisher
Que ressent-on quand on assiste pour la première fois à un match de tennis, et que votre baptême est parrainé par le grand Roger Federer dans un stade tout acquis à sa légende?
J’ai voulu m’immerger dans l’ambiance d’un match de tennis. Et tant qu’à faire, j’ai souhaité frapper fort. Le court central de la coupe Rogers à Montréal, par exemple… Et, soyons fous!, une légende sur le terrain bleu de la surface rapide. Le numéro un mondial, Roger Federer. Celui qui a appris le tennis sur Mars. Pour que la fête soit totale, le hasard a mis sur la feuille de match un certain Frédéric Niemeyer. Un Québécois qui entame son baroud d’honneur. Bref, l’affiche rêvée: l’enfant du pays qui se coltine le grand Suisse en guise de gâteau d’anniretraite. Autour de ces amis de longue date, 11 000 spectateurs en admiration. Le match n’a pas commencé, mais ils veulent tous le voir. Déchiré entre la fibre nationale et la ferveur contemplative d’un dieu du tennis, le public ose quelques infidélités vocales au vétéran du coin. Un écran géant rappelle d’ailleurs pourquoi le stade Uniprix est plein comme un œuf. On revit quelques secondes du sacre de Federer lors du dernier tournoi de Wimbledon. En soulevant un 15e trophée dans un tournoi du Grand Chelem, il entrait dans l’Histoire…
19h, le stade se remplit doucement. La clameur se fait sentir quand les joueurs font leur irruption dans l’arène. Le temps est parfait, alors que les orages épars avaient fait craindre le pire dans la journée. Les caméras, les appareils photo, les regards visent tous la même direction. Je me trouve à moins de 50 m du Suisse. Je savoure.
19h10. C’est parti. Première balle, premier ace, et premier jeu blanc. Federer donne le ton. Dans les gradins, les commentaires vont bon train sur cette rencontre que les parieurs entrevoient expéditive. Mais en face, il y a un mec qui carbure à la fierté. Il s’accroche, ne lâche rien. Sa première balle de service fait mal au Suisse. Plus de 200 km/h en moyenne. Tous les coups sont permis, les deux athlètes se rendent la pareille, en ne cédant pas une miette de leur jeu. 5-4, puis 5-5. Niemeyer égalise en levant un poing rageur. Federer a beau empiler les aces et les coups d’un autre monde, le Québécois de 33 ans réplique, toujours, en se permettant même de lober le roi sur un point qui soulève la foule… Le jeu décisif s’invite à la table. Le numéro un mondial profite de cet instant pour prendre ses distances. 7-3. La première manche est pour lui. Ce fut serré, mais à chaque fois qu’il est acculé, l’artiste aiguise une issue… La marque des grands. Le tennis a l’air si facile entre ses mains. Au contact de sa raquette, la petite balle jaune se pâme et entreprend des trajectoires qui écœurent l’adversaire et comblent le public. Les coins, les lignes, Federer nettoie tout !
Second set. Il est 20h. Plus de soleil, mais la lumière des projecteurs. Quelques retardataires sont autorisés à gagner leur place. Dans les tribunes, les « Frédéric ! » percutent les « Federer ! » Un groupe de Suisses tente de soulever une Ola, mais la vague se limite à une timide tentative. Dommage… Dans le ciel, quelques avions rappellent que l’aéroport Pierre Elliott Trudeau n’est pas loin. On se croirait presque à Flushing Meadow, le vacarme en moins.
20h20, premier bris d’égalité de la partie, dans la poche de Fédé. Le tournant du match. Niemeyer ne reviendra plus. Score final: 7-6 6-4. La logique est respectée, mais le Québécois a soigné sa sortie. Mourir la tête haute, ça ouvre les portes du respect. Et moi là-dedans ? Aux anges. Je ne suis pas un inconditionnel de tennis, mais j’avoue avoir eu ma part de frissons. Oh, ce n’était pas le match du siècle, mais l’essentiel était ailleurs. Je voulais y être, je voulais observer le Maître dans ses œuvres. Son regard ténébreux, sa facilité déconcertante et sa panoplie de joueur prodige, et cette agilité féline qui sublime ses coups. On a parfois l’impression qu’il met du velours dans ces attaques de mule. Roger Federer, c’est la grâce incarnée, un virtuose en Nike.
Et vous savez quoi ? En moins de deux heures, ce mec m’a fait aimer son sport. Seul un grand champion pouvait me convertir.
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