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Photo : Flickr Richard.Fisher

Dans la cour du roi Federer

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Photo : Flickr Richard.Fisher

Que ressent-on quand on assiste pour la premi?re fois ? un match de tennis, et que votre bapt?me est parrain? par le grand Roger Federer dans un stade tout acquis ? sa l?gende?

J’ai voulu m’immerger dans l’ambiance d’un match de tennis. Et tant qu’? faire, j’ai souhait? frapper fort. Le court central de la coupe Rogers ? Montr?al, par exemple… Et, soyons fous!, une l?gende sur le terrain bleu de la surface rapide. Le num?ro un mondial, Roger Federer. Celui qui a appris le tennis sur Mars. Pour que la f?te soit totale, le hasard a mis sur la feuille de match un certain Fr?d?ric Niemeyer. Un Qu?b?cois qui entame son baroud d’honneur. Bref, l’affiche r?v?e: l’enfant du pays qui se coltine le grand Suisse en guise de g?teau d’anniretraite. Autour de ces amis de longue date, 11 000 spectateurs en admiration. Le match n’a pas commenc?, mais ils veulent tous le voir. D?chir? entre la fibre nationale et la ferveur contemplative d’un dieu du tennis, le public ose quelques infid?lit?s vocales au v?t?ran du coin. Un ?cran g?ant rappelle d’ailleurs pourquoi le stade Uniprix est plein comme un ?uf. On revit quelques secondes du sacre de Federer lors du dernier tournoi de Wimbledon. En soulevant un 15e troph?e dans un tournoi du Grand Chelem, il entrait dans l’Histoire…

19h, le stade se remplit doucement. La clameur se fait sentir quand les joueurs font leur irruption dans l’ar?ne. Le temps est parfait, alors que les orages ?pars avaient fait craindre le pire dans la journ?e. Les cam?ras, les appareils photo, les regards visent tous la m?me direction. Je me trouve ? moins de 50 m du Suisse. Je savoure.

19h10. C’est parti. Premi?re balle, premier ace, et premier jeu blanc. Federer donne le ton. Dans les gradins, les commentaires vont bon train sur cette rencontre que les parieurs entrevoient exp?ditive. Mais en face, il y a un mec qui carbure ? la fiert?. Il s’accroche, ne l?che rien. Sa premi?re balle de service fait mal au Suisse. Plus de 200 km/h en moyenne. Tous les coups sont permis, les deux athl?tes se rendent la pareille, en ne c?dant pas une miette de leur jeu. 5-4, puis 5-5. Niemeyer ?galise en levant un poing rageur. Federer a beau empiler les aces et les coups d’un autre monde, le Qu?b?cois de 33 ans r?plique, toujours, en se permettant m?me de lober le roi sur un point qui soul?ve la foule… Le jeu d?cisif s’invite ? la table. Le num?ro un mondial profite de cet instant pour prendre ses distances. 7-3. La premi?re manche est pour lui. Ce fut serr?, mais ? chaque fois qu’il est accul?, l’artiste aiguise une issue… La marque des grands. Le tennis a l’air si facile entre ses mains. Au contact de sa raquette, la petite balle jaune se p?me et entreprend des trajectoires qui ?c?urent l’adversaire et comblent le public. Les coins, les lignes, Federer nettoie tout !

Second set. Il est 20h. Plus de soleil, mais la lumi?re des projecteurs. Quelques retardataires sont autoris?s ? gagner leur place. Dans les tribunes, les ? Fr?d?ric ! ? percutent les ? Federer ! ? Un groupe de Suisses tente de soulever une Ola, mais la vague se limite ? une timide tentative. Dommage… Dans le ciel, quelques avions rappellent que l’a?roport Pierre Elliott Trudeau n’est pas loin. On se croirait presque ? Flushing Meadow, le vacarme en moins.

20h20, premier bris d??galit? de la partie, dans la poche de F?d?. Le tournant du match. Niemeyer ne reviendra plus. Score final: 7-6 6-4. La logique est respect?e, mais le Qu?b?cois a soign? sa sortie. Mourir la t?te haute, ?a ouvre les portes du respect. Et moi l?-dedans ? Aux anges. Je ne suis pas un inconditionnel de tennis, mais j’avoue avoir eu ma part de frissons. Oh, ce n’?tait pas le match du si?cle, mais l’essentiel ?tait ailleurs. Je voulais y ?tre, je voulais observer le Ma?tre dans ses ?uvres. Son regard t?n?breux, sa facilit? d?concertante et sa panoplie de joueur prodige, et cette agilit? f?line qui sublime ses coups. On a parfois l’impression qu’il met du velours dans ces attaques de mule. Roger Federer, c’est la gr?ce incarn?e, un virtuose en Nike.
Et vous savez quoi ? En moins de deux heures, ce mec m’a fait aimer son sport. Seul un grand champion pouvait me convertir.

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