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D?intuitions en avatars? La mondialisation de la communication

D?intuitions en avatars? La mondialisation de la communication. Petite histoire des id?es

??Tout commence en mystique et tout finit en politique?? disait P?guy voici d?j? cent ans? ? ? (?Notre jeunesse? 1910. Cf. Ed. Gallimard, Folio, Paris, 1993, p. 113).

Il est curieux et triste ? la fois de constater que certaines intuitions lumineuses, d?ordre spirituel, ne trouvent leur r?alisation et n?ont d?impact que dans leurs avatars mat?riels, physiques ou psychologiques. J?en donnerai ici deux exemples contemporains?: le web et la pub, d?gradation des intuitions spirituelles concernant la noosph?re et l?inculturation. C?est le P?re Teilhard de Chardin qui a eu l?intuition de la noosph?re et le P?re Arrupe celle de l?inculturation, deux religieux.

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I – De la noosph?re ? la Toile (Web).

Un texte r?cemment paru sur le site ??Centpapiers?? consacr? ? ?Internet ou la tra?abilit? parfaite? m?a invit? ? remonter aux sources non pas techniques, mais ontologiques de ce ph?nom?ne. En effet, avant m?me que l?informatique ne couvre la terre de ses r?seaux, certains penseurs avaient r?v? d?une nouvelle ?re du d?veloppement de l?univers terrestre, avaient eu l?intuition de ce ph?nom?ne, nouvelle ?tape de l??volution de la plan?te Terre.

Intuition

La noosph?re, identifi?e par Pierre Teilhard de Chardin dans Le Ph?nom?ne humain, (ouvrage posthume, 1955) serait le lieu de l’agr?gation de l’ensemble des pens?es, des consciences et des id?es produites par l’humanit? ? chaque instant. Nous disons bien?: le lieu. Il s?agit d?une r?alit?, non plus mat?rielle, mais spirituelle, au-del? de la mati?re, de la vie physique, de la pens?e individuelle. ??[C]?est vraiment une nappe nouvelle, la ?nappe pensante?, qui, apr?s avoir germ? au Tertiaire finissant, s??tale depuis lors par-dessus le monde des Plantes et des Animaux?: hors et au-dessus de la Biosph?re, une Noosph?re??, une sorte de couche de faible ?paisseur entourant la terre.

Le mod?le qu’il propose pour notre plan?te se composerait donc de diff?rentes couches en interaction?: la lithosph?re, noyau de roche et d’eau?; l’atmosph?re, enveloppe gazeuse constituant l’air?; la biosph?re constitu?e par la vie?; la technosph?re r?sultant de l’activit? humaine?; la noosph?re ou sph?re de la pens?e. Il n?y aurait donc pas plus de solution de continuit? entre la mati?re et la pens?e, qu?entre la mati?re inerte et la vie, la vie apparaissant ? un certain niveau de complexit? de la mati?re, et la pens?e ? un certain niveau de complexit? du cerveau.? Cette intuition que Teilhard a explicit?e, il l?a eu dans le Laboratoire de Marie Curie, entre 1922 et 1924, laboratoire o? il c?toyait le savant russe Vladimir Vernadski et avait connaissance des travaux du philosophe fran?ais Edouard Leroy. Notre plan?te serait entour?e non pas seulement d?une couche d?atmosph?re, mais d?une couche de noosph?re.

Parall?lement et ind?pendamment, la science des moyens de communication par les ondes faisait d?immenses progr?s, depuis la t?l?phonie, la radiophonie, la t?l?vision, les relais satellitaires. Tout cela ?tant du domaine de la mati?re. Soulignons qu?il n?y a pas de pens?e sans support mat?riel, sans cerveau. En tout cas, nous n?en connaissons pas. Et donc les r?alisations de ce monde nouveau qu?est la couverture mondiale par le r?seau internet reste du domaine physique. On peut donc, ? un certain point de vue, consid?rer l?informatique comme un ?avatar? de l?intuition de la noosph?re, m?me si elle ne s?en est jamais inspir?e? ni r?clam?e.

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L?id?e de noosph?re ?tait la pr?figuration, l?intuition de ce qui allait devenir ?le World Wide Web, litt?ralement la ??toile (d?araign?e) mondiale??, commun?ment appel? le Web, la Toile ou le WWW, qui est un syst?me hypertexte public fonctionnant sur Internet permettant de consulter des milliards de pages accessibles sur des sites et mettant en communication chaque internaute avec le monde entier instantan?ment

. C?est une incommensurable r?volution culturelle, qui n?est pas sans cons?quences inqui?tantes pour la libert? des individus, ? leur insu, comme le montre avec grande pertinence l?article de ??Centpapiers??. Les risques de manipulation et de conditionnement des internautes sont immenses. Plus que de risques, il s?agit d?ores et d?j? de r?alit? incontr?lable.

De l?inculturation ? la publicit? cibl?e.

Intuition

L?inculturation, ou ?vang?lisation des cultures, est l?entreprise de transformation des modes de penser des non chr?tiens par une nouvelle attitude des missionnaires ? l??gard de leurs cultures. Un missiologue belge, Pierre Charles, avait introduit en missiologie le terme inculturation, mais lui avait donn? le m?me sens anthropologique que celui d’enculturation qui signifie le processus selon lequel on acquiert sa propre culture. Un autre religieux missionnaire, le P?re J. Masson, inventa l’expression ? catholicisme incultur? ? en 1962. Il faut cependant attendre encore presque quinze ans pour qu’on utilise le terme d’inculturation dans son sens th?ologique pr?sent.

C’est ? la 32e Congr?gation de la Soci?t? de J?sus, en 1975, qu’on doit en attribuer la premi?re utilisation et au p?re Pedro Arrupe, g?n?ral des J?suites, son introduction au Synode romain des ?v?ques de 1977 sur la cat?ch?se. Le pape Jean-Paul II le reprit officiellement dans sa lettre apostolique Catechesi Tradend? de 1979 et, de ce fait, lui donna une port?e universelle. Notons qu?il s?agit d?une m?thode d??vang?lisation qui se veut ??spirituelle??, th?oriquement? respectueuse de l?autre dans sa personnalit? et de sa libert?.? Elle vise ? la conversion non imm?diatement et personnellement des individus, mais des cultures dans lesquelles ils baignent d?s leur naissance ce qui leur rendrait la foi chr?tienne famili?re. Cela ne va pas sans poser, en profondeur, le vaste probl?me du conditionnement sociologique de l?individu et de sa libert?.

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La publicit? s?est depuis empar? de ce concept et en a manifest? le vrai visage?: la m?thode indispensable pour faire passer un message en parlant le langage du public cibl?. Bien que d?origine religieuse, th?ologique, ce terme pourrait d?signer d?sormais la mani?re d?adapter les concepts publicitaires ? l?univers socioculturel des cibles. En effet, au lieu d?user de codes pr?tendus universels, une tendance de la publicit? mondialis?e consiste ? partir de la culture locale afin de parler le m?me langage que la cible. Qu?on le remarque bien : il ne s?agit pas que d?une question r?dactionnelle. Nous parlons de la structure du message publicitaire dans son ensemble.

La d?marche part d?un constat selon lequel la publicit? v?hicule des id?ologies et des valeurs qui ne nous appartiennent pas forc?ment. Les cibles sont souvent l?s?es et se battent pour d?crypter le message qu?on leur adresse, il y a donc un risque pour l?annonceur de ne pas se faire comprendre. C?est pourquoi, l?inculturation est une r?ponse locale au probl?me de la mondialisation des campagnes publicitaires. La nouvelle ?vang?lisation pr?n?e par le Vatican semble bien r?pondre ? ce m?me souci d?efficacit? dans la transmission de son message. Comment ne pas songer? ? la technique des messages subliminaux?? L’Eglise, qui est de son temps, est plus mat?rialiste qu?elle ne le croit, et s’adapte aux techniques modernes, qui ne sont pas toujours tr?s ? catholiques?!

Conclusion provisoire.

Il semble bien que l?esp?ce humaine soit une excroissance de la sph?re terrestre ? laquelle elle ne saurait ?chapper. Et cela invite ? r?fl?chir sur la notion de th?ologie, sur la notion m?me d?un Dieu qui serait diff?rent du Tout qu?est l?univers tel que nous l?entrevoyons ? partir du ciel ?toil?, mais dont l?homme pourrait parler de fa?on coh?rente et plausible. Notons au passage qu?il s?agit l? non pas de vraie th?o-logie = science de Dieu, mais plut?t de th?o-logique = raisonnement logique d?coulant de la pr?misse Dieu/Perfection absolue en tous domaines.

L’ath?isme nie l’existence de Dieu?: le monde est le seul ?tre et il n’y a en pas d’autres.

Le cr?ationnisme dit que le monde existe mais qu’il n’est pas le seul ?tre. Il affirme que l’?tre du monde n’a pas toujours exist? et que cet ?tre qu’il a eu ? un moment de l’histoire, alors qu’il ne l’avait pas, lui vient d’un ?tre qui lui donne l’?tre, non par n?cessit?, mais bien parce qu’Il veut bien le lui donner.

Le panth?isme ne nie pas l’existence de Dieu. Tout au contraire. Il affirme que Dieu existe, mais qu’Il s’identifie ? la somme totale de tout ce qui est. Il s’identifie au monde. ?Deus sive natura?, ?Dieu, c?est-?-dire la Nature? disait Spinoza.? Tout ce qui existe est divin par d?finition. L’?tre humain ne peut ?chapper ? la divinit?, parce que, tout comme le monde dans lequel il baigne, il est une partie de Dieu, il est une partie du Grand Tout, de la Grande Chose.

Il y a d?ailleurs un panth?isme chr?tien qui appara?t dans l??vangile (apocryphe) de Thomas, o? il est dit? ??J?sus a dit?: Je suis le Tout et le Tout est sorti de moi, et Tout est revenu ? moi. Fend le bois, je suis l?, soul?ve la pierre, tu m?y trouveras??? (? 77).

Pr?alable ? toute th?ologie/logique?:

Par d?finition, le th?ologien chr?tien pose au point de d?part de sa r?flexion l?existence d?une r?alit? totale, absolue, hors du temps et de l?espace (qui sont les coordonn?es premi?res de notre univers), origine pr?cis?ment de ce temps et de cet espace qui sont la condition de toute existence diff?renci?e et que l?on nomme cr?ation. Cette r?alit? que la conscience humaine appelle Dieu inclut n?cessairement en elle toutes les existences diff?renci?es dans leur autonomie. Avant l??tre il n?y a rien, en dehors de l??tre il n?y a rien.? On ne peut m?me pas dire cela car le rien n?existe pas. Tout est.

Il s?agit-l? d?une aporie. Affirmation ind?montrable, mais qui s?impose d?elle-m?me.

Que Dieu, ainsi con?u, est sens? avoir parl? aux hommes? par ?r?v?lation?,? c?est la premi?re inculturation. La transmission de cette Parole se fait dans un langage humain. Son expansion se fera ? l?int?rieur d?une culture vers une autre culture. Tout s?encha?ne dans un processus de communication et de transmission d?un message. La ?Parole de Dieu? aux hommes n?est donc pas divine mais humaine, c?est une parole d?hommes s?exprimant dans une certaine culture, puisqu?il n?est pas possible de remonter aux origines, aux premiers hommes dou?s de conscience et de parole, – si tant est qu?il y ait eu un vrai commencement.

Il faut donc accepter une culture de base, la culture h?bra?que, puis hell?nistique qui connote tous les concepts religieux chr?tiens. Le message originel primitif de cette religion qui se revendique r?v?l?e devra donc s?adapter ? d?autres cultures. Il ne s?agit donc pas d?in-culturer un syst?me de valeurs matriciel dans une pluralit? de syst?mes issus d?une longue ?volution, mais d?ins?miner ces diff?rents syst?mes, ces diff?rentes cultures avec une vision de monde, de l?homme et de son destin qui viendrait directement du Dieu Cr?ateur.

Que cela est pr?tentieux, de la part d?une doctrine (jud?o-chr?tienne) dont on peut suivre le cheminement depuis quatre ou cinq mill?naires, – temps tr?s bref depuis qu?il y a des hommes et qui pensent?! Et que cela rel?ve de l?anthropomorphisme inh?rent ? toute r?flexion humaine sur l?origine du monde?!

Ne vaudrait-il pas mieux s?employer ? faire na?tre et se r?pandre une ??civilisation de l?amour et de la paix ? comme y a appel? le Pape Paul VI, en 1970, formule reprise par Jean-Paul II et Beno?t XVI?? Le christianisme, dans son essence et dans ses principes fondateurs, – mais beaucoup moins dans son histoire?! – pourrait alors en ?tre le vecteur s?il cessait de vendre, comme en un paquet cadeau, vingt si?cles de formulations dogmatiques et d?histoire tr?s humaine qui se veut histoire sainte. Mais il faudrait qu?il (le christianisme) et elle (l?Eglise) s?effacent totalement dans la transmission du message. Rien n?indique qu?ils y soient pr?ts?

Pierre Le Baut.

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8 Commentaire

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    « Soulignons qu’il n’y a pas de pensée sans support matériel, sans cerveau. En tout cas, nous n’en connaissons pas. »

    C’est une affirmation un peu dogmatique et une façon de penser qui subit l’interaction gravitationnelle maximale. Du genre 1)j’agis, ensuite 2) je pense et enfin, 3)…donc je suis. Mieux vaut suivre la direction évolutive contraire.
    Quant au support matériel de la pensée qui serait le cerveau, c’est comme pour le foin. Celui-ci pousse dans le champ librement, avant d’être véhiculé par des camions vers la ville. Le « support matériel » est alors l’infrastructure routier et l’organisation des transporteurs.

    « Les risques de manipulation et de conditionnement des internautes sont immenses. Plus que de risques, il s’agit d’ores et déjà de réalité incontrôlable. »

    Soyons objectif et disons que c’est comme ça depuis l’invention de l’écriture sur des tablettes d’argile. Par contre, l’internet coupe les jambes des missionnaires, et c’est un fait qu’il peut, lui aussi, « conditionner ». Heureusement qu’il le fait sans « punir ».

    « Le panthéisme ne nie pas l’existence de Dieu. Tout au contraire. Il affirme que Dieu existe, mais qu’Il s’identifie à la somme totale de tout ce qui est. Il s’identifie au monde. “Deus sive natura”, “Dieu, c’est-à-dire la Nature” disait Spinoza.  »

    Spinoza répétait donc ce que disait Sénèque qui n’était pas Chrétien, je pense.

    « Par définition, le théologien chrétien pose au point de départ de sa réflexion l’existence d’une réalité totale, absolue, hors du temps et de l’espace (qui sont les coordonnées premières de notre univers)… »

    La science ferait de même si elle ne disait pas s’arrêter au mur de Planck. Malgré qu’avec les théories des cordes et « l’instanton » de Hawking, on n’est pas loin de cette réalité primordiale.

    « Avant l’Être il n’y a rien, en dehors de l’Être il n’y a rien. On ne peut même pas dire cela car le rien n’existe pas. Tout est. »

    « Rien » n’est définitivement pas le « néant »; donc, il « est » quelque chose. Par contre avant l’être, il y a la potentialité que quelque chose « soit »(C’est l’époque du « rien » en question). Sinon l’être ne serait pas. Et comme une potentialité n’est qu’une idée possible(donc une pensée) et qu’une potentialité n’a pas de « support matériel », il existe bien quelque chose avant la matérialité. Du moins, c’est définitivement une possibilité.

    « La “Parole de Dieu” aux hommes n’est donc pas divine mais humaine,… »

    Sauf si l’homme est « divin », comme le dit la tradition et même la Bible.

    L’homme pourrait être le résultat de la complexité accumulée de l’évolution, Nous sommes d’accord; mais l’accumulation de cette complexité exige une « prise de conscience » d’un « état statique » au départ, pour, ensuite, se complexifier. De plus cette « prise de conscience » doit rester constante sur chacun des états successifs de complexification acquis, pour continuer ce mouvement évolutif.

    « Il faut donc accepter une culture de base, la culture hébraïque, puis hellénistique qui connote tous les concepts religieux chrétiens. »

    Sauf que ces deux « cultures » sont issues de la « culture » sumérienne. On pourrait peut-être vérifier si les données de ces deux « cultures » n’ont pas été « biaisées » par rapport à l’originale.

    « …ces différentes cultures avec une vision de monde, de l’homme et de son destin qui viendrait directement du Dieu Créateur. »

    Ce n’est pas ce que vous avez dit plus haut. Vous avez parlé des « …coordonnées premières de notre univers », ainsi que de la noosphère qui est l’accumulation graduelle des connaisances.

    Ce serait plutôt cette accumulation de connaissances, grâce à la prise de conscience constante, depuis les coordonnées premières, qui serait la cause de la création de cette « complexification » graduelle.

    « Ne vaudrait-il pas mieux s’employer à faire naître et se répandre une « civilisation de l’amour et de la paix » comme y a appelé le Pape Paul VI, en 1970, formule reprise par Jean-Paul II et Benoît XVI ? Le christianisme, dans son essence et dans ses principes fondateurs, – mais beaucoup moins dans son histoire ! – »

    Entièrement d’accord avec vous. Cependant, on ne peut pas « balayer » cette histoire sous le tapis sans en expliquer la raison d’être à travers les erreurs d’interprétations de son évolution. Sinon « cet amour et cette paix » deviennent simplement un autre « dogme » accepté pour « son bon goût » et sera évincé à chaque fois qu’un intérêt contraire se présentera. C’est la caractéristique principale d’un dogme: il n’est pas assez sérieux.

    Et ce n’est pas Paul VI qui a prêché l’amour et la paix en premier, dans la Chrétienté. Cela fait 2000 ans que cet « amour » est enseigné; et les enseignants l’ont oublié à chaque fois que cela était nécessaire à l’augmentationde leur pouvoir. Vous voulez qu’on se replace dans la même situation (Ou sauver le peu de pouvoir qui reste au Pape en lui redonnant les pleins pouvoirs)?

    Je pense plutôt que, comme tout un chacun, l’Église doit assumer ses responsabilités et j’estime que c’est plutôt le droit de chacun des individus d’assumer la responsabilité de ses convictions. La chaîne d’amour unissant l’humanité est attrayante aussi longtemps qu’elle n’est pas fixée au cou de chacun des humains.

    « Mais il faudrait qu’il (le christianisme) et elle (l’Eglise) s’effacent totalement dans la transmission du message. Rien n’indique qu’ils y soient prêts… »

    Bof! C’est plus simple de tout comprendre de son cheminement et de l’effacer, ensuite, nous même de nos esprits. Elle se débrouillera comme elle pourra pour protéger son « pouvoir ». Elle a définitivement perdu celui qu’elle avait sur moi.

    Amicalement

    André Lefebvre

  2. avatar

    Sur le concept de Noosphère, il serait bon de lire celui qui le développa le plus, Vladmir Vernadsky, grand scientifique russe peu connu à l’Ouest, du fait du rideau de fer de Churchill et co.

    Contrairement à Chardin, la Noosphère (noos du grec ‘pensée’) n’est pas une couche indépendante, une sphère de la pensée sans interaction aucune sur le monde ‘inerte’ de la géologie : une petite explication ici…

    Il faut absolument lire son fascinant livre «La Biosphère» aujourd’hui disponible, où il étudie la biogéochimie. Contrairement à la biologie qui étudie la morphologie, les processus de reproduction, etc., la biogéochimie étudie l’impact total de la matière vivante sur la géologie terrestre.
    Chaque espèce vivante contient une quantité caractéristique d’atomes et une certaine prédilection dans la consommation d’atome; ainsi, une bactérie ayant une préférence pour tel type d’atome, comme l’or, concentrera ce dernier en un lieu précis lors de sa mort, et des millions de générations de bactéries donneront un filon d’or… Ici, chaque atome à une histoire et une raison d’être ici plutôt que là! En bref, il n’étudie pas votre chat, mais l’effet de toutes les générations de chats et la totalité de ceux qui existent aujourd’hui dans la migration des atomes! Vous ne le regarderez plus jamais de la même façon!

    Évidemment, je ne donnerais ici qu’un très bref aperçu de son œuvre et forcément ce sera réducteur, mais j’espère suffisamment piquer la curiosité de nos lecteurs pour ce livre. Donc, si Vernadsky n’est pas l’inventeur du mot biosphère, on l’attribut à l’Autrichien Eduard Suess, c’est lui qui lui en fera l’invention et la définition du concept dans son sens moderne : la biosphère correspond à «la région unique de l’écorce terrestre occupée par la vie». Vernadsky étudia la biogéochimie, qui étudie la migration des atomes au travers des différentes composantes de la biosphère qu’est la matière bio-inerte comme les roches sédimentaires, la matière biogène, qui est reliée aux êtres vivants comme les combustibles fossiles et la matière vivante elle-même. Il identifia les grands cycles biogéochimiques de la planète et constata qu’ils sont beaucoup plus actifs que les cycles géochimiques simples. Ainsi, la matière vivante devient une force géologique au niveau de la planète!

    Pour Vernadsky, l’homme apparaît sur la surface de la Terre comme une toute nouvelle force géologique, unique, en pleine continuité avec l’évolution de la vie sur Terre. Car l’évolution n’est pas qu’hasard comme chez Darwin, mais on peut découvrir une direction à cette évolution lorsque le considère du point de vue global biosphérique, qui est d’élargir le domaine de la vie à toute la surface terrestre, d’accroître l’activité chimique et l’énergie libre disponible. Comme il dit «L’évolution des formes vivantes au cours des temps géologiques sur notre planète augmente la migration biogène des éléments chimiques dans la biosphère.» La migration biogène étant le déplacement des atomes par un processus vivant. Il donne l’exemple de l’apparition des invertébrés supérieurs comme les mollusques ou les coraux, qui allèrent modifier brusquement l’intensité du déplacement et de la concentration du calcium. Une autre révolution géologique fut l’apparition des oiseaux à l’époque mésozoïque qui allèrent bouleverser l’ordre établi! En plus de conquérir un nouveau domaine pour la vie, la troposphère, ils allèrent jouer un grand rôle d’échange de matière entre l’Océan et la Terre ferme et changer à jamais leurs compositions chimiques respectives! Comme quoi l’homme ne fut pas le seul à avoir bousculé les cycles de vie sur la planète! Le nouveau avec l’homme, ce qui le différencie qualitativement de toutes les autres espèces connues jusqu’à aujourd’hui, c’est la capacité à mouvoir des atomes à des échelles sans proportion avec sa masse (toutes les espèces interagissent avec la matière inerte par la respiration, le processus digestif et le processus de croissance, la force musculaire et les mouvements correspondants), du à la capacité de mouvoir les atomes par la technique, résultat de la pensée humaine qui peut diriger la matière. En bref, Vernadsky voit la pensée humaine comme une nouvelle force géologique, et non pas simplement comme une sphère de pensée à part dans l’univers! D’où le fait que Vernadsky nommera ce nouveau phénomène la noosphère, noos venant du mot grec signifiant la penser.

    Et contrairement à votre pessimiste, seriez-vous un amateur du très british Arnold Toynbee ou autres pessimistes malthusiens dans le genre pour qui l’homme n’est qu’un simple animal sans capacité créatrice aucune évoluant dans un monde statique voir entropique et condamné éternellement sur Terre?, «Il semble bien que l’espèce humaine soit une excroissance de la sphère terrestre à laquelle elle ne saurait échapper.», déjà réfuté dans les faits, l’homme ayant été dans l’espace et continue ainsi l’expansion du vivant terrestre, et même sur Titan (non pas l’homme physiquement, mais un satellite, production physique impossible à expliquer sans la pensée), mais sûrement réfuter à l’avenir : la lune et Mars dans un premier temps, et qui sait plus tard? À moins bien sûr d’avaler le poison malthusien d’un univers fixe et statique dans lequel l’humain est dépourvu de toute capacité créatrice scientifique lui permettant, en toute continuité avec le processus d’évolution biologique, de répandre le processus antientropique du vivant.

    Ne manquez pas de lire les textes de Vernadsky disponible en ligne :
    http://www.larecherchedubonheur.com/article-31186843.html
    L’autotrophie de l’humanité I
    L’autotrophie de l’humanité II

    Sur la différence énergéticomatérielle fondamentale entre les corps naturels vivants et non vivants dans la biosphère I
    Sur la différence énergéticomatérielle fondamentale entre les corps naturels vivants et non vivants dans la biosphère II

    Sur la multiplication des organismes et son rôle dans le mécanisme de la biosphère I
    Sur la multiplication des organismes et son rôle dans le mécanisme de la biosphère II

    «The Biosphere itself is characterized by a process of anti-entropic development (e.g. as seen in the evolution of living species), through which it incorporates increasing amounts of nonliving material, resulting in higher states of organization and concentrations of this material. By the creative intervention of man, we can act to organize and accelerate certain aspects of this activity of the Biosphere, creating an even higher state of organization than it were capable of achieving on it’s own.»

    • avatar

      « En bref, Vernadsky voit la pensée humaine comme une nouvelle force géologique, et non pas simplement comme une sphère de pensée à part dans l’univers! D’où le fait que Vernadsky nommera ce nouveau phénomène la noosphère, noos venant du mot grec signifiant la penser. »

      Cette pensée qui devient partie de la noosphère, ou qui l’enrichit, est justement la « connaissance additionnelle » résultant des expériences constantes vécues par cette pensée. L’expérience se faisant au niveau des atomes ou plus simplement de la matière, la pensée « …peut diriger la matière. »

      Et pour ce faire cette pensée noosphère se doit d’être consciente pour justifier le fait que: « …on peut découvrir une direction à cette évolution lorsque le considère du point de vue global biosphérique,… »

      Résultat: La conscience augmente ses connaissances, c’est à dire: élargit la noosphère, par expérience de sa pensée sur la matière.

      Amicalement

      André Lefebvre

  3. avatar

    « Tout commence en mystique et tout finit en politique » Pour Peguy, c’était une boutade… mais ne peut-on pas y trouver un autre sens, bien éclairant ?

    Si on pense « mystique » pour un monde dichotomique, où coexistent un « Moi » auquel on s’identifie et un « Non-Moi » dont peuvent varier les attributs qu’on lui prete, mais qui est toujours limite-opposition, tout est simple (!) et cohérent.

    Le passage au « politique » serait la prise de conscience d’une incohérence dans le ‘Non-Moi’ où le moi perçoit non plus seulement des objets mais des « sujets », et découvre une altérité qui peut ne plus être opposition, mais renforcement !

    A son plus trivial, cette prise de conscience peut se confondre avec l’art des alliances qu’est la politique au sens populaire, mais, dans un sens plus profond, on peut penser que la notion d’un Dieu qu’on veut personnaliser est la premiere conséquence de cette vision politique, avec le concept lié d »amour » et les jugements bien-mal qui se manifestent quand la conscience « apporte la lumière »

    PJCA

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       » et découvre une altérité qui peut ne plus être opposition, mais renforcement ! »

      Une « altérité » peut rester en opposition et devenir renforcement par complémentarité. En fait, toutes « altérités » d’un sujet sont des oppositions en complémentarité.

      « les jugements bien-mal qui se manifestent quand la conscience « apporte la lumière » »

      La conscience apporte la lumière d’une façon presqu’automatique par choix (expérience) entre « Bonheur » et « Malheur » (Équilibre/viable et Déséquilibre/non-viable). Le bien et le mal est résultante (biofeedback) d’analyse émotive du genre « Plaisir » et « Douleur ».

      Si on veut personnaliser un Dieu, on peut le définir comme celui qui est « l’expérimentateur », le « contenant » ou le « manifestant » de cette noosphère (sphère de la pensée, qui, elle devient « contenant » et « manifestant » de la matière). L’interaction entre noosphère et biosphère(principalement)sert à enrichir la connaissance (noosphère)par biofeedback, donc au final, vers cet « expérimentateur ».

      Et si on regarde bien, « l’expérimentateur » principal, qui « enrichit » le plus efficacement l’importance de cette noosphère, c’est « l’être » humain, comme l’a constaté Vladimir Ivanovitch Vernadski. Dieu devient donc cet « expérimentateur » qui, avant de devenir humain, fut strictement « Être », « Celui qui est ».
      😉

      Amicalement

      André Lefebvre

  4. avatar

    Pour reprendre la citation M. Le Braut :

    « Il est curieux et triste à la fois de constater que certaines intuitions lumineuses, d’ordre spirituel, ne trouvent leur réalisation et n’ont d’impact que dans leurs avatars matériels, physiques ou psychologiques. »

    Je dois dire que je ne trouve cela ni curieux ni triste, et voici pourquoi.

    Cela peut sembler curieux uniquement si le concept de noosphère n’est pas considéré du point de vue du développement de l’esprit humain mais d’un point de vue spiritualiste (au sens mystique du terme). Je donne ici à titre d’exemple une citation de Paul Langevin, l’un des grands scientifiques français du XX siècle, militant communiste et co-fondateur de l’Union rationnaliste, qui ne donne pas exactement dans le spiritualisme :

    « [Les élèves] doivent être amenés à sentir l’importance de ce développement de l’esprit, et
    qu’indépendamment des forces que la physique et la chimie nous font découvrir, il en est d’autres constituées par l’activité spirituelle qui fait, elle aussi, partie de la réalité et peut contribuer à transformer le monde. De même que nous commençons à entrevoir les liens qui existent entre la gravitation et l’électromagnétisme, considérés jusqu’ici comme deux groupes de phénomènes totalement différents, de même nous pouvons espérer que les forces physiques et les forces spirituelles nous apparaîtront plus tard unifiées dans une synthèse plus haute, qui fera apparaître l’Esprit comme l’un des aspects des forces de l’univers. »

    Citation trouvé dans Paul Langevin, « Contribution de l’enseignement des sciences physiques à la culture générale », Conférence faite le 11 juin 1931 au Musée pédagogique, sous les auspices de la Société française de pédagogie, in Paul Langevin, la pensée et l’action, Les Editeurs français réunis, 1950.

    Langevin fait ici référence non seulement au concept de noosphère, mais également au concept de « masse-pensée » développé par le mathématicien Bernard Riemann, et également au troisième niveau des monades (les cognitives, à l’opposé des monades animales ou des entéléchies) du philosophe Gottfried Leibniz.

    Du plus, pour reprendre Langevin, si l’Esprit est « l’un des aspects des forces de l’univers », cela confère à l’espèce humaine un statut plus universel que celui de simple « excroissance de la sphère terrestre à laquelle elle ne saurait échapper », pour comme tendrait à l’affirmer trop facilement M. Le Braut.

    En fait, le concept de noosphère, tel qu’il fut compris par Vernadski, Langevin et plusieurs autres, n’a rien à voir ni avec le matérialisme, ni avec le spiritualisme qui ne sont, malgré l’impression d’opposition qu’on en donne souvent, que deux expressions ou deux images miroir de la dualité philosophique dominant chez les cathars ou chez Isaac Newton.

    Dans l’esprit de Vernadsky, les sphères du non-vivant, du vivant et du cognitif (ou de l’entendement humain) sont trois espaces de phase qui ne sont pas opposés les uns au autres, mais qui au contraire interagissent continuellement entre eux, même si chacun est doté de son propre potentiel de développement, de sa propre dynamique de croissance. Ils sont de plus tous trois universels, et aucun d’entre eux n’est issu ou ne peut être une excroissance de l’autre.

    Une fois que cela est compris, il n’est aucunement triste de constater que l’esprit humain puisse interagir avec la matière, encore que cela ne soit pas aussi directement le cas, si nous nous rapportons au concept d’harmonie préétablie développé par Leibniz. Il faudrait ici ajouter, si nous voulons rester fidèles à Leibniz, une quatrième sphère, qui subsumerait les trois premières et au sein de laquelle seraient coordonnés les différents processus d’interaction entre ces trois espaces de phase.

    A la lumière de ce qui vient d’être dit, il est clair que le world wide web n’a absolument rien à voir avec la noosphère, il s’agit là d’une vision réductionniste qui risque trop facilement de nous conduire dans un faux débat.

    Benoit Chalifoux

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      « Ils sont de plus tous trois universels, et aucun d’entre eux n’est issu ou ne peut être une excroissance de l’autre. »

      Cette partie de l’élaboration de l’argument me semble aller à l’encontre du modèle standard
      qui est reconnu généralement. Probablement parce que l’observation se fait « au présent » en n’impliquant pas l’entropie à partir de ses débuts.

      Pour le reste tout concorde et je suis parfaitement d’accord.

      Amicalement

      André Lefebvre

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      Vous soulevez quelques réflections qui me rappellent certaines lectures ‘psychophysique’ de Jean E. Charon notamment LE TOUT l’esprit et la matière, et d’autres plus pragmatiques de Marvin Minsky dans La société de l’esprit.

      Les monades de Leibniz,l’onde sigma et psy de Charon, les nèmes et les nomes de Minsky.

      Belles gymnastiques du cogito.

      Je retourne un peu à Schopenhauer pour me ramener sur terre.

      Merci à tous.