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Critique de l’universit

Image Flickr par hashmil

Ce texte sera une critique de l?universit?. J?y traiterai de l?importance capitale d??tudier l??thique, le bonheur, la vertu, l?amour et la libert?. Ces connaissances sont essentielles pour accompagner les autres ?tudes, car ??science sans conscience n?est que ruine de l??me??. Cette id?e sera d?fendue par Jean-Jacques Rousseau et Albert Einstein. Je ferai une critique du syst?me de comp?tition et de bourrage de cr?ne, entre autres par les notes et l?approche quantitative plut?t que qualitative, que notre syst?me d??ducation entra?ne. Je critiquerai aussi la tendance ?conomique de vouloir g?rer l?universit? comme une industrie, ainsi que la pr?dominance de la pens?e mat?rialiste en g?n?ral, et aussi en philosophie qui est orient?e surtout vers l??tude de l??pist?mologie des sciences pures et de la logique. Enfin, je termine avec une ?loge de la connaissance, de l?intelligence au service de l?amour et du bien en vue du bonheur.

Il est clair que les philosophes ne s?int?ressent plus, ? quelques exceptions pr?s, aux v?rit?s humaines les plus importantes, c?est-?-dire ? ce qui est apte ? nous rendre heureux. ? quoi nous sert-il de conna?tre les m?canismes de la nature mat?rielle si nous sommes malheureux? Je crois, ? l?instar de Socrate, de Platon, des Cyniques, des Sto?ciens, des N?oplatoniciens, des philosophies religieuses, du mysticisme et de Spinoza pour ne nommer que ceux-l?, que la philosophie doit d?abord nous servir dans notre vie pratique, donc qu?elle doit servir ? nous rendre plus heureux. Je ne dis pas que l??tude de la nature est inapte ? augmenter notre bonheur, mais seulement que son efficacit? est presque nulle si elle ne s?accompagne pas de l??tude de la vertu. Je crois m?me que les avantages que nous procurent les sciences et les techniques sont de nous laisser davantage de temps libre pour nous consacrer ? l??tude du bonheur, ?tude qui m?ne ? l??tude de la vertu, car en ?tudiant la question du bonheur assez en profondeur, on comprend qu?il s?acquiert gr?ce ? l?application de la vertu, c?est-?-dire de l?amour.

Voici pourquoi la connaissance peut ?tre dangereuse et engendrer des conflits si elle ne s?accompagne pas de l?application de la vertu :

??J?avoue qu?il y a quelques g?nies sublimes qui savent p?n?trer ? travers les voiles dont la v?rit? s?enveloppe, quelques ?mes privil?gi?es, capable de r?sister ? la b?tise de la vanit?, ? la basse jalousie, et aux autres passions qu?engendrent le go?t des lettres. Le petit nombre de ceux qui ont le bonheur de r?unir ces qualit?s, est la lumi?re du genre humain; c?est ? eux seuls qu?il convient pour le bien de tous de s?exercer ? l??tude, et cette exception m?me confirme la r?gle; car si tous les hommes ?taient des Socrate, la science alors ne leur serait pas nuisible, mais ils n?auraient aucun besoin d?elle.??[1]

Ce passage est d?une telle ?vidence, puisqu?il est clair qu?un m?decin non-vertueux sera encore plus efficace pour faire du tort aux autres gr?ce ? ses connaissances en m?decine. Je pourrais donner plein d?exemples de cette sorte. Malheureusement les universit?s ne se soucient pas de vertu, mais de performance, de rendement, de rentabilit?, etc. Plusieurs ?tudiants croient que l?intelligence est une question de notes plus qu?une question de bonheur, d?amour et de v?rit?. S?ils n??taient pas si orgueilleux, ils se rendraient compte de l?absurdit? de leur croyance. Voici ce qu?en pensait Albert Einstein :

??Les exc?s du syst?me de comp?tition et de sp?cialisation pr?matur?e sous le fallacieux pr?texte d?efficacit?, assassinent l?esprit, interdisent toute vie culturelle et suppriment m?me les progr?s dans les sciences d?avenir. Il importe enfin, pour la r?alisation d?une parfaite ?ducation, de d?velopper l?esprit critique dans l?intelligence du jeune homme. Or la surcharge de l?esprit, par le syst?me de notes, entrave et transforme n?cessairement la recherche en superficialit? et absence de culture. L?enseignement devrait ?tre ainsi : celui qui le re?oit le recueille comme un don inestimable mais jamais comme une contrainte p?nible.??[2]

Je sais d?j? que ceux qui se valorisent gr?ce ? leurs dipl?mes d?testeront ce texte, mais je n??cris pas pour plaire, mais pour dire la v?rit?. Je peux me tromper, mais je suis sinc?re, autrement dit j??cris sur ce que je crois ?tre la v?rit?. Si je me trompe, j?ai l?esprit ouvert, il suffit de me le d?montrer. Une chose est unanime par contre, ceux qui accumulent les dipl?mes ne sont pas automatiquement heureux pour autant.

Une universit? digne de ce nom, c?est-?-dire qui cherche v?ritablement ? transmettre la connaissance, devrait prendre pour mod?le l?Acad?mie de Platon, c?est-?-dire la recherche commune de la v?rit?, sans comp?tition, donc sans notes, ainsi la connaissance ne se restreindrait plus ? ?tre une propri?t? intellectuelle individuelle. Un intellectuel digne de ce nom ne cherche pas ? ?tre plus intelligent ou plus connaissant que les autres, mais plut?t ? rendre les autres aussi connaissant et intelligent que lui, donc ? augmenter la joie et le bonheur des autres. L?utilit? de la connaissance est la progression vers le bonheur, et non la gloire de se sentir sup?rieur, voici cette id?e dans les mots de Spinoza :

??La vraie f?licit? et la b?atitude ne consistent pour chacun que dans la jouissance du bien et non dans cette gloire d??tre le seul ? en jouir, les autres en ?tant exclus; s?estimer en possession d?une b?atitude plus grande, en effet, parce qu?on est seul dans une condition bonne, ou parce qu?on jouit d?une b?atitude plus grande et qu?on a meilleure fortune que les autres, c?est ignorer la vraie f?licit? et la b?atitude; la joie qu?on ?prouve ? se croire sup?rieur, si elle n?est pas toute enfantine, ne peut na?tre que de l?envie et d?un mauvais coeur. Par exemple, la vraie f?licit? et la b?atitude d?un homme consistent dans la seule sagesse et la connaissance du vrai, nullement en ce qu?il serait plus sage que les autres, ou en ce que les autres seraient priv?s de sagesse, car cela n?augmente aucunement sa propre sagesse, c?est-?-dire sa vraie f?licit?. Qui donc se r?jouit ? ce propos, se r?jouit du mal d?autrui, il est envieux et m?chant, et ne conna?t ni la vraie sagesse, ni la tranquillit? de la vraie vie.??[3]

On comprend ainsi que toutes les connaissances th?oriques n?ont aucune valeur sans l?application pratique de la vertu, et m?me au contraire elles sont dangereuses. Ainsi les universit?s peuvent et servent souvent les int?r?ts les plus vils, et cela est d? au fait qu? :

??il y a beaucoup de chaires d?enseignement, mais il y a peu de professeurs sages et g?n?reux. Il y a beaucoup de grands amphith??tres mais il y a peu de jeunes gens sinc?rement d?sireux de v?rit? et de justice. La nature fournit beaucoup de produits m?diocres et rarement des produits plus affin?s.??[4]

?tant philosophe et croyant depuis longtemps que la philosophie, la spiritualit? et leurs d?riv?s sont les meilleures voies pour comprendre que seule la recherche du bonheur et des v?rit?s qui lui sont assujetties importe vraiment, j?ai longtemps pens? que les autres philosophes l??taient d?abord ? cause de leurs questions existentielles. Je me suis rendu compte que ce n?est qu?une petite minorit?. Les philosophes ne cherchent pas tant la v?rit?, ils cherchent seulement ? comprendre les philosophes, donc ils cherchent plus ? avoir l?air intelligent qu?? l??tre. Ils sont donc presqu?aussi superficiels que la masse et ne cherchent qu?? para?tre plut?t qu?? ?tre. La plupart se cantonnent dans la mode du temps, c?est pourquoi la plupart des philosophes sont de tendance empiriste anglo-saxonnes, le courant dominant en philosophie occidentale, surtout dans les universit?s am?ricaines, britanniques et canadiennes. Voici ce que cause cette pens?e dominante pour la morale, donc pour la recherche du bonheur :

??Mais faire dispara?tre les obstacles ne conduit pas automatiquement au progr?s moral de l?existence sociale et individuelle. Cette action n?gative exige en plus une volont? positive pour une organisation morale de la vie collective. Cette double action, d?une importance extr?me : arracher les mauvaises racines et implanter une nouvelle morale, constituera la vie sociale de l?humanit?. Ici la Science ne peut nous lib?rer. Je crois m?me que l?exag?ration de l?attitude f?rocement intellectuelle, s?v?rement orient?e sur le concret et le r?el, fruit de notre ?ducation, repr?sente un danger pour les valeurs morales. Je ne pense pas aux risques inh?rents aux progr?s de la technologie humaine, mais ? la prolif?ration des ?changes intellectuels platement mat?rialistes, comme un gel paralysant les relations humaines.

Le perfectionnement moral et esth?tique, l?art plus que la Science, peut le vouloir et peut s?efforcer de l?atteindre. La compr?hension d?autrui ne progressera qu?avec le partage des joies et des souffrances. L?activit? morale implique l??ducation de ces pulsions profondes et la religion se trouve ainsi purifi?e de ses superstitions. L?effrayant dilemme de la situation politique s?explique par ce p?ch? d?omission de notre civilisation. Sans culture morale, aucune chance pour les hommes.??[5]

On comprend donc qu?un des plus grands scientifiques n??tait pas dupe de la port?e qu?a la science, il reconnaissait que la morale ?tait beaucoup plus importante pour l??tre humain et l?humanit? que la science et donc, par le fait m?me, il reconnaissait que l?art est plus important que la science puisque l?art est le ressenti de la beaut? morale ou esth?tique, qui s?entrem?lent parfois. Ce que la plupart des philosophes ne semblent pas avoir compris, car ils se lancent majoritairement dans l??tude de l??pist?mologie des sciences pures et techniques et de la logique. Ces connaissances peuvent ?tre utiles si elles sont ?tudi?es avec l??thique et la m?taphysique, sinon elles risquent fortement d??tre nuisibles. La n?cessit? de la morale n?est ?videmment pas de nature acad?mique, autrement dit rien ne sert d?avoir de bonnes notes en moral si on est incapable d??tre vertueux et d?aimer son prochain! Mais les cours de morale ont plus de chance de nous pousser vers ce but que les cours de logique. Concernant ceux qui exag?rent l?importance de la logique en philosophie, la croyant plus apte ? nous procurer la v?rit?, je leur r?pond par les arguments de S?n?que :

??Par ma foi! Faute d?avoir construit des arguments bien captieux, d?avoir r?duit aux termes d?un mensonge, par conclusion fausse, un principe vrai, je demeurerai incapable de discerner d?avec ce que je dois fuir ce que je dois d?sirer. Je rougis de honte : d?une affaire si s?rieuse nous ne tirons nous, des vieux, qu?une amusette.??Rat est une syllabe; or un rat ronge le fromage; donc une syllabe ronge du fromage.??Suppose ici que je ne puisse d?m?ler ton sophisme. Par suite, de ma triste ignorance, de quel p?ril suis-je menac?? De quel inconv?nient? Je cours ?videmment le risque de prendre des syllabes ? la rati?re ou de voir un jour, par ma n?gligence, un livre d?vorer mon fromage.??Sottises pu?riles! C?est pour ce r?sultat que nous froncions les sourcils, que nous laissions pousser notre barbe? Voil? ce que nous enseignons, chagrins et bl?mes? Veux-tu savoir ce que la philosophie promet au genre humain? De le conseiller. L?un, la mort le r?clame; l?autre, c?est la pauvret? qui le d?vore; pour tel autre, c?est l?argent qui fait son supplice, l?argent d?autrui ou le sien; celui-l? s?effraie de l?infortune; celui-ci r?ve de se soustraire ? sa r?ussite; tel est maltrait? des hommes, tel des dieux. Pourquoi m?appr?ter ces amusettes? La plaisanterie n?est pas de mise. Tu es appel? ? soutenir des malheureux (…) Que vos exercices r?cr?atifs servent ? l?all?gement de ces maux, je veux le croire. Mais enseignez-moi d?abord quelle esp?ce de maux ils sont capables d?all?ger. Parmi vos sophismes, quel est celui qui abolit les passions? Quel est celui qui les mod?re? Ah! si seulement ils ne servaient ? rien! Ils nuisent. Je te d?montrerai, quand il te plaira, jusqu?? l??vidence, qu?un naturel g?n?reux se racornit et se d?bilite, quand on l?a jet? en proie ? de telles arguties. J?ai honte de dire quelles armes on remet ? qui va querroyer contre la fortune, et comment la recrue est instruite. Est-ce par l? que l?on va au souverain bien? En recourant ? des chicaneries philosophiques, ? des subtilit?s pi?g?es qui seraient basses et d?shonorantes m?me pour des assidus du code de proc?dure? (…) Ainsi donc, mon cher Lucilius, autant que tu le peux, retire-toi de ces exceptions et moyens d?clinatoires des philosophes : la clart? et la simplicit? si?ent au bon naturel de l??me. M?me s?il nous restait encore beaucoup d??ge, il faudrait en ?tre extr?mement m?nag?, pour qu?il suffise au n?cessaire. En fait, quelle d?mence n?est-ce pas d?apprendre du superflu dans une pareille p?nurie de temps? (…) certains gaspille la meilleure part pour du superflu. Cic?ron d?clarait que, sa vie f?t-elle doubl?e, il n?aurait pas le temps de lire les lyriques. Je mets avec eux les dialecticiens; mais leur d?raison est moins divertissante. Ceux-l? extravaguent de dessein form?; ceux-ci estiment qu?ils font, quant ? eux, quelque chose. Et je n?interdit pas que l?on donne ? ces ?lucubrations un regard, mais rien qu?un regard, un simple bonjour ? la porte, ? seule fin d??viter que l?on nous paie de mots en nous donnant ? croire que ces formules rec?lent quelque pr?cieuse et secr?te vertu. Pourquoi peines-tu, pourquoi te consumer sur un probl?me qu?il est plus adroit de d?daigner une fois pour toutes que de r?soudre? Libre ? qui n?a rien ? craindre et voyage ? son aise de collectionner des brimborions; mais, quand on a l?ennemi sur ses talons, quand le soldat a re?u l?ordre de presser le mouvement, la n?cessit? secoue au vent ce qu?avaient rassembl? les loisirs de la paix. Je n?ai pas le temps de pourchasser l??quivoque et d??prouver sur ces formules ma sagacit?.?(…) Enseigne-moi que le bien de la vie n?est pas dans la dur?e de celle-ci, mais dans son emploi (…) Ainsi donc, n?entortillons pas son langage. Rien ne sied moins que ces insidieuses finesses aux ?mes qui tentent une h?ro?que aventure.??[6]

Spinoza croyait que ??les universit?s, dont la fondation est support?e p?cuniairement par l?administration publique, sont des institutions destin?es, non ? cultiver, mais ? contraindre les esprits.??[7] Je d?velopperai bri?vement cette id?e. Tout d?abord notre fa?on de penser est encadr?e, car les sujets de nos travaux sont souvent impos?s, donc rarement librement choisis. Il est aussi tr?s utile de s?approcher de la pens?e du professeur pour avoir des bonnes notes. On est souvent p?nalis? pour nos retards, m?me s?ils servent ? mieux approfondir le sujet en question. Les ?tudiants entre eux, au lieu d??changer librement leurs id?es, les gardent pour eux, car ils sont comp?titifs et ne veulent pas contribuer ? l?am?lioration des autres, ce qui, croient-ils trop souvent, risque de nuire ? leur sup?riorit? et ? leur chance de trouver un emploi. Ainsi, ils se croient sup?rieurs, quand en fait ils ignorent la v?rit? supr?me de la vie, qui est d?aimer son prochain, donc d?avoir une attitude coop?rative et non comp?titive.

De plus, les facult?s imposent des cours obligatoire qui freinent souvent l??lan que l?on a pour une voie particuli?re. Les notes favorisent la comp?tition, donc le bourrage de cr?ne, ce qui, comme la plupart le savent, ne favorise en rien l?apprentissage, bien au contraire! Combien d??tudiants se plaignent d?avoir tout oubli? de leurs ?tudes, et pourtant avec d?excellentes notes? Combien se plaignent que leurs ?tudes ?taient inutiles pour le march? du travail et qu?ils ont dus tout r?apprendre en travaillant?? De plus l?apprentissage est superficiel, car il laisse peu de temps pour l?approfondissement o? la quantit? de lectures et de travaux est privil?gi?e sur leur qualit?. En philosophie on forme des commentateurs et des historiens des id?es, mais on ne stimule pas la recherche de la v?rit?, au contraire on la d?nigre par orgueil. Les approfondissements se font lors des r?dactions de m?moires et de th?ses, mais encadr?s par un directeur (Fernand S?guin en savait quelque chose!). La v?rit? est utile ? tout le monde, alors pourquoi ne pas publier au lieu de s?enfermer dans un cercle restreint d?universitaires? Aussi, de cette fa?on notre libert? de penser est compl?te.

Il faut aussi parler des contraintes gouvernementales. Les gouvernements sont de plus en plus r?fractaires ? financer les programmes non-rentables comme les sciences humaines, les arts et les lettres, c?est-?-dire les connaissances qui stimulent notre esprit au bonheur. Quelle absurdit? de croire que la connaissance qui m?ne au bonheur est non-rentable pour une soci?t?! La pens?e ?conomique domine de plus en plus les universit?s (o? les facult?s de gestion font vivre les facult?s non-rentables), et contraint de plus en plus les ?tudiants ? croire que l?argent est la chose la plus utile pour arriver ? ses fins.

La v?rit? ne se juge pas avec des notes, voil? pourquoi on ne la recherche pas dans les universit?s, et puisque la v?rit? sur ce que nous recherchons tous, c?est-?-dire le bonheur (m?me si la plupart l?ignore), m?ne ? l?application de la vertu dans notre vie quotidienne, l?universit? est donc compl?tement inapte ? nous procurer l?essentiel, c?est-?-dire le bonheur; elle ne peut que favoriser cette compr?hension chez celui qui est libre d?esprit, donc critique envers les id?es dominantes.

??Voil? l?effet le plus ?vident de toutes nos ?tudes, et la plus dangereuse de toutes leurs cons?quences. On ne demande plus d?un homme s?il a de la probit?, mais s?il a des talents; ni d?un livre s?il est utile, mais s?il est bien ?crit. Les r?compenses sont prodigu?es au bel esprit, et la vertu reste sans honneurs. Il y a mille prix pour les beaux discours, aucun pour les belles actions.??[8]

Aujourd?hui l?universit?, ?tant de plus en plus un instrument du syst?me capitaliste, est devenue une industrie. On coupe de plus en plus les postes de professeurs pour faire faire les m?mes t?ches ? des charg?s de cours qui sont pay?s environ la moiti? (quand ils ont la chance d??tre ? temps plein, ce qui est rare) d?un professeur (souvent avec moins de cours, car il est suppos? faire de la recherche, ce qui n?est pas toujours le cas). L?universit? ? cr??e le ??cheap labor?? pour les gens instruits sans aucun respect pour les dipl?mes qu?elle octroie. Je me demande quels sont les professeurs qui ont le souci de justice assez d?velopp? pour d?noncer cette injustice, quitte ? risquer une baisse de salaire pour r??quilibrer le foss? inacceptable entre eux et les charg?s de cours?

Ce que Socrate, Platon, les Cyniques, les Sto?ciens, Plotin et les N?oplatoniciens, Spinoza et d?autres nous expliquent, c?est que la v?ritable intelligence est l?intelligence du bien, autrement dit la personne v?ritablement intelligente est celle qui agit vertueusement. Pourquoi disons-nous de quelqu?un qu?il est Sage, ou Saint pour la religion? Ce n?est pas ? cause de leurs ?crits, car Socrate n?a rien ?crit, ni ? cause de leurs r?ponses m?taphysiques, mais gr?ce ? l?application de la vertu dont ils font preuve. Un philosophe Sage unira sa philosophie ? sa vie pratique, ce que ne tentent presque plus les philosophes d?aujourd?hui, le mat?rialisme philosophique et ?conomique dominant en territoire anglo-saxons.

En conclusion, il est donc clair qu?une r?forme de l?universit? s?impose, ou plut?t nous devrions l?abandonner ? l?industrie et fonder une facult? de philosophie ind?pendante de l??tat. Une sorte de communaut? philosophique et mystique semblable ? l?Acad?mie de Platon. Ce serait un lieu o? la comp?tition laisse place ? l?amour et ? la coop?ration, o? le plaisir, la recherche de la v?rit? et du bonheur sont les seules motivations. Les gens y ressentiraient si fort l?amour du prochain qu?ils serviraient avec enthousiasme le bien commun. Les projets auraient une utilit? concr?te, et non seulement l?intention de? plaire ? un professeur pour avoir une bonne note. On y rechercherait la connaissance pour ?tre, et non pour para?tre. Enfin, l??change d?id?es serait un plaisir en soi, et non le besoin de se valoriser.


[1] Rousseau, J-J., Pr?face de Narcisse, ?d. Gallimard, page 132 du Discours sur les sciences et les arts.

[2] Einstein, A., Comment je vois le monde, ?d. Flammarion, pp. 25-26.

[3] Spinoza, B., Trait? th?ologico-politique, ?d. Gallimard, dans les oeuvres compl?tes, la Pl?iade, !954, p. 651-652.

[4] Ibid. de la note 2, p. 23.

[5] Ibid. pp. 21-22.

[6] S?n?que, Lettres ? Lucilius, Lettres 48 et 49, ?d. Robert Laffont, 1993, pp. 708 ? 713.

[7] Spinoza, B., Trait? de l?autorit? politique, La Pl?iade, Gallimard, 1954, p. 1023.

[8] Rousseau, J-J., Discours sur les sciences et les arts, ?d. Gallimard, 1987, p. 69.

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    Bonjour,

    J’émet ce commentaire pour faire une petite correction à propos d’un commentaire de ce texte que j’avais écrit il y a plusieurs années. Je ne crois plus qu’Einstein soit un des plus grands scientifiques puisqu’il a volé sa théorie à Henri Poincaré.

    http://www.propagandes.info/ext.php?id=2495&url=http%3A%2F%2Fwww.the-savoisien.com%2Fblog%2Findex.php%3Fpost%2F2012%2F07%2F19%2FHladik-Jean-Comment-le-jeune-et-ambitieux-Einstein-s-est-approprie-la-Relativite-restreinte-de-Poincare

    Cela n’empêche pas que je sois encore d’accord avec ses citations sur l’éducation que je donne dans ce texte. Il est plus facile de dire la vérité, de bien parler que d’agir vertueusement.

    Cordialement,

    Nicolas