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Dag Hammarskjold, un complot qui n’est plus une théorie

Le cas est revenu sur le tapis récemment dans les rédactions (ici celle du Figaro).  Le cas d’une mort toujours pas élucidée, paraît-il, aujourd’hui encore, et dont l’explication officielle donnée à l’époque n’a pas suffit à calmer les ardeurs de certains.  Pensez donc, au moment de sa mort, ce suédois; devenu Secrétaire Général des Nations-Unies devait recevoir le prix Nobel de la Paix.  Il l’a bien eu, au final, mais à titre posthume, hélas ! Il fallait le constater : il n’y avait pas personne plus adéquate pour le recevoir au début des années 60.  Cet infatigable partisan de la Paix avait arpenté la planète pour tenter de résoudre des conflits graves, ou des cas pendables d’incompréhensions entre Etats (notamment lors de la crise de Suez).  Seulement voilà, lors d’un dernier voyage en Afrique du Sud, en Rhodésie exactement, dans l’espoir de libérer une compagnie de casques bleus retenue en otage d’essayer par la même occasion de désarmer les milices Katangaises, il avait trouvé la mort dans un crash « inexpliqué » d’avion.

crash-treesLe DC-6 qui l’emportait s’était empalé sur des arbres, bien avant l’aéroport qu’il devait rejoindre (voir ici à droite).  On parla d’acccident, bien sûr, d’erreur de pilotage de Per-Erik Hallonquist (1) mais aussi d’un attentat, ou d’un « terroriste » dissimulé à bord ou même encore de tirs d’avions contre lui : plusieurs thèses différentes ont été entendues depuis plus de 50 ans.  Mais pas une ne semble avoir réussi à expliquer ce désastre si grave, tant la probité de l’homme avait fait de lui une icône véritable… et méritée.  Et pourtant. Depuis plus de 5 ans, on sait très bien qui a assassiné Hammarskjold ! Un assassin qui est tranquillement décédé près d’Anvers, en 2007, à l’âge de 83 ans… Si bien que la question se pose aujourd’hui d’une autre façon : qui l’a donc aussi longtemps protégé ? Et pourquoi ?

Une première enquête bâclée

albertinaLe dernier décollage de l’avion d’Hammarskjold, le SE-BDY « Albertina » a été filmé, il est visible ici.  Depuis qu’il s’est écrasé en pleine forêt, on spécule sur ce qui s’est réellement passé ce soir du 18 septembre 1961 à Ndola (aujourd’hui en Zambie, au pays du cuivre).  Le pilote avait eu une conversation avec la tour de contrôle à 23:57, puis il avait annoncé qu’il avait en vue l’aéroport à 00:10, indiquant qu’il commençait alors sa descente… puis plus rien.  On le retrouvera en morceaux, train sorti, au sol, son altimètre en parfait état.  Mais très vite on a douté de la seule thèse de l’erreur de pilotage.  En fait, cette remise en question du sort d’Hammarskjöld, un peu trop vite réglé au lendemain de son décès, provient de l’ONU elle-même, à la suite de vérifications menées par des journalistes doutant de la thèse officielle (comme quoi le « conspi » a parfois du bon, aussi : « la semaine dernière »(nota : nous étions alors le 6 juillet 2015) « les Nations Unies ont publié une enqtimeuête très attendue dans l’accident et la mort de 16 passagers. Dans le rapport, les enquêteurs de l’ONU ont dit qu’ils avaient trouvé « de nouvelles informations importantes » soutenant la théorie selon laquelle l’avion d’Hammarskjöld a été abattu par « une attaque aérienne ou d’autres actions. » Le rapport suivait des mois de travail d’investigation. Trois personnes d’un « Groupe d’experts indépendant » on épluché les archives historiques et ont interviewé des poignées de gens et ont également voyagé en Zambie pour parler avec 12 témoins vivants de l’accident. Le rapport n’a débouché sur aucun résultat concluant, mais il a mis en doute la version officielle des événements – à la grande joie des observateurs de la conspiration Hammarskjold. Dans une lettre datée du 2 juillet, l’actuel secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, avait personnellement recommandé une nouvelle enquête sur l’incident: « Cela peut être notre dernier changement pour trouver la vérité. » La principale théorie est que l’avion Hammarskjöld a été abattu, par les adversaires de sa position anti-coloniale en Afrique. Peut-être que les tireurs étaient des mercenaires qui luttaient pour le Katanga au nom de la Belgique. Ou peut-être, qu’ils étaient des employés de riches entreprises minières européennes qui avaient des enjeux lucratifs dans la province du Katanga et qui craignaient de perdre leurs concessions ».  crash-biqLa décision de Ban Ki-moon étant une première, dans le genre.  On s’en doutait depuis très longtemps : lorsqu’il avait appris son décès, le président américain Harry Truman avait en effet dit une phrase sibylline : «Dag Hammarskjöld était sur le point de faire faire quelque chose quand ils l’ont tué ».

Personnellement, j’avais découvert ça l’année suivante à 16 ans, en regardant une émission de « Cinq Colonnes à la Une » diffusée par l’ORTF sur les mercenaires de Schramme du Bukavu, qui m’avait contraint à chercher l’historique de ce mercenariat, et à étudier la disparition d’Hammarskjold, dont je n’avais pas compris l’importance (j’avais 11 ans quand ça s’est produit !).  Les combattants de Bob Denard ou de Jean Schramme s’étaient alors soulevés contre leur ancien employeur, le général et président Mobutu, ce qui est un cas assez rare il semble en histoire.  En 1967, Moïse Tshombe avait fomenté un nouveau coup d’état contre Mobutu.  Or Tshombe, on en avait aussi entendu parler en 1960… Le virus de l’actu a commencé tôt, chez moi, je vous l’avoue. A l’époque, la TV informait aussi, malgré les pesanteurs et les freins du régime gaulliste.  Merci à Pierre Desgraupes, Pierre Lazareff, Pierre Dumayet et Igor Barrère (ici leur indicatif) ! Mais une question était restée en suspens à l’ONU en 2015 : « Le panel a été incapable de persuader les États-Unis ou la Grande-Bretagne de rendre les fichiers classés disponibles, » avouait le New-York-Times. Plus de 50 ans après, des pays refusaient de coopérer à cette enquête. Pourquoi donc ?

crash

Une nouvelle enquête en 2011

En fait, l’inquiétude de l’ONU datait de 2011, et d’une enquête approfondie menée par le journal anglais The Guardian, lors du 50 ème anniversaire de l’événement. Le journal anglais avait retrouvé des témoins de la chute de l’appareil, et tous confirmaient la thèse d’une attaque menée sur le DC-6 par d’autres avions.  Mais aussi sur un rapport émis par Göran Björkdahl, un membre d’une association d’aide vivant en Afrique ayant mené des investigations après qu’il ait découvert seul que le fragment d’avion qu’avait gardé son père était celui du fameux DC-6. Un homme, en Zambie, lui avait offert dans les années 70 alors qu’il évoquait avec lui le drame. Björkdahl, qui avait mené sa propre enquête, avait tiré les conclusions suivantes :

« • l’avion Hammarskjöld avait été presque certainement abattu par un second appareil non identifié.

• Les actions des fonctionnaires britanniques et de Nord Rhodésien sur place avaient retardé la recherche de l’avion disparu.

• L’épave avait été retrouvée et mise sous clé par les troupes de Rhodésie du Nord et la police bien avant que sa découverte ait été officiellement annoncée.

• Le seul survivant de l’accident aurait pu être sauvé, mais on l’avait laissé mourir dans un hôpital local mal équipé.

• Au moment de son décès, Hammarskjold suspectait des diplomates britanniques de secrètement soutenir la rébellion Katangaise et d’avoir entravé l’organisation d’une trêve.

• Quelques jours avant sa mort, Hammarskjöld avait autorisé une offensive des Nations Unies sur le Katanga – du nom de code « Opération Morthor » – en dépit des réserves du conseiller juridique de l’ONU, de la fureur des États-Unis et de la Grande-Bretagne. » 

Un assassinat, et non un accident ?

releveOn en a déjà assez pour ce faire une petite idée des possibles assassins :  « C’était le temps de la guerre froide, et tout le monde a tenu sa carte très près de sa poitrine avant de la jouer. En outre, les commissions d’enquête précédentes ont fait un travail bâclé. Tout cela a en partie alimenté ces soupçons pendant un demi-siècle, parce que tant de preuves ont été négligé ou ont été exclues des commissions d’enquête. Et certains fichiers ont même disparu – ce qui est l’autre chose remarquable. Les Archives Nationales  du Royaume-Uni  avaient réussi à mettre la main sur les fichiers Rhodésiens [de la première enquête], et de façon surprenante – ou sans surprise – ces fichiers, contenant une description précise [de ce qui est arrivé] écrit trois jours après l’accident d’avion, ont disparu (à gauche un des fichiers retrouvés depuis, le plan du crash). Les fichiers ont été retirés par ordre du Premier ministre britannique, en 1993″ (nota c’était John Major; le successeur en 1990 unknownde Margaret Tatcher !). « Il s’est produit un acte criminel, et vous avez-là des acteurs influents qui ont eu un vif intérêt à le cacher – et ils ont évidemment. réussi)à le faire. Je suis assez convaincu qu’il y a eu beaucoup de soi-disant «accidents» dans l’histoire, qui ne sont pas des accidents et où les personnes impliquées ont réussi à cacher la vérité » note fort intelligemment le Professeur Henning Melber; dans « Top Stories/Diplomacy » (il est ici à droite). Le MI6 anglais et non la CIA d’impliqué, selon lui, quoique les deux aient pu travailler de concert à l’occasion… Les puissances occidentales, entre autres, craignaient en fait que l’uranium du Congo puisse tomber aux mains des soviétiques, au Katanga. C’est cet uranium, rappelons-le, qui avait permis la réalisation de la toute première bombe atomique (grâce au belge qui l’avait stocké dans un hangar de  Staten Island… en plein New-York !).  Il avait été extrait de la mine de Shinkolobwe (au Katanga) et fourni aux États-Unis à partir de septembre 1942 par l’Union minière du Haut Katanga (UMHK).  C’est Edgar Sengier qui avait eu la présence d’esprit de le stocker.  On raconte que quand le responsable militaire du projet Manhattan est venu le voir, Sengier lui a simplement répondu « vous pouvez avoir le minerai maintenant. Il est à New York, 1.000 tonnes. J’attendais votre visite ». Mais il y a aussi les mines d’or sur place… et bien d’autres minerais, et bien d’autres intérêts à sauvegarder.

Des témoins jamais entendus aux souvenirs précis, pourtant !

L’un des témoins retrouvé, Dickson Mbewe, retrouvé âgé de 84 ans, avait décrit aux enquêteurs une scène bien particulière : « Vers 5h du matin, Mbewe est allé à son four à charbon de bois à proximité du lieu de l’accident, où il a trouvé des soldats et des policiers dispersant déjà des gens. Selon le rapport officiel de l’épave n’a été découverte qu’à 15 heures cet après-midi-là. «Il y avait un groupe de soldats blancs portant un corps, deux devant et deux derrière, » avait-t-il dit. « J’ai entendu dire qu’il y avait un homme qui a été retrouvé vivant et devrait être transporté à l’hôpital. Personne n’a été autorisé à y rester. » Si l’identité de celui emporté à l’hôpital est connu, car il s’agit du chef de la sécurité, le sergent Harold Julien, retrouvé vivant, le second semble bien être Hammarskjold lui-même. Un Hammarskjold qui ne serait peut-être aussi pas mocadavrert tout de suite. Et un terrible document photographique semble le confirmer. Un magazine suédois, Aftonbladet, en collaboration avec Time, a en effet révélé en 2012 une photo inédite, jusqu’ici resté secrète : celle du corps même du secrétaire de l’ONU, étendu mort sur un brancard, le corps est intact… à part des blessures à la face, dont une bien étrange sous le menton. Dans le même reportage, le journaliste explique que « des témoins ont dit avoir entendu des mercenaires se vanter dans les bars qu’ils avaient assassiné Hammarskjold. On a parlé d’une carte à jouer attaché au suédois. On a suggéré qu’il aurait pu survivre à l’accident, avait pu ramper jusqu’au dehors de la zone de crash, et que son état au sol se serait ensuite dégradé. Ce serait également la raison pour laquelle le sauvetage avait été retardé (puisqu’on puisse s’assurer de sa mort !). Le crash montrait un appareil totalement incendié, et un secrétaire de l’ONU au corps sans aucune brûlure, en effet. Plus intriguant encore, « puisque le chef norvégien de l’ONU, Bjørn Egge – qui a vu le cadavre de Hammarskjold – a parlé durant toute sa vie, d’avoir vu un trou rond dans le front, peut-être venu d’une balle ».  « Aftonbladet a sorti quatre des six images reconnues, deux à partir du site de l’accident et deux venues de la morgue. Autour de l’oeil droit apparaît un endroit beaucoup plus lumineux et sur l’une des photos on peut voir quelque chose comme une carte à jouer, mais cela pourrait aussi être un col de chemise ». Le point blanc serait en fait une retouche sur la photo, selon le journal suédois. » Sur une photographie  le bras de Hammarskjold a été déplacé, de sorte qu’il cache l’œil droit ». Le magazine indique que « les autorités suédoises avaient eu accès à aux photos, mais avaient décidé de ne pas les montrer. » Il semble bien que l’exposition du corps du secrétaire ait été l‘objet d’une mise en scène macabre, dont la fameuse carte à jouer aurait été la signature de ses assassins…  une carte déposée sur place, par des personnes arrivées après le crash pour… finir le travail. Ce qui implique une lourde conspiration, en ce cas, avec en premier un attentat aérien et une vérification de ses effets au sol !

La terrible photo  jusqu’ici jamais montrée
bookAftonbladet avait fait paraître ces deux étonnants clichés le 16 septembre 2012, en illustration de l’article signé Staffan Lindberg. Une autre témoin de l’accident, Mama Kankasas, lui avait expliqué qu’elle avait vu elle deux avions agresseurs et non pas un seul.  » j’ai vu un gros avion en direction de l’ouest. A ce moment-là, les deux petits jets l’ont suivi. Le gros avion avait été touché. Il a chuté lourdement et est tombé, en brûlant, dit-elle. Les deux combattants sont repartis au nord. Le gros avion disparu et a brûlé dans la forêt ». Selon l’enquêtrice Susan Williams, auteur d’un ouvrage sur la question (« Qui a tué Hammarskjold ?« ), c’est un « groupe secret de mercenaires et des contrebandiers blancs » opérant alors en Afrique qui aurait effectué l’assassinat. La pesanteur des suprémacistes rhodésiens, sur la région, selon elle. Pour ce qui est des avions, ils étaient sans conteste à réaction, contrairement au DC-6 à moteurs à piston, ce qu’un autre témoin décrit ici très bien « il s’est écrasé pas loin de  nous. Mais avant il y avait eu un autre son. Il semblait différent. On pouvait l’entendre, et  il a disparu à grande vitesse, vers le nord. » Un avion à réaction, nécessairement; le DC-6 étant à moteurs à pistons.  A noter aussi qu’il manque un détail aussi sur les lieux du crash : les premiers témoins arrivés avaient aussi pillé l’épave : c’est ainsi qu’on ne retrouvera pas tout de suite la machine à crypter d’Alice Lalande, la secrétaire d’ Hammarskjold : les charbonniers qui l’avaient vue l’avaient confondu avec une machine à écrire. Ils avaient tenté de la revendre sur un marché local et avaient été jugés et emprisonnés deux ans pour ce vol.

Quels avions comme assaillants ?

leurre-fougaPour ce qui est des avions possibles, un événement antérieur donne un sérieux indice. Au moment du début de la guerre au Katanga, l’ONU ne dispose d’aucun avion armé pour freiner l’expansion des rebelles sécessionnistes katangais.  D’où l’embarras d’ Hammarskjöld, ardent partisan de la Paix mais ne possédant pas d’armes pour les contenir.  Ces derniers ne possèdent que trois appareils, pourtant, pas nécessairement tous en état de vol, mais dont un, piloté par un aventurier plutôt adroit, réussit à lui seul à mitrailler et bombarder à plusieurs reprises les unités onusiennes à Jadotville et Élisabethville (aujourd’hui Lubumbashi).  Ses raids audacieux créent un climat de peur partout où il passe.  Et fait croire à plusieurs avions chez les rebelles. Pour leurrer les assaillants de l’ONU désireux de venir les attaquer, comme ils n’ont que trois avions en service, les mercenaires ont en effet utilisé des avions factices faits en bois pour faire croire à une présence plus nombreuse, comme le montre cette étonnante photo à droite. Le pilote téméraire ira même lui seul jusqu’à défier l’ONU de façon particulière, par bravade, en mitraillant la villa de Conor O’Brien, l’irlandais que Hammarskjold venait juste de nommer représentant des Nations unies pour la « province du Katanga »...  Un  O’Brien, qui définissait ainsi ce qu’il devait administrer : « voici d’abord la définition de l’indépendance du Katanga : « Annexion pure et simple, au bénéfice d’intérêts étrangers, de la plupart des ressources et d’une partie considérable du territoire de la nouvelle République du Congo. » Terrible et amer constat  qui expliquait bien que la diplomatie sur place se heurtait avant tout à des intérêts économiques !

Un piloté plutôt doué

onu-dc_3L’avion du mercenaire, resté intouchable,  réalisera un « score » étonnant, en détruisant à lui seul au sol deux Douglas DC-4, et un Douglas C-47 de l’ONU (ici à droite), plus une douzaine de camions et des installations radio, endommageant également un  Douglas DC-6 et un Fairchild C-119 Flying Boxcar de transport (c’est lui qui avait amené les Fougas belges !) sur les aéroports de Kamina et celui d’Élisabethville-Luano. Tout cela avec des bombes bricolées par des artificiers amateurs ! « Grâce à cet unique appareil d’entraînement, basé à Kolwezi, la « chasse » katangaise a fait paniquer les Nations-Unies. Le KAT 92 se livrait à de rapides survols des positions de l’ONU, lâchant çà et là quelques petites bombes bricolées. Ces interventions remontent le moral des troupes katangaises et sèment dans les rangs des Casques Bleus la consternation. Les « cabrioles » du pilote du Fouga étaient un excellent moyen de guerre psychologique auprès des soldats de l’ONU » peut-on lire iciPour lui éviter de recommencer ce genre de prouesses, l’ONU décidera un peu tard d’envoyer des avions militaires… suédois :  5 chasseurs Saab J 29 Tunnan suédois (plus 2 J 29C de reconnaissance et 4 J 29B en décembre 1962, (commandés par Sven Lampell, chef des opérations aériennes de l’ONU), plus 6 bombardiers English Electric Canberra B(I) Mk58 indiens, et auxquels se joindront plus tard 4 North American F-86 Sabre éthiopiens, installés eux à Léopoldville (ci-dessous la réunion de tous les appareils). Ici le résumé des aventures des Saab en suédois. L’audacieux pilote qui les narguera pendant des mois et qui attaquera souvent seul s’était fait surnommer  « Le rôdeur solitaire »… on pouvait entendre vanter ses mérites dans tous les bistrots de brousse alentour !

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Un « Fouga Magister « ?

fouga_keulaL’avion qui fait tant de ravages est un peu spécial, à vrai dire: il n’a pas été conçu pour ça au départ. C’est en fait un avion léger d’entraînement de l’Otan, le célèbre biréacteur français Fouga-Magister, avion arrivé de Belgique au Congo à une vingtaine d’exemplaires en 1960, emportés par des C-119, et basés sur l’aérodrome de Kamina (ils avaient été immatriculés MT-1 à MT-18 ainsi que le MT-23 et le MT-24). On peut voir ici deux Fouga belges au dessus de St-Trond, en Belgique. Lamina était depuis 1949 l’aérodrome militaire de la Force Aérienne Belge au Congo (République démocratique du Congo, ex Congo-Belge). Des avions qui ne vont pas rester longtemps sur place. Car patatras, en effet, le 30 juin 1960, le pays proclame son indépendance et choisit comme premier ministre Patrice Lumuba, à qui on prête des idées… communistes. Les belges, effrayés, repartent dans les C-119, car les esprits s’échauffent et  le Kantaga, une province du Congo, se sépare alors pour devenir une république indépendante avec comme chef Moïse Tschombé (il fera la Une du « Time »). canons-fougaPeu de temps après c’est au tour du Sud-Kauaï, de se proclamer indépendant le 9 août 1960 : les deux plus grandes régions minières font défection au pouvoir central ! Six jours plus tard, une coopération militaire soviétique se met en place, appelée par le gouvernement congolais : les Etats-Unis et les occidentaux s’affolent : on en toujours en pleine guerre froide ! Le responsable de l’armée congolaise, le général Mobutu Sese Seko lorgne alors sur l’aide américaine pour se débarrasser de l’encombrant Lumumba. La région est effectivement devenue une poudrière.  Les américains, ravis de prêter main forte à un anticommuniste, se précipitent. Pour protéger ses ressortissants, la Belgique fait rapidement armer quelques Magister de deux mitrailleuses CM-52 installables dans le nez (cela concerne les MT-4, MT-6, MT-10, MT-14, MT-17 et MT-18). La preuve qu’un avion d’entraînement peut devenir un appareil d’attaque au sol ou d’interception ! Une idée que retiendront les mercenaires katangais !

Le Fouga du mercenaire belge de Moïse Tschombé

harvard-t-6-katangaC’est un autre encore, de Fouga, qui retient notre attention. Le N°295, KAT 92 est celui qui en fait à harcelé les troupes de l’ONU, mais et il ne provient pas des Fouga-Magister belges, déjà repartis dans le pays une fois les coopérants rapatriés. C’est Moïse Tshombe, le sécessionniste, qui a alors officiellement et personnellement commandé 9 appareils à Potez Air Fouga, pour venir en aide à ses vieux « Harvard » poussifs,.. la France est donc aussi dans le coup, en ayant autorisé la vente. Trois  seulement (KAT 91, KAT 92 et KAT 93.) ont bien été livrés à  la Luano (l’aérodrome d’Elisabethville) le 15 février 1961, mais le 91 s’est déjà écrasé dès le 28 juin : restent deux appareils en état de voler à la mi-juin, les Kat 92 et Kat 93 (ce dernier sera descendu en 1963 par un des Saab 29 de l’ONU !). Tschombé, dépourvu de pilotes, a recours à des mercenaires pour les faire voler : essentiellement des pilotes d’origine belge (certains militaires belges ont refusé de rentrer en métropole, ça tombe bien !). Les premiers mercenaires arrivés en septembre 1960, ont été recrutés par le Belge Georges Thyssens, un fidèle de Tshombé. Et un vieil ami de Roger Trinquier, qu’il ira même rencontrer à Nice et à Paris au George V(2)  Il y a donc aussi des français dans le lot : certains des mercenaires français au Katanga avaient eu l’expérience de l’Indochine, tandis que d’autres qui avaient combattu avec l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS) en Algérie, alors en pleine guerre contre le pouvoir. « L’arrivée des Français s’accéléra rapidement, et elle s’explique en partie par l’affaire algérienne et les revers subis par l’O.A.S. : nombreux étaient les Français amers désireux de se battre pour le maintien, même ailleurs, d’un statut colonial ou semi-colonial » dit-on. Certains de ces fanfarons auraient harvardmême carrément affirmé avoir tué Hammarskjold à Roger Trinquier ! Des documents 8 mm nous les montrent, ces mercenaires. On peut voir ici  Jacques Demoulin, au « Kamina EPA« , avec José Bargain (on retrouvera les mêmes en Angola). Demoulin est mort le 30 août 1964 dans un crash, survenu avec à bord son formateur israélien Echett, à bord d’un vieil Harvard (voir ici, à droite, à partir d’un vieux film 8mm de Demoulin en personne). Dix avions à moteur à pistons Harvard (des T-6), venus du Portugal, « achetés par la société belge de courtage COGEA. Ces appareils ont été placés dans des caisses et expédiés d’Ostende à Luanda où ils ont été assemblés et transportés à Kolwezi par les pilotes polonais, belges, français et sud-africains ». Israélien, l’infortuné second, car ce pays aussi utilisait depuis 1959 des Fouga…. appelés « Zukit » qui sera plus tard armé : « le Fouga « Magister » a été utilisé pendant la Guerre des Six-Jours en juin 1967. Optimisé pour le combat par l’adjonction de canons dans le nez et de points d’emport pour des bombes, des roquettes ou des missiles sous les ailes, les « Magister » se sont révélés d’excellents avions d’appui tactique et ont été couramment utilisés dans le cadre d’affrontements locaux, notamment en Afrique » peut-on lire ici.  Quant à savoir qui les finançait, on tombe vite et sans trop de surprises sur des industriels… américains : « le journaliste Jacques Lantier révèle l’existence d’autres bailleurs de fonds: des associations anticommunistes d’Outre-Atlantique telles que « l’American Committee for Aid to Katanga », fondé en novembre 1961, et qui comptait parmi ses membres, l’ancien président Herbert Hoover et Richard Nixon, alors vice-président déchu, ainsi que le sénateur raciste Barry Goldwater. Un autre financier de Tshombé et des mercenaires, jusqu’à l’automne 1962, fut selon Lantier, Charles Waterhouse, le président de Tanks Consolidated, une compagnie associée à la Société Générale de Belgique, qui contrôle le chemin de fer menant à Lobito, à travers l’Angola ». Les intérêts financiers, pourvoyeurs de mercenaires ! Les mercenaires, devenus les bras armés des multinationales !

Les têtes brûlées de Tschombé

p1050923-1Les pilotes recrutés ne sont pas ceux qu’encensera la télévision comme étant les potes de Pappy Boyington (en 1976), mais ce sont pour la plupart de vraies têtes brûlées. « Ces soldats de fortune sont au nombre de 655 au 1er mai 1961 selon Weber. Ils sont surtout belges (45o) comme Roger Bracco (ici en photo à gauche avec Léon Libert et Jacques Demoulin), pilote de la Force Aérienne, des anciens de la guerre de Corée comme Jacques Dufrasne -à droite ici au Biafra avecJean Zumbach-) et Bob Noddyn ou comme le capitaine Christian Tavernier (cf « le Bob Denard belge » (4) ), qui entame sa carrière de soldat de fortune à la tête du bataillon « Marsupilami »,lestrade du nom de l’animal né de l’imagination fertile de Franquin, l’un des maîtres de la BD belge. Mais 220 d’entre eux ont été mandatés par le gouvernement de Bruxelles, témoigne Weber. A côté des professionnels et de quelques paumés, des garçons de café et même des chauffeurs de taxis, recrutés par des officiers belges, se battent les « volontaires étrangers » dont le plus célèbre est Jean Schramme, le fils du bâtonnier de Bruges, devenu planteur au Congo belge, qui commande le bataillon « Léopard ». Contrairement à leurs camarades de la première catégorie fort bien rémunérés (voir encadré), ces volontaires sont des colons pour qui la solde importe peu, surtout désireux de récupérer leur plantation ou leur commerce. Parmi eux, s’égare un frère de la mission catholique de Bunia, raconte Schramme.(…) » (extrait de « Mercenaires S.A. » aux éditions Desclée de Brouwer,76 bis, rue des Saints Pères, 75 007 Paris (France) de Philippe Chapleau et Francois Misser).

cm170-r_israel_sitePour ce qui est des avions, comme leurs prédécesseurs belges les avions ont tous trois été équipés de deux mitrailleuses à l’avant. Le calibre originel français est de 7,5 mm, mais faute de cartouches disponibles, les mercenaires firent ré-aléser les canons pour les charger en calibre 7,62 britannique. !  L’avion d’entraînement est re-devenu avion d’attaque ou d’interception ! Mais les mercenaires ne pourront pas s’en servir encore longtemps. L’assassinat de Patrice Lumumba en janvier 1961 (par des belges et  la CIA (3), comme on le sait aujourd’hui) provoque une énième réunion du Conseil de sécurité, sous pression de l’URSS,  qui adopte, le 21 février 1961, la résolution 161 exigeant du président du Katanga sécessionniste, Moïse Tshombé, de se séparer au plus vite de ses mercenaires étrangers… et donc aussi de ses pilotes. Ceux-ci se retrouvent aussi harcelés en plus par l’ONU, avec l’opération « Rumpunch » (5), lancée le 28 août 1961, qui permet de neutraliser un grand nombre de mercenaires à la solde de Tshombé. Ce harcèlement explique aussi en partie leurs actions anti-ONU.

Quel pilote, maintenant que l’on sait que le Fouga a pu le faire ?

moise002-1On citera longtemps le nom de « Deulin »comme pilote mercenaire, même chez Getty. Ici à côté de son fameux « 93 », dont on distingue très bien les deux canons de nez. En photo ici à droite le fameux 93, toujours, avec en place un passager qui aurait été Moïse Tshombé en personne ! Le rapport de Sven E Hammarberg, de 2013, cite comme pilotes possibles du « 93 » et du « 92 » les mercenaires belges, « Magain » et « Deulin », qui auraient utilisé leur avion au maximum de ses capacités en rayon d’action notamment. L’enquête poussée de Hammaberg démontre en effet ce qdelinu’on pressentait : l’attaque par un Fouga parti de Kolwezi était possible, même si les pilotes qui l’avaient effectué avait pris de gros risques en consommation, de carburant : le rayon d’action de l’appareil étant de 226 miles nautiques, la distance Kolwezi – Ndola était de 228.  Avec ça, l’avion n’aurait eu que 30 litres dans son réservoir en se posant au retour… mais comme on avait affaire visiblement à des têtes brûlées… p1050900Hammaberg cite quatre noms de pilotes probables en fait : « Avikat (cf l’aviation katangaise, on voit ici tous ses appareils volants) avait initialement trois pilotes formés sur le Fouga Magister: Dagonnier, Latte et Magain. Joseph Delin (ou Deulin), le commandant de la base de Kolwezi, utilisait Magain comme navigateur ».  Les deux étaient très proches, en tout cas. Un José Magain ici en photo à droite avec Bracco et Dumoulin.  « Deulin » est en photo ici à gauche à bord de son « 92 ». Mais ce fameux « Deulin » ou « Delin » n’est peut être pas le bon nom, encore.  En 2013, on n’a pas encore totalement cerné le mystère. Mais on sait au moins quel avion à coup sûr aurait pu attaquer l’Albertina :

kolwezi-93-fouga

Nouveau rebondissement en 2014

imagesOn en était là lorsqu’en avril 2014, le Guardian expose un nouveau rebondissement. En la personne de Julian Borger, son rédacteur diplomatique, qui remet ça avec un révélation de la plus haute importance.  Il a  découvert en effet que des gens savaient, ce qui s’était passé, notamment des.. américains (on s’y attendait un peu, ma foi): « Quelques heures après un avion transportant le Secrétaire général de l’ONU Dag Hammarskjöld, qui s’est écrasé en Afrique centrale en septembre 1961, l’ambassadeur américain au Congo a envoyé un câble à Washington affirmant que l’avion aurait pu être abattu par un pilote mercenaire belge. Dans le document nouvellement déclassifié, l’ambassadeur, gullion-e1454008030899Ed Gullion (ici en photo avec Kennedy), ne met pas directement les pouvoirs publics belges en Rhodésie en cause dans ce qu’il appelle «cette opération», mais appelle à la pression américaine sur eux pour maintenir au sol  le mercenaire, ajoutant que c’était «de toute évidence une question de la plus haute importance.  » Il disait que le pilote avait été entravé les opérations des Nations Unies et avait  averti que s’il n’était pas arrêté, il pouvait paralyser les opérations de sauvetage aérien ». Le document a été rendu public après qu’un panel international de juges retraités aient été appelés an dernier pour une nouvelle enquête sur le crash d’Hammarskjold  en disant que de nouvelles preuves « sans aucun doute » existaient. Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a décidé en février de mettre les constatations du Groupe spécial sur l’ordre du jour de l’Assemblée générale de l’ONU. Le câble Gullion n’avait pas été examiné par des enquêtes officielles précédentes. Une commission formée par les autorités coloniales Rhodésiennes avaient rendu  une erreur de pilotage responsable du crash, tandis qu’une enquête ultérieure de l’ONU avait enregistré un verdict ouvert. »

kat91

Il manque toujours un nom précis

fouga-swedenMais l’ambassadeur va plus loin, et livre un nom. Et ce nom correspond à un autre témoignage, arrivé lui aussi bien tardivement : celui de Charles Southall, qui en 1961, était officier de renseignement stationné à la base navale de communication de l’Agence de Sécurité Nationale des Etats-Unis à Chypre.  Car ce dernier a révélé autre chose encore : selon lui, la NSA avait été mise au courant AVANT même que cela ne se produise le soir-même : « le superviseur de la surveillance m’a appelé et m’a dit:« Venez [au travail] vers minuit, descendez au poste d’écoute, car quelque chose d’intéressant va se passer, » avait-il témoigné.  Et effectivement, puisque dans sa déclaration à la Commission d’enquête, Southall affirme qu’il avait ce soir-là entendu le pilote dire :magister-au-sol «Je vois un avion de transport plus bas.  Toutes ses lumières sont allumées.  Je descend sur lui. Oui, c’est bien le DC-6 de Transair.  C’est bien l’avion. » Puis, dira-t-il, il a entendu le bruit du canon, et la voix, qu’il décrit jusqu’alors comme « cool et professionnelle », s’est alors écrié  : «Je l’ai frappé, il y a des flammes, il descend, il va s’écraser…. » Selon le document, publié par le Département d’Etat suite à une requête du Freedom of Information Act (FOIA), demandée au nom de la Commission Hammarskjöld, le pilote  a été identifié par Southall comme étant « Vak Riesseghel », probablement une faute d’orthographe du commandant Jan Van Risseghem, de la Katanga Air Force.  En photo, à droite, le suédois Sven Lampell, chef de l’ONUC posant devant l’appareil 91 mitraillé sur sa base (c’est le même dans la photo du dessus).  On notera qu’il ne semblait pas avoir reçu de canons, ce qu’un autre cliché démontre (ici à gauche).

« L’homme de Lint » (prononcez « LIN »)

On tient enfin notre homme, et il avait déjà été repéré en haut lieu. Selon en effet le document de l’ONU N°S088800060200001 « Items in Congo » relèvant du Secrétaire général de l’Officier en Charge des Opérations des Nations Unies au Congo (5/4531 S / 5053 / Add. 13) Volume 1, 2 S / 5053 / Add.l2 Angielski Annexe I Page 3,5, voici en effet le curriculum de « Van Risseghem, Jan » :  « pilote belge de Katanga Air Force, né le 3 septembre 1923, à Ptosky, en Allemagne de l’Est; autrefois dans la R.A.F, puis à la SABENA et ensuite pilote et ensuite commandant au Katanga Air Force. Il a été aux commandes d’un des Fougas pendant les hostilités de septembre. Autrefois commandement de la base de Luena Ease il a effectué ses opérations sous la direction du colonel Volont et du major Hirsh. Arrêté le 28 Août 1961, à Elisabethville, rapatrié de Kamina à Bruxelles le 7 Septembre 1961 (Mil. Info, dossier n ° 59) Par la suite il a retourné au Katanga et a également agi à titre d’agent pour l’achat d’avions à Salisbury. On le dit aussi être impliqué dans un plan visant à maintenir un escadron d’avions katangais au Tchvan-risseghemad. Est connu comme le « capitaine John ». Rapatrié le 7 septembre 1961, mais il était de retour comme l’un des pilotes de Fouga participants aux hostilités de septembre. Il est répertorié dans le paragraphe 14 du rapport de la Commission mixte sur les mercenaires du 7 mars 1962, bien qu’il n’y ait aucune preuve documentaire spécifique de ses activités en 1962, plusieurs rapports non confirmés mentionnent en effet sa présence ».  Mieux encore, quand on découvre comment se fait appeler aussi Van Risseghem : il est originaire de Lint, en banlieue d’Anvers, et se présente donc comme étant « de Lint », qui devient chez certains… « Delin » le « t » ne se prononçant pas… Le fameux « Delin », c’est donc lui ! Et mieux encore, puisqu »on découvre aussi qu’il y en avait deux, de Van Risseghem, et deux pilotes en prime :  » des jeunes pilotes issus de la RAF qui firent carrière à la Force Aérienne, il y avait: Gitbert Hawolt, Marcel Lembourg, Jean Michotte et Jacques van Liefland. Il y eut aussi Johnny Bragard, Juleskat Carette, Saeys, les freres Van Risseghem et Henri Vermersch mais ils abandonnèrent la carrière militaire » dans un document des « Vieilles Tiges » belges.  Dans le livre « Dark Peak Aircraft Wrecks 1″(photohelice à droite) ; on indique que Jan Van Risseghem était bien pilote dans la RAF, et qu’il pilotait déjà… des Harvard en 1945 et aussi que son frère s’appelait… Maurice.  Selon le même ouvrage, Jan était atteint d’un ardent désir de vengeance pour avoir « vu des avions allemands mitrailler des ambulances dans le nord de la France ».  En 2008, à Lint, justement, on avait assisté à une drôle de cérémonie : le transfert d’une hélice de DC-3 jusqu’à Baal.  Elle appartenait à Jan Van Risseghem, qui la possédait dans son jardin, comme souvenir, avec un capot moteur.  Les forces katangaises possédaient effectivement deux DC-3 : le KAT-02 et le KAT-03.  En photo, à gauche, un mercenaire fort avenant posant devant le second appareil… On y apprenait par la même que la famille Van Risseghem avait été aussi propriétaire de 1983 à 1990 d’un rare Ercoupe immatriculé OO-PUS.(c/n 4577 NC3876H).

Mercenaire au Congo; mais aussi… au Biafra

de-havill-89En 1962, son nom apparaît encore… au Congo, à Kolwezi toujours, lors d’un… événement lié aussi à ces combats avec les avions de l’ONU : acheté lé 30 novembre en France (c’est l’ex G-AGZO anglais), un de Havilland DH.89A Dragon Rapide venait d’être enregistré en Belgique, sous l’immatriculation OO-ITI au nom de  « R Van Risseghem Lint » à Anvers (là où est né Jan), mais qui réside alors à Salisbury, quand l’appareil a été complètement détruit par un raid de Saab J29 de l’ONU alors qu’il était parqué sur l’aérodrome de  Kolwezi le 29 décembre qui suivait...

sharkVan Risseghem, né en 1918 (il avait donc 27 ans au sortir de la guerre), on le retrouvera impliqué plus tard encore … au Biafra. Devenu pilote de B-26, comme l’indiquent divers témoignages, comme celui évoquant l’A.26 N12756 arrivé France pour un entretien avec Farner Air. Avant cela, l’avion était arrivé via Lisbonne, avec aux commandes… Jan Van Risseghem.  Cet appareil était en fait le RB-26P qui portait à l’origine le N° de série US. 41-39531 (numéro du constructeur 7244) qui avait appartenu au CEV, où il avait testé des radars, d’où son nez bizarre.  Il arborera un sourire de requin au Biafra.  Il avait été vendu par les domaines en 1965 à David C.C. Lau, de la Pan Eurasian Trading Co installé au Luxembourg et vite refourgué à un courtier américain, Ernest A. Koenig, qui l’a acheté 9800 francs et revendu… 320,000 dollars au Biafrais. « Le 15 Juillet 1967, en réponse à une requête posée par l’Autorité américaine de l’aviation fédérale, Koenig a renvoyé le certificat d’enregistrement indiquant que l’avion avait été vendu à un « Moises Broder » de P.O. Box 240, Port Gentil, Gabon. Il est très peu probable que Moises Broder ait jamais existé. » serv-secrets-bookUn autre B-26  RB-26P, ancien 4-34312 toujours immatriculé F-BMJR avait été vendu par le marchand d’armes français Pierre Laureys.  Il avait servi à l’entreprise des Etablissements Carta, à Creil pour de la photo aérienne.  Il avait été amené au Biafra par un mercenaire US, “Red” Mettrick ancien, de l’US Weather Bureau et de Air Trans Africa.  Comme pilote français, on trouvera Pierre Lestrade, compagnon du vétéran polonais de Spitfire Jan Zumbach qui pilotait effectivement le « requin noir » B-26. Dans « Histoire politique des services secrets français:  » on tombe sur cette perle : le « lien » entre les mercenaires français et le MI6 anglais existait bel et bien, et c’est plutôt au Yemen qu’il s’était  concrétisé, avec Michel de Bourbon Parme qui le réalise.  C’est un ancien du service action devenu marchand d’armes lui aussi.  Le livre indique qu’ils sont nombreux à être impliqués et cite en vrac… Jean Claude Bauer, (Charles) Kim d’Estainville, Jean-François Chauvel du Figaro et même Pierre Schoendorffer.  C’est bien aussi l’ancien Compagnon de la Libération Pierre Lauteys qui fournit les premières armes aux mercenaires, le tout payé par… le prince Sultan d’Arabie Saoudite !!!

Les commanditaires

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bon-katangaisReste à trouver les responsables de l’attaque. On les trouve ici, chez congo forum : « Les récits des témoins sur un autre avion concordent avec d’autres récits de personnes proches du dossier sur la mort d’Hammarskjöld. Deux de ses proches collaborateurs, Connor Cruise O’Brien et and George Ivan Smith, sont devenus tous deux convaincus que le secrétaire général a été abattu par des mercenaires au service d’industriels Européens au Katanga.saas-b-congo Ils sont également persuadés que les autorités britanniques ont participé à étouffer cette attaque. En 1992, ils avaient publié ensemble une lettre dans le Guardian pour présenter leur théorie (ci-dessus). La suspicion sur les intentions britanniques est un thème récurrent dans la correspondance que Björkdahl a examinée et qui date des jours qui ont précédé la mort d’Hammarsskjöld. Formellement, le Royaume Uni appuyait la mission de l’ONU mais, en privé, le secrétaire général et ses collaborateurs pensaient que les officiels Britanniques faisaient obstacle aux démarches de paix, probablement en raison d’intérêts miniers et des sympathies pour les colonialistes blancs côté katangais.  Il n’est pas mis en doute qu’au moment de sa mort, Hammarskjöld qui s’était déjà aliéné les Soaerio-surveyviétiques, les Français et les Belges, avait aussi mis en colère les Américains et les britanniques avec sa décision de lancer l’opération Morthor contre les chefs rebelles et les mercenaires au Katanga. Le secrétaire d’Etat US Dean Rusk avait dit à un des collaborateurs du secrétaire général que le président Kennedy était « extrêmement contrarié » et menaçait de retirer son soutien à l’ONU. Le Royaume Uni, avait dit Rusk, était « tout aussi contrarié. » Cela fait beaucoup d’assassins en puissance, en effet.

Epilogue

beaver-goodJan, on le croisait encore avec son Ercoupe sur l’aéroport de Deurne-Anvers dans les années 70-80 ou pilotant un Aero Commander d’Aero Survey (au dessus à droite) ou leur Pilatus PC.6. C’est le « spécialiste belge du Congo« , J-P Sonck qui annonce son décès le 29 janvier 2001… à Lint, à l’âge respectable de 83 ans.  Sonck en profite pour révéler une photo, prise après guerre, visiblement, d’un Jan posant tout sourire devant un De Havilland Beaver (photo ci-contre à droite).  Il arbore la casquette de l’armée de l’air belge.  La photo atrès certainement été prise en Rhodésie, où le Beavvan-rissegemer était employé dans le nord comme avion à tout faire (il avait aussi été vendu à l’Afrique du Sud en 1948 et la Zambie possédait le 9J-RCA et le 9J-RFZ, ex VP-YHH.  Le meilleur prétendant pour le cliché étant en effet le Beaver VP-YJD surnommé « Kudu » de Central African Air Corporation de Rhodésie, car la société était installée à Salisbury, – aujourd’hui Hararen -, capitale du Zimbabwe. – où Jan Van Risseghem a été un temps broker, un avion livré le  15 février 1952, en photo ci-dessous).

Jamais personne n’était venu l’inquiéter. Il avait réussi pendant 40 ans à dissimuler ce qu’il avait fait (son complice José Magain est décédé en janvier 2003).  On l’y avait bien aidé, il semble…  Si bien je ne suis pas persuadé, après 55 ans de silence forcé, que la vérité puisse enfin se faire jour comme le souhaiterait aujourd’hui Ban Ki-Moon. J’espère néanmoins qu’elle éclatera au grand jour.  Ne serait qu’en la mémoire de ce grand homme et de ses quinze compagnons d’infortune  morts ce jour-là.

 

(1) décédé à 36 ans seulement. Son fils ne croit pas à la thèse de la prétendue négligence de son père :  « Per-Erik a grandi dans le Falun et a eu son certificat d’études ici. Finalement, il a obtenu la licence de pilote en Angleterre, puis est devenu un pilote dans l’armée de l’air suédoise. Lorsque les enfants sont arrivés, il a commencé à la place à voler pour SAS. La famille a déménagé fréquemment pendant un temps  Quand le père a été employé comme co-pilote et expert de la navigation sur Transair ils vivaient alors à Malmö. Sur Transair, il transportait entre autres des singes, de l’Afrique vers l’Europe. Lorsque l’équipement pour égaliser la pression dans les zones de fret était défectueux, beaucoup de singes mourraient pendant le décollage et l’atterrissage, et il était fier d’avoir été en mesure de trouver un itinéraire avec quelques arrêts intermédiaires. Puis vint la tâche pour gérer les expéditions d’Hammarskjold vers les Nations Unies au Congo. A cette époque, Per-Erik rentrait rarement à la maison, dit Per-Rune. Et soudain, il était mort, âgé de 36 ans ».

(2) cité dans « Le Katanga et Lumumba: ou Les naïvetés unitaristes postcoloniales » de Kyoni Kya Mulundu.  Trinquier n’est pas n’importe qui à vrai dire ; il sera considéré, américains compris, comme étant un des théoriciens de la lutte anti-subversive grâce à son livre La Guerre moderne (qui sort en… 1961). Il sera cité comme celui ayant mis au point les techniques dont s’est servi Petraeus, c’est dire…

41h75p484xl-_sx299_bo1204203200_(3)   le sociologue belge Ludo de Witte a publié chez Karthala L’assassinat de Lumumba. Voici son interview sur RFI en 2012 :

« L’affaire Lumumba sera le thème de notre émission Appels sur l’actualité, présentée par Juan Gomez, lundi 17 décembre 2012, à partir de 9h10 sur l’antenne Afrique et 10h10 sur l’antenne Monde (heures de Paris)

Vous écrivez : « La nuit est froide. Ce 17 janvier 1961 au Katanga, un commissaire de police belge prend Lumumba par le bras et le mène jusque devant un grand arbre. Un peloton d’exécution fort de quatre hommes se tient en attente, alors qu’une vingtaine de soldats, de policiers, d’officiers belges et de ministres katangais regardent en silence. Un capitaine belge donne l’ordre de tirer, et une salve énorme fauche Lumumba ».

Ce sont donc des Belges qui ont tué Lumumba ?

De facto, dans l’administration, dans l’armée, dans l’économie katangaise, c’était tous des Belges qui commandaient. Et donc, formellement, il y avait un président, Moïse Tshombe. Et de facto, le commandant en chef de l’armée katangaise était un officier belge, qui pour cela, était formellement mandaté par le gouvernement belge. Et donc, ce sont ces officiers qui commandaient des soldats katangais, qui ont, plusieurs heures, frappé, torturé Lumumba et deux autres dirigeants nationalistes du Congo, et finalement, ils l’ont exécutés.

Et ce sont aussi des Belges qui ont fait disparaître son corps ?

Oui, exact. Il y a deux frères, les deux frères Soete, dont le plus important était un commissaire de police. Vous voyez, ils ont détruit les corps, ils les ont coupés en morceaux et les ont fait disparaître dans un fut rempli d’acide sulfurique.

Alors six mois avant sa mort, le 30 juin 1960, jour de l’indépendance, Patrice Lumumba est Premier ministre. Mais dès le mois de septembre, le chef d’état-major, Joseph Désiré Mobutu prend le pouvoir à Kinshasa et fait arrêter Lumumba. Quand Mobutu décide d’envoyer Lumumba au Katanga, est-ce qu’il sait qu’il l’envoie à la boucherie ?

On le savait très bien, parce que le contexte dans lequel on a pris la décision était un contexte de panique généralisée. Lumumba était enfermé dans une cellule dans la capitale. Mais les partisans de Lumumba étaient en train de reconquérir le pays, les armes à la main, à partir de l’est du Congo. Et même dans la garnison où on avait mis en prison Lumumba, il y avait une mutinerie qui avait éclaté. Et donc, on craignait la libération de Lumumba et son retour au pouvoir à n’importe quel moment. Les Belges, les Américains et Mobutu savaient très bien qu’un envoi de Lumumba au Katanga signifiait sa mort, parce que les dirigeants au Katanga voulaient en finir avec lui. Et donc, on ne voulait pas que Lumumba soit assassiné dans la capitale où il était gardé, parce que : un, on craignait fort que l’assassinat, là, allait provoquer une mutinerie généralisée, dans et autour de la capitale, et que ça allait balayer le régime pro-occidental qu’on avait mis en place autour de Mobutu et autour du président Kasa-Vubu. »

(4) selon Libération on le retrouvera au Zaïre, engagé 30 ans après cette fois par le président Mobutu pour mâter une révolte : « Monsieur Afrique. A Paris, Tavernier n’est pas un inconnu. Selon nos informations, il entretient de longue date des relations avec Jacques Foccart, l’octogénaire «monsieur Afrique» du gaullisme. Au moins une fois, en juin dernier, Tavernier a été reçu au 14, rue de l’Elysée par l’ambassadeur Fernand Wibaux, un proche collaborateur de Foccart et conseiller officieux de Chirac pour les affaires africaines. Comme directeur de publication du magazine Fire, Tavernier s’est par ailleurs associé avec «le corsaire de la République», Bob Denard, rédacteur en chef et héros d’un feuilleton d’aventures publié dans cette revue pour mercenaires. «Compte tenu des liens qui existent depuis plus de trente ans entre Denard et Foccart, il est inconcevable que Foccart n’ait pas été, au moins, informé du contrat de Tavernier», estime un diplomate français. » Jacques Foccart était-il seulement «au parfum»? L’étroitesse des relations entre Jacques Foccart et le maréchal Mobutu, qui l’appelle au besoin plusieurs fois par jour, accréditerait l’idée que «le conseiller personnel de Jacques Chirac chargé des relations avec les présidents africains» ait pu jouer un rôle plus important. Cependant, en l’absence de preuves, il faut se borner à constater le nombre considérable de mercenaires français dans l’est du Zaïre. « 

(5) ‘l’Opération Rumpunch ne visait pas directement la fin de la sécession avec des mesures coercitives, mais l’isolement des autorités sécessionnistes de stratèges militaires et politiques étrangers. Ce faisant, les autorités de l’ONU devraient convaincre Tshombe et son cabinet pour négocier et éventuellement obtenir la réunification du Congo dans son ensemble. En dépit de la grande prudence qui a caractérisé l’opération Rumpunch, elle a provoqué une série de protestations de la Grande-Bretagne, de la Belgique et la Fédération de Rhodésie et du Nyassaland, ainsi que d’autres partisans du Katanga dans l’Ouest. Il est important de noter que la faible information de l’ONU n’a pas aidé à inverser la tendance. Elle n’a pas pu rivaliser avec les médias et la presse  pro-Katangagaise lourdement payés par l’opinion publique occidentale qui l’informait en faveur du Katanga. Par conséquent, les opérations de l’ONU ont été considérées comme une forme d’assujettissement, dans la seule province stable et anti-communiste du Congo. »

sources :

http://napoleon130.tripod.com/id817.html

http://users.telenet.be/katweb2/fouga001.html

http://home.scarlet.be/~jansensa/Dagboek%20van%20een%20FAF%20piloot.htm

l’auteur y indique que  Jean-Marie Dagonnier et José Magain sont « deux collègues de Florennes ».

http://www.congoforum.be/upldocs/Hammarskjöld(1).pdf

http://www.cairn.info/revue-courrier-hebdomadaire-du-crisp-1963-2-page-1.htm

On peut aussi consulter sur le Biafra l’excellent ouvrage « Shadows » de Michael i.Draper préfacé par Frederick Forsyth, qui regorge d’informations et d’illustrations.

http://www.acig.info/CMS/index.php?option=com_content&task=view&id=135&Itemid=0

 

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