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Danger : la ?pauvre province canadienne?, l?Alberta ? la recherche de fric

 

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Parlons de p?trole, d?ol?oducs et de l?Alberta.

Pas de la riche Alberta, mais de la pauvre Alberta. Qui se lamente parce qu?elle doit faire face ? une diminution appr?hend?e de 6 milliards de dollars sur les 13 milliards anticip?s de revenus en redevances de l?exploitation p?troli?re.

Dans toute autre province, la solution ? un d?ficit budg?taire serait simple?: couper dans les d?penses de l??tat ou augmenter les taxes et les imp?ts.

Mais l?Alberta jouit aujourd?hui d?un standing international qu?elle veut conserver et elle h?site beaucoup ? proc?der ? des coupures de programmes qui pourraient affecter son image de marque.

Mentionnons, par exemple, que l?Alberta d?pense une moyenne de 4?972 $ par personne en soins de sant?. La moyenne canadienne est de 3,692 $.

D?autre part, augmenter les taxes ou les imp?ts n?est pas dans les g?nes de cette province qui se vante d??tre la Mecque du n?olib?ralisme en Am?rique du Nord.

L?Alberta n?a pas de taxe de vente et plusieurs commentateurs au Canada anglais l?invitent ? sauter sur l?occasion pour en instaurer une afin de r?gler son d?ficit. Mais la premi?re ministre Alison Redford r?siste.

Si l?Alberta peut rejeter les deux solutions classiques pour combler un d?ficit?: les coupures ou les hausses de taxes, c?est qu?elle a une autre carte dans son jeu?: les redevances sur l?exploitation du p?trole des sables bitumineux.


Chute des redevances

Ces redevances repr?sentent actuellement 30 % de ses revenus. Et les projets d?expansion de l?exploitation des sables bitumineux sont tels, qu?on comprend Mme Redford, son cabinet, son parti et toute l?Alberta, de lorgner de ce c?t? pour combler le d?ficit.

Mais il y a un hic! L?Alberta a du p?trole, regorge de p?trole, le p?trole lui sort m?me par les oreilles. En fait, on devrait dire?: pourrait lui sortir par les oreilles. Mais il y a un probl?me?: elle ne peut pas rejoindre les riches march?s asiatiques, faute de facilit?s de transport, faute d?ol?oducs.

Pr?sentement, l?Alberta vend son p?trole, principalement aux ?tats-Unis. Mais les prix am?ricains sont inf?rieurs d?environ 30% ? 40% des prix mondiaux, ? cause du boom d?coulant de l?exploitation du gaz de schiste et du p?trole de schiste.

Le boom est tel que l?Agence internationale de l??nergie pr?voit que les ?tats-Unis deviendront le premier producteur d?hydrocarbures en 2017 et autosuffisants en 2030.

Alors, non seulement les prix ne sont pas ? la hauteur, mais la demande risque de ne plus ?tre au rendez-vous.


? la recherche de nouveaux d?bouch?s

L?Alberta doit donc trouver de nouveaux d?bouch?s pour son p?trole.

  1. Il y a le projet d?ol?oduc?Keystone,?qui acheminerait le p?trole jusqu?aux raffineries du Golfe du Mexique. Mais le mouvement ?cologiste a bloqu? le projet parce qu?il mena?ait les nappes aquif?res du Nebraska. Un autre trac? attend l?approbation de l?administration Obama. Mais, r?p?tons-le, les prix am?ricains ne sont pas avantageux.
  2. Le d?bouch? le plus naturel vers l?Asie serait, ? premi?re vue, la Colombie-Britannique. D?j?, des ol?oducs acheminent une certaine quantit? de p?trole vers les ports de la Colombie-Britannique.

Une anecdote ? ce sujet pour montrer tout l?irrationnel de la distribution du p?trole dans le monde. Un ol?oduc passe ? quelque centaines de m?tres d?une raffinerie install?e sur les rives du Pacifique, mais cette derni?re est aliment? en p?trole en provenance de l?Arabie saoudite, parce qu?il est moins cher que le p?trole qui passe dans l?ol?oduc tout pr?s!

Il y a de tr?s lucratifs march?s en Asie. Mais il faut les rejoindre. D?o? le projet de l?ol?oduc?Northern Gateway. Mais de multiples obstacles minent la possibilit? de sa r?alisation.

D?abord les autochtones. L?ol?oduc traverserait le territoire de plusieurs r?serves autochtones. Mais ces derniers sont divis?s sur la question. Certains chefs y sont favorables, mais souvent les membres de leur communaut? s?y opposent.

En fait, c?est en grande partie cette opposition que l?on retrouve dans le mouvement Idle No More. Car, pour faciliter des ententes entre les chefs amis des p?troli?res et ces derni?res, le gouvernement Harper a proc?d?, dans le cadre de son bill omnibus C-45, ? des modifications ? la Loi des Indiens qui facilitent la location de leurs terres aux p?troli?res.

Malgr? cela, plusieurs p?troli?res sont sceptiques. Elles se rappellent que les ?tudes environnementales lors d?un projet ant?rieur avaient ?t? tellement longues que le projet n??tait plus pertinent lorsqu?il a finalement ?t? approuv?!

Le gouvernement Harper a beau avoir adouci les lois environnementales pour faciliter la construction d?ol?oducs, il faut tenir compte, dans le cas du projet Northern Gateway, sur l?opposition militante de la population de la Colombie-Britannique.

Le port de Kitimat o? se rendrait l?ol?oduc est entour? d??les et la navigation peut y ?tre p?rilleuse. Sur la cote ouest, on n?a pas oubli? le naufrage de l?Exxon Valdez.

C?est ? cause de cette opposition citoyenne que la premi?re ministre Christy Clark de la Colombie-Britannique et son homologue albertaine sont ? couteux tir?s.

Mme Clark est d?autant plus r?solue dans son opposition au projet Northern Gateway qu?elle devra bient?t faire face ? l??lectorat et que le NPD, qui s?est oppos? d?s le d?part au projet Northern Gateway, est premier dans les sondages.

Les commentateurs politiques au Canada anglais croient qu?? cause de cette opposition multiforme le projet Northern Gateway est mort et enterr?.

L?Alberta doit donc faire preuve d?imagination et trouver d?autres avenues pour ?couler son p?trole ? l??tranger.

Il y a bien s?r le chemin de fer. Le nombre de wagons transportant du p?trole de l?Alberta vers les ports de la Colombie-Britannique a plus que tripl? au cours des derniers mois.

Mais le train ne remplace pas l?ol?oduc.

Le port de Churchill

On regarde maintenant vers le passage du Nord-Ouest. Le p?trole pourrait ?tre achemin? jusqu?au port de Churchill au Manitoba, sur les rives de la Baie d?Hudson, et vers l?Asie par le passage du Nord-Ouest, accessible une partie de l?ann?e, par suite de la fonte des glaces.

En attendant la construction d?un ol?oduc, le p?trole pourrait voyager par train, car une voie ferr?e se rend d?j? ? Churchill. Cependant, avec les changements climatiques, le permafrost sur lequel reposent les rails est moins fiable et les dangers de d?raillement augmentent.

Le r?chauffement climatique, qui ouvre la voie du passage du Nord-ouest, rend difficile le transport par train vers Churchill. Comme quoi, rien n?est parfait.

Par l?est jusqu?au Nouveau-Brunswick et l?Asie

Alors, que faire? Des petits malins se sont rendu compte, en examinant un globe terrestre, que la distance entre l?Alberta et la cote ouest de l?Inde est plus courte en passant par l?est que par l?ouest! D?o? l?id?e d??couler le p?trole jusqu?au port de Saint-John au Nouveau-Brunswick.

Le premier ministre David Alward du Nouveau-Brunswick a tout de suite flair? la bonne affaire et s?est pr?cipit? aupr?s de Mme Redford en Alberta pour l?assurer de l?appui de sa province ? tel projet.

En fait, il s?est surtout fait le porte-parole de la famille Irving qui poss?dent d?immenses raffineries ? Saint-John. ?a nous rappelle que la famille Irving est au Nouveau-Brunswick, ce que la famille Desmarais est au Qu?bec.

Mais les p?troli?res de l?Alberta ne se sont pas trop enthousiastes ? l?id?e d?alimenter les raffineries d?Irving. Elles connaissent la voracit? en affaires de la famille et ne veulent pas ?tre ? sa merci. Elles lorgnent cependant vers le port en eaux profondes de Saint-John qui permettrait de charger le p?trole sur de super-tankers pour l?envoyer en Asie et, qui sait?, vers l?Europe.

Une telle alternative leur donnerait un levier pour n?gocier de meilleurs prix avec Irving.

En fait, il yen aurait pour tous. Les raffineries d?Irving ont une capacit? de raffinage de 300?000 barils par jour, alors que l?ol?oduc envisag? par Trans-Canada Pipelines pourrait transporter jusqu?? un million de barils par jour.

Avec la complicit? de l?Ontario?

Une autre qui s?est pr?cipit?e aupr?s de Mme Redford, c?est la premi?re ministre, nouvellement ?lue, de l?Ontario, Kathleen Wynne. Sa visite t?moigne de l?alliance entre les milieux d?affaires ontariens et les p?troli?res de l?Ouest.

Aujourd?hui, l?axe Toronto-Calgary a remplac? l?axe Montr?al-Toronto comme pivot de l??conomie canadienne.

En transit par le Qu?bec

Reste le Qu?bec. Quelle sera son attitude? Quelle sera la position de Mme Marois? Elle a d?j? rencontr? Mme Redford. Acceptera-t-elle que le p?trole des sables bitumineux transite sur le territoire du Qu?bec? Si oui, avec compensations?

Nous avons appris que le gouvernement Marois serait ouvert ? l?id?e d?inverser l?ol?oduc Sarnia-Montr?al pour alimenter la raffinerie Suncor de l?est de Montr?al et peut-?tre celle d?Ultramar ? Qu?bec, en acheminant le p?trole de Montr?al vers Qu?bec par bateau ou par train.

Le raisonnement est le suivant?: Tant qu?? importer du p?trole de la Mer du Nord, de l?Alg?rie ou du Nigeria, pourquoi ne pas l?importer de l?Alberta?

? remarquer qu?on parle ici de p?trole l?ger et non du p?trole lourd et sale des sables bitumineux.

Mais tout n?est pas si simple. Pr?sentement, Montr?al est aliment?e par l?ol?oduc qui part de Portland dans le Maine. Si notre p?trole provient d?sormais de l?Alberta, l?ol?oduc serait d?sormais inop?rant, inutilis? et inutile.

Alors, certains ont eu la bonne id?e de l?inverser, lui aussi, pour acheminer le p?trole des sables bitumineux de l?Alberta vers Portland, en transitant par le Qu?bec.

Donc, on le voit, la partie n?est pas si simple. Il va ?tre difficile d?arr?ter le p?trole ? Montr?al. De puissants, tr?s puissants int?r?ts voudront le faire transiter par le Qu?bec jusqu?? Portland, au Maine, et jusqu?? St-John au Nouveau-Brunswick.

D?j?, ces int?r?ts ont eu la t?te du ministre de l?Environnement Daniel Breton qui s??tait montr? tr?s r?ticent, pour dire le moins, aux projets d?ol?oducs sur le territoire qu?b?cois.

Ottawa, c?est l?Alberta

? noter ?galement que les p?troli?res b?n?ficient de l?appui ouvert du gouvernement f?d?ral.

Ottawa a un int?r?t mon?taire dans l?affaire. Le gouvernement f?d?ral touche 1,2 milliard de dollars par ann?e en imp?ts en provenance de l?industrie p?troli?re.

Il subit lui aussi les cons?quences du goulot d??tranglement qui r?duit les possibilit?s d?exportation du p?trole albertain.

Nous savons ?galement que le gouvernement Harper est tr?s li? aux int?r?ts p?troliers de l?Alberta.

Dans ces circonstances, il ne serait pas ?tonnant qu?Ottawa all?gue, advenant un refus du Qu?bec, que la construction d?ol?oducs transcanadiens rel?ve de sa comp?tence exclusive quant au commerce interprovincial et qu?il confie la d?cision finale ? l?Office national de l??nergie.

Le ministre des Ressources naturelles du Canada Joe Oliver a d?j? d?clar? que l?ol?oduc qui transporterait du p?trole l?ger jusqu?? Montr?al aurait son autorisation pour transporter du p?trole des sables bitumineux plus loin vers l?est.

De plus, au Qu?bec, on peut ?tre assur? que les journaux des deux empires m?diatiques, Qu?becor et Power Corporation, sans oublier Radio-Canada, vont continuer ? faire la promotion de ces projets des p?troli?res.

Harper et Pierre-Karl P?ladeau sont copain-copain. Nous en avons eu un nouvel exemple lorsque Harper a re?u au 24 Sussex les vedettes de l??mission Occupation Double au moment m?me o? il refusait de rencontrer les chefs autochtones alors que la campagne d?Idle No More battait son plein!

N?oublions pas que Power Corporation est un des principaux actionnaires de la p?troli?re Total qui a d?importants int?r?ts dans l?exploitation des sables bitumineux.

Une alliance Qu?bec et environnementalistes?

Comme dans les autres r?gions du Canada et des ?tats-Unis, il va falloir compter sur la r?action des groupes environnementaux. D?j?, ?quiterre et Greenpeace ont manifest? contre l?inversion de l?ol?oduc Portland-Montr?al.

Les motifs de leur opposition ne se limitent pas ? des consid?rations environnementales sur la s?curit? des ol?oducs qui traverseraient le territoire qu?b?cois.

Par leur obstruction, ils veulent freiner le d?veloppement des sables bitumineux. L?exploitation des sables bitumineux est, selon eux, incompatible ? la fois avec l?objectif de r?duction de la d?pendance au p?trole et celui de r?duction des ?missions de gaz ? effet de serre.

Reste ? savoir quelle sera la position du gouvernement du Qu?bec?

Pierre Dubuc

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